mardi 29 novembre 2011

Deux ouvrages récents, bientôt de référence

Une fois n'est pas coutume, ce sont deux livres récents que je vous présente, qui, tous deux à leur manière, sont déjà en passe de devenir des ouvrages de référence.

Le premier accompagne l'exposition qui se tient pour quelques jours encore à la Bibliothèque Municipale de Grenoble : Regards sur les Alpes, 100 livres d'exception (1515-1908),  une exposition qui explore quatre siècles de littérature sur ces "monts sublimes" : livres anciens et précieux, illustrés de gravures, lithographies et photographies, conservés à la Bibliothèque d'étude et d'information ou issus de collections locales et nationales, publiques et privées.


L'ouvrage qui prolonge et accompagne l'exposition vient de sortir. Cet ouvrage de Jacques Perret est un panorama complet de la littérature alpine depuis la Renaissance (le premier ouvrage décrit est celui de Jacques Signot de 1515), jusqu'au beau livre illustré de D. Baud-Bovy en 1908 sur la Meije et les Ercins. Chacun des 100 livres sélectionnés comme étant les plus rares et recherchés  (cela exclut les innombrables livres rares, qui sont fort peu recherchés, sauf par quelques "fous" comme moi; cela exclut les livres recherchés, mais courants) fait l'objet d'une notice bien illustrée, descriptive de l'ouvrage et de son auteur, et de quelques pistes sur des ouvrages en relation. Au total, ce sont près de 300 ouvrages qui sont cités, qui forment comme une bibliothèque idéale de l'amateur des Alpes et de la Montagne.



Pour le moment, l'ouvrage ne semble pas disponible dans les grands circuits de distribution, mais vous pouvez le trouver directement aux Editions du Mont-Blanc (cliquez-ici).

D'établir ainsi une liste des 100 livres les plus rares et recherchés risquent bien d'amener tout un chacun à comparer sa bibliothèque à cette liste de référence. J'avoue ne posséder "que" 7 des 100 livres. Deux choses pour me consoler, si tant est que j'en ai besoin : de nombreux ouvrages concernent la Suisse, ce qui n'est pas dans le cœur de ma recherche; ensuite, cette petite phrase de l'Introduction : "dans la plupart des bibliothèques privées on en compte moins d'une dizaine". Ouf ! J'avoue tout de même qu'il y en a quelques-uns que j'aimerais bien posséder.

Passons à un autre sujet, plus local, mais tout aussi passionnant. Jacques Mille et André Chatelon viennent de publier une somme sur la cartographie des Hautes-Alpes :
Hautes-Alpes. Cartes géographiques anciennes (XVe - mi XIXe siècle).


Dans cet ouvrage de plus de 300 pages, c'est un panorama complet de la cartographie des Hautes-Alpes qui est présenté. Abondamment illustré, il permet de parcourir 5 siècles de représentation de la montagne dans les cartes. Mais l'intérêt va au-delà des travaux cartographiques très localisés d'un pays de montagne. Pour ceux qui ont apprécié les travaux des Aliprandi, mais qui étaient frustrés par leur oubli (si j'ose dire) de toutes les montagnes du Dauphiné, dont le massif des Ecrins, le travail de ces deux érudits hauts-alpins (au moins de cœur, comme moi), remplira le vide dans l'étude de la cartographie alpine.

L'ouvrage ne semble pas disponible dans les grands circuits de distribution. Vous pouvez vous adresser à la Société d'Etudes des Hautes-Alpes (www.seha.fr), qui a apporté son patronage à cette édition. Pour finir, quelques belles cartes de ma collection, que l'on trouve dans ce livre.

 La carte de Bourcet (1749-1754)

La carte Massif des Ecrins du Club Alpin Français, 1874

dimanche 20 novembre 2011

Un "livre à faire parler" ... ou comment extraire tout le sel d'une petite plaquette

J'ai rapporté de mon passage habituel au salon du Régionalisme Alpin de Grenoble une petite plaquette que j'ai envie de qualifier de « livre à faire parler ». Pourquoi cela ? En apparence, il ne s'agit que d'un petit opuscule de 95 pp., publié par la Société des Sciences et des Arts de la ville de Grenoble, en 1806, contenant la liste des membres de la dite Société, le règlement, les mémoires des membres de la Société et quelques autres petites choses. 


Et pourtant, rien qu'à la lecture de la liste des membres résidants et des membres correspondants, c'est une plongée dans la société grenobloise du début du XIXe siècle, à la sortie de la Révolution. Pour celui qui connaît un peu l'histoire locale, on a le sentiment de retrouver des vieilles connaissances, toutes rassemblées ici dans cette simple liste.

