lundi 25 mai 2009

Escapade londonienne

Ce week-end prolongé a été l'occasion d'une escapade londonienne qui m'a amené loin de mon Dauphiné et de mes Hautes-Alpes. Il faut bien dire que je n'ai rien trouvé qui me rapprochait de mes préoccupations bibliophiliques et régionales.

A qui sait regarder, il y a toujours des correspondances, dans notre vaste monde. J'ai eu le plaisir de voir ce petit tableau de William Turner à la Tate Britain :


Le titre est "Grenoble seen from the River Drac with Mont Blanc in the Distance", ce qui, pour les non-anglophones, veut simplement dire :
Grenoble vu depuis le Drac, avec le Mont-Blanc en fond. La notice que l'on trouve sur le site de la Tate Gallery précise que jusqu'en 1981, ce paysage était identifié comme "River Scene, North Italy’, soit une vue de rivière, en Haute-Italie, jusqu'à ce qu'un visiteur attentif, M. Léon Reymond, dans une lettre à la Tate Gallery du 16 novembre 1981, signale et identifie le paysage (voir la notice en anglais sur le site du musée). Le tableau date du voyage de Turner dans les Alpes françaises en 1802.

Sans transition, j'en profite pour signaler qu'un film vient d'être tourner sur Dominique Villars :
Les Herbes magiques. Vous pouvez voir le site qui lui est consacré : les-herbes-magiques.org

Un seul regret, le slogan un peu racoleur du film : "Le destin extraordinaire d'un berger illettré devenu médecin et botaniste de renommée internationale." Il faudra que je revienne là-dessus, car Dominique Villars, comme ces contemporains, n'étaient pas illettrés. Je finis donc ce billet avec un beau portrait de Dominique Villars :


dimanche 17 mai 2009

"Bibliothèque du Dauphiné", de Guy Allard, revue par Pierre-Vincent Chalvet. Ex-libris dauphinois.

J'ai enrichi ma collection d'ex-libris dauphinois avec celui de Victor Colomb :


Victor Colomb (1847-1924), de Valence (Drôme), érudit et bibliophile, a beaucoup publié sur les patois de la Drôme, souvent sous le pseudonyme de Jules Saint-Rémy. J'avais eu l'occasion de l'évoquer dans un message où je rapportais l'improbable "rencontre" entre Victor Colomb et Isidore Ducasse, comte de Lautréamont. Il a été caricaturé en 1894 par son compatriote Louis Ageron (1865-1935) :
La légende qui accompagne cette caricature "Bon colon ... sème" est une référence directe à la devise de l'ex-libris.

J'ai
récemment enrichi ma bibliothèque avec un ouvrage de sa bibliothèque :
Guy Allard
Bibliothèque du Dauphiné, contenant l'histoire des habitants de cette province qui se sont distingués par leur génie, leurs talents & leurs connoissances. Nouvelle édition revue & augmentée.
Grenoble, Chez V.e Giroud & Fils, imprimeur-libraire, 1797, in-8°, [8]-340-[2] pp.


Il s'agit d'une nouvelle édition de cet ouvrage de Guy Allard publié en 1680 par Laurent Gilibert à Grenoble. C'est Pierre-Vincent Chalvet (1767-1807), professeur d'histoire à l'Ecole Centrale du département de l'Isère, qui s'est attelé à la tâche de compléter ce recueil de biographies consacrées aux hommes de lettres et aux savants du Dauphiné.


L'intérêt de cet ouvrage est purement historique. Les jugements des contemporains sont sans appel :
Pour Adolphe Rochas, la première édition contenait des notices insignifiantes, "dont un très grand nombre est dicté par la flatterie". Chalvet "n'a fait qu'ajouter des erreurs à celles déjà assez nombreuses de son vieux devancier".
Jules Ollivier se montre particulièrement sévère sur ce travail : « Chalvet, en augmentant l’œuvre de Guy-Allard, s’est borné à joindre aux bévues de son vieux devancier des bévues nouvelles, d’autant plus impardonnables qu’il lui était facile de puiser à toutes les sources de l’érudition » (p. XII). Il rapporte aussi la critique parue dans le
Magasin encyclopédique de Millin, « qui a rendu un compte sévère mais juste de cet ouvrage ».

