samedi 26 mai 2012

Quelques œuvres de Joannès Drevet et Joanny Drevet

Ce jeudi, une étude lyonnaise dispersait un riche ensemble des illustrateurs Joannès Drevet et Joanny Drevet, son fils. Parmi les 99 lots, on trouvait évidemment beaucoup d'ouvrages illustrés par l'un ou par l'autre, mais aussi de nombreuses gravures et, surtout pour Joannès Drevet, de nombreuses aquarelles. Des vacances opportunes m'ont permis de me rendre à la vente et de faire quelques acquisitions.

Commençons par Joannès Drevet. Né à Lyon en 1854, il y est mort en 1940. Il a très largement représenté sa ville natale, en particulier dans ce monument qu'est Le Lyon de nos pères, d'Emmanuel Vingtrinier. J'imagine que tous les amoureux de Lyon cherchent à posséder cet ouvrage, malgré le côté souvent très sombre des illustrations de Joannès Drevet. Mais il est une autre facette du personnage, celle de l'aquarelliste qui a peint de nombreux paysage du Lyonnais, du Dauphiné et des Alpes. Cette facette est plus lumineuse et plus joyeuse que celle du graveur. Le style des trois aquarelles de lui que je viens d’acquérir à cette vente nous le prouvera.

La première, la plus belle à mon goût malgré l'apparente banalité du sujet, est celle-ci :


Elle représente la vallée de la Guisane, depuis la route du Lautaret, en descendant vers Briançon. Lorsque je parle de banalité du sujet, je veux simplement faire remarquer que cette aquarelle s'abstient de tout pittoresque ou spectaculaire. Aucune montagne identifiable, aucun lieu connu, aucune présence humaine, mais une simple vue de la vallée avec la route sur la gauche et le ciel (le bleu du ciel briançonnais !) au fond. Mais quel jeu et quelle harmonie de couleurs !

Les deux suivantes sont des paysages non identifiés. La première ne m'évoque rien, peut-être le Champsaur, mais on m'a parlé de Val d'Isère. La seconde me semble clairement dauphinoise, voir haut-alpine, tant par la forme du clocher (avec les 4 petites flèches dans les angles de la base qui porte la flèche principale), que par le style des maisons. Si un lecteur reconnaît un de ces paysages, je suis intéressé.



Avant de passer au fils, je rappelle seulement que j'avais présenté il y a quelques temps une petite plaquette en hommage à Joannès Drevet où étaient mises en valeur sa peinture et ses aquarelles qui reprennent beaucoup de souvenirs de ses séjours en Savoie, Dauphiné, Hautes-Alpes. L'aquarelle de couverture représente Pont-du Fossé dans les Hautes-Alpes :



Son fils Joanny Drevet (1889-1969) a laissé une œuvre gravée extrêmement importante, en particulier sur la Savoie et le Dauphiné. C'est ainsi que j'ai pu enrichir ma collection de trois gravures :

Ancien Chalet Bonnabel au Lautaret
C'est une vue du col du Lautaret avec le massif de la Meije dans le fond.

Les Ecrins et le Hameau des Etages
C'est une vue prise dans la vallée de la Bérarde.

La Romanche
C'est une vue prise sur la route du Lautaret en montant depuis Bourg d'Oisans (ou Grenoble). On se trouve dans la gorge de Malaval.

En dehors de cet ensemble Drevet, la vente offrait quelques ouvrages intéressants sur le Dauphiné et la Savoie. Je n'ai pas été aussi chanceux (ou assez dépensier) pour ramener quelques ouvrages pour ma bibliothèque, à une exception dont je parlerai dans un prochain message.

vendredi 11 mai 2012

Quelques "petites" trouvailles...

Après ce salon du livre ancien du Grand Palais, occasion de voir et découvrir plein de beaux et rares livres, on peut reposer les yeux (et le portefeuille) sur ces petites trouvailles qui font souvent mon bonheur.

La première est un lot de 6 cartes de la Routes des Alpes, cette route touristique à travers les Alpes depuis Nice jusqu'au Léman. On ne compte pas le nombre de livres, brochures, dépliants, cartes qui ont été édités sur cette route, souvent sous l'égide de la compagnie P.L.M. (à vérifier, mais c'est peut-être cette compagnie qui a été à l'initiative de ce parcours touristique en voiture qui permet de découvrir toutes les Alpes françaises de l'intérieur).