Avant d'aller plus loin, juste un point d'histoire. A la fin du XVIIIe siècle, quelques notables cultivés de la société grenobloise s'assemblent pour lancer une souscription pour l'acquisition de la très riche bibliothèque de l'évêque Jean de Caulet. L'acquisition faite en 1772, ils s'organisent ensuite pour en assurer la gestion, d'abord sous le nom de Société littéraire, puis, en 1789, sous le nom d'Académie delphinale. Au moment de la Révolution, en 1793, un décret de la Convention supprime l'Académie. Il faudra attendre que l'orage révolutionnaire soit passé pour que, de nouveau, les élites culturelles grenobloises ressentent le besoin de s'assembler, d'autant que la Révolution a réveillé l'appétit des nouvelles élites pour les sujets de sciences, de lettres et d'arts. De plus, une nouvelle classe sociale est en train d'émerger, autrement dit une bourgeoisie est en train de s'installer aux commandes de la ville. Elle veut aussi concrétiser cette ascension par des institutions qui lui permettent d'affermir son pouvoir et d'acquérir une légitimité. On verra que la liste des membres sera le reflet de l'émergence de cette nouvelle élite locale. Cette nouvelle société est créée en floréal an IV (printemps 1796) sous le nom de Lycée. Suite à l'utilisation exclusive de ce terme pour les nouveaux établissements d'enseignement, elle se baptise en l'an X Société des Sciences et des Arts de la ville de Grenoble. Elle est organisée sur le principes des Académies. Elle comporte un nombre fixe de membres résidants, obligatoirement domiciliés à Grenoble et élus par leurs pairs. En complément, des membres correspondants, domiciliés en dehors de Grenoble, certains pouvant être d'anciens membres résidants que la nécessité à éloigner de Grenoble.(Sur l'histoire de l'Académie delphinale, cliquez-ici).

Prenons une page au hasard de la liste des membres.


On y retrouve le docteur Gagnon, j'allais dire le célèbre docteur Gagnon. Pourquoi célèbre ? Mes lecteurs familiers de Stendhal auront tout de suite reconnu le bien aimé grand-père du jeune Henri Beyle. Cette personnalité locale, qui a ainsi fait le pont entre la défunte Académie delphinale et cette nouvelle société, a aussi assuré, avec d'autres comme le bibliothécaire Ducros, le passage de relais entre la société encore aristocratique du Grenoble du XVIIIe siècle (bien qu'aucun des deux n'appartienne à l’aristocratie) à la nouvelle société bourgeoise. Il suffit d'ailleurs de voir le nom et l'activité des quelques membres sur cette page pour constater que l'on est dans la société bourgeoise intellectuelle : des magistrats, un conseiller de préfecture, un bibliothécaire, des professeurs, un maire, etc. 

Au passage, je signale qu'une source précieuse sur cette même société est fournie par la Vie d'Henry Brulard, de Stendhal, sorte de mémoires autobiographiques dans lesquelles il se remémore sa jeunesse à Grenoble. De nombreux personnalités de cette liste se retrouvent dans cette Vie, comme Pierre-Vincent Chalvet (Grenoble 1767 - Grenoble 23/12/1807), ancien ecclésiastique devenu professeur d'histoire à l'Ecole Centrale de Grenoble et auteur de l'édition revue et augmentée de la Bibliothèque du Dauphiné


Le jugement de Stendhal est sans appel : "jeune pauvre libertin, véritable auteur sans aucun talent". Il rapporte quelques calomnies : "chargé de recevoir l'argent des inscriptions qu'il mangea en partie avec trois sœurs fort catins de leur métier qui lui donnèrent une nouvelle v[érole] de laquelle il mourut bientôt après". 

Revenons à quelques personnalités de plus grande envergure. On trouve dans la liste Joseph Fourier :


Ce fils d'un modeste garçon-tailleur, né à Auxerre en 1768, est le modèle même de l'homme complet, comme seules ces époques savaient encore en faire naître. Il pouvait mener de front le travail de mise en forme de la Description de l'Egypte qui était en cours de parution, des recherches pointues sur un modèle mathématique de diffusion de la chaleur (les célèbres séries de Fourier, bien connues des taupins dont j'ai été) et la fonction administrative de préfet de l'Isère, au moment même où les institutions de la France étaient en plein reconstruction en ce début de l'Empire. En plus de tout cela, il avait le temps de se faire le protecteur d'un jeune homme ambitieux, récemment revenu dans le pays de ses ancêtres, Jacques-Joseph Champollion-Figeac.


Jacques-Joseph Champollion-Figeac appartenait évidemment à cette Société. On ne dira jamais assez l'importance qu'a eu Champollion-Figeac comme mentor et soutien de son frère Jean François Champollion. L'appartenance à cette Société était un des moyens qui ont permis à Champollion-Figeac d'ouvrir des portes à son frère, visiblement beaucoup moins habile que lui à se faire connaître et reconnaître par les personnes influentes. 

Au passage, notons l'ouverture de cette Société, et donc de la société grenobloise, qui acceptait en son sein le fils d'un modeste libraire de Figeac, mais aussi le botaniste Villars, fils de paysans des Hautes-Alpes. On perçoit de façon tangible ce renouvellement des élites bourgeoises dont j'ai parlé. Une analyse sociologique de la liste, avec l'identification de chacun des membres, confirmerait probablement cela. 

