dimanche 24 octobre 2010

Un almanach des Hautes-Alpes de 1822 et, pour finir, encore Willy

L'apparition de l'imprimerie dans les Hautes-Alpes, associé à l'esprit nouveau issu de la Révolution, a vu la multiplication des ouvrages sur la "statistique" du département, le mot "statistique" devant être pris au sens large. C'est un fait général dans les départements français. C'est ainsi que dès 1804, le secrétaire général de la Préfecture des Hautes-Alpes, Pierre-Antoine Farnaud, fut chargé de concevoir un annuaire des Hautes-Alpes. Depuis l'an XII (1804) jusqu'en 1808, ce sont 5 annuaires, un par année, qui paraissent dans le département. Après le départ du dynamique préfet de l'époque, le baron de Ladoucette, la publication cesse. Elle ne reprend qu'en 1822, avec cet almanach que je présente aujourd'hui.

Pour en savoir plus, cliquez-ici.



Les premiers annuaires étaient une riche source de renseignements sur les Hautes-Alpes. Celui-ci contient peu d'informations intéressantes sur le département, hormis les renseignements administratifs. C'est essentiellement un vade-mecum pour les maires du départements.

Malgré cela, lorsque on est passionné par l'histoire locale, c'est une source indispensable. Cette simple page sur les maires et adjoints du canton de Saint-Bonnet-en-Champsaur ravit en moi l'amateur d'histoire locale et familiale. J'y retrouve un de mes ancêtres (Jean-Antoine Gentillon-Jame) et de nombreux parents : Para, Gasquet, Joubert, etc.


L'annuaire suivant n'a été publié qu'en 1835. Pierre-Antoine Farnaud (1766 – 1842) , l'auteur de cet almanach de 1822, a été l'immuable secrétaire de la préfecture des Hautes-Alpes, toujours fidèle au régime en place, quelque soit le régime.


Pour en finir avec Willy

Pour en finir avec Willy, qui m'a beaucoup occupé ces derniers temps, j'ai acheté aujourd'hui (à Champerret) un petit livre, L'esprit de Willy, publié en 1926 par Gallimard. C'est un recueil des mots d'esprits de Willy. On y découvre qu'il avait volontiers le trait d'esprit mordant et la dent dure. C'était l'esprit de l'époque.



Ce petit exemplaire, du tirage de tête et joliment relié, contient deux lettres de Willy, sur un élégant papier à lettre bleu, et une carte postale-portrait.




lundi 18 octobre 2010

Une conférence sur l'ascendance haut-alpine d'Henry Gauthier-Villars, dit "Willy"

Comme annoncée il y a deux semaines, j'ai prononcé une conférence sur l'ascendance haut-alpine d'Henry Gauthier-Villars, dit Willy, le mari de Colette. C'était surtout l'occasion d'évoquer l'histoire de famille de libraires et imprimeurs, entre 1750 et la fin du XIXe, sorties des Hautes-Alpes et installées à Lons-le-Saunier.

Quelques photos de la conférence :



Pour ceux que cela intéresse, vous pouvez télécharger la présentation (attention 10 Mo) en cliquant ici.

dimanche 10 octobre 2010

Un ouvrage de généalogie dauphinoise de 1672 par Guy Allard

En 1669, l'historien du Dauphiné Guy Allard fait paraître un prospectus pour annoncer son œuvre généalogique sous le titre : Projet de l'Histoire généalogique des familles nobles de Dauphiné. Ce n'est qu'en 1672 que parait le premier volume de la série. Toujours soucieux de se placer sous le patronage des puissants du moment, Guy Allard consacre sa première publication à la famille de François de Bonne de Créquy, comte de Sault, duc de Lesdiguières (1600-1677), gouverneur du Dauphiné. Il n'y aura en tout que 4 recueils de généalogies, parus entre 1672 et 1680. Ensuite, il ne publie que des généalogies isolées.

Ce premier recueil contient 8 généalogies sous le titre :
Histoire généalogique des familles, de Bonne, de Crequy, de Blanchefort, d'Agout, de Vesc, de Montlor, de Maubec et de Montauban.
Il est imprimé par Laurent Gilibert, à Grenoble et parait sous 3 adresses différentes, mais il s'agit toujours du même ouvrage et du même tirage.


L'exemplaire que je présente est à l'adresse de P. Charvys.

Il est en reliure d'époque.


Pour ceux qui voudraient plus de détails sur l'ouvrage, cliquez-ici.

