jeudi 27 août 2015

Les Dynastes, Pierre Van der Meulen, illustré par Samivel, 1948

En février 1942, en plein occupation, paraissait le premier roman du président du Tribunal civil de Valence, Pierre Van der Meulen. Les Dynastes est un roman fantastique dans un village des Alpes au pied d'une montagne inaccessible : enchantement, sorcellerie, vengeance, meurtres, etc. Le village et tous les lieux géographiques ne sont pas situés, mais il est aisé de situer l'action dans les Hautes-Alpes. En particulier, ce village abrite une communauté protestante, ce que l'on ne trouve que dans cette région.

En 1948, Samivel apporte son talent d'illustrateur pour une nouvelle édition, toujours éditée par Arthaud, à Grenoble. Cela donne un beau livre de bibliophilie, comme on les faisait à cette époque, sur beau papier, en feuilles, sous emboîtage. J'ai eu du plaisir à lire ce livre, mais, encore plus, à découvrir les illustrations de Samivel, dont certaines (je pense à l'image de la femme nue, morte), sont inhabituelles chez lui, ou, pour être plus précis, n'appartiennent pas aux images traditionnellement associées à Samivel, peut-être à tort.

Cette édition contient la reproduction de 15 aquarelles de Samivel, qui se répartissent en 6 gravures en tête de chacune des 6 parties et 9 gravures en pleine page.

Les 6 gravures en tête des 6 parties de l'ouvrage :







Les 9 gravures en pleine page :










 
L'édition originale publiée en 1942 contenait 4 planches photographiques en noir et blanc. Pas plus que pour le texte, ces photos ne sont légendées, ni situées.





Pour en savoir plus sur ces deux éditions, vous trouverez plus d'informations en cliquant ici.

J'ai vainement essayé d'en savoir plus sur Pierre Van der Meulen. J'imaginais qu'un auteur de 8 ouvrages, plus quelques contributions, lauréat de 2 prix décernés par l'Académie français, aurait laissé quelques traces. Malgré cela, sur Internet, je n'ai rien trouvé. C'est visiblement un auteur tombé dans le plus complet oubli car on ne trouve aucune notice biographique qui lui est consacrée sur Internet. On ne sait même pas s'il s'agit de son nom ou d'un pseudonyme. Grâce à un entretien accordé au journal Le Journal : « Au tribunal de Valence, quelques instants avec Pierre Van der Meulen », dans le numéro du 12 août 1942 (consultable ici), on apprend qu'il est président du tribunal de Valence en 1942, après des études de droit à Paris, en vue de préparer un doctorat. Il a été lycéen à Grenoble, où il a été condisciple d'Henri Petiot, connu sous le nom de Daniel-Rops. Grâce au catalogue CCFr, on peut reconstituer sa bibliographie. On constate qu'il débute par la poésie en 1938. Son premier roman est Les Dynastes, paru en 1942. Ensuite, les romans se succèdent à un bon rythme jusqu'au dernier, paru en 1947. Après, c'est un silence qui semble complet. On en déduit tout de même qu'être président d'un tribunal sous l'Occupation laissait suffisamment de loisir pour écrire...

lundi 24 août 2015

A la poursuite des exemplaires des Mémoires de Nicolas Chorier.

Au milieu des années 1840, un magistrat érudit, Ludovic Vallentin, déniche un lot de vieux papiers chez un débitant de tabac de Grenoble. Dans ce lot, il a la chance de mettre la main sur rien moins que les mémoires de Nicolas Chorier, cet homme doublement célèbre chez les Dauphinois et les amateurs de lecture érotique (qui peuvent être les mêmes !). Rappelons qu’au premier titre, il est l’auteur de la première Histoire de Dauphiné (2 volumes, 1661 et 1672), d’un Estat poltique de Dauphiné avec son Nobiliaire, etc. Il avait probablement besoin de distraction au milieu ces occupations fort sérieuses, puisque au même moment, il publie anonymement un ouvrage érotique très célèbre : l’Aloisiæ Sigeæ ou l’Académie de Dames. Ses mémoires promettait des informations précieuses sur la vie de cet érudit, sur la société grenobloise et dauphinoise du milieu du XVIIe siècle et, peut-être, de lui attribuer définitivement cette œuvre érotique. Ces mémoires écrits en latin, adressés par Nicolas Chorier à son fils Pierre-Laurent, couvrent la période 1619 à 1681, en s'arrêtant brusquement à cette date. Ils portent le titre : Nicolai Chorerii Viennensis J. C. Adversariorum de vita et rebus suis libri III. C'est un document important sur la société grenobloise et dauphinoise du milieu du XVIIe siècle. On y croise les principales personnalités qui se sont illustrées dans les lettres ou la politique : Guy Allard, Guy Basset, Pierre de Boissat, Denys Salvaing de Boissieu, Laurent de Bressac, Etienne Le Camus, Samuel Guichenon, Charles de Créqui, duc de Lesdiguières, Jean Nicolas, etc.

