vendredi 1 mai 2015

Mémoire sur la construction et l'usage du microscope, Dominique Villars, 1806

Dominique Villars, le plus célèbre des botanistes dauphinois, a subi, comme cela arrive, les revers du destin. Après la suppression de l'école centrale et « quelques tracasseries » lors du regroupement de l'hôpital militaire de Grenoble avec l'hôpital civil, D. Villars s'est retrouvé sans emploi, dans une ville qui ne lui reconnaissait pas ce qu'elle lui devait. C'est ainsi qu'il s'est retrouvé professeur de médecine à Strasbourg en 1805.

Oubliant là l'ingratitude de sa patrie, il se consacra encore et toujours aux travaux scientifiques. C'est ainsi qu'il fut amené à s'intéresser au microscope. Fondé sur son expérience de botaniste et complété par l'observation de nombreux modèles de microscope, il souhaita exposer ses propositions d'amélioration et de simplification. Comme il le dit lui-même : « L'amour du merveilleux, la mobilité de l'imagination, ont compliqué le microscope et multiplié les illusions pour ainsi dire inséparable de cet instrument. En simplifiant sa composition, j'ai tâché aussi de simplifier son langage. »

Il en est résulté une petite plaquette, fort rare, publiée simultanément à Strasbourg et Paris en 1806 :
Mémoire sur la construction et l'usage du microscope


Elle est complétée d'une planche explicative :


Pour aller plus loins : cliquez-ici.

La dédicace la rattache aussi au Dauphiné. En effet, ce mémoire est dédié à « A Monsieur Français de Nantes, conseiller d'état, commandant de la légion d'honneur, directeur général des droits réunis ». Cette dédicace permet à Villars de se mettre sous la protection d'une personnalité du Premier Empire qui s'est toujours trouvée être le soutien des Dauphinois, en particulier dans les aléas de la vie. Son beau portrait a été peint par David :


Je lui ai consacré  une page, car il est l'auteur de quelques ouvrages intéressants, pleins de fantaisies et d'inventions, ce que ne laisse pas présumer son portrait très officiel (cliquez-ici).

samedi 18 avril 2015

Une petite plaquette, dans son jus, un peu dauphinoise

C'est une de ces petites plaquettes comme je les aime. Elle est parvenue jusqu'à moi telle qu'elle a paru en 1826. Le papier qui était encore de chiffon, est resté très blanc, sans rousseurs. Lorsque on le touche, il a gardé la texture unique du papier chiffon, au moment même où apparaissait le papier mécanique, plus lisse. Non rognés, les bords portent encore la marque de la forme. La couverture de papier rose, ornée de beaux motifs comme on les faisait à l'époque, est attaché aux 2 feuillets et demi qui composent la plaquette avec une petite ficelle.


Ce n'est pas seulement pour la matérialité du livre que je l'ai acheté. Il suffit de lire le titre pour immédiatement détecté ce qui m'a attiré l’œil :
Aux mânes du Général Foy. Stances libres, suivies de notes explicatives et de l'analyse des anciennes chartes du Dauphiné par M.***, ancien officier supérieur d'état-major.
Paris, Eymery ; Lyon, Baron, 1826, in-8° (218 x 135 mm), un portrait lithographié en frontispice hors texte.



Au-delà du mot Dauphiné, c'est l'étrange appairage entre le général Foy et les chartes du Dauphiné qui m'a intrigué. Nous allons vite comprendre pourquoi.

Ce poème, renfermé dans cette petite plaquette, appartient à la très importante littérature qui a fleuri après le décès du Général Foy, en novembre 1825. Député, il était l'un des représentants les plus notables des libéraux, sous la Restauration. Sa mort, privant le parti libéral d'une personnalité écoutée et admirée, a provoqué une grande émotion, qui s'est traduite par une nombre très important de textes d'hommage, sous forme de plaquettes ou libelles, voir de chansons et autres œuvres. Ces Stances, parues quelques mois après son décès, en font partie. Elles sont très probablement l’œuvre d'un Dauphinois, même si l'attribution reste problématique.