Les 6 cartes qui illustrent les 6 étapes de la route se présentent pliées, recouvertes d'une chemise en carton oblongue illustrée au recto et au verso de dessins des paysages traversés. Le choix des paysages est des plus classiques. Ce n'est pas cela qui en fait le charme. C'est tout simplement le style, très années 40 (mais si quelqu'un sait être plus précis sur le style, je suis preneur). Plutôt que de tenter de décrite le style, je préfère vous faire découvrir quelques-uns de ces dessins :

 La Meije

 Château-Queyras

 Briançon, la Grande Gargouille

Le château de Vizille

La Grande-Chartreuse

L'Aiguille Verte et les Drus

La deuxième trouvaille est une édition du Guide-Joanne de 1910 sur le Dauphiné où un certain R. Richard, du Groupement de Haute-Montagne (G.H.M) du Club Alpin Français, a dessiné une belle vue de la face sud de la Meije sur la page de garde. C'est tout simple, mais ça me plaît !


Guide-Joanne, Dauphiné, couverture.

Guide-Joanne, Dauphiné, page de titre.

Détail du dessin de la face sud de la Meije.

samedi 5 mai 2012

Message de circonstance !

Comme chacun sait, en cette veille de deuxième tour des présidentielles, c'est la trêve de la politique. Comme sur ce blog je ne parle jamais de politique, j'ai décidé, pour une fois, afin d'être à contre-courant, de vous présenter un petit ouvrage très politique. C'est un livre que j'ai déniché dans mes chines. Le titre est déjà un programme en soi :
Faut-il fusiller 300 000 ouvriers en France? L'abolition des castes sociales. La méthode de travail. Les Eglises laïcisées. La libre pensée. La défense dans la République.


L'ouvrage n'est pas daté, mais la préface est datée d'août 1905 et 1906 apparaît sur la couverture.

Pourquoi cet ouvrage a-t-il attiré mon attention ? Il était disponible chez Louis Manent, à Guillestre dans les Hautes-Alpes, un endroit où l'on n'imaginerait pas que pouvait se diffuser ce type de littérature. Le seul exemplaire disponible dans les bibliothèques publiques (CCFr) se trouve dans le fonds dauphinois de la Bibliothèque Municipale de Grenoble.


Au-delà de tout cela, ce livre est un peu un mystère. Même si Clovis Hugues l'a préfacé (voir la notice biographique de Clovis Hugues, une des figures du socialisme méridionale à la fin du XIXe siècle : cliquez-ici), je n'ai pas trouvé d'informations supplémentaires sur ce livre. L'auteur, dont le nom n'apparaît qu'à la fin de l'ouvrage, est Théophile Mital. Malgré mes recherches, je n'ai rien trouvé sur cette personne. Quant à Louis Manent, je fais des recherches sur les Hautes-Alpes, mais pour le moment, rien dans les ouvrages sur les Hautes-Alpes. Il faut savoir que le mouvement ouvrier était peu actif dans les Hautes-Alpes. Sauf erreur de ma part, il n'existe pas d'histoire du socialisme dans les Hautes-Alpes. A peu près à la même époque, en 1907, il y a eu une grève très dure à l'usine de la Schappe à Briançon, la plus grande usine dans les Hautes-Alpes à l'époque. Ces deux images extraites d'un article dans le Bulletin de la Société des Hautes-Alpes de 2003 illustrent ce mouvement social :



Pour finir, la petite phrase au pied de la couverture est tout un programme en ces périodes ! :
Si, dans l'accord parfait, l'intelligence de tous les hommes agissait méthodiquement, l'Humanité pourrait atteindre au bonheur.
Complément

Depuis la publication de ce message, j'ai fait quelques recherches dans les recensements et l'état civil des Hautes-Alpes. Je pense en savoir plus sur Louis Manent.

En 1906 à Guillestre, vivaient trois membres de la famille Manent :
- Léon Manent, âgé de 34 ans, célibataire, instituteur, logé au Groupe scolaire de Guillestre.
- David Fié, 34 ans, aussi instituteur, et sa femme Louise Manent, sœur du précédent. Leur mère Rosalie Illy, veuve Manent, vivait avec eux. Ils vivent aussi au Groupe scolaire.
- Louis Manent, 24 ans, carrossier, qui vit seul au Barry, un quartier de Guillestre.
Il est probable que ce Louis Manent est celui chez qui on peut trouver cet ouvrage.

