lundi 9 décembre 2019

ABCDauphiné - Dictionnaire historique et patrimonial

J'ai le plaisir de contribuer à ce nouvel ouvrage publié par les Presses Universitaires de Grenoble (PUG), pour lequel j'ai rédigé une quinzaine de notices.



ABCDauphiné
Dictionnaire historique et patrimonial

sous la direction d'Olivier Cogne et de Jean Guibal.

Tout ce que vous souhaitez savoir sur le Dauphiné se trouve dans cet ouvrage : de Bayard aux stations de ski, en passant par la route nationale 7 et la recette du fameux gratin dauphinois!
À travers plus de 400 entrées alphabétiques illustrées, l’ABCDauphiné offre l’essentiel à connaître sur cette province. Il propose une balade dans le temps et l’espace de cette ancienne région, correspondant aujourd’hui aux départements de la Drôme, des Hautes-Alpes et de l’Isère.
Personnalités incontournables, sites et bâtiments remarquables, événements, grandes inventions : l’ABCDauphiné convie le lecteur à la redécouverte de l’histoire et du patrimoine de ce territoire, pour le plus grand plaisir de ses habitants comme des centaines de milliers de touristes qui le visitent chaque année.


Les auteurs : Éloïse Antzamidakis, Jean-Marc Barféty, Philippe Bouchardeau, Catherine Briotet, Anne Cayol-Gerin, Benoît Charenton, Olivier Cogne, Gil Emprin, René Favier, Jean Guibal, Jean-Hugo Ihl, Jean-Gérard Lapacherie, Pierre-Yves Playoust, Christine Roux, Alexandre Vernin

Et les contributions de : Marie-Françoise Bois-Delatte, Yves Chiaramella, Isabelle Fouilloy, Valérie Huss, Louis Jacquignon, Philippe Moustier, Jean-Pierre Pellegrin, Hélène Viallet
Lien vers le site des PUG : https://www.pug.fr/produit/1747/9782706144202/abcdauphine
Vous pouvez télécharger un bon de commande et une présentation en suivant ce lien : cliquez ici.

Parmi les notices que j'ai rédigées, qui concernent toutes les Hautes-Alpes et la montagne, je suis heureux d'avoir eu l'occasion de parler de Paul Guillemin, une personnalité que j'admire particulièrement. La notice est illustrée d'une belle photo où on le voit, âgé, devant son chalet de Cervières :



mercredi 13 novembre 2019

Salon du Livre alpin de Grenoble 2019

Je serai présent au Salon du Livre alpin qui se tient à Grenoble vendredi 15, samedi 16 et dimanche 17 novembre. J'y serai pour présenter l'ouvrage coécrit avec Jacques Mille et Michel Tailland : Le Massif des Écrins. Histoire d'une cartographie de l'antiquité à l'aube du XXe siècle.

Je vous y rencontrerai avec plaisir. Et n'oubliez pas que c'est une très bonne idée de cadeau de Noël !




 

vendredi 25 octobre 2019

Essais d'Antoine Froment, Grenoble, 1639

« cinq exemplaires seulement de l'édition originale sont connus aux plus intrépides bibliophiles de notre province »
C'est par ces mots qu'Aristide Albert justifie sa réédition des Essais d'Antoine Froment, en 1868. Depuis peu, j'ai la chance d'appartenir à ces « intrépides bibliophiles » dauphinois, car j'ai réussi à faire entrer un exemplaire dans ma bibliothèque, exemplaire qui ne fait d'ailleurs partie des cinq dont parle A. Albert.



Il s'agit d'un ouvrage paru à Grenoble en 1639 qui est d'abord le récit circonstancié, en 7 journées et 7 semaines, de l'incendie qui détruisit presque entièrement Briançon le 1er décembre 1624. Mais, plus largement, l'auteur, natif de Briançon, a multiplié les chapitres sur de nombreux autres faits concernant sa patrie : Tremblement de terre, Ravage des loups, Sur le passage du Roy [Louis XIII] par le Briançonnois, De la peste, Sur la stérilité des saisons, et la famine, Des avalanches et enfin Du débordement des feux, et des eaux par le Briançonnois. On le voit, les sujets ne manquent pas.

Cet ouvrage a souvent été critiqué comme en témoigne ce florilège de quelques avis : « ouvrage d'une tête exaltée, sans méthode et sans savoir » (Faujas de Saint-Fond), « un essai quelque peu indigeste » (baron Ladoucette), « la rareté [en] constitue le seul mérite. » (Rochas), « fatras d'érudition [...] inintelligible » (Lelong), etc.

