lundi 23 décembre 2019
Dessins originaux d'Eugène Tézier
Eugène Tézier est un illustrateur essentiellement connu pour un bel
ouvrage à la gloire des chasseurs alpins : Nos Alpins, paru en
1898. J'ai déjà eu l’occasion d'en parler sur ce blog (cliquez-ici). Cela
m'avait alors conduit à essayer d'en savoir plus sur lui. A l'époque, en mars
2013, il n'existait aucune information disponible sur Internet ni dans les
principaux ouvrages sur le Dauphiné. Il n'a pas d’entrée dans le Dictionnaire des peintres, sculpteurs et graveurs du Dauphiné, d'Yves Deshairs et Maurice Wantellet. Lorsque j'ai entrepris de décrire Nos Alpins sur mon site,
j'ai fait des premières recherches qui m'ont permis de trouver sa date de
naissance, d'esquisser l’histoire de sa vie et de rassembler quelques
informations sur ses productions. Je lui ai consacré une page sur mon
site : Eugène Tézier. J'ai travaillé depuis et je ferai bientôt part du
résultat de mes recherches.
Récemment, lors d’une belle vente consacrée la bibliothèque cynégétique
du Verne, j'ai déniché un exemplaire particulier de La Chasse alpestre
en Dauphiné. J'ai déjà eu l’occasion de parler de ce livre dont il existe
deux éditions principales. L'édition originale de 1874, qui reprend les
textes parus dans Le Courrier de l’Isère, en 1873 et une belle édition
illustrée par Émile Guigues en 1925 Je n'ai jamais eu de sympathie particulière pour
la chasse et l'esprit qui l’accompagne. J'ai pourtant aimé ce texte bien écrit
et bien enlevé d'Alpinus, autrement dit d'Henry Faige-Blanc.
L’exemplaire que j'ai acquis se distingue car il contient 14 planches
en pleine pages, de dessins à la plume d’Eugène Tézier qui ont été spécialement
réalisés pour illustrer cet ouvrage. Ce sont des dessins originaux, qui étaient
peut- être prévus pour une édition qui n'a jamais paru. Eugène Tézier avait
aussi commencé à ornementer les têtes de chapitre. Il n'a terminé que celle
concernant l'ours et n’a fait qu’esquisser celles consacrées au chamois et au coq
de bruyère.
Chacune des planches correspond à un passage du texte. J'en ai
sélectionné 6, parmi les 14, avec les textes ou les sujets associés :
Vialy partant à la chasse à l’ours : « D'arbre en arbre il avance,
n'occupant jamais le terrain conquis par son œil et par son oreille. Si l'ours
est à sa besogne, c’est-à-dire en mouvement, l'œil et l'oreille bien vite le
montrent à Vialy ; l'oreille avant l’œil, tant est perceptible le moindre bruit
dans le silence sans pareil et sous la voûte sonore des sapinières. »
« Vous descendez à cinquante mètres plus bas ramasser votre conquête,
et lorsqu'éperdu de joie, dans la paume de votre main bien étendue, vous
soupesez sa masse charnue et pantelante, du coin de l'œil, vous voyant ainsi en
proie au saint délire, Saint-Hubert, n’en doutez pas, essuie une larme furtive.
»
« Donc midi sonnant au pays-plat, Gavet pêchait au bord du lac Claret,
couché mollement à l'entrée de sa case, son semblon étendu devant lui, dans
l'eau profonde. Il fumait son chiboucque, et du pouce et de l'index, il lançait
sur onde, comme boulettes de pain, les sauterelles rouges des pâturages élevés,
petasia montana. »
Gavet est le surnom du chasseur qui est en quelques sorte le héros de
ces chroniques.
Illustration de l'« homélie » prononcée par Gavet, qui est introduite
par ce texte :
« Pour les Alpins, quand ils ont à leur tête leur cardinal Gavet,
gravir un Som, c'est synonime [sic] d'aller au Prêche. Gavet est
l'homme du sermon sur la montagne, et je ne connais pas d'exemple qu'il soit
parvenu jamais sur un pic, sans y prononcer une homélie. »
« Or, notre tour étant venu, nous fûmes mis en cellule, avec mission de
manufacturer cette œuvre d'art. De la cellule de Maurice sortit un morceau qui
débutait ainsi que suit :
"Etiam si omnes, ego non !
Et je vous attendais ici, ô Harmodius et Aristogiton !