C’est Hyacinthe Gariel, de la Bibliothèque Municipale de Grenoble, qui prend en charge la transcription du texte et sa présentation devant la Société de Statistique des Sciences naturelles et des Arts industriels du département de l'Isère, lors de la séance du 4 avril 1846. Ludovic Vallentin prend en charge, pour sa part, la rédaction des courtes notices biographiques des personnalités citées dans l’ouvrage. Tout cela est alors publié dans le Tome IV du Bulletin de la Société en 1846. Tout était en bonne voie pour préparer un tiré à part de ce texte. Haycinthe Gariel et Ludovic Vallentin s’attellent à la tâche. L’impression est assurée par l’imprimeur Prudhomme de Grenoble. Tout semble prêt. Il ne reste plus qu’à faire imprimer le titre et le faux titre, rédiger une préface et on pourra alors disposer d’un de ces beaux ouvrages d’érudition dont le XIXe siècle a eu le secret. Mais les choses ne se passèrent pas ainsi. Écoutons Roger Vallentin du Cheylard, le fils de Ludovic, nous raconter la suite de l’histoire :
« Le chiffre du tirage à part du Bulletin de la Société de Statistique de l'Isère (année 1848) n'a pas dépassé 50 exemplaires. […]. Gariel qui avait présenté les Adversaria à cette Société devait surveiller la correction des épreuves du texte, mais ses multiples occupations lui laissaient peu de loisir et la mauvaise volonté de l'imprimeur fut telle que le titre ne fut jamais composé. […] Ce volume est d'une extrême rareté. Les collectionneurs dauphinois le possédant sont fort peu nombreux. »

On parlait alors de seulement de « trois ou quatre exemplaires qui auraient, seuls, été épargnés en faveur d'amis de M. Vallentin ou de M. Gariel. » En réalité, comme le rapporte le rédacteur de la notice du catalogue Perrin : « le galetas de M. Gariel [en a] finalement rendu quelques autres encore, il y a deux ans. »

En définitive, nous ne savons pas combien d’exemplaires existent de cette édition inachevée, puisque sans titre ni faux titre. Il est donc tentant de partir à la chasse des exemplaires existants. Le message d’un lecteur fidèle de mon blog, qui me signale un exemplaire récemment entré dans sa bibliothèque, m’a conduit à mettre à jour mon inventaire. On voit que l'on dépasse déjà le chiffre de 3 ou 4 avancé initialement.

Aujourd’hui, à ma connaissance (mais peut-être que ce message me permettra d’en faire émerger d’autres soigneusement et précautionneusement gardés dans quelques bibliothèques), les exemplaires actuellement identifiés et localisés sont :
- BNF : 8-LN27-4311, qui complète le titre avec : "Gariel in lucem edidit, cum notis Ludovici Vallentin" et donne la description suivante : Grenoble, imprimerie de Prudhomme, 1853.
- BMG, Fonds dauphinois : O.9746.
- Bibliothèque Universitaire de Grenoble Droit/Lettres : B1058 (exemplaire numérisé).
- Exemplaire sur papier vélin vert de la bibliothèque Chaper, bien relié en veau glacé vert (exemplaire de ma bibliothèque personnelle) :



- Exemplaire sur papier vélin jaune, en feuilles (exemplaire de ma bibliothèque personnelle) :


- Exemplaire en collection privée, complété de corrections, d'une lettre, de feuillets manuscrits et blancs interfoliés.

Il existe aussi des exemplaires cités, mais non localisés :
- Catalogue Perrin, exemplaire sur papier de Hollande : n° 196, avec un long commentaire
- Exemplaire Péricaud, passé dans la bibliothèque Roger Vallentin du Cheylard.
- Exemplaire de la bibliothèque Coste : Catalogue de la bibliothèque lyonnaise de M. Coste,..., Première partie, par Aimé Vingtrinier, Lyon, 1853 : n° 18571, p. 785. Il est précisé : « sans frontispice ».

La chasse est ouverte !

Pour ceux qui se demandent comment j’ai moi-même déniché 2 exemplaires de cet ouvrage rare, je vous livre ces quelques informations de provenance.
L’exemplaire sur vélin vert de la bibliothèque de Chaper provient d’une vente aux enchères en 2004, expert Pierre Berès. C'est d’ailleurs sa dernière vente comme expert. Il avait alors plus de 90 ans.
L’exemplaire sur vélin jaune provient tout simplement de mes chines dans les caisses de plaquettes en tous genres et en vrac d’un libraire lors du Salon du régionalisme alpin de Grenoble.

Pour plus d’informations sur cet ouvrage, reportez-vous à la page que je lui consacre en cliquant ici. Vous y trouverez les liens vers les exemplaires numérisés, ainsi que le lien vers la traduction en français de ces mémoires.

mercredi 29 juillet 2015

Victor Monard, le Troubadour des Alpes

Il y a quelques années, j'ai acheté un petit livre digne des éditions populaires du XIXe siècle, curieux mélange de poèmes, fables et textes en patois, dont le titre est déjà en soi tout un programme :
Les élections du pays de Cocagne, poème héroï-comique divisé en dix chants, suivi de l'Orpierréïde et de plusieurs pièces inédites.
Publié à Carpentras en 1846, sur le titre, l'auteur se présentait ainsi : Victor Monard, d'Orpierre, Poète-Naturel et troubadour des Alpes.