Malgré cela, ce livre a plusieurs mérites. D'abord, il s'agit du premier ouvrage imprimé uniquement consacré à Briançon et au Briançonnais, ce qui en fait, en quelque sorte, un « incunable » briançonnais. Il faut attendre plus d'un siècle, en 1754, pour que paraisse le Mémoire historique et critique sur le Briançonnais, de Jean Brunet de l'Argentière. Ensuite, malgré cette érudition envahissante, on peut y glaner de nombreuses informations, qui proviennent d'un témoin oculaire et d'un natif de Briançon. Jacqueline Routier, dans son histoire de Briançon, a su utiliser ce que l'on peut extraire de la « gangue » de citations.

En ces temps où les loups et leur « ravage » - au singulier, chez Antoine Froment, tant les ravages des loups sont comme une plaie - font l'actualité dans nos montagnes, relire ce qu'en dit Antoine Froment montre l'abîme qui sépare la perception moderne, même si elle est loin de faire l'unanimité, et ce qu'il en rapporte. Les loups sont un fléau. A la différence d'aujourd'hui - j'imagine que les loups ont aussi vu évoluer leur comportement-, ils n'hésitaient pas à s'attaquer aux personnes. Nos loups actuels, en ne mangeant que des brebis, sont des petits joueurs :
Le Sergent d'une Compagnie se retirant à cheval sur le tard, trouva prés des maisons de l'hameau de Font-Chrestiane, le Loup couché à travers du chemin, qui l'assaillit si furieusement, que sans le soudain secours il n'avoit dequoy avec son espée eviter d'estre la curée de cet ennemy. Une pauvre fille de Queyras en fut la proye la nuict au devant de la Ville: on la recognut le lendemain par sa tresse blonde: l'epicrane et tel autre reliquat de la teste qu'encor fraiz et sanglant tout un monde fut voir. On trouva mesme dans le ventre d'un Loup mort ou tué de-çà le Mont-Genévre, le doigt d'un enfant. [...]
Encor le plus beau jour de Juin 1629, un jeune Loup descendant du Bois de Ville à dix heures du matin, passa au conspect de plusieurs à un traictde mousquet d'icelle, tout proche du sieur Procureur du Roy et mon Cadet, qui s'y promenoient : de-là descendit prés des servantes qui lavoient à Fontrogiere, allat mettre en deroute par la campagne des femmes qui sarcloient, et luy crirent, Au Loup ; et fut veu traverser la Riviere gaignant la montée, à la poursuite d'un troupeau de brebis effarouchées, par le costé opposite de la vallée. (p. 276, de la réédition de 1868).
Ce court texte est un bon exemple de ce que l'on peut trouver dans ce livre. Dans ce chapitre sur les loups, Antoine Froment n'abuse pas de cette érudition qui rend certains passages quasiment illisibles.

Pour ceux qui voudraient lire l'ouvrage, il est accessible sur GoogleBooks dans la réédition de 1868 : cliquez-ici.

Pour les amateurs de bibliographie, je me suis aussi penché sur le nombre d'exemplaires et sur l'histoire de l'impression.

Le nombre d'exemplaires donné par Aristide Albert doit être revu à la hausse. Pour ma part, j'en ai compté une dizaine, y compris celui-ci, dont cinq dans des bibliothèques publiques. Dans la page que j'ai consacrée à cet ouvrage, je détaille les exemplaires identifiés. Je suis bien entendu intéressé par tout autre exemplaire encore inconnu.

Même s'il ne porte aucune mention de possesseur, je pense que mon exemplaire est celui d'Eugène Chaper, le célèbre bibliophile dauphinois. Comme d'autres ouvrages de même provenance, il a été relié par Pagnant.


Je me suis aussi penché sur l'histoire, toute conjecturale, de l'impression de cet ouvrage. Il faut avoir eu en mains l'ouvrage pour constater qu'il n'a pas été imprimé en une seule fois. Je vous laisse découvrir mon hypothèse.

Lien vers la page sur le site Bibliothèque dauphinoise : Essais d'Antoine Froment
J'ai aussi mis à jour la page consacrée à la réédition de 1868 : Essais d'Antoine Froment, avocat au Parlement du Dauphiné.

samedi 18 mai 2019

Le massif des Écrins. Histoire d'une cartographie de l'Antiquité à l'aube du XXe siècle, Jacques Mille, Jean-Marc Barféty, Michel Tailland

Je suis heureux d'annoncer la parution récente aux Éditions du Fournel de : Le Massif des Écrins. Histoire d'une cartographie de l'antiquité à l'aube du XXe siècle, coécrit avec Jacques Mille et Michel Tailland.