Assez longtemps, — fieffés assassins que vous êtes, gibier de Toulon, de
Rochefort et de Cayenne, — assez longtemps vous avez encombré l'Histoire de
votre gloire nauséabonde !
Que des professeurs idiots, relaps de Saint-Robert, imposent votre louange
à des moutards crétinisés !"
"Moi !"
"Toi !" hurla le père Reynaud apoplectique.
Et Maurice vola, — presque en éclats, — de son banc au milieu de la
cour, — par la fenêtre.
C'est qu'en même temps qu’il était doué des fureurs d'Apollon, le
père Reynaud avait hérité du torse d'Hercule. »
Dernier dessin du livre qui, à la différence des autres, n'illustre pas
un passage particulier. Il représente le chasseur au repos. Ce personnage
masculin, avec une barbe en pointe et une moustache à la Napoléon III, sera
souvent repris par Eugène Tézier dans son œuvre, comme sur la page de titre de Nos
Alpins. Je suis tenté d'y voir un autoportrait.
Quant à l’illustration des têtes de chapitre, celle de l'ours est la seule
complète, qui nous fait regretter qu'il n'ait pas persévéré pour les autres. Nous devons nous
contenter des esquisses.
Cet exemplaire a appartenu au grand bibliophile dauphinois Eugène Chaper,
qui l'a fait relier par un des plus grands relieurs de l'époque,
Chambolle-Duru. Il y a mis son ex-libris manuscrit et cette annotation : «
Exemplaire illustré de 17 dessins originaux par les frères Tezier (de la Drôme)
».
En parlant des frères Tézier, il fait référence à Eugène Tézier et à son
frère jumeau Jean. Pourtant, les dessins ne doivent être que de la main
d'Eugène, car Jean se consacrait plus à la poésie et à la littérature
qu'au dessin. On peut dater ces dessins de la période 1887/1889, c'est à dire entre
le moment où Eugène Tézier commence à percer comme dessinateur de presse et
avant les décès de son frère Jean, en 1889 et d'Eugène Chaper en 1890.
Cela fait de cet exemplaire un bel objet bibliophilique. L’intérêt est
surtout de nous faire découvrir des dessins orignaux d’Eugène Tézier qui
n’était auparavant connu que par ses publications, soit comme dessinateur de
presse, soit comme illustrateur. Cela m'a donné envie d'en savoir plus sur lui,
mais de cela, je vous parlerai plus tard.
J’ai la chance d'avoir une autre œuvre originale d'Eugène Tézier, un
petit tableau à l’huile représentant la gare de Briançon. Sauf erreur de ma
part, c’est la première fois qu'un tableau d’Eugène Tézier refait surface (il y
en a sûrement d’autre dans des collections privées). C'est d’autant plus
important que lui-même préférait se qualifier de peintre, avant tout, ce qui
est paradoxal pour quelqu'un dont on ne connaît aucune autre peinture, à
l'exception de celle-ci.
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Jean-Marc Barféty
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Libellés : Bibliophilie, Eugène Chaper, Eugène Tézier
lundi 9 décembre 2019
ABCDauphiné - Dictionnaire historique et patrimonial
J'ai eu le plaisir de contribuer à ce nouvel ouvrage publié par les Presses Universitaires de Grenoble (PUG), pour lequel j'ai rédigé une quinzaine de notices.
ABCDauphiné
Dictionnaire historique et patrimonial
sous la direction d'Olivier Cogne et de Jean Guibal.
Tout ce que vous souhaitez savoir sur le Dauphiné se trouve dans cet ouvrage : de Bayard aux stations de ski, en passant par la route nationale 7 et la recette du fameux gratin dauphinois!
À travers plus de 400 entrées alphabétiques illustrées, l’ABCDauphiné offre l’essentiel à connaître sur cette province. Il propose une balade dans le temps et l’espace de cette ancienne région, correspondant aujourd’hui aux départements de la Drôme, des Hautes-Alpes et de l’Isère.
Personnalités incontournables, sites et bâtiments remarquables, événements, grandes inventions : l’ABCDauphiné convie le lecteur à la redécouverte de l’histoire et du patrimoine de ce territoire, pour le plus grand plaisir de ses habitants comme des centaines de milliers de touristes qui le visitent chaque année.
