dimanche 16 juin 2013

Une collection d'ouvrages sur Notre-Dame-du-Laus

Je viens de compléter ma petite collection d'ouvrages sur le pèlerinage marial de Notre-Dame-du-Laus, dans les Hautes-Alpes. Ce pèlerinage, qui fait suite aux apparitions de la Vierge à la bergère Benoite Rencurel au XVIIe siècle, a donné lieu à toute une littérature édifiante, qui commence par la publication d'un Recueil historique des merveilles que Dieu a opérées à Notre-Dame du Laus, près Gap, en Dauphiné, par l'intercession de la sainte Vierge, et des principaux traits de la vie de Benoite Rencurel, surnommée la bergère du Laus, en 1736, premier témoignage imprimé sur ces apparitions.


La carcatéristique de cet ouvrage est qu'il en a été donné 4 éditions, toutes à la même date, avec, comme seule constante, le texte central en 16 chapitres qui décrit la vie de la bergère  Benoite Rencurel, le récit des apparitions et des débuts du culte local autour de ces apparitions.

Ces 4 éditions diffèrent pas les pièces ajoutées (Avertissement, Avis au lecteur, Cantate, Fautes à corriger) et par la présence ou non d'un gravure en frontispice représentant l'apparition de la vierge à Benoite Rencurel.

J'ai commencé à les étudier et en analyser les différences. Si on les appelle a, b, c et d, on constate une grande proximité entre l'édition a) qui ne comporte pas de gravure en frontispice :




et l'édition b) :


qui comporte une belle gravure, signée de F. de Poilly :



L'édition c) diffère par la page de titre, même si l'on trouve encore quelques similitudes avec les deux éditions précédentes, malgré la vignette changée :



et par la gravure, qui semble une copie moins fine et inversée de la précédente. La signature a disparu. Est-ce que cette édition est une contrefaçon ? Est-ce une une édition tardive, car certains exemplaires portent une indulgence datée de 1756 ?  En effet, pour ne rien simplifiée, pour une même édition, il y a des différences minimes entre mon exemplaire et ceux que l'on peut consulter numérisés sur Internet.



Il y a enfin l'édition d) qui a une typographie complétement renouvelée et plus "moderne" :



alors qu'au même moment, la gravure sur bois est franchement naïve :



Sans conteste, par la présence de la même indulgence datée de 1756, cette édition est postérieure à cette date, malgré celle de 1736 marquée au titre.

Cette diversité se retrouve aussi dans les conditions :

a) est brochée.
b) est conservée sous un cartonnage, probablement du XIXe siècle.



c) est reliée dans une modeste basane qui a subi les affres du temps. La reliure doit être d'époque.


Elle porte un naïf ex-libris manuscrit  :



d) est conservée sous une reliure romantique, avec un beau dos lisse orné de fleurons romantiques et des plats en percaline portant un motif (probablement une plaque) estampé à froid.

 J'aime beaucoup ces éditions populaires d'un texte qui ne l'est pas moins. Il m'a fallu plus de 10 ans pour rassembler ces 4 éditions (je ne sais même pas si c'est le terme adapté). Je vais les décrire soigneusement et ainsi publier la première description précise des 4 éditions. Il faudra ensuite que je m'attaque aux nombreuses rééditions du XIXe siècle, qui ont été suivies par de nombreuses études et par de pas moins nombreux ouvrages de piété, en particulier au moment du renouveau de ce culte marial, sous le Second Empire.Ce pèlerinage, toujours vivant, a connu une nouvelle actualité sous l'impulsion de l'évêque de Gap Di Faclo et des fameux prêtres dont les chants doivent servir à financer un nouveau centre.

Rq : depuis la rédaction de ce message, j'ai avancé en faisant une étude comparative précise entre les 4 exemplaires que vous pouvez consulter sur cette page (cliquez-ici) et plus particulièrement dans ce tableau comparatif (cliquez-ici).