D'autres recherches montrent que cette famille est originaire de Saint-Genis, dans le sud des Hautes-Alpes. Les parents Léon Manent et Rosalie Illy se sont mariés en 1870. Ils étaient cultivateurs. Apparemment, ils ne pouvaient pas en vivre et on les retrouve dès 1875 à Montéglin où lui travaille sur le chantier du chemin de fer des Hautes-Alpes, comme poseur de rails, et elle comme garde-barrière. Visiblement, ils suivent l'avancée de la construction du chemin de fer, car ils habitent quelques temps à La Freissinouse, près de Gap, puis on les retrouve à Guillestre. C'est donc un milieu de cultivateurs prolétarisés, qui réussissent tout de même à ce que deux de leurs enfants, Léon et Louise, accèdent à un statut supérieur comme instituteurs.

Ces informations apportent quelques éléments sur le milieu où se trouvait ce livre, mais laissent beaucoup de question en suspens. Qui a véritablement écrit ces pages ? Comment un carrossier a pu se trouver le diffuseur d'un tel ouvrage dans les Hautes-Alpes ? J'émets l'hypothèse que Théophile Mital n'existe pas, mais que ce n'est qu'un pseudonyme pour Léon Manent l'instituteur. Pourquoi ne serait-ce pas Louis Manent lui-même ? A la lecture du texte, on n'imagine pas un homme de 24 ans écrire ces pages. La culture d'un instituteur était sûrement indispensable. Probablement pour se protéger comme fonctionnaire, Léon Manent a préféré laisser son frère, artisan, mettre son nom sur cet ouvrage. Tout cela n'est que conjectures...

Pour finir, j'ai trouvé quelques infos sur Internet :
- La référence d'une lettre de Louis Manent, annonçant ce livre,dans La dépêche des Alpes, du 5 & 18 août 1906 (cliquez-ici).
- une page consacrée à l'imprimerie communiste d'où est sorti cet ouvrage : L'Emancipatrice (cliquez-ici et cliquez-là).

mardi 1 mai 2012

Trouvailles dauphinoises au salon du livre ancien du Grand-Palais

C'est devenu un rituel. Comme toutes les années, je suis allé au salon du livre ancien du Grand Palais, exceptionnelle réunion d'ouvrages anciens, où l'on peut voir quelques uns des plus beaux livres actuellement en vente sur le marché.Ces deux amis blogeurs ont fait leurs comptes-rendus (voir ici et ). 

Chez le même libraire, j'ai déniché  deux ouvrages qui sont venus rejoindre ma bibliothèque. Le premier est un bel exemplaire d'un recueil de 8 lithographies en camaïeu qui illustrent un album sur la Salette. Pour ceux qui l'ignorent (et ils sont sûrement peu nombreux), la Vierge est apparue à deux enfants en 1846 à la Salette, un petit village au dessus de Corps, entre Grenoble et Gap. C'est rapidement devenu un lieu de pèlerinage et donc l'objet de nombreux guides.

Adolphe Maugendre (1809-1895), célèbre illustrateur et lithographe normand, publia ce recueil avec le libraire Merle de Grenoble en 1863 :
La Salette. Album composé de 8 vues dessinées d'après nature et lithographiées par A. Maugendre, accompagné d'un texte descriptif par Mr. l'abbé ***

La plus célèbre des lithographies est cette représentation de la place Grenette à Grenoble. C'était (et c'est encore) une des places centrales de la ville, une des plus animées. C'étaient de là que partaient les diligences, dont celles qui desservaient la Salette.


Pour les stendhaliens, l'immeuble qui occupe le fond de la place à gauche abritait l'appartement du grand-père de Stendhal, le bien aimé docteur Gagnon.Il en parle abondamment dans la Vie de Henry Brulard. J'aime beaucoup ces lithographies vivantes, avec ces petites scènes de genre : le départ de la diligence, les promeneurs, le militaire, le charretier, le gamin badaud, etc. J'y suis d'autant plus sensible qu'à cette époque-là, mes ancêtres ardéchois (eh oui !, j'ai des ancêtres ardéchois) vivaient dans la petite rue qui part au fond à gauche, près de la voûte qui donne accès au jardin de la ville. C'est peut-être mon ancêtre, qui était commissionnaire en peaux pour la ganterie grenobloise, que l'on voit sur la place !