Les auteurs : Éloïse Antzamidakis, Jean-Marc Barféty, Philippe Bouchardeau, Catherine Briotet, Anne Cayol-Gerin, Benoît Charenton, Olivier Cogne, Gil Emprin, René Favier, Jean Guibal, Jean-Hugo Ihl, Jean-Gérard Lapacherie, Pierre-Yves Playoust, Christine Roux, Alexandre Vernin
Et les contributions de : Marie-Françoise Bois-Delatte, Yves Chiaramella, Isabelle Fouilloy, Valérie Huss, Louis Jacquignon, Philippe Moustier, Jean-Pierre Pellegrin, Hélène Viallet
Lien vers le site des PUG : https://www.pug.fr/produit/1747/9782706144202/abcdauphine
Vous pouvez télécharger un bon de commande et une présentation en suivant ce lien : cliquez ici.
Parmi les notices que j'ai rédigées, qui concernent toutes les Hautes-Alpes et la montagne, je suis heureux d'avoir eu l'occasion de parler de Paul Guillemin, une personnalité que j'admire particulièrement. La notice est illustrée d'une belle photo où on le voit, âgé, devant son chalet de Cervières :
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Jean-Marc Barféty
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mercredi 13 novembre 2019
Salon du Livre alpin de Grenoble 2019
Je serai présent au Salon du Livre alpin qui se tient à Grenoble vendredi 15, samedi 16 et dimanche 17 novembre. J'y serai pour présenter l'ouvrage coécrit avec Jacques Mille et Michel Tailland : Le Massif des Écrins. Histoire d'une
cartographie de l'antiquité à l'aube du XXe siècle.
Je vous y rencontrerai avec plaisir. Et n'oubliez pas que c'est une très bonne idée de cadeau de Noël !
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Jean-Marc Barféty
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vendredi 25 octobre 2019
Essais d'Antoine Froment, Grenoble, 1639
« cinq exemplaires seulement de l'édition originale sont connus aux plus intrépides bibliophiles de notre province »
C'est par ces mots qu'Aristide Albert justifie sa réédition des Essais d'Antoine Froment, en 1868. Depuis peu, j'ai la chance d'appartenir à ces « intrépides bibliophiles » dauphinois, car j'ai réussi à faire entrer un exemplaire dans ma bibliothèque, exemplaire qui ne fait d'ailleurs partie des cinq dont parle A. Albert.
Il s'agit d'un ouvrage paru à Grenoble en 1639 qui est d'abord le récit circonstancié, en 7 journées et 7 semaines, de l'incendie qui détruisit presque entièrement Briançon le 1er décembre 1624. Mais, plus largement, l'auteur, natif de Briançon, a multiplié les chapitres sur de nombreux autres faits concernant sa patrie : Tremblement de terre, Ravage des loups, Sur le passage du Roy [Louis XIII] par le Briançonnois, De la peste, Sur la stérilité des saisons, et la famine, Des avalanches et enfin Du débordement des feux, et des eaux par le Briançonnois. On le voit, les sujets ne manquent pas.
Cet ouvrage a souvent été critiqué comme en témoigne ce florilège de quelques avis : « ouvrage d'une tête exaltée, sans méthode et sans savoir » (Faujas de Saint-Fond), « un essai quelque peu indigeste » (baron Ladoucette), « la rareté [en] constitue le seul mérite. » (Rochas), « fatras d'érudition [...] inintelligible » (Lelong), etc.
Malgré cela, ce livre a plusieurs mérites. D'abord, il s'agit du premier ouvrage imprimé uniquement consacré à Briançon et au Briançonnais, ce qui en fait, en quelque sorte, un « incunable » briançonnais. Il faut attendre plus d'un siècle, en 1754, pour que paraisse le Mémoire historique et critique sur le Briançonnais, de Jean Brunet de l'Argentière. Ensuite, malgré cette érudition envahissante, on peut y glaner de nombreuses informations, qui proviennent d'un témoin oculaire et d'un natif de Briançon. Jacqueline Routier, dans son histoire de Briançon, a su utiliser ce que l'on peut extraire de la « gangue » de citations.