Pour finir, car l'identification de chacun des membres nous conduirait trop loin, la plaquette contient aussi la liste des membres décédés.


On y voit par exemple le célèbre géologue dauphinois Déodat de Dolomieu (qui a donné son nom aux Dolomites), ainsi que, de façon plus inattendue, Choderlos de Laclos. 


En réalité, cela n'est pas si inattendu, lorsqu'on sait que Choderlos de Laclos a été en garnison au régiment d'artillerie de Grenoble de 1769 à 1775. Il est en général admis qu'il s'est inspiré de la société grenobloise de son temps pour écrire Les Liaisons dangereuses. Il était possible paraît-il d'identifier les modèles de Valmont, Mme de Merteuil, la présidente de Tourvel, etc. dans la société aristocratique du Grenoble de la fin du XVIIIe siècle.

Si vous êtes arrivés jusqu'à ce point de mon message, vous comprenez mieux ce que je voulais dire par « livre à faire parler ». Et encore, je me suis arrêté en route. Je ne résiste pas à l'envie de citer un dernier membre, Teisseire, négociant, admis le 29 ventôse an VII, dont Stendhal a perfidement dit qu'il "s'était enrichi, ou plutôt son père s'était enrichi en fabriquant du ratafia de cerise, ce dont il avait une grande honte" (les sirops Teisseire, c'est aussi lui !). Appartenir à cette société était probablement une façon de faire oublier cela, ce que j'ai appelé acquérir une légitimité.

Une deuxième partie de l'ouvrage est aussi une source inépuisable de rapprochements, d'évocations, de chemins de travers, de correspondances, etc. C'est la liste des "Mémoires, Discours, Rapports et autres ouvrages" présentés par les membres de la Société


On y voit la diversité des sujets. La lecture complète illustre bien que rien de ce qui est humain n'est étranger à ce type de société. C'est encore l'idée d'une connaissance totale qui est à l’œuvre. La variété parfois un peu naïve (avec des rapprochements presque surréalistes) peut nous faire sourire. Notre hyper spécialisation est-elle plus enviable ? Je finis ce long message en relevant juste le Mémoire sur le panoramagraphe, ou mécanique inventée pour dessiner graphiquement des perspectives, présenté le 27 frimaire an 11 par Chaix, de Briançon (Barthélémy Chaix, sous-préfet de Briançon). J'ai la chance de posséder une vue de Briançon par Chaix, où il a probablement utilisé son "Panoramagraphe".

Dernier charme de l'ouvrage, il est tel que paru, avec ses modestes couvertures d'attente.


J'ai déjà eu l'occasion de dire le plaisir que j'ai à manipuler ces ouvrages vieux de 200 ans qui semblent tout droit sortir de la boutique du libraire. Au passage, j'ai même dû couper les pages, ce que je fais toujours avec plaisir (Ah ! le bruit du couteau coupant le papier) et sans remords, malgré l'opprobre que certains jettent sur ce « sacrilège ».

Ce trop rapide passage au salon du régionalisme alpin (des nécessités professionnelles m'ont empêché d'arriver à Grenoble aussi tôt que je le souhaitais) a été tout de même l'occasion de sympathiques rencontres, en particulier avec plusieurs lecteurs de ce blog. Je les en remercie. Leurs témoignages de sympathie, comme tous ceux que j'ai déjà reçus de mes lecteurs, sont des puissants encouragements pour la poursuite de ce travail que je mène depuis 6 ans pour le site Bibliothèque Dauphinoise et 4 ans pour le blog. Je crois que tant que j'aurais ces sortes de témoignages et que je trouverais moi-même du plaisir à prendre quelques heures des mes week-ends pour écrire, je serais toujours motivé pour continuer ce travail. 

Je me réserve pour un autre message pour vous parler de deux beaux livres récents, qui, chacun à leur manière, sont déjà indispensables à des bibliothèques alpines et haut-alpines.

lundi 14 novembre 2011

Guide Diamant. Dauphiné et Savoie, 1897

Dans une bibliothèque régionaliste, on finit tôt ou tard par s'intéresser aux guides touristiques, d'abord comme sources d'information mais aussi comme objets de collection. Comme ces guides appartiennent d'abord au domaine de l'éphémère, de l'utilitaire, on peut être tenté de les négliger au profit d'ouvrages plus prestigieux. Pourtant, il ne faut pas les oublier. D'abord, lorsqu'on veille à les trouver en bon état, ce peuvent être des belles pièces. Ensuite, c'est un témoignage sur la perception que l'on avait au XIXe et au XXe siècles de nos régions préférées. Après cette introduction pleine de généralité, venons-en au guide qui nous intéresse. C'est un guide sur le Dauphiné et la Savoie, dans la collection des Guides-Diamant (ou Guides Joanne) créée par Adolphe Joanne, puis poursuivie pas son fils Paul Joanne. Il s'agit d'une édition de 1897.


