Lettres à M. Matter, membre de l'institut, sur les antiquités de Grenoble, Grenoble, Baratier frères et fils, 1836
Lettre sur un monument de théologie arithmétique, Grenoble, Baratier frères et fils, 1837.
Il m'a ainsi fait découvrir quelques fous dauphinois comme Bobila ou Gaspard Godard, etc.
Dans cet ouvrage, se trouve référencé mon fou littéraire haut-alpin préféré : Jacques François Joseph Rochas, le juge auteur du Nouveau pas sur les sentiers de la nature.... en 1808 (voir le message que je lui ai consacré : Un fou littéraire haut-alpin).
Cela m'a amené à réfléchir à d'autres fous littéraires haut-alpins. J'ai évidemment pensé à Louis Manent, alias Théodore Mital avec son opuscule politique : Faut-il fusiller 300 000 ouvriers en France? L'abolition des castes sociales. La méthode de travail. Les Eglises laïcisées. La libre pensée. La défense dans la République, paru à Guillestre vers 1906 (voir le message que je lui ai consacré : Un message de circonstance !)
Plus original que fou à proprement parler, le sous-préfet Barthélemy Chaix a fait paraître un pavé en 1845, à 85 ans :
Reconnaissance, topographie des diverses localités :
Mappe départementale. – Climatologie. – Minéralogie industrielle. – Orographie et géologie. – Géographie végétale. – Faune et anthropologie.
Ethnographie. – Condition rétrospective, l'historique du pays. – Economie départementale, etc. – Agronomie, agriculture. – Viabilité, communications. – Instituts de secours publics. – Contributions, charges publiques.
Grenoble, Typographie F. Allier, 1845, in-8°, 979-[5] pp., une planche gravée hors texte in fine.
Ce qui le rend original, c'est son style inimitable, aux comparaisons surprenantes. A titre d'illustration cette description du massif des Ecrins :
Pendant l'été, ce même œil verrait d'une grande altitude une représentation de la lune dans le champ d'un télescope, à une moindre élévation un horizon de mer houleuse et à une certaine proximité un tas d'artichauds.»
A ma connaissance, c'est la seule fois où le massif des Ecrins a été comparé à un tas d'artichauts.
J'ai parcouru l'ensemble de ma bibliographie des Hautes-Alpes à la recherche d'autres fous littéraires. La moisson est pauvre. Le plus souvent, il s'agit plus d'originaux que de fous à proprement parler. D'ailleurs, plus généralement, c'est à mettre en rapport avec le peu de production littéraire dans le département. Peut-être que la montagne est plus propice aux préoccupations pratiques qu'aux œuvres d'imagination (il en faut presque en trop pour être un bon fou littéraire). On peut tout de même citer :
Le poète et boulanger briançonnais Jean-Pierre Cot (1810-1880) se fait le défenseur de l'emplacement de la gare de Briançon au Champ de Mars dans une petite plaquette : Au conseil municipal de la ville de Briançon. Rapport sur le chemin de fer de Briançon et sur la nécessité de faire établir la gare militaire aux portes de la ville, Grenoble, Imprimerie de F. Allier père et fils, 1876. Il conclut : "le pays s'endort sur les bords d'un abîme", "ne demeurez pas sourds à cette voix qui vibre dans mon cœur de poëte, dans mon âme attristée et qui vient en ce jour vibrer à vos oreilles". Jean-Pierre Cot demanda et obtint une audience du Président de la République, Jules Grévy, pour défendre l'emplacement de la gare de Briançon au Champ de Mars. Jules Grévy l'écouta mais lui dit qu'il n'y pouvait rien (déjà !)
Il est aussi l'auteur de : Les cloches du christianisme, poème historique et sentimental, Briançon, Chez l'auteur, 1859, in-12 °, 72 pp., publié à l'occasion d'une bénédiction de cloches à Briançon.
Je n'ai jamais vu cet ouvrage : Recueil de chansons, par Jeanselme, boulanger à Embrun, Embrun, impr. de Jugy, (1874), mais il y a du potentiel.
De Grenoble à la Bérarde. Notice., par J. Massip, Chemisier à Grenoble, Rue Jean-Jacques Rousseau, Grenoble, Imprimerie Vallier Edouard, 1899 est un récit naïf, circonstancié et vivant d'une excursion (en tram, puis à pieds) de Grenoble à la Bérarde en juin 1897. La touche de fantaisie naïve n'en fait pas à proprement parler un fou littéraire, mais l'ouvrage est tout de même surprenant.