En ces temps où les loups et leur « ravage » - au singulier, chez Antoine Froment, tant les ravages des loups sont comme une plaie - font l'actualité dans nos montagnes, relire ce qu'en dit Antoine Froment montre l'abîme qui sépare la perception moderne, même si elle est loin de faire l'unanimité, et ce qu'il en rapporte. Les loups sont un fléau. A la différence d'aujourd'hui - j'imagine que les loups ont aussi vu évoluer leur comportement-, ils n'hésitaient pas à s'attaquer aux personnes. Nos loups actuels, en ne mangeant que des brebis, sont des petits joueurs :
Le Sergent d'une Compagnie se retirant à cheval sur le tard, trouva prés des maisons de l'hameau de Font-Chrestiane, le Loup couché à travers du chemin, qui l'assaillit si furieusement, que sans le soudain secours il n'avoit dequoy avec son espée eviter d'estre la curée de cet ennemy. Une pauvre fille de Queyras en fut la proye la nuict au devant de la Ville: on la recognut le lendemain par sa tresse blonde: l'epicrane et tel autre reliquat de la teste qu'encor fraiz et sanglant tout un monde fut voir. On trouva mesme dans le ventre d'un Loup mort ou tué de-çà le Mont-Genévre, le doigt d'un enfant. [...]
Encor le plus beau jour de Juin 1629, un jeune Loup descendant du Bois de Ville à dix heures du matin, passa au conspect de plusieurs à un traictde mousquet d'icelle, tout proche du sieur Procureur du Roy et mon Cadet, qui s'y promenoient : de-là descendit prés des servantes qui lavoient à Fontrogiere, allat mettre en deroute par la campagne des femmes qui sarcloient, et luy crirent, Au Loup ; et fut veu traverser la Riviere gaignant la montée, à la poursuite d'un troupeau de brebis effarouchées, par le costé opposite de la vallée. (p. 276, de la réédition de 1868).
Ce court texte est un bon exemple de ce que l'on peut trouver dans ce livre. Dans ce chapitre sur les loups, Antoine Froment n'abuse pas de cette érudition qui rend certains passages quasiment illisibles.
Pour ceux qui voudraient lire l'ouvrage, il est accessible sur GoogleBooks dans la réédition de 1868 : cliquez-ici.
Pour les amateurs de bibliographie, je me suis aussi penché sur le nombre d'exemplaires et sur l'histoire de l'impression.
Le nombre d'exemplaires donné par Aristide Albert doit être revu à la hausse. Pour ma part, j'en ai compté une dizaine, y compris celui-ci, dont cinq dans des bibliothèques publiques. Dans la page que j'ai consacrée à cet ouvrage, je détaille les exemplaires identifiés. Je suis bien entendu intéressé par tout autre exemplaire encore inconnu.
Même s'il ne porte aucune mention de possesseur, je pense que mon exemplaire est celui d'Eugène Chaper, le célèbre bibliophile dauphinois. Comme d'autres ouvrages de même provenance, il a été relié par Pagnant.
Je me suis aussi penché sur l'histoire, toute conjecturale, de l'impression de cet ouvrage. Il faut avoir eu en mains l'ouvrage pour constater qu'il n'a pas été imprimé en une seule fois. Je vous laisse découvrir mon hypothèse.
Lien vers la page sur le site Bibliothèque dauphinoise : Essais d'Antoine Froment.
J'ai aussi mis à jour la page consacrée à la réédition de 1868 : Essais d'Antoine Froment, avocat au Parlement du Dauphiné.
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Jean-Marc Barféty
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samedi 18 mai 2019
Le massif des Écrins. Histoire d'une cartographie de l'Antiquité à l'aube du XXe siècle, Jacques Mille, Jean-Marc Barféty, Michel Tailland
Je suis heureux d'annoncer la parution récente aux
Éditions du Fournel de : Le Massif des Écrins. Histoire d'une
cartographie de l'antiquité à l'aube du XXe siècle, coécrit avec
Jacques Mille et Michel Tailland.
Il est particulièrement réjouissant de voir comment trois fins connaisseurs du massif des Écrins croisent leurs compétences pour relire l'histoire de sa cartographie de façon aussi accessible et vivante, sans rien céder sur l'érudition. À partir d'un corpus exhaustif, finement mis en perspective et évalué à l'aune des évolutions techniques et politiques, cette revue est une généalogie de noms évocateurs, que le lecteur retrouvera ou découvrira au fil des pages : Peutinger, Jean de Beins, Bourcet, Cassini, Capitaine, État-Major, Prudent, Guillemin, Duhamel...