Autre lithographie, cette vue de Corps :


et du lieu de l’apparition :


L'ouvrage se présente sous un cartonnage (légèrement sali, alors que l'intérieur est très frais) :


La page de titre est aussi une lithographie :



(remarque : malheureusement, les scans des lithographies ne rendent pas les nuances des couleurs).

L'autre achat est une de ces petites études d'érudition locale, publiée dans une revue savante dauphinoise et tirée à part à petit nombre (125). Il s'agit de :
Les allures et les mœurs de MM. de Maniquet et Audeyer, gentilshommes dauphinois. Contribution à l'étude de la vie domestique au XVIe et au XVIIe siècles, par Pierre Saint-Olive


 avec sa jolie couverture rose conservée :


dans sa reliure en demi-maroquin rouge à coins :


C'est l'exemplaire n° II des 25 exemplaires de tête, sur vélin à la cuve BFK.

J'en parlerai plus longuement lorsque je le décrirai. Il s'agit du récit des démêlés judiciaires au sein d'une famille de la petite noblesse locale, noblesse en cours de déclassement :
Durant quatre ou cinq ans, de 1696 à 1701, tout Grenoble et toute la vallée du Grésivaudan, de Barraux à La Tronche, s'en amusèrent. Les inculpés étaient d'un rang suffisant et nécessaire pour attirer l'attention des grands; par leurs relations de famille, ils se plaçaient au-dessus du commun; par leur vie quotidienne, ils étaient plus proches du paysan que du grand seigneur; d'où les brocards d'en haut et l'attention gouailleuse d'en bas qu'excitait le caractère tragi-comique et acharné des poursuites. Une belle-mère tente de faire assassiner son gendre : le gendre raconte « pis que pendre » de sa belle-mère : en faut-il plus pour devenir le point de mire de la malignité publique?
Pour revenir au Grand-Palais, je vous renvoie aux 4 comptes-rendus de mes visites précédentes :
Salon 2008, un compte-rendu succinct, pour un ouvrage acheté cette année-là dont j'ai parlé plus longuement ici.
Salon 2009, un compte-rendu plus complet.
Salon 2011, où je parle plus des livres que je n'ai pas achetés, et pour cause, j'étais revenu bredouille...

vendredi 6 avril 2012

Théâtre religieux en Briançonnais au début du XVIe siècle

Dans les premières années du XVIe siècle, le Briançonnais vit une floraison de représentations de vies des saints, généralement appelées des mystères. Ces représentations théâtrales, interprétés par les habitants mêmes des paroisses, étaient dont écrites en provençal haut-alpin, pour les rendre compréhensible par tous, et étaient transposées à l'époque contemporaine, pour leur donner un caractère plus pédagogique et édifiant. Ces représentations ont fait l'objet de copies contemporaines qui ont été longtemps conservées dans les archives des communes ou des paroisses. Découverts à la fin du XIXe siècle par les archivistes des Hautes-Alpes ou les curés des lieux (M. Bing, abbé Paul Gauillaume, abbé J. Fazy), ces mystères ont fait l'objet  de publications savantes, essentiellement sous les auspices de la Société d'Etudes des Hautes-Alpes. Ce sont des témoignages rares et inestimables du parler de ces régions et, de façon plus indirecte, des témoins des mentalités des Hauts-Dauphinois en ce début de XVIe siècle, quelques années avant l'apparition de la Réforme.

J'ai donc peu à peu rassemblé dans ma bibliothèque ces publications savantes, qui sont autant de témoin d'une très active vie religieuse locale et, chose plus rare, des témoins du parler local. La liste des mystères publiés, par ordre de représentation ou de copie, est :
- Histoire de saint Antoine, 1503.
- Moralité de saint Eustache, 1504.
- Histoire de saint Pierre et saint Paul.
- Histoire de saint Pons.
- Passion de saint André, 1512.
- Histoire de la translation de saint Martin.
- Histoire de saint Barthélémy.