Extrait de la préface de Philippe Bourdeau
Il est particulièrement réjouissant de voir comment trois fins connaisseurs du massif des Écrins croisent leurs compétences pour relire l'histoire de sa cartographie de façon aussi accessible et vivante, sans rien céder sur l'érudition. À partir d'un corpus exhaustif, finement mis en perspective et évalué à l'aune des évolutions techniques et politiques, cette revue est une généalogie de noms évocateurs, que le lecteur retrouvera ou découvrira au fil des pages : Peutinger, Jean de Beins, Bourcet, Cassini, Capitaine, État-Major, Prudent, Guillemin, Duhamel...
Derrière ces têtes d'affiche du Who's Who de la cartographie des Écrins, de nombreux protagonistes directs ou indirects traversent l'ouvrage : militaires en mission, alpinistes en passion, écrivains, naturalistes, géologues...Chacun à leur façon, ils contribuent à perfectionner la connaissance topographique et la précision cartographique de la représentation de la montagne...
En retraçant l'évolution du métier de cartographe depuis les premiers « arpenteurs » et « cosmographes » jusqu'aux ingénieurs-cartographes, Jacques Mille, Jean-Marc Barféty et Michel Tailland nous rappellent que la cartographie en montagne est non seulement une affaire de techniques topographiques, mais aussi de marche et d'ascensions...
En cela, l'ouvrage est aussi une relecture de l'histoire de l'alpinisme à travers la cartographie, qui accompagne systématiquement l'exploration du massif...
Le travail de compilation, d'illustration et de discussion proposé par les auteurs et l'éditeur est d'une grande précision, avec de nombreux zooms détaillés sur des secteurs emblématiques du massif. L'iconographie est aussi riche qu'abondante, et confirme si besoin est que les cartes sont de véritables objets oniriques et esthétiques, voire artistiques. Les encres et lavis du 18ème siècle sont un régal, auxquels n'ont rien à envier certains dessins à la plume, à l'encre et à l'aquarelle du 19ème siècle ! Pour valoriser cette matière, la démarche des auteurs est très didactique. Elle est fondée sur des séries de questions-réponses, avec tout ce qu'il faut de définitions, de rappels historiques et techniques mais aussi de schémas explicatifs pour transmettre au lecteur les fondamentaux de la culture cartographique...
À cet égard... les géographes et les cartographes ont bien contribué à inventer les Alpes !
L'ouvrage contient 2 parties :
- De l'Antiquité à la fin du XVIIIe siècle.
- Du milieu du XVIIIe siècle à la fin du XIX siècle.

La répartition des contributions est la suivante. Jacques Mille a rédigé la première partie. Sur le même sujet, il est l'auteur de Hautes-Alpes. Cartes géographiques anciennes (XVe - mi XIXe siècle) et Le Dauphiné, une représentation des territoires à partir des cartes géographiques anciennes (voir les message sur ce blog ici et ici). Dans la deuxième partie, Michel Tailland a assuré la rédaction du deuxième chapitre : Les levés de la la carte d’État-Major (1828-1866) : le massif des Écrins enfin révélé au public, dans la continuité de son ouvrage coécrit avec Michèle Janin-Thivos : Des ascensions oubliées ? Les opérations de la carte d’État-major de Briançon au XIXe siècle (voir ce message sur ce blog).

J'ai pris en charge les deux autres chapitres de cette deuxième partie respectivement consacrés à :
- La découverte du massif, 1750-1855.
- De la carte d’État-Major à la fin du XIXe siècle : les cartes des alpinistes.

Cela poursuit ce que j'ai déjà eu l'occasion de présenter sur mon site : Découverte du Haut-Dauphiné - Topographie et exploration du massif des Ecrins, mais de façon plus complète et plus structurée. En particulier, j'ai développé le travail novateur et pionnier d'Adolphe Joanne et Élisée Reclus (1860-1863), dont je n'ai jamais parlé et que j'ai souhaité mettre en valeur, voire faire connaître, tant ils ont été éclipsés par les Anglais (Whymper, Coolidge, Tuckett) plus habiles à mettre en avant leurs réalisations. Je publie en particulier cette première carte du massif parue dans une revue grand public, Le Tour du Monde, en décembre 1860. Certes, la carte n'est ni très belle, ni très fidèle, mais elle fournit pour la première fois les situations et les altitudes exactes des principaux sommets (sauf la Meije !) :


J'ai aussi reproduit ces deux très belles cartes du massif, celle relativement courante et connue du capitaine Prudent de 1874 :


et celle plus rare de Tuckett de 1873 (je pense qu'il s'agit de la première reproduction de cette carte dans un ouvrage en français) :


Vous pouvez commander l'ouvrage sur le site des Éditions du Fournel, ainsi que sur les sites marchands habituels (FNAC, Amazon, etc). Il peut aussi être commandé auprès de votre libraire.


vendredi 5 avril 2019

Relique

J'ai eu l'occasion de trouver ce modeste carnet. Il s'agit d'un recueil des cinq cartes du Haut-Dauphiné, établies et dessinées par Henry Duhamel pour l'édition du Guide du Haut-Dauphiné, en 1887.