Si le poème n'occupe que 8 pages sur les 40 que contient la plaquette, il y a pas moins de 28 pages de notes qui éclairent le texte. C'est une de celles-ci, particulièrement longue, qui est entièrement consacrée aux chartes ancienne des libertés du Dauphiné. Elle est appelée par ces 2 vers du poème :
Mais pour le défenseur des libertés publiques
Toute la France prend le deuil.

Après avoir rapporté cette phrase de Bossuet, « Toute l'Égypte était noble, et d'ailleurs on n'y goûtait de louanges que celles qu'on s'attirait par son mérite », l'auteur fait un parallèle avec le Dauphiné :
« Le Dauphiné qui a retrouvé un dauphin dans le vainqueur du Trocadéro, jouissait, de temps immémorial, des mêmes avantages que l’Égypte. L'on n'a pour s'en convaincre qu'à jeter les yeux sur les chartes delphinales et royales de ce pays, entre autres sur celle qui établissait, fixait, confirmait et garantissait les privilèges, les libertés, les franchises, les droits, les prééminences et les prérogatives des hommes et habitans ». Après avoir rapporté l'historique de ces chartes et les différentes confirmations par les Dauphins, il analyse quelques articles, ceux qui servent sont propos sur les libertés contemporaines et sur l'égalité des droits. Par exemple, un article sur les règles de successions en vigueur dans le Dauphiné ancien est l'occasion de ce commentaire : « Nous laissons à tous les hommes éclairés le soin de juger du mérite de ce second article, qui repousse, comme destructif de nos droits, le projet de loi présenté à la Chambre des députés, sur le droit d'aînesse et les substitutions. »

La note se termine par cette conclusion qui met bien en exergue la valeur politique de cette illustration par la charte du Dauphiné, lorsqu'on l'applique à la problématique contemporaine du début du règne de Charles X, qui se mettait en rupture par rapport au règne de Louis XVIII et de la charte constitutionnelle :
« Usages précieux, droits inestimables que d'autres provinces pouvaient également posséder, et qui seraient à regretter si la charte qui a été donnée aux Français par le Roi Louis XVIII, n'était pas une compensation pour les hommes raisonnables, qui préfèrent l'instruction à l'ignorance , la liberté à l'esclavage, le pouvoir légal au pouvoir absolu, la religion de l'évangile, professée par cette église gallicane qu'ont illustrée les Bossuet, les Fleury, les Massillon , aux superstitions, aux momeries et aux tartuferies jésuitiques. »

Comme on le voit, les chartes du Dauphiné sont appelés à la rescousse pour se faire le défenseur des libertés, à l'occasion de la mort d'un grand libéral.

Pour finir, juste un mot sur l'identification de l'auteur. C'est Edmond Maignien qui, le premier, attribue cette plaquette au colonel César-Louis Mounier, né à Veynes (Hautes-Alpes) le 21 septembre 1784 dans son ouvrage Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes du Dauphiné, Grenoble, 1892, sous le n° 1461. Elle a ensuite été reprise, jusque dans les catalogues de bibliothèques (BNF, BMG). Cette attribution peut être remise en question. En effet, ce qui ne « colle » pas, c'est qu'en 1826, le colonel Mounier n'était pas un ancien officier supérieur d'état-major. Il était colonel au 5e régiment d'infanterie de la Garde Royale, en passe de rejoindre le 28e régiment d'infanterie de ligne. Ces pour toutes ces raisons que j'ai remis en cause et n'ai pas retenu l'attribution proposée par Edmond Maignien.

Pour aller plus loin, cliquez-ici.



mardi 7 avril 2015

Images du Maquis, poème de Célestin Freinet, fusains d'Élise Lagier-Bruno

Complétant la bibliographie haut-alpine du célèbre pédagogue Célestin Freinet et de son épouse Élise Lagier-Bruno, j'ai exhumé du fond de ma bibliothèque un ouvrage rare : 
Images du Maquis. Poème de C. Freinet. Fusains originaux de Mme E. Lagier-Bruno.
Gap, Éditions Ophrys, [1945], in-4°, 18-[2] pp., 20 reproductions hors texte de fusains, dont 2 rehaussés en couleurs, titre illustré, couverture illustrée  d'une reproduction d'un fusain rehaussé en couleurs.
Ouvrage en feuilles sous une chemise rempliée.