A cette liste de mystères, provenant tous du Briançonnais, on peut ajouter ce dernier texte, provenant de l'Embrunais. Il s'en distingue par le dialecte utilisé (Embrunais, au lieu de Briançonnais), mais aussi par le sujet. Tous les mystères du Briançonnais correspondent à des vies des saints, alors que celui-ci se rapporte à un épisode de la vie du Christ; extrait des Evangiles :
- Les Rameaux : 1531

Les différents exemplaires que je possède sont :

Le mystère de Sant Anthoni de Viennès publié d'après une copie de l'an 1503 et sous les auspices de la Société d'Etudes des Hautes-Alpes, par l'abbé Paul Guillaume
Gap et Paris, 1884


Mystère en provençal briançonnais de 1503, découvert en 1881 par l'abbé Guillaume dans les archives de Névache (Hautes-Alpes). Le texte du mystère fait 3965 vers. 
C'est la publication qui contient le plus de documents annexes.
Critiqué sur la méthode de publication de ce texte, l'abbé Guillaume précise que cet ouvrage "est moins une œuvre d'érudition qu'une œuvre de vulgarisation".
Jacques Chocheyras (voir ci-dessous) consacre une longue notice à ce mystère, qu'il considère comme l'un des plus intéressants. Au terme de son analyse, il conclut que l'original a été composé dans un établissement antonin de la vallée de la Durance, puis est arrivé dans le Briançonnais par un moine itinérant qui remontait la vallée. Le texte aurait été adapté à Briançon. Il aurait aussi eu une visée missionnaire à l'époque même où les Franciscains tentaient de purger les hautes vallées de l'hérésie vaudoise.

Le mystère de saint Eustache joué en 1504 sous la direction de B. Chancel, Chapelain du Puy-Saint-André, près Briançon (Hautes-Alpes) et publié par l'abbé Paul Guillaume
Gap et Paris, 1883

Le mystère de saint Eustache a été découvert par l'abbé Fazy en juin 1878 dans les archives de Puy-Saint-André et a été publié par l'abbé Guillaume dans la Revue des langues romanes C'est le seul des mystères qui a fait l'objet d'une traduction en français.

Istoria Petri & Pauli. Mystère en langue provençale du XVe siècle publié d'après le manuscrit original, sous les auspices de la Société d'Etudes des Hautes-Alpes par l'abbé Paul Guillaume 
Gap et Paris, 1887

 Le mystère de saint Pierre et saint Paul a été découvert en 1865 par M. Bing, archiviste des Hautes-Alpes, dans les archives de Puy-Saint-Pierre, avec le mystère de Saint-Pons.


Mystère de Saint-André, par Marcellin Richard, 1512. Publié avec une introduction, une nomenclature des documents en langue vulgaire connus dans les Hautes-Alpes, et un petit glossaire par l'abbé J. Fazy
Aix, 1883


Le mystère de saint André a été découvert par l'abbé Fazy en 1878 dans les archives de Puy-Saint-André, avec celui de saint Eustache. Il semble y avoir eu une sourde lutte entre les abbés Fazy et Guillaume autour de la publication de ces mystères. Cela donna ensuite lieu à un échange polémique.


Les Rameaux.Mystère du XVIe siècle en dialecte embrunais, publié avec une introduction et des notes par Louis Royer et suivi d'une esquisse philologique et d'un glossaire par A. Duraffour. 
Gap, 1928 

Mystère en provençal haut-alpin (Embrunais). Il met en scène l'épisode de l'arrivée du Christ à Jérusalem et le repas chez Simon une semaine avant Pâques (les Rameaux), en situant l'action à l'époque de la rédaction du mystère. Cela nous offre des scènes de la vie quotidienne de cette époque. Rédigé par le carme Decressent en 1529 et copié en 1531 par un certain Faure, il n'a jamais été joué, à cause de la médiocrité de sa rédaction et de son style : Factura nihil valet. C'est cependant un témoignage sur le parler embrunais au début du XVIe siècle et sur l'expression de la vie dans l'Embrunais à cette époque.


Pour voir une description détaillée de ces ouvrage, cliquez-ici.
On peut aussi consulter une page Wikpiédia qui leur est consacrée : Mystère briançonnais.

L'ouvrage récent de référence est l'étude de Jacques Chocheyras :
Le théâtre religieux en Dauphiné du Moyen Age au XVIIIe siècle (Domaine français et provençal). 
Genève, Librairie Droz, 1975.