Pour finir, quelques images glanées sur Internet :



samedi 8 juin 2013

Le loup dans les Hautes-Alpes ... et dans les livres

Les Loups ministres de la cholere de Dieu, lesquels ces années passées ne couroient aux chairs humaines, que de l'Embrunois sans endommager les voisins ne l'estranger qui y frequentoit, ne mesme sortir des limites de cette principauté là, commencerent enfin de venir faire leurs courses et leurs ravages dans nos terres, s'en prendre aux Chrestiens Briançonois, qui sont deça le Mont-Genevre, et par ainsi du mesme Diocese. Une jeune fille en Queyrieres fut la premiere qu'ils mirent en pieces et emportarent la nuict sur les marches de l'Embrunois. Un loup fut sinon si apprivoisé. Puisque, lupus cicur fieri non potest, dit sainct Basile, du moins si hardy, que de venir le soir dans sainct Martin Queyrieres, mettre sa teste à la fenestre d'un establat pleine de gens, et puis lutter avec une villageoise, laquelle en estant quelques heures apres sortie pour aller où elle estoit requise en personne, il la saisit, et elle, le Loup, et ne sçeut se defendre si bien, ne le soudain secours, qui à son cry accourut, que cet animal n'emportat partie des fesses par où il l'avoit surprinse.
Ces quelques lignes, parfois obscures, introduisent le chapitre Ravages des loups, d'un ouvrage paru en 1639 :
Essais d'Antoine Froment advocat au Parlement du Dauphiné sur l'incendie de sa patrie, les singularitez des Alpes en la principauté du Briançonois, avec plusieurs autres curieuses remarques sur le passage du Roy aux Italies, ravages des loups, pestes, famines, avalanches, embrasements de plusieurs villages, y survenus de suite.
Grenoble, Pierre Verdier, Imprimeur du Roy, M. DC. XXXIX (1639), in-4°, 300 pp.

Je ne cite pas la suite qui n'est qu'une litanie sur les faits et méfaits du loup, qui se poursuit dans ce style indigeste que j'épargne au lecteur, à l'exception de cette petite notation :
Un autre Loup fut si osé et si delicat, que de venir à plein jour presque au mitan dudit village de Chante-Merle, boire à la barbe de la fontaine parer le groin à la cheute de l'eau et s'en retourner hardiment.
Elle m'a remémoré ces deux photos spectaculaires : un loup au Plan-de-Phazy, près de Guillestre. Ces photos, prises par un agent de l'ONF durant l'hiver 2009, démontrent, s'il en était besoin, que le loup est bien présent dans les Hautes-Alpes.


Artistide Albert a republié ce texte en 1868, avec des notes :


Reproduction de la page de titre de l'édition originale de 1639


A propos des loups, A. Albert précise :
Depuis environ trente années, les loups ont presque complètement disparu du Briançonnais. De temps à autre, on en signale quelques-uns dans le canton de l'Argentière, venus du Champsaur ou du Valgaudemard, par la gorge du Fournel.
Dans toute la littérature ancienne, le loup n'est qu'un animal dangereux, nuisible, qu'il faut chasser et exterminer.

On pourrait trouver de très nombreuses citations sur le loup dans les Hautes-Alpes et dans nos montagnes, mais tel n'est pas mon propos aujourd'hui. Comme vous le savez, le loup est revenu dans les Hautes-Alpes, et plus généralement en France. Cela a donné l'idée à Jean-Michel Bertrand de partir à sa chasse, non pas pour l'exterminer comme aimait le décrire nos anciens, mais pour le débusquer dans sa cache et le filmer. Il nous a déjà donné une très belle évocation de l'aigle dans les Hautes-Alpes, dans le film Vertige d'une rencontre. Il part maintenant à la poursuite du loup et, pour cela, il fait appel à l'aide des internautes pour financer une partie de son film, selon le principe du "Crowdfunding", pour ceux qui aiment les concepts modernes et les mots qui les accompagnent.



Si vous êtes tentés d'aider ce projet, rendez vous sur le site de TousCoprod en suivant ce lien : cliquez-ici. (Attention, il reste 12 jours !) Même si vous ne voulez pas participer, vous pouvez y aller pour voir la belle bande-annonce et quelques actualités sur la poursuite du loup.

Pour terminer ce message, juste un commentaire. Dans les Hautes-Alpes, le sujet du loup est extrêmement émotionnel et, comme l'on dit dans le jargon actuel, très clivant. Autrement dit, il y a ceux qui sont pour et ceux qui sont contre. Le fait qu'aujourd'hui j'apporte ma modeste contribution à la promotion de ce film animalier ne préjuge en rien de ma position, dans cette échiquier politique (parce que, malheureusement, il s'agit aussi de cela) du sujet.

Pour finir sur un animal plus consensuel, ces quelques photos de bouquetins au-dessus de la route du Lautaret. Je les ai prises il y a quelques semaines pendant mes vacances. La chasse photographique du bouquetin est plus paisible que celle du loup !