Il contient en particulier la généalogie de la famille de Bonne, dont est sorti François de Bonne, duc de Lesdiguières, dernier connétable de France (1543-1623), grande personnalité dauphinoise des guerres de religion et de la pacification qui a suivi.


La généalogie qu'en donne Guy Allard illustre bien sa méthode. L'introduction tente de rattacher cette famille à quelques lignages prestigieux, alors que il s'agit d'une petite noblesse champsaurine, dans laquelle se sont succédés des notaires de génération en génération jusqu'au père du Connétable. Il cite bien les différents ancêtres, mais se garde d'indiquer qu'ils étaient notaires. Guy Allard en a gardé une réputation de complaisance dans ses travaux de généalogie. A sa décharge, cet homme sans fortune ne pouvait guère affronter les puissants de son temps. C'était presque une figure imposée que d'embellir les histoires familiales avec des origines prestigieuses, surtout pour les familles de récente extraction.

Première page de généalogie de la famille de Bonne, avec son blason.

Sur l'œuvre généalogique de Guy Allard, il existe une étude précieuse, comme savaient en publier les érudits du XIXe siècle.
Bibliographie de l'œuvre généalogique de Guy Allard, par Joseph Roman, Grenoble, Allier, 1905, 24 pp.


Ces petits travaux sont des sources irremplaçables pour la bibliographie locale, malheureusement difficilement accessibles.

lundi 4 octobre 2010

Une conférence sur l'ascendance haut-alpine d'Henry Gauthier-Villars, dit "Willy"

Votre serviteur prononcera une conférence le samedi 16 octobre à la mairie de Saint-Bonnet-en-Champsaur sur l'ascendance champsaurine (haut-alpine, pour ceux qui ne situent pas le Champsaur) d'Henry Gauthier-Villars (1859-1931), aujourd'hui surtout célèbre pour avoir été le mari et le mentor de Colette. Ils ont cosigné la série des Claudine. Plus précisément, Colette a écrit et Willy a signé.


Cette conférence d'abord généalogique sera aussi l'occasion d'évoquer le monde des livres. On y parlera des colporteurs-libraires du Dauphiné, qui ont essaimé dans toute la France; on détaillera l'histoire et l'ascension d'une lignée de libraires et imprimeurs à Lons-le-Saunier de la fin du XVIIIe siècle jusqu'à la fin du XIXe siècle; on découvrira l'obscure mais déterminante histoire de la contrebande de livres "philosophiques" depuis la Suisse. Au gré de l'histoire de cette famille, on évoquera le destin de Victor Lagier, célèbre libraire dijonnais, éditeur des œuvres de Gabriel Peignot, de Jacques Champollion, petit libraire de Figeac, mais père du grand Jean-François Champollion; on exhumera l'œuvre oubliée, mais abondante, d'un jésuite haut-alpin, le père Para du Phanjas.

Pour ceux qui me suivront jusqu'à la fin, on verra apparaître l'image fugitive du grand amour d'Alain-Fournier, Yvonne de Quiévrecourt, qui a inspiré le personnage d'Yvonne de Galais dans Le Grand Meaulnes. Le monde étant plein de correspondances inattendues, il existe un lien tenu entre Willy et Yvonne de Galais.

Cette conférence a lieu le samedi 16 octobre 2010 à 14h30, à la mairie de Saint-Bonnet-en-Champsaur (05), place Waldems. Elle est organisée par l'Association généalogique des Hautes-Alpes, avec le patronage de la Société d'Etudes des Hautes-Alpes. L'entrée est libre.

Quelques liens vers des messages où j'avais déjà évoqué cette famille :
http://bibliotheque-dauphinoise.blogspot.com/2009/01/lesdiguires-et-henry-gauthier-villars.html
http://bibliotheque-dauphinoise.blogspot.com/2009/09/dominique-villars-colporteur-libraire.html
http://bibliotheque-dauphinoise.blogspot.com/2009/12/une-reliure-de-bauzonnet.html
http://bibliotheque-dauphinoise.blogspot.com/2010/01/le-pere-para-du-phanjas-1724-1797.html

Pour ceux que cela intéresse, vous pouvez télécharger la présentation (attention 10 Mo) en cliquant ici.

mardi 21 septembre 2010

Quand un écrivain bourguignon écrit sur la Meije, cela donne un beau texte sur le pouvoir de la montagne...

Pour trouver de beaux textes sur la montagne, il faut parfois savoir chercher dans des ouvrages inattendus.