C'est d'abord un bel objet car les couvertures de percaline verte (ou bronze) sont en même temps estampées à froid et ornées de motifs dorés. La reliure (industrielle) est restée d'une grande fraîcheur. C'est le guide soit d'un touriste très soigneux, soit d'un touriste qui se contentait de voyager dans sa chambre en lisant des guides (comme Des Esseintes, pour ceux qui connaissent) 


Ensuite, c'est un texte intéressant, plus par ce qu'il dit de la perception de la montagne, que pour son intérêt intrinsèque. A ce titre, il est instructif de voir comment était perçue une ville comme Briançon en cette fin de XIXe siècle fort militariste : une ville de garnison et une ville frontière garante de la sécurité d'une petite portion de la frontière avec nos chers voisins italiens. Un guide d'aujourd'hui ne nous parle plus de Briançon ainsi. Plus directement lié à la vision de la montagne, reportons nous à ce qui est dit de la Grave, un village aujourd'hui généralement considéré comme un des plus beaux de France : La Grave se trouve "sur un contrefort de la montagne du même nom; le regard s'étend au loin sur les glaciers de la Meije et de Tabuchet, dominés au sud par la Meije, une des cimes les plus élevées du massif du Pelvoux". On ne fait guère plus plat. 

Évidemment, je ne parle que de quelques "coins" que je connais et aime particulièrement.

Ce guide a encore deux charmes particuliers pour moi. D'abord, même si cela peut paraître anecdotique, le corps de l'ouvrage est encadré par deux cahiers de publicités, plutôt régionales pour celles qui précèdent et plutôt nationales en fin d'ouvrage. J'aime ces publicités qui fleurent bon les temps anciens (Ah ! les hôtels avec "Lumière électrique dans toutes les chambres" et "Spécialement recommandé aux familles"). 


Ensuite, est inclus dans cette édition un panorama du massif des Ecrins depuis la tête de la Maye. C'est l'œuvre d'un illustrateur haut-alpin, à la renommée locale, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler, Emile Guigues. J'aime chez lui le trait léger et l'amour des montagnes, dont il s'est fait l'illustrateur à la fin du XIXe siècle (il a beaucoup œuvré pour les Annuaires du Club Alpin Français). 


Voilà pourquoi je suis content de cette acquisition récente. Ce n'est peut-être pas grand-chose, mais cela me plait, d'autant plus que je l'ai trouvé en bon état (dans le cas contraire, je ne l'aurais pas acheté). C'est aussi ma façon de participer, par l'exemple, aux débats hébergés par des blogs amis sur le "quoi" et le "comment" de la bibliophilie. 

Pour finir, une interrogation. Je ne sais s'il existe une bibliographie de ce type d'ouvrages. J'ai fait quelques recherches au CCFr, mais il est assez difficile de démêler les différentes éditions, entre les changements de collection, de titre, d'auteurs, etc. Il semble que la première édition date de 1870, mais sans certitude. A voir si quelqu'un saura m'en dire plus.

lundi 31 octobre 2011

A travers les Alpes du Dauphiné, Félix Perrin, 1884

C'est une petite plaquette comme je les aime qui vient de rejoindre ma bibliothèque. Ce n'est pas tant pour le texte lui-même, banal et sans beaucoup d'intérêt, que pour ce qu'elle représente. 


Détaillons-la un peu. Son titre et sa description :
Félix Perrin : A travers les Alpes du Dauphiné. Lecture faite le 10 mars 1883, à l'assemblée extraordinaire des membres de la section de Lyon du Club Alpin Français.
Lyon, Imprimerie Mougin-Rusand, 1884, in-8°, [4]-64 pp.

Il s'agit du texte d'une conférence prononcée par un des artisans de la découverte et de l'exploration des Alpes dauphinoises, Félix Perrin. Avec quelques autres comme Henry Duhamel, Henri Ferrand, Paul Guillemin, ils mirent toute leur énergie à découvrir et décrire le massif, d'une part, et à le faire connaître, alors qu'il était encore délaissé et donc mal connu des alpinistes et des touristes du temps. C'est ainsi que Félix Perrin est allé à Lyon, devant les membres de la Section lyonnaise du Club Alpin Français, parler pendant deux heures et demi de ses chères Alpes dauphinoises, en même temps qu'il leur projetait des vues photographiques. C'est le texte de cette conférence qui a été ensuite édité "par le soin des amis de l'auteur" à seulement 100 exemplaires (pour plus de détails, cliquez-ici).