 

dimanche 2 juin 2013

Un fou littéraire haut-alpin

Le 2 avril 1808, en fin d'après-midi, la paisible ville de Gap fut troublée par un tremblement de terre qui réveilla tout d'un coup des inquiétudes au sein de la population. Certains se souvinrent alors d'une prophétie de Nostradamus (laquelle ?) qui prédisait une engloutissement de la ville de Gap. En ces temps de prospérité impériale, il n'était pas admissible que la quiétude d'une tranquille préfecture de l'Empire soit perturbée par de tels événements. C'était sans compter sur un juge du tribunal de Gap, probablement légèrement inoccupé, Jacques François Joseph Rochas qui prit aussitôt sa plume et sa science pour rassurer ses concitoyens. A peine un mois plus tard, il produisit des : Observations sur les tremblemens de terre, contenant quelques détails relatifs à la capitale des Hautes-Alpes et aux contrées du département du Pô, dans lesquelles les phénomènes du 2 avril dernier et jours suivants du même mois ont fait éprouver des alarmes, par M. R***.
En 12 propositions, il développa sa démonstration : les tremblements de terre sont provoqués par des feux électriques ou foudres, qui se propagent par des souterrains. Il put donc affirmer : Gap est à l'abri des feux souterrains, ainsi que des inondations.
Je ne résiste pas au plaisir de donner la liste exhaustive des 12 propositions :
1. Ce n'est que depuis le déluge universel arrivé sous Noë , que les tremblemens de terre se sont manifestés sur notre globe.
2. On peut en tout pays parvenir à lever la carte des grottes et souterrains qui ont été le siège des derniers tremblemens de terre, et en tirer des éclaircissemens pour ceux avenir.
3. Route qu'à tenu le feu du tremblement de terre du 2 avril 1808 et jours suivans, dans partie des état de Napoléon et des cantons Helvétiques
4- Jusqu'ici les assertions qu'on a données sur la direction des tremblemens de terre ne sont que des conjectures incertaines. Plan d'une machine fort simple qui doit infailliblement indiquer la direction des feux souterrains toutes les fois qu'on éprouvera un tremblement de terre;
5. Les mouvemens que le tremblement de terre impriment quelquefois aux cloches et sonnettes suspendues, ne peuvent-ils pas être déterminé par toute autre cause immédiate que la secousse qu'éprouvent les édifices ?
6. Gap est à l'abri des feux souterrains.
7. Cette ville est de même à l'abri des inondations aussi bien que peut l'être toute autre ville en général.
8. Les tremblemens de terre arrivent plus fréquemment aux environs des deux equinoxes.
9. L'apparition ou disparition spontanée des sources d'eau commune ne prouve pas la proximité du souterrain qui conduit le feu du tremblement de terre, et encore moins la proximité du foyer.
10. Les tremblemens de terre qui se font ressentir en plusieurs lieux presqu'au même instant et à d'assez grandes distances, ne peuvent avoir que le feu électrique pour agent principal.
11. Les moyens jusqu'ici proposés par les physiciens à l'effet de délivrer certains territoires des tremblemens de terre trop fréquens, en facilitant l'éruption des feux volcaniques, paraissent les uns insignifians, les autres au-dessus des forces humaines.
12. Les tremblemens de terre sont aujourd'hui pour nous des événcmens naturels et l'on ne saurait rien observer dans les météores, ni dans l'instinct des animaux qui soit capable de nous servir de présage à ce sujet.
Ce brave juge aurait pu en rester là. Il faut croire que sa notabilité l'a protégé des quolibets et critiques, car un mois après, il complèta son "œuvre" par un Supplément aux précédentes Observations sur les tremblemens de terre et fit donc paraître anonymement, comme le premier :
Nouveau pas sur les sentiers de la nature. Concernant les causes physiques des secousses réitérées des Tremblemens de terre. Système sur la matérialité de l'axe du globe terrestre; Le tout accompagné de quelques particularités qui ont rapport aux Sciences Physiques, Naturelles, et à l'Antiquité, traits d'Histoire et Réflexions morales.
Ouvrage utile à l'enseignement de la Jeunesse.
Par un habitant des Hautes-Alpes.
Gap, J. B. Genoux, Imprimeur, 5 mai et 25 juin 1808, in-12, [2]-292 pp.

L'ouvrage est indescriptible. Je vous laisse découvrir les sujets qui se suivent sans ordre ni cohérence. Il semble juste avoir une prédilection pour l'antiquité. J'en ai fait une lecture détaillée, que vous pouvez consulter ici : cliquez-ici. Vous penserez peut-être que s'il y a des fous pour écrire de tels livres, il y a aussi des fous pour les lire et passer quelques heures à décrire leur production. Je finis ce message en notant simplement qu'André Blavier, dans son ouvrage de référence Les fous littéraires n'a pas connu cette production de notre province.