J'ajoute à la liste Victor Monard (1810-1867), poète local d'Orpierre (il se qualifie lui-même de "poète-naturel et troubadour des Alpes"), très largement oublié aujourd'hui alors qu'il a, le premier, publié des textes originaux en provençal haut-alpin (région d'Orpierre). Parmi les titres, il y a L'Orpierréïde ou Les Amours de Tityre et d'Adèle, roman pastoral suivi des Aventures de plusieurs autres bergers et de la belle Dindonnière, Gap, impr. J. Allier, 1838 et Les élections du pays de Cocagne, poème héroï-comique divisé en dix chants, suivi de l'Orpierréïde et de plusieurs pièces inédites, Carpentras, Imprimerie de Ve Proyet, 1846, un ensemble assez hétéroclite de poèmes en vers rimés, dans un style lourd, emphatique et souvent familier. Le premier poème conte les discordes municipales de Laragne, appelée Cocagne, dans les années 1830. Tous les noms cités sont fictifs, mais en partie identifiables. Le second poème, l'Orpierréïde, est une suite d'histoires de bergers d'Orpierre traitées à la manière antique.
René Ouvrard : Merveilleuses Alpes dauphinoises. Tome II. Fascination des Fossiles. Recherches du Divin, Gap, Imprimerie Louis-Jean, 1984, un ouvrage au mysticisme exalté (et anti-évolutionniste), qui discourt sur des pierres aux formes étonnantes (des "fossiles" !) glanées au Lac des Solitudes, en face de la Meije. Le faux titre est "Les grands secrets alpins ? Ils siègent dans l'infini des temps !"
Le docteur Prompt qui imagine un train à crémaillère jusqu'au somme de la Meije (3987 m.) est plus un doux rêveur (mais à l'esprit pratique) qu'un fou : Alpes dauphinoises. Hôtel et observatoire de la Meije. Altitude : 4.000 mètres, Grenoble, Imprimerie et lithographie F. Allier père et fils, 1894. Il y décrit un projet d'hôtel et d'observatoire au sommet de la Meije (« plus ou moins écrêtée ») auquel on accéderait par un train à crémaillère depuis la Grave, avec l'étude économique et de rentabilité du projet (déjà un Business Case !).
Le curé Jean Ranguis (1844 - ?) profite de ses monographies communales et historiques : Notice historique sur la communauté d'Ancelles, où sont consignés les principaux évènements qui la concernent et pour en perpétuer le souvenir, Gap, Imprimerie L. Jean et Peyrot, 1899 et Histoire du mandement de Montorcier, Grenoble, Imprimerie Vallier Edouard, 1905 pour faire preuve d'un militantisme clérical, au ton exalté (l'époque s'y prête !). Il publia des brochures contre le régime maçonnique et eut deux fois son traitement supprimé par la République.
Pour finir, je citerais deux personnalités. La première est un autre polygraphe, le jésuite Jean Joseph Rossignol (1726-1811), qui a laissé une masse impressionnante d'ouvrages sur à peu près tous les sujets. Ses œuvres complètes publiées à Turin remplissent 32 volumes. En cherchant bien, on doit bien trouver quelques perles, dans une telle production, d'autant plus qu'au moment de la Révolution, il s'est senti persécuté par ses compatriotes, l'obligeant à fuir précipitamment Embrun où il était professeur. On sait que ce type de mésaventure est propice à la folie littéraire....
L'autre personnalité est le grave et respectable Antoine Français de Nantes dont les livres sont plein de fantaisie et d'invention, avec ce petit grain de folie qui n'en fait pas un fou littéraire, loin de là, mais qui réjouit le lecteur.
J'en ai déjà parlé, je renvoie à ce que j'en ai dit, surtout à cet ouvrage qui est celui que je préfère :
Le manuscrit de feu M. Jérome, contenant son œuvre inédite, une notice biographique sur sa personne, un fac similé de son écriture, et le portrait de cet illustre contemporain, Paris, 1825 (pour en savoir plus cliquez-ici).
















