Cela avait aiguisé ma curiosité, car ce personnage des Hautes-Alpes, dont le livre concerne deux communes importantes du sud du département, Laragne (la Cocagne du titre) et Orpierre, n'apparaît dans aucun des ouvrages biographiques sur les Hautes-Alpes, ni dans les études sur le provençal haut-alpin (sauf une rapide mention dans Le provençal haut-alpin, de Paul Pons, 1982). Qu'est-ce qui justifie un tel oubli ?


Certes, l'ouvrage a paru à Carpentras. Le poème principal, Les élections du pays de Cocagne, décrit les luttes intestines pour le poste de maire au sein de la commune de Laragne, entre 1830 et 1833. Les noms sont des pseudonymes (Périclandre, Periscal, Colet, Coco, etc.) mais ils sont facilement identifiables. On sait qu'il n'est jamais bon pour la postérité de mettre à jour les turpitudes de ses contemporains. On le paye souvent pas un silence complice. Enfin, et cela explique probablement le silence des érudits, notre poète est, il fait l'avouer, assez médiocre. Il s'exprime dans un style souvent lourd. De nombreux passages sont obscurs ou confus, maladresse renforcée par la contrainte de s'exprimer en vers rimés. Le style est souvent relâché ou familier : "enflure" pour signifier une grossesse, "Il pria le marchand d'y vendre une figure", pour "de lui vendre", etc.

C'est justement cela qui m'a donné envie d'en savoir plus. J'ai donc déjà décrit précisément cet ouvrage, dans une page que je lui ai consacrée : cliquez-ici. Puis j'ai commencé à partir à la recherche d'éléments plus complets sur Victor Monard. C'est ainsi que j'ai trouvé qu'il avait fait l'objet d'une plaquette biographique contemporaine, par Jacques, Comte de Bonadona d'Ambrun, un représentant d'une ancienne famille du Vaucluse, son contemporain et concitoyen à Carpentras. Tout aussi rare que les livres de Victor Monard, cette plaquette est passée à ma portée et je l'ai saisie.


Pour en savoir plus, cliquez-ici.

Elle commence ainsi :
« En voyant passer dans les rues de ma ville adoptive [Carpentras] un homme à la mise négligée, à la chevelure flottante, à la démarche burlesque, au ton goguenard et à l'air décidé, je m'étais souvent demandé ?
Quel est cet homme qui paraît si extraordinaire et que cependant tout le monde salue ou interroge ?
Un jour que je m'adressais tout haut cette question, un individu crut que je l'interpellais et il me répondit :
- C'est Victor Monard d'Orpierre, dit le Troubadour des Alpes. »
S'ensuit le récit de la vie de Victor Monard rapporté à l'auteur par Renaud Chalvet, ménétrier et compatriote de Monard. Cette biographie fourmille d'informations sur sa famille, sa vie, ses amours, ses différents démêlés avec les autorités (maires, curés, etc.), ses travaux littéraires publiés ou inédits, etc. Il y a une réelle sympathie de l'auteur pour son personnage, pour lequel il prend fait et cause.
Au passage M. le comte ajoute quelques pages en fin sur la propre histoire de sa famille. On n'est jamais mieux servi que par soi-même.

Une petite vignette représente Victor Monard. On aurait aimé un portait plus précis !


Pour finir, et donner un aperçu du style de Victor Monard, son épitaphe, rédigée par lui-même, est reproduite dans cette plaquette (elle est aussi publiée dans Les élections du pays de Cocagne...).


Transcription :
EPITAPHE 
DE VICTOR MONARD D'ORPIERRE
Né le 25 mars 1810 et décédé
le                              

Ci-git Victor Monard qui, pour la poésie,
Consacra sans mentir les trois quarts de sa vie
Encor n'a-t-il rien fait de rare ni d'exquis
Aux yeux des grands esprits,
Mais le plaisir d'avoir célébré sa patrie
Le rend autant heureux dans la plaine chérie
Que les auteurs les plus précis.
Il ne lui reste plus ici-bas qu'une envie :
C'est de voir un jour son pays
Revenir de l'erreur que ce fut par folie
Qu'il fit tant de tours inouis,
Puisque comme l'abeille il n'acquit qu'à ce prix
La goutte d'ambroisie
Dont sont parfumés ses écrits
Que sans doute il n'eût point acquis
S'il avait concentré l'essor de son génie.

samedi 25 juillet 2015

Couleurs du livre


Une belle exposition des Libraires associés : Couleurs du livre est l'occasion de présenter comment la couleur peut faire vivre le livre, dans toutes ses composantes : papier, typographie, reliure, papier de reliure, tranches, papier de garde, reliure, couverture, etc.

Vous pouvez  voir l'exposition jusqu'au 12 septembre (avec 2 semaines d'interruption en août).

Cela ma donné envie de faire moi-même une exposition (seulement virtuelle) de quelques livres de ma bibliothèque en couleurs :