Comme souvent pour ce type d'exercice, le ton est personnel, mélange de souvenirs de l'auteur, de digressions variées (la montagne et le Bouddhisme) et de quelques notations pratiques (Félix Perrin s'attache souvent à citer les meilleures auberges qu'il a pu rencontrer). Malgré l'âge de l'auteur (il avait 29 ans), le style paraît souvent ancien et ampoulé. Pour preuve, ce petit passage : "Nous sommes à la porte du massif du Pelvoux, le plus grand de toutes les Alpes françaises, le plus magnifique, le plus fier, le plus indompté. Une seule route venant de l'Italie par le Mont-Genèvre, traverse ses déserts de glaces et de neiges éternelles, de rochers à pics, de torrents impétueux, où depuis longtemps tous les arbres sont morts, où une herbe maigre pousse à peine, où la désolation la plus sublime, où l'horreur la plus belle, où le caractère le plus poignant règnent seuls et invincibles." (p. 35). Notre auteur a trop lu les écrivains du XVIIIe siècle ou les romantiques !

Mais bon, ne faisons pas le difficile. Nous avons tout de même droit au récit de la 3e ascension de la Barre des Ecrins, le point culminant du massif à 4103 m.

Mais l'intérêt de cet exemplaire ne s'arrête pas là. En effet, au contre-plat, est collé un petit ex-libris étiquette (voir en fin de message). Il n'est pas immédiatement déchiffrable, mais l'on sait que c'est celui d'Henry Duhamel, un autre pionnier des Alpes dauphinoises, alpiniste d'une tout autre trempe que Félix Perrin par ses premières mais aussi par ses tentatives à la Meije qui ouvrirent la voie à la conquête de 1877. Même si cela est controversé, il est considéré comme l'introducteur du ski en France. Mais au-delà de ça, Félix Perrin et Henry Duhamel étaient amis et ensemble, avec l'aide du révérend Coolidge, ils publièrent en 1887 l'ouvrage fondateur de la description des Alpes dauphinoises : Guide du Haut-Dauphiné, ancêtre de tous les guides d'excursions et de randonnées dans le massif des Ecrins, paru en 1887.



Il ne manque à cette plaquette que de porter un envoi de Félix Perrin à Henry Duhamel.

Il y avait longtemps que je cherchais des renseignements sur Félix Perrin, dont je ne connaissais même pas les dates de naissance et de décès. Les dictionnaires habituels étaient muets sur lui. Mettant à profit les ressources d'Internet et un peu de réflexion, j'ai pu reconstituer la vie de Félix Perrin, né à Grenoble en 1853 et mort à Lyon en 1927 (pour plus de détails, cliquez-ici). Il faut savoir qu'en plus d'avoir été un des pionniers des Alpes dauphinoises, il fut aussi un grand bibliophile, amassant une collection sans pareil d'ouvrages sur le Dauphiné, les Alpes et la montagne. Vers 1897, il s'associa à H. Falque avec lequel il publia de nombreux ouvrages, certains sous leurs propres noms et d'autres sous l'appellation commerciale de Librairie Dauphinoise.


Parmi les ouvrages majeurs, il faut en distinguer trois :
- Chansons populaires, recueillies dans les Alpes françaises (Savoie et Dauphiné), de Julien Tiersot, paru en 1903 et publié en collaboration avec la Librairie Savoyarde de F. Ducloz, à Moûtiers.
- La Montagne à travers les âges, de John Grand-Carteret, dont le premier tome a été publié en 1903, encore en collaboration avec la Librairie Savoyarde de F. Ducloz, à Moûtiers. Le deuxième tome, paru en 1904, n'a pas été édité par F. Perrin. Il est alors remplacé par C. Dumas, qui a repris l'appellation commerciale de Librairie Dauphinoise.
- La Revue dauphinoise, revue d'érudition, largement illustrée et de présentation soignée, dont le premier numéro est paru en décembre 1898 et qui a disparu en 1901.

Même à cette époque, l'ambition éditoriale n'était pas récompensée. L'entreprise échoua. Autant que l'on puisse en juger, le père de Félix Perrin était arrivé à une honnête aisance, à tel point que Félix Perrin a pu même être qualifié de rentier en 1896. C'est probablement cette fortune qui lui a permis simultanément de se constituer sa bibliothèque et de se lancer dans l'édition de luxe. Malheureusement, il devait laisser sa fortune dans cette aventure, l'obligeant à vendre sa bibliothèque et à reprendre un travail d'agent d'assurances jusqu'à son décès à l'âge de 74 ans. Le catalogue de la vente de sa bibliothèque est une référence encore indispensable de la bibliographie dauphinoise : Catalogue des livres dauphinois et autres, anciens et modernes, cartes, tableaux et objets d'art provenant de la bibliothèque de M. Félix Perrin, ancien libraire-éditeur. Elle a eu lieu en décembre 1903.



Son ex-libris se trouve sur quelques ouvrages.



Si on le compare à celui de son contemporain Henry Duhamel, on peut percevoir de façon tangible la différence des deux personnalités.