Pour terminer ce message, je ne peux que dire, comme l'auteur : "Comme ces conjectures ne peuvent mener à rien de solide, n'abusons pas des momens du lecteur".

Pour atténuer mon propos, et ne pas vexer d'éventuels descendants de ce monsieur qui prirent la particule et la noblesse en se faisant appeler de Rochas d'Aiglun, signalons que son père fut un des premiers historiens de Gap (Joseph Dominique de Rochas, cliquez-ici) et que son petit-fils, Albert de Rochas d'Aiglun, polytechnicien et directeur des études de la prestigieuse école, fut un érudit qui avait tout de même un brin de fantaisie, comme en témoigne cette photographie où on le voit entouré d'un spectre.



Sur les Rochas d'Aiglun : cliquez-ici.

dimanche 5 mai 2013

Réflexions à propos d'un essai de bibliographie départementale sur les Hautes-Alpes

Il y a presque 15 ans, constatant qu'il n'existait aucune bibliographie fiable et complète sur les Hautes-Alpes, j'ai entrepris de me constituer une bibliographie sur le sujet à mon usage personnel. L'idée était de référencer tous les ouvrages parus qui traitent directement des Hautes-Alpes, soit de la totalité du département, soit d'une partie (région, ville, etc.) du département. Tous les thèmes ont été retenus, sans exclusive : histoire, géographie, sciences naturelles, alpinisme, beaux livres, etc. J'ai même inclus quelques ouvrages plus généraux dont le contenu apportait des éléments intéressants sur le département. Comme je voulais aussi traiter du massif des Ecrins dans sa totalité, j'ai inclus tout ce qui concerne l'Oisans.

Le département des Hautes-Alpes a toujours été pauvre. Au maximum démographique du XIXe siècle, il ne comptait que 130 000 habitants. Il n'abrite aucune université. Sa bourgeoisie locale a toujours été très modeste, par rapport à des départements voisins ou limitrophes comme l'Isère ou la Savoie, au nord. Le premier imprimeur n'est apparu qu'à la toute fin du XVIIIe siècle. Les conditions n'étaient donc pas remplies pour que la bibliographie soit riche et ancienne. Par conséquent, je pensais qu'elle ne contiendrait qu'un maximum d'un millier de titres. Aujourd'hui, résultat de mes travaux, elle en compte près de 3 000 (2 864 au jour d'aujourd'hui, dont 1 080 précisément décrits sur des exemplaires que j'ai eu en mains). Je me demande même quelle sera la limite. Je pensais avoir presque tout trouvé et pourtant, aujourd'hui encore, par le hasard d'une recherche dans Gallica sur Dominique Villars, j'ai trouvé un nouvel ouvrage que je ne connaissais pas. Certes, il ne s'agit pas d'une pièce qui apporte une élément fondamental sur le département. J'espère que j'ai désormais identifié tous les ouvrages majeurs sur le sujet. Mais, dans un souci d'exhaustivité, ce sont aussi ces petites plaquettes qui m'intéressent. Concernant un des préfets les plus fameux des Hautes-Alpes, elle présente un intérêt certain pour des amateurs comme moi :
Petite biographie populaire de M. le Baron de Ladoucette, ancien préfet des Hautes-Alpes, suivie d'une cantate et du programme des fêtes.
Gap, Typographie P. Jouglard, [1866], in-8°, 8 pp.


Mais où cela s'arrêtera-t-il ? En effet, régulièrement, je trouve de nouveaux ouvrages. Est-ce que la limite sera 3000 références dans la bibliographie ? Est-ce il me manque encore plusieurs centaines de références ? Je ne sais et je crois bien qu'en-dehors de moi, personne ne le sait.

Je me dis que pour des départements dont l'histoire est beaucoup plus riche, il est à peine imaginable de pouvoir faire une bibliographie exhaustive. Sans aller très loin, combien de références compterait l'Isère, avec sa riche histoire, incluant, en plus, tout ce qui concerne le Dauphiné ? Je comprends que ces bibliographies départementales ou régionales soient rares, car cela représente un travail de romain, pour, probablement, un nombre de lecteurs/amateurs relativement réduit.