Pourquoi rare ? Malgré un tirage annoncé de 1500 exemplaires, il ne se trouve dans aucune bibliothèque publique française (répertoire CCFr). J'ai repéré un exemplaire avec envoi dans le Fonds Maurice Thorez des Archives Municipales d'Ivry-sur-Seine (Célestin Freinet appartenait au parti communiste avant la guerre).


De quoi s'agit-il ? Cet ouvrage rassemble 13 poèmes de Célestin Freinet en hommage au maquis du Briançonnais, à Saint-Martin-Béassac, en Vallouise (le dernier poème est daté du 4 décembre 1944), illustré de fusains par son épouse Élise Lagier-Bruno.


Il a été achevé d'imprimer le 5 février 1945 sur les presses de l'Imprimerie Louis-Jean à Gap. Cette édition est vendue au bénéfice des Œuvres sociales des F.F.I.


Les 20 fusains d'Élise Lagier-Bruno représentent des scènes du Maquis à travers la peinture des différents personnages dans leurs actions quotidiennes. Un des fusains est repris en couverture.



Ces poèmes rappellent l'engagement de Célestin Freinet dans le maquis de la Vallouise et du Briançonnais. Pendant l'Occupation, après une période de détention, venant de Vence, il a rejoint cette région dont était originaire sa femme, Élise Lagier-Bruno. Il rejoint le maquis en juin 1944, qui s'était replié sur Béassac, dans la Vallouise. Après la Libération, il siège au Comité Départemental de Libération (C.D.L.) des Hautes-Alpes, en tant que représentant du Parti Communiste. Il fait partie de la commission d'épuration. Il quitte ses responsabilités à l'été 1945.


Pour plus d'information, cliquez-ici.

Cette épisode de sa vie a aussi fait l'objet, en 1964, d'un numéro de la Bibliothèque de Travail (n° 584, 10 mai 1964) :  Le Maquis, dans lequel Célestin Freinet décrit la vie et les actions du maquis où il se trouvait, à Béassac, près de Vallouise (Hautes-Alpes).



 

dimanche 29 mars 2015

Bélôti, un enfant des Hautes-Alpes

Une naissance récente dans ma proche famille m'a remis en mémoire une petit fascicule acheté il y a quelques années : Bélôti, publié dans la collection « Bibliothèque de Travail - Collection de brochures hebdomadaires pour le travail libre des enfants ». Pour ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'éducation, il s'agit de petits cahiers pédagogiques publiés en support de la démarche pédagogique appelée l'école Freinet, fondée par Célestin Freinet (pour aller plus loin : Pédagogie Freinet et Bibliothèque de Travail, sur Wikipédia).


Il s'agit du récit des 10 premières années d'enfance d'une petite fille, surnommée Bélôti, née en 1828, dans une famille de cultivateurs d'un village des Hautes-Alpes. L'intérêt du texte est qu'il contient de nombreuses notations sur les mœurs et coutumes de la petite enfance dans les Hautes-Alpes. A titre d'exemple, les soins apportés au nouveau-né :
On ne lave jamais Bélôti avec de l'eau.
De temps en temps, on lui passe sur les yeux du lait de sa maman. Le dimanche, on lui frotte sur tout le corps un peu de vin clairet sucré : on dit que c'est pour la fortifier.
On ne la baigne jamais.
On ne lui lave jamais la tête. On laisse venir sur son crâne une croûte de crasse noire : ça protège le cerveau, disent les grand-mères, et ça s'en ira tout seul, quand les cheveux auront poussé...
L'habillement d'un petit enfant :
Bélôti est maintenant un poupon de huit mois. On lui met une petite robe à corselet taillée dans une vieille jupe de sa grand-mère. Sur la tête, elle a toujours sa berre, grand bonnet à trois pièces que l'on garnit de laine frisée. On la chausse de bons bas tricotés et de petits souliers à barrettes faits par le cordonnier.
Sur les épaules, elle a son petit fichu fin qui empêche le cou et le menton de frotter sur la rude étoffe de la robe.
Ainsi vêtue, Bélôti ressemble à une toute petite grand-mère.
L'initiation précoce au travail :
Dès que Bélôti sait se servir de ses mains, on lui apprend à faire de petites choses utiles.
L'hiver, elle dévide la laine au dévidoir; elle défait les vieux bas, va jeter les cendres pour faire fondre la neige.
L'été, elle va chercher du crottin sur les routes avec son petit balai de bruyère et son petit panier d'osier : c'est pour fumer le jardin. Elle va aussi à la feuille morte pour faire la litière du bétail, et elle cueille des herbes pour les vaches et les petits veaux. Quand la moisson est finie, elle va glaner dans les chaumes.
A sept ans, elle est déjà une fillette travailleuse.