Derrière ces têtes d'affiche du Who's Who de la cartographie des Écrins, de nombreux protagonistes directs ou indirects traversent l'ouvrage : militaires en mission, alpinistes en passion, écrivains, naturalistes, géologues...Chacun à leur façon, ils contribuent à perfectionner la connaissance topographique et la précision cartographique de la représentation de la montagne...
En retraçant l'évolution du métier de cartographe depuis les premiers « arpenteurs » et « cosmographes » jusqu'aux ingénieurs-cartographes, Jacques Mille, Jean-Marc Barféty et Michel Tailland nous rappellent que la cartographie en montagne est non seulement une affaire de techniques topographiques, mais aussi de marche et d'ascensions...
En cela, l'ouvrage est aussi une relecture de l'histoire de l'alpinisme à travers la cartographie, qui accompagne systématiquement l'exploration du massif...
Le travail de compilation, d'illustration et de discussion proposé par les auteurs et l'éditeur est d'une grande précision, avec de nombreux zooms détaillés sur des secteurs emblématiques du massif. L'iconographie est aussi riche qu'abondante, et confirme si besoin est que les cartes sont de véritables objets oniriques et esthétiques, voire artistiques. Les encres et lavis du 18ème siècle sont un régal, auxquels n'ont rien à envier certains dessins à la plume, à l'encre et à l'aquarelle du 19ème siècle ! Pour valoriser cette matière, la démarche des auteurs est très didactique. Elle est fondée sur des séries de questions-réponses, avec tout ce qu'il faut de définitions, de rappels historiques et techniques mais aussi de schémas explicatifs pour transmettre au lecteur les fondamentaux de la culture cartographique...
À cet égard... les géographes et les cartographes ont bien contribué à inventer les Alpes !
- De l'Antiquité à la fin du XVIIIe siècle.
- Du milieu du XVIIIe siècle à la fin du XIX siècle.
La répartition des contributions est la suivante. Jacques Mille a rédigé la première partie. Sur le même sujet, il est l'auteur de Hautes-Alpes. Cartes géographiques anciennes (XVe - mi XIXe siècle) et Le Dauphiné, une représentation des territoires à partir des cartes géographiques anciennes (voir les message sur ce blog ici et ici). Dans la deuxième partie, Michel Tailland a assuré la rédaction du deuxième chapitre : Les levés de la la carte d’État-Major (1828-1866) : le massif des Écrins enfin révélé au public, dans la continuité de son ouvrage coécrit avec Michèle Janin-Thivos : Des ascensions oubliées ? Les opérations de la carte d’État-major de Briançon au XIXe siècle (voir ce message sur ce blog).
J'ai pris en charge les deux autres chapitres de cette deuxième partie respectivement consacrés à :
- La découverte du massif, 1750-1855.
- De la carte d’État-Major à la fin du XIXe siècle : les cartes des alpinistes.
Cela poursuit ce que j'ai déjà eu l'occasion de présenter sur mon site : Découverte du Haut-Dauphiné - Topographie et exploration du massif des Ecrins, mais de façon plus complète et plus structurée. En particulier, j'ai développé le travail novateur et pionnier d'Adolphe Joanne et Élisée Reclus (1860-1863), dont je n'ai jamais parlé et que j'ai souhaité mettre en valeur, voire faire connaître, tant ils ont été éclipsés par les Anglais (Whymper, Coolidge, Tuckett) plus habiles à mettre en avant leurs réalisations. Je publie en particulier cette première carte du massif parue dans une revue grand public, Le Tour du Monde, en décembre 1860. Certes, la carte n'est ni très belle, ni très fidèle, mais elle fournit pour la première fois les situations et les altitudes exactes des principaux sommets (sauf la Meije !) :
J'ai aussi reproduit ces deux très belles cartes du massif, celle relativement courante et connue du capitaine Prudent de 1874 :
et celle plus rare de Tuckett de 1873 (je pense qu'il s'agit de la première reproduction de cette carte dans un ouvrage en français) :
Vous pouvez commander l'ouvrage sur le site des Éditions du Fournel, ainsi que sur les sites marchands habituels (FNAC, Amazon, etc). Il peut aussi être commandé auprès de votre libraire.
Publié par
Jean-Marc Barféty
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14:58:00
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vendredi 5 avril 2019
Relique
J'ai eu l'occasion de trouver ce modeste carnet. Il s'agit d'un recueil des cinq cartes du Haut-Dauphiné, établies et dessinées par Henry Duhamel pour l'édition du Guide du Haut-Dauphiné, en 1887.