Pour finir, cette belle rose "Mme Ernest Calvat" :



Vous me direz, quel rapport avec Félix Perrin ? On a donné le nom de sa sœur à une rose. En effet, Marie Perrin (1859-1896) a épousé Ernest Calvat, fils d'un maire de Grenoble, fabricant de gants, puis horticulteur.

dimanche 23 octobre 2011

Glanes III

Un peu en vrac (le message s'appelle "Glanes"), commençons par ce tableau de Charles-Henri Contencin (1898-1955) qui vient de rejoindre mes murs. C'est une belle vue des Ecrins (4103 m) depuis la tête de la Maye.


Il y a trois ans, nous étions justement allés à la tête de la Maye et j'avais pris une photo du même point de vue.


J'ai mis à jour la page consacrée à Victor Cassien, un des deux artistes qui ont illustré l'Album du Dauphiné, paru entre 1835 et 1839. En particulier, j'ai ajouté la reproduction de deux œuvres assez caractéristiques son style.



Pour voir la page sur Victor Cassien, cliquez-ici.

Enfin, un lecteur m'a communiqué un projet d'exhaussement du sommet du Grand Pic de la Meije qui devrait lui permettre d'atteindre les 4 000 m. d'altitude, limite fatidique pour appartenir au club des grands sommets des Alpes (en fait, le Meije n'a pas besoin d'atteindre cette altitude pour en faire partie). 


Ce projet me semble aussi sérieux et fondé que celui du Dr Prompt qui, à la fin du XIXe siècle, avait proposé de doter le sommet d'un hôtel et d'un observatoire : Hôtel et observatoire de la Meije. Altitude 4.000 mètres. Grenoble, Allier, 1894. Nous souhaitons longue vie à ce projet ambitieux qui ne doit, comme celui du Dr Prompt, que trouver le riche mécène pour le financer (ce ne sera pas moi !).

Pour voir le message, cliquez-ici.

vendredi 14 octobre 2011

Prospectus de l'Histoire des plantes de Dauphiné, par Dominique Villars, 1779

L'histoire de Dominique Villars est celle du fils de modestes paysans des Hautes-Alpes, né en 1745, qui, par sa ténacité, quelques rencontres déterminantes et une passion exclusive pour la botanique, a réussi à se hisser hors de son milieu d'origine pour devenir un des grands botanistes du Dauphiné (Stendhal l'a eu comme professeur. Un peu bourgeois dans ses jugements, il le qualifie de "paysan des Hautes-Alpes" !)


Il est surtout l'auteur de la première flore du Dauphiné, une des flores les plus riches de France par la variété géographique de la province où l'on trouve aussi bien la flore méditerranéenne, la flore continentale que la flore de montagne.

Grâce au soutien de l'intendant du Dauphiné, Pajot de Marcheval, Dominique Villars est d'abord admis comme élève à l'hôpital de Grenoble dans le début des années 1770. Il avait déjà herborisé dans le Dauphiné, essentiellement dans les Hautes-Alpes, avec son ami l'abbé Dominique Chaix. Les années 1770 seront l'occasion pour lui d'étendre son périmètre d'action, en parcourant toute la région. Il accompagne le naturaliste Guettard en 1775. Il rencontre des botanistes du sud de la France (Nîmes, Montpellier, etc). Il passe une année à Paris, en 1777, où il rencontre de nombreux savants, dont les Jussieu, Daubenton, etc. En 1778, il obtient son grade de médecin à l'université de Valence.

Le résultat de ses observations sur le terrain, amassées lors de ses herborisations, et un savoir consolidé par ses études et ses rencontres lui permettent d'envisager à la fin des années 1770 de doter le Dauphiné d'une flore régionale, comme en possèdent déjà de nombreuses autres régions de France. C'est un travail colossal pour un seul homme, obligé en même temps de travailler pour nourrir sa famille.

En 1779, il annonce la parution prochaine de cette flore, qu'il appelle assez curieusement Histoire des plantes de Dauphiné, dans un opuscule de 57 pages, véritable petit ouvrage de botanique :
Prospectus de l'histoire des plantes de Dauphiné et d'une nouvelle méthode de botanique, suivi d'un catalogue des plantes qui y ont été nouvellement découvertes, & de celles qui sont les plus rares, ou qui sont particulieres à cette Province. Avec leurs caractères spécifiques, & l'établissement d'un nouveau genre, appellé BERARDIA
Grenoble, Imprimerie Royale, 1779, in-8°, 57 pp. (dernière page chiffrée par erreur 49), une planche gravée dépliante hors texte.


Le terme Prospectus ne doit pas nous tromper. Il s'agit bien d'un livre, certes modeste par la taille, mais qui est suffisamment complet pour donner une idée précise de l'ouvrage à venir. Pour en savoir plus, cliquez-ici.

Il faudra néanmoins attendre 7 ans pour que paraisse le premier des 3 tomes de l'Histoire des plantes de Dauphiné. Il sera publié par l'auteur, à ses frais, en 1786. Le 3e tome paraîtra en 1789.