Dans la ronde du travail
Bélôti a maintenant dix ans. Elle doit travailler, gagner sa vie comme une grande personne.
Chaque saison lui apporte sa besogne.
L'hiver, elle apprend à tresser la paille, 3 pailles, 5 pailles, 7 pailles, 11 pailles ! Avec les tresses de paille, sa maman fait de grandes capelines pour le soleil et la pluie et de beaux cabas qu'on ira vendre à la foire.
Bélôti apprend aussi à filer le chanvre et la laine au petit rouet.
Elle sait tricoter des bas, raccommoder les vêtements. Elle sait aussi faire de solides boutons en fil de chanvre, pour les chemises des hommes.
L'été, Bélôti va garder les vaches dans les pâturages. Le dimanche, elle monte, là-haut, dans les hauts alpages, ramasser les violettes, les véroniques, la bétoine, l'absinthe, le thé des Alpes, toutes sortes de plantes médicinales, qu'on vendra aux foires d'automne pour faire un peu d'argent.
A dix ans, déjà, Bélôti gagne sa vie.
On y trouve des évocations de la vie quotidienne : le pain, le colporteur, les travaux des champs, la maison, etc., ainsi que certains usages : le baptême, le carnaval, etc. Une reproduction numérique est disponible sur le site de l'ICEM : cliquez-ici.


L'intérêt de cet ouvrage est qu'il est écrit par une institutrice des Hautes-Alpes, Julie Lagier-Bruno, née Julie Rostollan à Vars (Hautes-Alpes) le 8 octobre 1870, fille de Claude Rostollan, cultivateur, et Élisabeth Pellissier. Il est fort probable que ce récit soit directement issu des souvenirs d'enfance de la mère de Julie Rostollan, car celle-ci est née à Vars le 3 novembre 1828 (le texte parle du 19 novembre 1828) et Bélôti est un diminutif d’Élisabeth. C'est ce qui fait tout le prix de ce court texte. Les témoignages directs sur les mœurs et coutumes par ceux qui les ont eux-mêmes vécus sont souvent rares. La parole, dans ce domaine, est souvent celle des érudits locaux ou des chercheurs et moins celle des habitants eux-mêmes.

De son mariage avec Claude Lagier-Bruno, lui-même instituteur à Vallouise, Julie Rostollan aura plusieurs enfants, dont Elise Lagier-Bruno, l'épouse de Célestin Freinet. Ce fascicule de l'école Freinet est donc un travail de famille, puisque l'auteur est la belle-mère de Célestin Freinet et les illustrations, de sa femme Elise Freinet.

Voir une généalogie d’Élise Lagier-Bruno, épouse de Célestin Freinet : cliquez-ici.

Description de l'ouvrage


Mme Lagier-Bruno, institutrice en retraite.
Bélôti
Cannes, « Bibliothèque de Travail », n° 79, 1949, in-8° (229 x 155 mm), 24 pp., une photographie en noir et blanc dans le texte, nombreux dessins dans le texte, dont 2 fusains, couverture illustrée d'un fusain.
Les dessins sont d'Elise Freinet, née Lagier-Bruno.
La couverture imprimée sert de titre.


lundi 16 mars 2015

Une médaille moderne pour Gap

Médaille frappée à l'occasion des Journées Numismatiques de Gap, 6-7 juin 2014.
Vappincum est le nom antique de Gap.