C'est une étude qui porte sur trois secteurs de l'ancien Dauphiné : Grenoble et le Bas-Dauphiné, la vallée de la Doire en amont du Pas de Suse et le Haut-Dauphiné, avec le Briançonnais et l'Embrunais. Pour ce dernier secteur, il analyse tous les mystères haut-alpins en langue provençale : origine, histoire, langue, etc., suivi d'une description analytique du contenu. L'auteur s'attache à déterminer la filiation de tous ces mystères depuis des originaux de la Basse Provence. La Section II. Haut-Dauphiné.(pp.65-116), étudie plus particulièrement les Mystères du Briançonnais. Le sous-titre de cette section est, en soi, un résumé de la thèse de l'auteur : Les arrangeurs des campagnes : les Mystères en provençal du Briançonnais représentés au début du XVIe siècle. Elle contient un historique de tous les mystères cités ci-dessus. En annexe, l'auteur donne une analyse critiques de ces mystères (pp.165-197). La bibliographie reprend les éditions princeps de ces textes (pp. 299-300) et une recension des comptes-rendus correspondants (pp. 306-307). Dans sa conclusion, l'auteur s'attache à démontrer que tous ces mystères sont des transcriptions en provençal haut-alpin de textes élaborés en Haute-Provence. Ils auraient suivi la voie des pèlerins et des artistes en route pour l'Italie par le col du Montgenèvre. Ils auraient aussi servi de contre-propagande à l'encontre des Vaudois qui habitaient ces hautes vallées, dont les croyances réfutaient l'existence des saints. C'est ainsi qu'il répond à la question qu'il posait en introduction : "comment s'explique la représentation de ces mystères en ce lieu et à cette époque ?" En effet, la concentration de ces mystères sur une durée aussi courte et sur un territoire aussi restreint est un phénomène unique. J. Chocheyras fait aussi un parallèle entre ces mystères et la multiplication des peintures murales dans les églises et chapelles rurales. A la différence de l'abbé Paul Guillaume, il ne fait pas un lien direct, mais conçoit les deux démarches comme la manifestation d'un même phénomène. 


Comme souvent pour ce type d'ouvrages d'érudition, on les trouve soit sous forme brochée, soit dans des reliures modestes. Le mystère de Sant Anthoni de Viennès est recouvert d'une demi basane rouge. 


Un ensemble de 5 ouvrages (mystères et publication associée) a été relié par Sicard, à Digne, 1936, pour Elzéar Lieutaud (Volonne 1881 - Laragne 1947), juge de paix à Laragne. Il était le fils du félibrige Victor Lieutaud (1844-1926). 


C'est une reliure solide en basane marron. 

Pour finir, ces publications ont donné lieu à des échanges polémiques entre l'abbé Guillaume, archiviste des Hautes-Alpes, Joseph Roman, avocat et érudit local, mais aussi avec l'abbé J. Fazy, simple curé qui se hasardait dans la carrières de l'érudition locale. Cela donna lieu à la publication de multiples plaquettes qui sont un bon témoignage de l'âpreté des luttes entre érudits locaux, pour acquérir la prééminence au sein de l'historiographie des Hautes-Alpes. 

samedi 24 mars 2012

Deux dessins de l'Oisans

Aujourd'hui, petite trêve dans la bibliophilie dauphinoise, pour parler de deux dessins récemment acquis. Trouvés sur un célèbre site d'enchères en ligne, pour un prix à la limite du dérisoire, ils représentent deux vues de l'Oisans. Comme je l'ai déjà expliqué ici, les dessins, peintures, gravures, etc. représentant cette région des Alpes sont rares jusqu'au milieu du XIXe siècle. Cela donne d'autant plus d'intérêt à ces deux dessins au crayon. De bonne facture, ils sont signés d'un simple "N" et datés de 1859.

Le premier est un paysage de l'Oisans, croqué soit depuis la plaine de Bourg d'Oisans, soit depuis la vallée de l'Eau d'Olle (il faut que j'y retourne, dessin en main, pour parfaire l'identification, autrement dit, il est temps d'y aller en vacances).



Le deuxième représente la voie romaine de l'Oisans. Je n'ai pas complétement identifié le lieu, mais il doit s'agir du début de la vallée de la Romanche, dans la partie que l'on appelle l'Infernet. Il existe encore des vestiges de la voie romaine, en particulier la porte de Bons.




dimanche 18 mars 2012

Un achat particulier (pour moi) à Drouot : les Transactions du Briançonnais, de 1645.

Acheteur régulier, je reçois des catalogues de ventes aux enchères. Il y a deux ou trois semaines, j'ai reçu le catalogue d'une vente de livres anciens assez généraliste, opérée par la SVV Ader Nordmann, le 13 mars 2012 (expert : Eric Busser).