L'amateur qui a créé ce carnet à son usage n'a pas retenu la première carte de l'ensemble (Carte I : Carte des voies d'accès principales). On y trouve la Carte
d'ensemble du massif, numérotée II, et les quatre cartes détaillées couvrant l'ensemble du massif.
L'ensemble est relié
sous un petit cartonnage amateur, avec des plats en carton, aux coins arrondis. L'ensemble est tenu par une bande toilée au dos. Une étiquette manuscrite sur le premier
plat de couverture indique : « Oisans. Cartes Duhamel ». La taille du carnet est de 178 x 110 mm.
Son état actuel montre que ce carnet a souvent été utilisé. Une annotation sur le premier contre-plat nous renseigne sur les propriétaires successifs.
Le dernier propriétaire est un certain Grigor Djanaghian, sur lequel on ne trouve quasiment aucun renseignement. Il est passé à l'IEG de Grenoble. Il semble avoir fait carrière dans l'industrie du phosphate.
Surtout, l'annotation manuscrite nous renseigne sur le premier propriétaire, qui a établi ce petit carnet à son usage : « Exemplaire ayant appartenu à mon Maître Georges Flusin (1872-1954) qui m'en a fait cadeau en 1925 »
Né à Dole (Jura) le 13 septembre 1872 et décédé à Grenoble le 12 juin 1954, Georges Flusin a été professeur à la Faculté des sciences de Grenoble et fondateur et directeur de l'Institut d'électrochimie et d'électrométallurgie. Sa thèse soutenue en 1907 devant la Faculté des Sciences de Paris portait sur : Du Rôle chimique de la membrane dans les phénomènes osmotiques. Il est l'auteur d'une synthèse sur l'électrothermie appliquée.
Mais ce n'est pas pour cela que Georges Flusin nous intéresse. Il a été membre et président de la Société des Touristes du Dauphiné. Il a surtout appartenu à la Commission internationale des Glaciers et a été membre de la Commission française des Glaciers
A l'initiative de deux professeurs de l'Université des Sciences de Grenoble (W. Kilian et J. Collet), la Société des Touristes Dauphinois organisa un service d'observation méthodique des glaciers du Dauphiné et de l'enneigement du massif : Une enquête méthodique sur les glaciers du Dauphiné. Projet adopté par la Société des Touristes du Dauphiné, sur la proposition de MM. W. Kilian et J. Collet, professeurs à la faculté des sciences de Grenoble
A ce titre, Georges Flusin a mené avec Charles Jacob, Wilifrid Killian et Jules Offner, des missions d'observations des glaciers du massif des Écrins (le Haut-Dauphiné de l'époque). Il était plus particulièrement en charge des photographies.
Les premières observations firent l'objet d'un ouvrage paru en 1900 cosigné par Wikfrid Kilian et Georges Flusin : Observations sur les variations des glaciers et l'enneigement dans les Alpes dauphinoises, organisées et subventionnées par la Société des Touristes du Dauphiné, sous la direction de W. Kilian et avec la collaboration de G. Flusin, de 1890 à 1899, et publiées sous le patronage de l'Association française pour l'avancement des Sciences, Grenoble, 1904.
A ce titre, Georges Flusin a mené avec Charles Jacob, Wilifrid Killian et Jules Offner, des missions d'observations des glaciers du massif des Écrins (le Haut-Dauphiné de l'époque). Il était plus particulièrement en charge des photographies.
Les premières observations firent l'objet d'un ouvrage paru en 1900 cosigné par Wikfrid Kilian et Georges Flusin : Observations sur les variations des glaciers et l'enneigement dans les Alpes dauphinoises, organisées et subventionnées par la Société des Touristes du Dauphiné, sous la direction de W. Kilian et avec la collaboration de G. Flusin, de 1890 à 1899, et publiées sous le patronage de l'Association française pour l'avancement des Sciences, Grenoble, 1904.
Ensuite, il a cosigné des Observations glaciaires dans le Massif du Pelvoux, recueillies en Août 1903. Ces observations ont été menées lors d'une mission dans les Alpes du Dauphiné du 20 au 28 août 1903, par G. Flusin, accompagné de Ch. Jacob et J. Offner. G. Flusin s'est chargé des prises photographiques. Ch. Jacob a rédigé le compte-rendu de la mission. J. Offner a fait des observations botaniques.