Quant à Pierre-Vincent Chalvet, il est étrillé par Stendhal dans
La vie d'Henry Brulard : "jeune pauvre libertin, véritable auteur sans aucun talent" et rapporte quelques ragots sur lui : "chargé de recevoir l'argent des inscriptions qu'il mangea en partie avec trois sœurs fort catins de leur métier qui lui donnèrent une nouvelle v[érole] de laquelle il mourut bientôt après". Stendhal l'avait eu comme professeur à l'Ecole Centrale. Pour ceux qui s'intéressent à la vie grenobloise entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe, La vie d'Henry Brulard de Stendhal est une bonne source. Son sentiment ambivalent envers sa ville natale, lié aux relations difficiles qu'il avait avec son père, le rend souvent sévère, voir injuste. C'est tout de même une source indispensable.

dimanche 10 mai 2009

Les persécutions vaudoises et un florilège de beaux livres sur le Dauphiné.

Mes vacances ne m'ont pas distrait de mon thème du moment : Les Vaudois des Hautes-Alpes. J'ai décrit ce jour une étude du chanoine Jules Chevalier (1845-1922), de Romans, sur les hérésies du Dauphiné, qui est plus particulièrement consacrée aux persécutions contre les Vaudois des vallées du Val-Cluson, de l'Argentière, de Freissinières et de Vallouise, conduites par l'inquisiteur Albert de Cattaneo en 1487 et 1488 :
Mémoire historique sur les Hérésies en Dauphiné avant le XVIe siècle, accompagné de documents inédits sur les sorciers et les Vaudois., Valence, Jules Céas & fils, Imprimeurs-Editeurs, 1890, in-8°, [4]-164 pp.


Ma semaine de vacances n'a pas été bibliophiliquement infructueuse. Voici un florilège de mes acquisitions du moment :

Un
Dictionnaire des expressions vicieuses et des fautes de prononciation les plus communes dans les Départemens Méridionaux, accompagnées de leurs corrections, par Jean-Michel Rolland, professeur au collège de Gap, édité par Joseph Allier à Gap en 1812.


La
Bibliothèque du Dauphiné de Guy Allard, revue par Pierre-Vincent Chalvet, publié à Grenoble en 1797 par la Vve Giroud. Cet exemplaire, provenant de la bibliothèque de Victor Colomb, va aussi me permettre d'enrichir ma collection d'ex-libris dauphnois.


Plus rare, la 2e série de
Peaks, Passes and Glaciers, publiée par l'Alpine Club en 1862. Pour les amoureux du massif des Ecrins, sachez que l'on trouve quelques unes des premières représentations du massif, associées à une des premières descriptions d'ascensions dans le massif, par T. G. Bonney.


Sans transition, passons à un texte historique du Dauphiné : le
Statuta Delphinalia. Avant de céder le Dauphiné à La France, Humbert II, dernier dauphin, a octroyé des droits, franchises et privilèges à ses habitants. C'est le Statut Delphinal, promulgué en mars 1349. Ensuite, le Dauphiné a été "transporté" à la France la même année. Ce statut a été défendu par les Dauphinois, mais il ne résista pas aux empiètements de l'absolutisme royal. Le coup fatal a été donné par la Révolution.

Ce Statut Delphinal a été imprimé pour la première fois vers 1508 (voir ce message) Il a été plusieurs fois réédité : en 1619, 1623 et 1694. Cet exemplaire relié en vélin de l'époque est l'édition de 1619, chez Pierre Charvys. Ce qui donne du prix à l'exemplaire est qu'il provient de la bibliothèque Prunier de Saint-André, famille qui a été représentée par Artus Prunier de Saint-André (1548-1616), premier président au parlement de Provence, puis premier président au parlement de Grenoble en 1603, chargé de missions importantes par Henri IV.



Enfin, pour finir, un livre magnifique, véritable objet bibliophilique : l'impression de 1600 des plaidoyers pour le Tiers-Etats, d'Antoine Rambaud, de Die, dans le procès des tailles, qui agita le Dauphiné entre la fin du XVIe et le début du XVIIe siècle. C'est un exemplaire relié dans un beau vélin doré, avec les tranches dorées et entièrement réglé.



Tous ces ouvrages seront décrits en leur temps.

dimanche 3 mai 2009

Détour pour revenir à la bibliophilie par l'amour des montagnes

Le message d'aujourd'hui nous éloigne de la bibliophilie, mais il ne faut jamais oublier que ma bibliophilie s'enracine dans l'amour de la montagne. Célébrer l'une ou célébrer les livres renvoient à un même univers personnel.

Première image, les Agneaux depuis la route du Lautaret hier. Extraordinaire montagne, que l'on croirait presque dans l'Himalaya. Non, tout cela n'est qu'à quelques dizaines de kilomètres de Grenoble.