Ce Prospectus est d'abord l'occasion d'annoncer une nouvelle méthode de classification des plantes. Si ce sujet ne fait plus débat aujourd'hui, il faut savoir qu'à cette époque, les discussions étaient vives autour de ces méthodes de classification, au moment où le monde savant découvrait et commençait à appliquer la méthode linnéenne. En annonçant sa propre méthode, Dominique Villars voulait probablement "tester" l'accueil qui lui serait fait. Il n'a pas dû être mal reçu, car il l'appliquera dans son ouvrage, malgré les quelques réserves des botanistes qu'il a consultés.

L'autre objet de ce Prospectus est d'annoncer la découverte d'une nouvelle plante, la Bérardie (Berardia subacaulis). Il l'a décrit largement et l'illustre par une planche.


Cette planche est aussi l'occasion de présenter la future illustration de son ouvrage. Elle sera reprise telle quelle, parmi les 54 planches de son Histoire des plantes de Dauphiné.

Quant à la Bérardie, aussi appelée Bérardie laineuse, elle vit dans les zones montagneuses sèches, entre 1500 et 3100 mètres. On la trouve dans les éboulis calcaires et schisteux.
Ces photos vous permettront de découvrir cette plante "rustique", curieusement qualifiée de "prestigieuse" dans les notices Internet que j'ai trouvées.




Pour finir, remarquons que le nom de l'auteur est orthographié Villar, sans "s". C'est suite à une erreur typographique, jamais corrigée par l'auteur lui-même, que l'orthographe Villars a prévalu. Pour ceux que cela intéresse, je peux leur fournir une bibliographie de la grave question : Faut-il écire Villars avec ou sans "s" ? Le Bibliophile dauphinois étant toujours sérieux, il ne plaisante pas : il y a au moins 10 ouvrages ou articles où cette question est abordée. La famille Gauthier-Villars a failli traîner en justice un brave érudit haut-alpin qui avait osé militer (le rustre !) pour l'orthographe Villar (les Gauthier-Villars sont des descendants du botaniste).

lundi 3 octobre 2011

Guide du voyageur dans l'Oisans, Docteur Joseph-Hyacinthe Roussillon, 1854

Dans mon message précédent, j'avais rapidement parlé de l'une de mes acquisitions récentes. Malgré le beau temps persistant sur Paris, j'ai pris le temps de décrire cet ouvrage.

En 1854, paraissent quasi-simultanément deux ouvrages qui se donnent pour objectif affiché de faire connaître l'Oisans aux touristes qui découvrent le Haut-Dauphiné. Le premier paru est un ouvrage du Briançonnais Aristide Albert :
Essai descriptif sur l'Oisans, suivi de Notices particulières sur la Faune, les Forêts, la Botanique et la Minéralogie, par MM. Bouteille, Viaud, Alb. Gras et J. Thevenet.
Grenoble, Maisonville, Imprimeur-Editeur, 1854, in-8°, [4]-204-XVIII pp.
Je l'avais décrit il y a quelques années maintenant. Vous pouvez-voir la notice en cliquant ici.

Quelques mois après paraît un ouvrage rédigé par un médecin de Bourg d'Oisans, le docteur Roussillon (1808-1895), dont la notice nécrologique affirme : "Son but constant fut de faire connaître l'Oisans." :
Guide du voyageur dans l'Oisans, tableau topographique, historique et statistique de cette contrée.
Grenoble, Imprimerie Maisonville, 1854, in-8°, VIII-159 pp., une carte dépliante hors-texte et 9 lithographies hors-texte.



Pour un description complète, cliquez-ici.

L'ouvrage est illustré de neuf lithographies dont certaines sont des reproductions et des contrefaçons des lithographies de l'Album Dauphiné paru presque 20 ans plus tôt. Pour la précision bibliographique, le titre annonce 8 lithographies et la couverture 9. C'est la couverture qui dit vrai.



C'est un ouvrage destiné à faire connaître l'Oisans aux Touristes, en leur faisant découvrir les richesses naturelles et les paysages de cette petite région qui est comme une porte d'entrée du massif des Ecrins.


Dès l'introduction, le docteur Roussillon donne le ton : "Le Dauphiné, qui peut s'appeler la Suisse française, possède aussi son Oberland" (p. 2). Le fil conducteur de l'ouvrage est donné. Il s'agit de faire connaître l'Oisans aux touristes, en leur démontrant qu'il n'a rien à envier aux beautés tant vantées de la Suisse, et en voulant "le venger d'un injuste oubli." Il remarque justement que l'Oisans n'a été jusqu'alors connu que pour ses richesses minéralogiques, botaniques et géologiques. Une seule phrase extraite de l'introduction donne le ton sur le sentiment de la haute montagne qui y est exprimé : "Les sommités se terminent en pics aériens, en pyramides superbes, en crêtes gigantesques formés de rocs arides ou recouverts de glace." Il ne sera malheureusement jamais plus précis et préfère ensuite vanter la richesse de la végétation des étages inférieurs. Il invite tout de même les touristes à visiter le pays, jusqu'à s'approcher des glaciers. Toujours lyrique, le docteur Roussillon termine : "C'est ainsi que la nature convie toutes les intelligences à venir admirer dans l'Oisans une de ses fêtes les plus splendides et les plus imposantes, qu'elle excite tous les cœurs à le glorifier sur ce théâtre particulier de sa grandeur et de sa bonté."