Il est l'auteur d'un Plan du glacier noir et du Glacier Blanc, levé en 1904. Échelle 1:10.000e. qui accompagnait une Étude sur le glacier Noir et le glacier Blanc dans le massif du Pelvoux parue dans l'Annuaire de la Société des Touristes du Dauphiné, en 1904.
Nous savons aussi par André Allix qu'Henry Duhamel a utilisé les informations fournies par Georges Flusin pour les modifications qu'il a apportées aux cartes du Haut-Dauphiné, dans l'édition de 1909.
On voit donc que ce modeste carnet a accompagné un fidèle excursionniste et savant, dans ses observations du massif des Écrins. Il en prend d'autant plus de valeur.
Les cartes d'Henry Duhamel, qui forment ce carnet, ont initialement paru dans le Guide du Haut-Dauphiné, en 1887 (voir ici pour plus de détails) :
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Jean-Marc Barféty
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lundi 18 mars 2019
Paul Colomb de Batines (1811-1855)
Comme le savent mes lecteurs, il m'arrive régulièrement de me prendre de passion pour des personnages un peu secondaires de l'histoire dauphinoise. C'est ainsi que Paul Colomb de Batines a occupé quelques heures de ma vie de bibliophile dauphinois ces derniers mois. J'ai parlé de lui au tout début de l'année, dans cet "éloge de l'inachèvement" que je lui ai consacré. Mais j'avais l'impression d'être incomplet.
![]() |
| Colomb de Batines et ses amis au café, vers 1835. Tableau anonyme, Musée de l'Ancien Évêché, Grenoble. Tableau donné à la Bibliothèque de Grenoble par Mlle E. Richardson, de Florence, vers 1929. |
J'ai donc mené deux tâches :
D'abord, j'ai entrepris d'écrire une notice biographique de Paul Colomb de Batines plus complète que toutes celles que l'on peut trouver. Cet homme a eu 3 vies. Né en 1811, de 1829 à 1841, il
s'est essentiellement consacré à la bibliophilie et
à la bibliographie dauphinoises. Ensuite, de 1841 à 1844,
il a été libraire et éditeur à Paris. Sur
cette période, je vous renvoie à la notice
consacrée à son activité de libraire parisien,
comme successeur de Joseph Crozet, sur le site Histoire de la bibliophilie : cliquez-ici.
Enfin, de 1844 jusqu'à son décès en 1855, il vit
à Florence où il devient le bibliothécaire d'un
seigneur italien de Florence. Il se consacre alors à la
bibliographie de l'œuvre de Dante, ce pour quoi il est
aujourd'hui le plus connu. Je me suis évidemment consacré à la première partie de sa vie. Il est toujours difficile de se faire une idée de la personnalité d'un homme né il y a 200 ans, sur lequel peu de contemporains se sont exprimés. J'aime chez lui ce goût un peu maniaque de la bibliographie, cet art de la précision pour des points de détail de l'histoire des livres, comme si cela avait vraiment de l'importance. J'aime aussi cette forme d'inachèvement dans tout ce qu'il fait, cette difficulté à faire aboutir les projets ambitieux qu'il avait et dont je vais bientôt parler.
Cette biographie est accessible en suivant ce lien : Paul Colomb de Batines.
L'autre tâche était tout simplement d'établir une bibliographie des écrits de Paul Colomb de Batines. Si, pour les ouvrages, la bibliographie d'Adolphe Rochas était presque complète, elle méritait d'être corrigée pour les quelques erreurs que l'on y trouve. En revanche, la bibliographie de ses articles restait à faire. Je ne pense pas avoir identifié tous ses articles, car il a beaucoup écrit, souvent des notices courtes ou des correspondances, qu'il n'est pas toujours facile de trouver. J'y ai ajouté les réimpressions qu'il a commandées. Mais, ce qui est plus inhabituel dans une bibliographie, je me suis intéressé à ses nombreux projets. Paul Colomb de Batines a souvent annoncé des publications à
venir,
allant même jusqu'à présenter comme
étant sous presse des ouvrages qui n'ont jamais
paru.
Cela a provoqué l'ironie d'Adolphe Rochas :
« ce
projet, comme une foule d'autres de Colomb de Batines, n'a pas eu de
suite. » Je souhaitais leur rendre hommage.
Publié par
Jean-Marc Barféty
à
21:43:00
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Libellés : Bibliographie dauphinoise, Bibliophilie, Personnalité
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