Je feuillette le catalogue et mon regard est arrêté par un ouvrage qui a tout pour m'intéresser :  Les Transactions d'Imbert, Dauphin de Viennois, Prince du Briançonnais, etc.


Je lis la notice de l'ouvrage (lot n° 56) et, belle et flatteuse surprise, je reconnais ma prose et vois mon nom, comme référence :


L'expert de la vente s'est référé à la notice que j'ai consacrée à l'édition de 1641 de cet ouvrage (pour plus de détails, cliquez-ici), qui avait aussi fait l'objet d'un message sur ce blog :  Deux impressions anciennes de la charte de franchise du Briançonnais, en 1641 et 1788.

La vente proposait l'édition de 1645 que je n'avais pas. Je n'ai pas hésité longtemps pour participer. Après une courte et peu disputée enchère, j'ai acquis cet ouvrage, qui vient utilement compléter ma bibliothèque qui comprenait déjà les éditions de 1641 et 1788 de cette Charte de Franchise du Briançonnais. 



Je lui ai consacré une page (cliquez-ici). On y retrouve les mêmes textes que dans l'édition de 1641, ensemble de textes qui ont pour but de justifier les droites et privilèges du Briançonnais. Au delà de la reprise de ces documents, cette édition se justifie surtout par la publication de la confirmation des privilèges du Briançonnais par le tout nouveau roi de France, Louis XIV (confirmation datée de février 1644). Saine prudence de nos ancêtres qui, à chaque nouveau roi, veillaient à faire reconnaître les droits chèrement acquis de la principauté. Prudence d'autant plus nécessaire que Louis XIV, dans le cadre de sa politique absolutiste, tentera peu à peu de rogner les privilèges des provinces au profit du centralisme royal. Il faudra attendre la Révolution pour parachever le travail de centralisation et d'égalitarisme qu'avait entrepris la royauté, sans toujours se donner les moyens d'y arriver (pour ceux que l'idée d'une continuité entre l'Ancien Régime et la Révolution ne rebute pas, je vous conseille la lecture d'un livre trop (volontairement ?) méconnu d'Alexis de Tocqueville : L'Ancien Régime et la Révolution).

J'avoue avoir trouvé un secret plaisir à acquérir cet ouvrage dont la notice faisait explicitement référence à mon travail de publication de bibliographie dauphinoise sur Internet.  J'ai eu l'impression de boucler une boucle en l'intégrant à ma bibliothèque.

La description de cet ouvrage m'a aussi offert un de ses petits plaisirs que j'affectionne. La page de titre comporte deux ex-libris manuscrits. Le premier que l'on voit bien au centre, encadrant les armoiries, et le second, en bas à droite (on ne le voit pas sur l'image ci-dessus), qui été effacé par mouillage :


Je me suis donné le défi d'identifier ces propriétaires. Pour ceux que cela intéresse, je peux leur expliquer comment j'y suis parvenu, mais j'ai identifié sans doute possible le premier propriétaire. Il s'agit de François Fantin (1619 (?) - après 1695), fils d'un consul de Briançon, dont la signature sur l'acte de mariage de sa fille à Briançon le 14 février 1674 est identique à celle que l'on devine encore sur la page de titre, jusqu'au "f" initiale si caractéristique.


La signature en dessous est celle de sa femme Marguerite Estienne.

Dans ce même acte de mariage, les titres et fonctions de François Fantin sont donnés :


Transcription (en orthographe modernisée) : François Fantin, docteur en droits, avocat au parlement, juge ordinaire des mandements de Bardonnèche et de Névache, garde du petit scel (sceau) de la ville et bailliage de Briançon.
On comprend qu'avec de telles fonctions, il ait eu besoin de posséder un des documents juridiques majeurs du Briançonnais.  C'était presque un outil de travail pour lui.

Pour l'identification de la deuxième signature, c'est plus hypothètique, mais il s'agit peut-être de son petit-fils. Ce qui est sûr est qu'il s'agit d'un docteur en droit, comme l'indique les trois lettre "J. V. D." qu'il a ajoutées en dessous de sa signature : 

C'est l'abréviation de Juris Utriusque Doctor : "Docteur en l'un et l'autre droits", autrement dit en droit canon et en droit civil.