Pour finir, comment je l'ai constituée ? J'ai compilé les grandes bibliographies dauphinoises (Maignien, Guide des Archives des Hautes-Alpes, de Playoust, Histoire de Briançon, de J. Routier, etc.) en ne retenant que ce qui concerne les Hautes-Alpes. Idem pour les bibliographies sur la montagne et l'alpinisme (Jacques Perret, Raymann, etc.). Surtout, et c'est la source la plus riche, chaque fois que j'ai un livre en mains sur les Hautes-Alpes, je parcours la bibliographie et, le cas échéant, je complète la mienne. Ensuite, il y a le hasard de mes achats (exemple de l'acquisition récente d'un ouvrage dont l'existence n'était signalée nulle part : Contribution à l'étude de l’utilisation des forces hydro-électriques dans les Hautes-Alpes. Monographie de l'usine de l'Argentière-la-Bessée, par Raoul de Vibraye, Paris, Librairie de France, 1932), de mes découvertes sur Internet ou, comme aujourd'hui, le hasard d'une trouvaille sur Gallica.

J'espère qu'un jour, je pourrais penser que ma bibliographie est complète (ou presque !) et, à ce moment-là, pourquoi pas, la publier, même si l'époque devient de moins en moins propice à ce type de démarche et que le public intéressé est fort réduit (une centaine de personnes, en comptant les personnes morales ?).

Je clos ici ce message et je repars à la recherche de l'ouvrage inconnu sur les Hautes-Alpes, que personne ne référence et qui existe pourtant !

dimanche 21 avril 2013

La première caravane d'Arcueil, 1879

"Rien n'est meilleur pour le jeune homme que de voyager ainsi ; il fuit les amusements frivoles et énervants des grandes villes ; il fortifie son corps, enrichit son intelligence, élève son âme au milieu des émotions fortes et salutaires que fait naître la vue des montagnes."



La guerre de 1870 a eu un effet inattendu sur l'alpinisme. Le choc de la défaite a amené une part de la bourgeoisie éclairée à engager un effort de redressement national. Après la fête impériale, il fallait retrouver le goût de l'effort, de la discipline, le tout sur fond de patriotisme exacerbé. C'est, entre autres, ce programme que se sont donné les fondateurs du Club Alpin Français en 1874. Un effort particulier devait être fait en direction de la jeunesse. Une éducation trop tournée vers les choses de l'intellect au détriments des soins du corps a souvent été considéré comme une des causes d'une jeunesses moins vigoureuse que les jeunesses allemandes ou anglaises. C'est ainsi que le Club Alpin Français a lancé les caravanes scolaires. Ce sont des excursions organisées pour la jeunesse afin de faire découvrir la nature aux jeunes gens (les jeunes filles semblent exclues) et endurcir leur corps et leur esprit au contact de la montagne ou, tout simplement, des contraintes inhérentes aux voyages.

C'est ainsi que 11 élèves, encadrés par 2 pères dominicains de l'école Albert-le-Grand d'Arcueil, dans la banlieue parisienne, ont formé une caravane scolaire partie le 9 août 1878 d'Arceuil pour un périple d'un mois qui les a conduits en Dauphiné (Coublevie, Voiron, abbaye de Chalais, la Grande-Chartreuse, Grenoble et Uriage, avec une ascension de la Croix de Belledonne), puis en Savoie (Aix-les-Bains, Saint-Gervais, Chamonix) et enfin en Italie (Lac Majeur, Milan, Pavie, Bologne, Florence, Pise, Livourne).Comme on le voit, la majeure partie du voyage s'apparente plus à un voyage touristique qu'à une expédition d'alpinisme à proprement dite. Seule l'ascension de la Croix de Belledonne peut véritablement être considérée comme une randonnée alpestre. Toute la partie du trajet en Italie est même plutôt un voyage culturel.

Au retour, deux élèves, Eugène Ebel, âgé de 18 ans, et Georges Muleur, 20 ans, entreprennent de faire le récit de ce périple sous la forme d'un journal de voyage, assez conventionnel, écrit dans un style léger et alerte, souvent humoristique. Ils ont surtout pour but de faire naître des vocations chez d'autres jeunes. Il est publié en 1879 à la librairie Lecoffre :
La première caravane d'Arcueil. Récit du voyage de la Caravane scolaire de l'Ecole Albert-le-Grand pendant les vacances de l'année 1878.
Paris et Lyon, Librairie Victor Lecoffre, 1879


Un autre élève Léon Schiler a eu pour tâche d'illustrer l'ouvrage par ses dessins. Ils ont ensuite été gravés et ont été soit inclus dans le texte, soit présentés sous forme de planches en pleine page. Le style s'apparente au mode humoristique à la Töpffer ou, pour utiliser une référence dauphinoise, au style d'Emile Guigues. Cette vignette illustre  le style :


Il a représenté les membres de la caravane, dont les deux auteurs de l'ouvrage :

Pour le Dauphiné, le "clou" du récit est l'ascension de la Croix de Belledonne. La montagne est souvent représentée. On voit bien entendu le massif au deuxième plan de cette vue de Grenoble.