Une fois n'est pas coutume, c'est une médaille que je présente aujourd'hui. Elle a été fondue à l'occasion des Journées Numismatiques de Gap, 6-7 juin 2014. Elle m'a été offerte par Jean-Pierre Garnier, l'auteur de la médaille, pour des raisons que l'on va bientôt voir.

Revers

Notice explicative


Les différentes contributions présentées lors de ces journées numismatiques ont été rassemblées dans un bulletin. Non seulement ces journées se sont déroulées à Gap, dans les Hautes-Alpes, mais de très nombreuses communications concernent ce département. Pêle-mêle, on y trouve des articles sur le trésor du Noyer, les monnaies de la Bâtie-Montsaléon, le journal de Fazy-de-Rame, le médailler du Musée départemental, etc. Rien qu'à ce titre, ce bulletin mérite déjà d'appartenir à une bibliothèque haut-alpine.


Mais, encore plus proche de ce que sont les centres d'intérêt de ce blog, on trouve : Paul Guillemin et la médaille du Club alpin français par Oscar Roty, une communication de Jean-Pierre Garnier sur une médaille dont le droit et le revers sont reproduits ci-dessous :



Cette médaille, gravée vers 1889,  a été donnée par Paul Guillemin aux Archives départementales des Hautes-Alpes en 1920. Pour la rédaction de cet article, j'ai apporté mes modestes lumières sur cette riche personnalité des Hautes-Alpes, qui a tant fait pour le département. En particulier, j'ai fourni ce beau portrait de Paul Guillemin, d'après une photographie de Jacques Garcin, photographe à Lyon, originaire du Queyras.


En remerciements, Jean-Pierre Garnier m'a offert une des épreuves de la médaille gravée pour cet événement.

lundi 9 mars 2015

Livres pour la jeunesse qui ont pour cadre la montagne et les Alpes dauphinoises

Je ne me suis encore jamais vraiment intéressé aux livres pour la jeunesse qui ont pour cadre la montagne. Autant je sais que le livre pour la jeunesse a maintenant ses collectionneurs, qui sont parfois prêts à payer fort cher des ouvrages (selon quels critères, je ne sais), autant je ne sais pas si le créneau plus restreint du livre de montagne pour la jeunesse a été plus particulièrement exploré. C'est le hasard d'une brocante à Chambéry qui m'a fait découvrir cet ouvrage. J'ai eu l’œil attiré par les illustrations, dont j'aime le style sobre, dépouillé et cependant évocateur. Et quand j'ai vu le mot Dauphiné en le feuilletant, ma décision était prise !
Il s'agit d'une enquête du style "club des cinq", mais je n'entrerai pas plus dans les détails. 





Paru en 1944, aux éditions Archat, il est illustré par A. Brunyer.

Qui est Jean des Brosses ? Je ne sais pas vraiment. Bien représenté dans le catalogue de la BNF, il est l'auteur de pièces de théâtre (plusieurs fois en collaboration avec Gabriel d'Hervilliez) et surtout de livres pour la jeunesse, dans l'esprit scoutisme (cliquez-ici) et énigme policière pour jeunes lecteurs. Les dates extrêmes de ses publications sont 1936 et 1959. S'agit-il de lui : cliquez-ici ?

L'illustrateur est A. Brunyer, dont on ne sait guère plus. Il semble s'être plutôt fait connaître comme affichistes.

Quant à l'éditeur, Archat, il était en même temps installé à Lyon, 7 place Antonin-Poncet et à Paris, 12, rue d'Anjou. Il a été assez actif pendant la Seconde guerre mondiale.

En fouillant dans ma bibliothèque, j'ai trouvé quelques autres livres pour la jeunesse qui ont pour cadre la montagne et, plus précisément, les Alpes dauphinoises.