Enfin, 5 images de bouquetins prises cette après-midi à l'Alpe du Lauzet :






A mon retour de vacances, je vous entretiendrai de nouveau de livres.

jeudi 30 avril 2009

Vacances et considérations sur la bibliophilie

Le bibliophile dauphinois part en vacances. Devinez où il va ? Dans le Dauphiné bien sûr. Je vais rejoindre le beau ciel de Briançon. Pour moi-même, mais aussi pour mes lecteurs, j'en donne un avant-goût :


Tentant, n'est-ce pas ? (photo extraite du site http://www.briancon-vauban.com/webcam.html qui publie quotidiennement une photo de Briançon)


Je passerai aussi à Grenoble le jeudi 7 mai, pour faire le tour des librairies. Espérons que j'y découvre quelques trésors bibliophiliques ! Que les libraires grenoblois se préparent, j'arrive !
Je suis aussi prêt à rencontrer quelques lecteurs. N'hésitez pas à me contacter à l'adresse mail qui se trouve à gauche, dans la rubrique "Me contacter". Il suffit de cliquer sur l'adresse.


Dans une brocante briançonnaise, j'ai acheté une petit ouvrage de 1861 :
L'ami des enfants ou Choix de lectures morales, instructives et amusantes, à l'usage des écoles primaires des deux sexes, des maisons d'éducation et des familles. Deuxième édition, approuvée par plusieurs prélats., par M. Maritan (du Queyras), Inspecteur des Ecoles primaires, Officier d'Académie.
Gap, Delaplace père et fils, Impr.-Libraires, 1861, in-12, IX-140 pp.


C'est un recueil de lectures édifiantes à l'usage des enfants. Un seul texte concerne les Haute-Alpes. Sous le titre
Les Alpes, et précédé d'une courte introduction, il s'agit de la reproduction d'un texte d'Emile Guigues, paru dans L'Illustration, du 10 novembre 1855 sur l'inauguration de la route du Queyras par la vallée du Guil (pp. 107-112), qui a eu lieu le 26 juillet 1855. E. Guigues avait illustré son récit de deux dessins, qui ne sont pas reproduits ici. Le texte se termine par une courte notice géographique sur le Queyras.
Je n'ai pas identifié plus précisément ce M. Maritan, auteur de cet ouvrage, sinon qu'il habitait Embrun en 1861.


J'aime beaucoup ces petits ouvrages populaires, dans une condition modeste. S'agit-il de bibliophilie ? Probablement non dans le sens classique du terme. Et pourtant, en achetant cet ouvrage, en le décrivant, en le conservant, c'est un peu du patrimoine livresque que je préserve. C'est un fragile témoin d'une culture et d'un monde disparus. C'est aussi un témoin d'un art typographique délicat et soigné, malgré la médiocrité de l'ouvrage auquel il s'applique. Vous aurez compris que c'est pour moi une forme de bibliophilie que de rechercher, puis collectionner ces ouvrages.

dimanche 26 avril 2009

Les Vaudois, par Alexandre Bérard, Alexandre Surell et encore La Meije.

Après les Vaudois des Alpes par un catholique qui ne semblait pas apprécier la réhabilitation des Vaudois par l'historiographie protestante (voir message précédent), nous passons aujourd'hui à l'autre "extrême" : les Vaudois par un républicain convaincu et militant, Alexandre Bérard (1859-1923), député, puis sénateur de l'Ain. Il a fait paraitre en 1892 un ouvrage de compilation :
Les Vaudois. Leur histoire sur les deux versants des Alpes du IVe siècle au XVIIIe.
Lyon, A. Storck, Imprimeur-Editeur, 1892, in-8°,[4]-V-[3]-328 pp.




Inspiré par les travaux de Michelet, Alexandre Bérard voit les Vaudois comme ceux qui "ont gardé en un foyer saint, sans qu'elle ne s'obscurcisse jamais, la flamme de la liberté". Preuve, s'il en est, qu'un ouvrage historique peut se retrouver au cœur des débats politiques de son époque. On peut se poser la question de savoir si les Vaudois des Alpes, dans les pauvres vallées du Briançonnais, s'imaginaient qu'ils étaient républicains !

Un des mérite de cet ouvrage est de reproduire les gravures qui illustrent l'ouvrage de Jean Léger :
Histoire générale des Eglises Evangeliques des Vallées du Piémont ou Vaudoises, imprimé à Leyde en 1669, avec la grande planche d'origine hollandaise. Ces gravures ont été supprimées de nombreux exemplaires par des catholiques zélés, selon J. Michelet.


J'ai donc mis en place (et non initié, comme l'on dit depuis quelques années dans notre beau français moderne !) une page spécifiquement consacrée aux Vaudois des Alpes, que j'enrichirai au fur et à mesure.