En 1926, Edouard Estaunié, de l'Académie française, fait paraître un recueil de 6 nouvelles, Le Silence dans la Campagne, dont une est le récit de la fascination d'un homme pour la Meije qui va jusqu'à la mort :
Le cas de Jean Bunant. Rappelons, pour ceux qui ne suivent pas, que la Meije est un sommet du massif du Haut-Dauphiné (actuellement appelé massif des Ecrins), dominant le village de La Grave dans les Hautes-Alpes du haut de ses 3983 mètres.


L'histoire est simple. Archiviste-paléographe, Jean Bunant est amené à villégiaturer à La Grave pour se soigner. D'abord ennuyé par ce pays de montagne austère et isolé, il devient de plus en plus fasciné par la Meije avec qui il noue une relation presque personnelle. Subissant l'appel irrésistible de la montagne et répondant aux sollicitations du guide Emile Pic, il tente une approche de la montagne. Dans la montée des Enfetchores, il meurt, terrassé par la maladie.

C'est un texte inattendu, dans le recueil de cet écrivain ingénieur dont on ne sait rien de ses relations avec la montagne et surtout avec la Meije. Ce texte est une belle illustration du pouvoir et de l'emprise que peut exercer une montagne sur l'esprit des hommes, écrit dans une langue classique, mais suggestive dans ses effets, en particulier la montée de la fascination dans l'esprit de Jean Bunant.


Cherchant ce texte depuis longtemps, j'ai attendu de pouvoir trouver un bel exemplaire de l'édition originale. C'est un des 250 exemplaires sur Hollande van Gelder (on voit que l'éditeur ne cultive pas le grand papier à petit tirage), dans une belle reliure classique signée Charles de Samblanx. Si je n'avais pas eu cette exigence bibliophilique, je n'aurais eu aucun mal à trouver un exemplaire sur papier ordinaire. Les ouvrages de cet auteur, visiblement prolifique et célèbre en son temps, envahissent désormais les catalogues des bouquinistes et des libraires, malheureusement avec peu de chance de se vendre, tant les gloires passées sont souvent vraiment passées (
Sic Transit Gloria Mundi).



Il reste au moins quelque chose d'éternelle, c'est la beauté de la Meije depuis La Grave (photo prise en août 2008) :


Quelques liens :
La notice du livre sur Bibliothèque Dauphinoise : cliquez-ici
Notices biographiques d'Edouard Estaunié sur Wikipedia et sur le site de l'Académie française.

mardi 14 septembre 2010

Le pasteur Eugène Arnaud, historien du protestantisme dauphinois.

Pasteur et théologien réformé, Eugène Arnaud nait à Crest (Drôme) le 18 octobre 1826, fils du pasteur Louis François Arnaud. Après des études de théologie aux facultés de Genève et de Strasbourg, il reçoit la consécration le 26 avril 1856. Pasteur à Crupies (Drôme), puis aux Vans (Ardèche) en 1853, il succède à son père à Crest en 1865. Il est ensuite nommé président du consistoire en 1876. Il était l'un des chefs de file du parti orthodoxe synodal. Il est l'auteur d'ouvrages historiques sur le protestantisme en Dauphiné, ainsi que d'ouvrages de théologie. Il est mort à Crest le 12 novembre 1905.


Son œuvre majeure est l'
Histoire des protestants du Dauphiné aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, en 3 volumes publiés à Paris entre 1875 et 1878.Le contenu des 3 volumes donne un aperçu de son contenu :
-
Première et deuxième périodes. Etablissement de la Réforme en Dauphiné et guerres de religion. 1522-1598.
-
Troisième période. Le régime de l'Edit de Nantes. 1598-1685.
-
Quatrième période. Le désert. 1685-1791.



Mais au delà cet ouvrage de référence, sa production a été très abondante, souvent sous forme de plaquettes.

Par exemple, en 1896, il regroupe 4 études parues dans des revues savantes sous le titre :
Mémoires historiques sur l'origine, les mœurs, les souffrances et la conversion au protestantisme des Vaudois du Dauphiné.


Aupravant, ce sont des petites études bibliographies, publiées par Eugène Chaper :

Notice historique et bibliographique sur les imprimeurs de l'Académie protestante de Die en Dauphiné au XVIIe siècle, 1870


Notice sur les controverses religieuses en Dauphiné pendant la période de l'édit de Nantes
, 1872


Supplément à la Notice sur les Controverses religieuses en Dauphiné pendant la période de l'Edit de Nantes, 1886


Certes, ce sont des points d'érudition très précis, presque trop précis. Mais, cela reste des études sans équivalent sur ces sujets, qui servent de référence sur des questions de bibliographie peu ou pas traitées. Pour ne rien gâter, quelques une de ces plaquettes sont bien imprimées, avec des titre en rouge et noir, sur le beau papier de Hollande des papeteries B.F.K. de Rives (Isère).