En effet, sa vision de la montagne reste souvent cantonnée aux vallées et aux premières pentes. Il partage avec ses devanciers de la découverte de la montagne la fascination pour les glaciers. Dans la partie consacrée à la vallée du Vénéon, un chapitre particuliers décrit les glaciers accessibles depuis la Bérarde, sans jamais même faire allusion aux sommets majeurs qui les entourent comme la Meije, les Ecrins ou Ailefroide, comme si ces sommets n'existaient pas. C'est dans ce chapitre qu'il présente le passage d'un col de haute montagne comme une aventure presque unique, au moment même où les premiers touristes anglais arrivaient dans l'Oisans pour explorer non plus les vallées, mais les sommets et les cols de haute montagne de la région. Sa vision de la montagne nous semble encore empreinte d'un sentiment déjà ancien, en passe d'être totalement dépassé par cette nouvelle approche de la montagne qu'apporte les premiers alpinistes avec eux. Même dans son vocabulaire, il reste marqué par des images directement issues des perceptions d'une montagne hostile qui avaient cours au XVIIIe siècle. Ces "Monts affreux...", tels que résumé par C.-E. Engel, on les trouve presque mot pour mot dans cette petite phrase de transition : "Dès qu'on y arrive [aux chalets de l'Alpe de Venosc], les yeux, encore fatigués des grandes horreurs de Saint-Christophe, trouvent à se reposer sur un magnifique bassin de verdure". Il n'est pas mieux exprimé que l'auteur goûte mieux la prairie alpine aux sommets et glaciers de l'Oisans. C'est tout le paradoxe de cet ouvrage qui arrive presque trop tard, alors qu'il voulait justement faire connaître cette région montagneuse. Mais, ce n'est plus la même montagne que veulent connaître ses contemporains. Il suffit de comparer ces lignes aux premiers textes et guides d'Adolphe Joanne (en 1860 dans le Tour du Monde ou en 1863, dans le premier guide Joanne de la région) pour voir que l'on vient de changer d'époque dans la vision de la montagne, en particulier lorsque on l'applique à l'Oisans. Pour finir et illustrer notre propos, il suffit de lire le chapitre consacré à la Grave. On y parle du village, des glaciers, de la pauvreté du pays, mais jamais de la Meije, comme si elle n'existait pas. Comme son lointain prédécesseur sur cette route, Colaud de la Salcette, la fascination pour les glaciers masque les sommets qui les surmontent. Colaud écrivait en 1784, le Dr Roussillon 70 ans plus tard !


Pour être complet, il parle une seule fois plus explicitement des sommets, lorsqu'il évoque la vue depuis le Galibier : "A cette hauteur, les sommités qui couvrent l'horizon ressemblent à de gigantesques fantômes, errant dans l'espace et rapprochant du spectateurs leurs fronts menaçants. On les regarde avec une sorte de complaisance mêlée d'effroi; on prend un secret plaisir à se trouver presque leur égal. Tout autour d'eux, une immensité silencieuse et terrible imprime à l'âme des émotions qu'il faut avoir senties pour les comprendre".

Ce court extrait donnera un aperçu du style de l'auteur. On y retrouve sa pensée fixe de comparer l'Oisans à la Suisse.
"Cet aspect général de la vallée d'Oisans n'a pas, il est vrai, le charme de certaines vallées suisses, mais il n'en a pas non plus la monotonie des couleurs. Là, ce sont des toiles brillantes qui n'expriment souvent qu'un seul sujet; ici, au contraire, c'est une succession de tableaux dont chacun contient tous les genres à la fois. Si le regard n'est pas toujours égayé, la pensée est continuellement excitée, l'imagination toujours satisfaite, par cet appareil de contrastes pompeux".
En lisant ces quelques mots, on comprend qu'Adophe Joanne, dans une critique sévère de l'ouvrage, note qu'on trouve des phrases inutiles et que le Dr Roussillon devrait visiter la Suisse avant de la comparer à l'Oisans.



Sans analyser longuement l'ouvrage d'Aristide Albert, on peut dire qu'ils sont semblables par le peu de place qu'ils consacrent chacun à la haute montagne, mais que les deux auteurs diffèrent par la vision qu'ils en donnent. Pour reprendre les termes popularisés par Claire-Eliane Engel, on peut dit qu'Aristide Albert, c'est "les monts sublimes" et le docteur Roussillon "les monts affreux". De ce point de vue, la sensibilité d'Aristide Albert est plus moderne que celle du docteur Roussillon, alors même que les deux hommes sont presque contemporains.