Changeons totalement de sujet. Il y a quelques semaines, je me suis intéressé à Alexandre Surell, célèbre auteur de l'ouvrage de référence,
Les Torrents des Hautes-Alpes (1841). Lorsque il était ingénieur des Ponts et Chaussées dans les Hautes-Alpes, il supervisa les travaux de la route du Lautaret, en particulier la construction du tunnel du Serre-du-Coin, à la sortie de La Grave. En 1911, les Ponts et Chaussées honorèrent sa mémoire en faisant apposer au-dessus de l'entrée du tunnel un bas-relief en marbre, sculpté par J Dampt. Quelques images pour illustrer cela :





J'avais publié la première image de La Meije, d'après la reproduction qui illustre La Meije dans l'image, de Paul Guillemin. J'ai trouvé sur Internet une belle reproduction en couleurs de cette aquarelle de 1799, de Barthélémy Chaix, où l'on voit pour la première fois une représentation de la Meije. La vue est prise depuis le col du Lautaret, avec l'hospice au premier plan. Etonnant de penser qu'il a fallu attendre 1799 pour que ce sommet désormais mythique de l'Oisans soit enfin représenté. Encore s'agit-il d'un dessin qui n'a jamais été publié.


Détail, où l'on distingue clairement et fidèlement la Meije,


mardi 21 avril 2009

Les Vaudois du Briançonnais

Délaissant les ouvrages de montagne, j'ai décrit ce soir un ouvrage que je viens d'acquérir. Il s'agit d'un travail historique du docteur Jean-Armand Chabrand (Molines-en-Queyras 1812 - Grenoble 1898) :

Vaudois et Protestants des Alpes. Recherches historiques contenant un grand nombre de documents inédits sur les Vaudois et les Protestants des Alpes Dauphinoises et Piémontaises.
Grenoble, Xavier Drevet, éditeur, 1886, in-8° (211 x 132 mm), 287 pp.


Pour mémoire, les Vaudois sont les membres d'une église dissidente, inspirée par Pierre Valdo de Lyon, appelés les pauvres de Lyon (XIIe siècle). Ils voulaient revenir à la pureté évangélique, remettant en cause la hiérarchie religieuse, ne donnant leur confiance qu'à des prédicateurs itinérants appelés Barbets. Ils étaient particulièrement nombreux dans certaines vallées briançonnaises : Vallouise, vallée de Freissinière, etc. Ils subirent des persécutions féroce aux XIVe et XVe siècles. Ils se fondirent ensuite dans le protestantisme.

Avec leur refus de la hiérarchie et de la richesse, leur pacifisme et les persécutions qu'ils subirent, il devinrent les symboles, au XIXe siècle, de tous ceux qui s'opposent aux puissants et aux possédants. On vit donc fleurir de nombreuses études historiques, souvent empreintes des considérations contemporaines.

L'étude de Jean-Armand Chabrand ne déroge pas à la règle. Elle est très marquée par la pensée catholique, souvent anti-protestante. Ces quelques phrases de l'avant-propos donnent le ton :
"Pendant ces dernières années, de nombreux écrits ont été publiés pour populariser l'histoire des Vaudois et des Protestants des Alpes. Parmi ces écrits, il en est quelques-uns qui se font remarquer par leurs déclamations violentes, leurs allégations injurieuses et leurs jugements peu équitables contre l'Eglise catholique.
Les vallées vaudoises y sont signalées comme une seconde Terre-Sainte, à peu près inconnue jusqu'à nos jours, et digne d'attirer les regards et la vénération de tous les ennemis du catholicisme.
Les Vaudois y sont représentés comme des hommes aux mœurs patriarcales, inoffensifs, adonnés exclusivement à la pratique de toutes les vertus évangéliques, et comme des martyrs, victimes de leur attachement à la foi de leurs ancêtres."

Ce qui donne un peu plus de saveur à cet exemplaire est l'envoi à Aristide Albert, républicain et volontiers anti-clérical.

L'envoi à Aristide Albert, autre érudit briançonnais, est d'autant plus sympathique qu'à la différence de Jean-Armand Chabrand, celui-ci a chaleureusement défendu la mémoire des Vaudois dans son petit ouvrage : Les Vaudois de la Vallouise, paru quelques années plus tard en 1891. Preuve, s'il en est, qu'au delà des divergences politiques, l'amour du pays natal est le plus fort.

Avec cette première description, je vais débuter une série d'ouvrages sur les Vaudois des Alpes et je complèterai la série déjà commencée des ouvrages sur le protestantisme. Je pense même créer une page thématique exclusivement consacrée aux Vaudois.