On retrouve Belledonne sur le frontispice reproduit en tête du message, puis dans une vignette dans le texte.



Enfin, une gravure représente la vue depuis la Croix de Belledonne le jour de l'asension par la caravane le 18 août 1878. La planche est gravée d'après une photographie du capitaine Allotte de la Fuye, un alpiniste qui a fait de Belledonne son terrain d'exploration. Le hasard a fait qu'ils se sont rencontrés lors de cette ascension. Au deuxième plan, le panorama représente le massif des Ecrins, avec la Meiije à l'extrême gauche, jusqu'à la Muzelle à droite.


 Détail avec la Meije, le Râteau et le glacier du Mont-de-Lans

Pour finir, l'école dominicaine Albert-le-Grand d'Arcueil a eu une longue tradition pédagogique où les études intellectuelles devaient s'allier à la pratique de l'exercice physique. Cela explique qu'elle ait été une des premières à organiser une caravane scolaire telle que préconisée par le Club Alpin Français. Cette tradition s'est concrétisée en particulier par le père Didon, proviseur et prieur à Arcueil en 1890, qui a été à l'origine du renouveau de l'esprit olympique. Sur le père Didon, voir la notice Wikipédia : cliquez-ici.
Sur le site de la ville d'Arcueil, une longue notice est consacrée à cette école : cliquez-ici.
L'école est représentée sur cette vignette en tête du premier chapitre :


Comme toujours, rendez-vous sur le site Bibliothèque Dauphinoise pour une page plus développée : cliquez-ici.


dimanche 31 mars 2013

Nos Alpins, par Eugène Tézier, 1898

Dans l'atmosphère militariste et patriotique de la fin du XIXe siècle, l'illustration de montagne ne pouvait pas être absente du mouvement. Pour les Alpes, la figure emblématique est le chasseur alpin, le militaire qui combine l'amour de la montagne avec l'amour de la patrie. De nombreux livres lui sont consacrés (le plus célèbre est Au pays des Alpins, d'Henry Duhamel). En 1898, un illustrateur très actif dans le petit monde des alpinistes et touristes dauphinois, Eugène Tézier, leur consacre un album entier, illustré de ses dessins, que viennent agrémenter quelques courts textes d'Henri Second (un littérateur local), au ton généralement humoristique, même si la tonalité générale reste militaire et patriotique. Ce sont les libraires Félix Perrin et H. Falque, de la Librairie Dauphinoise, qui publie ce bel ouvrage, dont les couverture sont illustrées en couleurs :

 


Détail de la page de titre avec une vue de La Meije depuis le Lautaret :


Cette sélection de quelques pages illustre le style général tant des dessins que des textes :









Comme on peut le constater, il affectionnait les dessins en ombre chinoise.

Même l'achevé d'imprimer est illustré :



Pour en savoir plus, voir la page que je lui ai consacrée : cliquez-ici.

Avant d'entamer la description de cet ouvrage, mes connaissances sur Eugène Tézier étaient particulièrement fragmentaires. Elles l'étaient d'autant plus que l'on ne trouve aucune information sur Internet ou dans la documentation qu je possède sur les artistes dauphinois. Pourtant, son nom et ses illustrations apparaissent souvent dans le petit monde des alpinistes et touristes dauphinois de la fin du XIXe. Proche de Paul Guillemin, d'Emile Roux-Parassac, d'Henri Second et du libraire-éditeur grenoblois Félix Perrin, il a illustré nombre de leurs ouvrages ou publications, son activité se concentrant approximativement entre 1895 et 1905.

Je vous laisse découvrir toutes les informations que j'ai rassemblées dans la page que je lui consacre : cliquez-ici. Il me reste à trouver son décès. Né à Grenoble en 1865, on peut se demander s'il n'est pas mort jeune car on perd toute trace de son activité après 1906. 

En complément des illustrations de Nos Alpins, quelques exemples de ses illustrations (et de son style) :

Paul Guillemin


Charles Bertier