D'abord un livre pour adolescent dont le héros, fasciné par une image de la Meije, se fait aide-berger à La Grave et découvre ainsi le monde de la montagne. C'est un récit d'initiation, illustré par Michel Gourlier :
Suzy Arnaud-Valence
La route de là-bas
Paris, Magnard, [1968], in-8°, 171 pp., culs-de-lampe, 8 planches hors texte (dessins en couleurs) dont une en frontispice, cartonnage de l'éditeur, jaquette illustrée d'un dessin en couleurs, rhodoïd.
Collection : "Fantasia", n° 95.


Un roman pour la jeunesse sur la vie d'une femme juive réfugiée dans le Queyras durant la guerre et sur la vie de son fils dans le Queyras d'après-guerre :
Zlata Pirnat
Comme une source
Paris, Magnard, (1971), in-8°, 184-[8] pp., vignettes gravées dans le texte, 8 planches illustrée de dessins en couleurs hors-texte d'après des dessins de Philippe Lorin, cartonnage de l'éditeur, jaquette illustrée en couleurs, jaquette rhodoïd.
Collection "Fantasia", n° 137.



Enfin, signé d'un illustrateur plus prestigieux, Samivel :
Micheline Morin
Trag, le Chamois
Paris, Delagrave, 1948, in-8°, 125 pp., 47 dessins dont 10 hors texte
Récit qui se passe dans le Combeynot, près du Lautaret.



jeudi 19 février 2015

Réponse à Michel Houellebecq

Les lecteurs du blog de la Bibliothèque dauphinoise risquent de s'interroger sur mon besoin soudain d'entrer dans les débats qui traversent la société française, par le biais d'une réponse à Michel Houellebecq. Certes, je ne cache pas que j'apprécie beaucoup cet auteur depuis le début, c'est-à-dire depuis l'Extension du domaine de la lutte. C'est d'ailleurs un des rares romanciers français actuels que je lis et le seul, ou presque, dont je lis tous les ouvrages. Mais c'est un point en apparence anecdotique, mais où l'honneur du Dauphiné est en jeu, qui m'amène à m'adresser à lui.

En effet, dans son dernier opus : Soumission, une courte séquence, celle de la mort de son père, se passe dans le massif des Écrins. Dans le chalet de son père, « situé sur les contreforts de la vallée de Freissinières » (p. 191), il découvre le paysage qu'il voit depuis la grande baie vitrée. La compagne de son père défunt lui présente : « En face, on voit le pic de la Meije. Et, plus vers le Nord, vous avez la barre des Écrins. » (p. 193)

Pour un auteur qui a écrit La carte et le territoire, il aurait au moins été nécessaire qu'il se munisse d'une carte avant d'écrire cela. A défaut de le faire, je vais moi-même lui présenter une carte pour rétablir la vérité. Comme on est tout de même sur la blog de la Bibliothèque dauphinoise, autant choisir une historique. Pour cela, j'utilise celle d'Henry Duhamel, qui sert de carte générale dans le Guide du Haut-Dauphiné, de W.A.B. Coolidge, H. Duhamel, F. Perrin, paru en 1887, premier guide sur le Haut-Dauphiné, à l'usage des randonneurs et des alpinistes.


J'ai reporté sur cette carte la vallée de Freissinières, la Meije et les Ecrins. Il apparaît clairement que ce qui est dit est impossible. Pour finir de s'en convaincre, il faut savoir que la barre des Écrins n'est visible d'aucun point habité, bien que point culminant du massif à 4103 m.


On pourra m'objecter qu'il s'agit de la liberté du romancier qui, tel Tolkien dans sa carte du pays de Mordor et de la Comté, invente un pays imaginaire. Objection acceptée... sauf que le massif des Écrins est vraiment quelque chose de trop important pour que l'on prenne tant de liberté avec lui. Il fallait que cela soit dit. C'est fait. Ma fierté de Haut-Dauphinois est ainsi préservée.

Par la magie du numérique (du digital, comme l'on dit aujourd'hui), voici la Meije et la barre des Ecrins réunies d'un seul point de vue :

Deux gravures extraites de : Les Alpes du Dauphiné, de E. Debriges (1885)