Autre exemple de travail d'érudition, cette liste d'émigrés protestants. Lors de la révocation de l'Edit de Nantes en 1685, de très nombreux Dauphinois ont fui la France à destination de la Suisse et de l'Allemagne. Ce simple recensement est une mine pour le généalogiste et l'historien des familles :
Emigrés protestants dauphinois secourus par la Bourse française de Genève de 1680 à 1710, 1885


Pour voir des notices détaillées sur tous ces ouvrages, cliquez-ici, sur la notice d'Eugène Arnaud. On y trouvera le lien vers les descriptions de ces différents ouvrages.

On ne rendra jamais assez hommage à ces érudits du XIXe siècle, qui ont accumulé pour l'avenir une masse de renseignements sur des sujets aujourd'hui oubliés ou délaissés. Existe-t-il aujourd'hui l'équivalent de cette recherche en partie désintéressée qui fait la joie des quelques érudits contemporains qui s'intéressent encore à tout cela ?

Sur Eugène Arnaud, je conseille la notice particulièrement complète de Wikipedia : cliquez-ici.

dimanche 5 septembre 2010

La réédition d'un recueil de lithographies et un article d'Arts & métiers du livre.

J'ai l'habitude de présenter sur ce site des ouvrages de bibliophilie, en édition originale. Je vais déroger aujourd'hui à la règle. La principale raison est très personnelle. L'ouvrage que je présente m'a été offert aujourd'hui. Ce cadeau représente beaucoup pour moi.

Dans les années 1820, les vallées protestantes des Hautes-Alpes (Champsaur, Queyras et surtout Freissinières) ont été le théâtre de l'action évangélisatrice d'un pasteur genevois, Félix Neff (1798-1829). On peut rapprocher son action des mouvements du réveil (revivaliste) (pour plus d'informations, voir la notice Wikipedia, bien complète : cliquez-ici).

Les protestants anglais ont toujours suivi avec sympathie et attention l'apostolat de Félix Neff et, dès 1832, William Stephen Gilly lui consacra une biographie :
A Memoir of Felix Neff, Pastor of the High Alps; and of His Labours among the French Protestants of Dauphiné, a Remnant of the Primitive Christians of Gaul.

Quelques années plus tard, Lord Monson visita les régions des Hautes-Alpes que parcourut Félix Neff. Il fit de nombreux dessins, qu'il confia à Louis Haghe, pour en tirer une série de 22 lithographies. Elles devaient illustrer l'ouvrage de Gilly. Ce recueil, précédé d'une introduction de Lors Monson, parut en 1840 sous le titre :
Views on the departement of the Isere and the High-Alps, chiefly designed to illustrate the Memoir of Felix Neff by Dr Gilly, lithographed by Louis Haghe, from sketches by the Rt Honble Lord Monson, London, London, W.-H. Dalton, 1840.

On imagine bien qu'un tel ouvrage est devenu introuvable. En 1985,
La Manufacture, à Lyon proposa une réédition de qualité, précédée de deux notices : Le rude sublime, de Jean Adhémar et Lord Monson en Dauphiné, de Paul Hamon. Les 22 lithographies sont reproduites.

C'est cet ouvrage que je présente aujourd'hui :


J'en est extrait 3 reproductions :
La Grave et La Meije

Château-Queyras

Saint-Véran

Un exemplaire de l'édition originale est proposé à la vente par B. Shapero de Londres, dans le catalogue paru cet été :
Travel 2010


Je vous laisse découvrir la notice, avec un reproduction d'une des deux vues de Briançon. En lisant le "petit" chiffre en bas à droite, vous comprendrez mieux que je présente la réédition.


Je profite de ce message pour présenter l'article qui a été consacré à ma bibliothèque dans le dernier numéro d'
Arts & Métiers du livre.

Ci-dessous, l'introduction :

J'en profite pour remercier tous ceux qui m'ont envoyé des messages soit directement, soir via les commentaires sur ce blog (voir le message précédent). Je tiens surtout à rendre hommage au travail d'Yves Devaux, qui a su si bien mettre en valeur ma bibliothèque dans son article. C'est pour moi l'occasion de le remercier chaleureusement.