L'amateur qui a créé ce carnet à son usage n'a pas retenu la première carte de l'ensemble (Carte I :  Carte des voies d'accès principales). On y trouve la  Carte d'ensemble du massif, numérotée II, et les quatre cartes détaillées couvrant l'ensemble du massif.

L'ensemble est relié sous un petit cartonnage amateur, avec des plats en carton, aux coins arrondis. L'ensemble est tenu par une bande toilée au dos. Une étiquette manuscrite sur le premier plat de couverture indique : « Oisans. Cartes Duhamel ». La taille du carnet est de 178 x 110 mm.


Son état actuel montre que ce carnet a souvent été utilisé. Une annotation sur le premier contre-plat nous renseigne sur les propriétaires successifs.


Le dernier propriétaire est un certain Grigor Djanaghian, sur lequel on ne trouve quasiment aucun renseignement. Il est passé à l'IEG de Grenoble. Il semble avoir fait carrière dans l'industrie du phosphate.

Surtout, l'annotation manuscrite nous renseigne sur le premier propriétaire, qui a établi ce petit carnet à son usage : « Exemplaire ayant appartenu à mon Maître Georges Flusin (1872-1954) qui m'en a fait cadeau en 1925 »

Né à Dole (Jura) le 13 septembre 1872 et décédé à Grenoble le 12 juin 1954, Georges Flusin a été professeur à la Faculté des sciences de Grenoble et fondateur et directeur de l'Institut d'électrochimie et d'électrométallurgie. Sa thèse soutenue en 1907 devant la Faculté des Sciences de Paris portait sur : Du Rôle chimique de la membrane dans les phénomènes osmotiques. Il est l'auteur d'une synthèse sur l'électrothermie appliquée.

Mais ce n'est pas pour cela que Georges Flusin nous intéresse. Il a été membre et président de la Société des Touristes du Dauphiné. Il a surtout appartenu à la Commission internationale des Glaciers et a été membre de la Commission française des Glaciers

A l'initiative de deux professeurs de l'Université des Sciences de Grenoble (W. Kilian et J. Collet), la Société des Touristes Dauphinois organisa un service d'observation méthodique des glaciers du Dauphiné et de l'enneigement du massif : Une enquête méthodique sur les glaciers du Dauphiné. Projet adopté par la Société des Touristes du Dauphiné, sur la proposition de MM. W. Kilian et J. Collet, professeurs à la faculté des sciences de Grenoble

A ce titre, Georges Flusin a mené avec Charles Jacob, Wilifrid Killian et Jules Offner, des missions d'observations des glaciers du massif des Écrins (le Haut-Dauphiné de l'époque). Il était plus particulièrement en charge des photographies.

Les premières observations firent l'objet d'un ouvrage paru en 1900 cosigné par Wikfrid Kilian et Georges Flusin : Observations sur les variations des glaciers et l'enneigement dans les Alpes dauphinoises, organisées et subventionnées par la Société des Touristes du Dauphiné, sous la direction de W. Kilian et avec la collaboration de G. Flusin, de 1890 à 1899, et publiées sous le patronage de l'Association française pour l'avancement des Sciences, Grenoble, 1904.

Ensuite, il a cosigné des Observations glaciaires dans le Massif du Pelvoux, recueillies en Août 1903. Ces observations ont été menées lors d'une mission dans les Alpes du Dauphiné du 20 au 28 août 1903, par G. Flusin, accompagné de Ch. Jacob et J. Offner. G. Flusin s'est chargé des prises photographiques. Ch. Jacob a rédigé le compte-rendu de la mission. J. Offner a fait des observations botaniques.

Il est l'auteur d'un Plan du glacier noir et du Glacier Blanc, levé en 1904. Échelle 1:10.000e. qui accompagnait une Étude sur le glacier Noir et le glacier Blanc dans le massif du Pelvoux parue dans l'Annuaire de la Société des Touristes du Dauphiné, en 1904.

Nous savons aussi par André Allix qu'Henry Duhamel a utilisé les informations fournies par Georges Flusin pour les modifications qu'il a apportées aux cartes du Haut-Dauphiné, dans l'édition de 1909.

On voit donc que ce modeste carnet a accompagné un fidèle excursionniste et savant, dans ses observations du massif des Écrins. Il en prend d'autant plus de valeur.

Les cartes d'Henry Duhamel, qui forment ce carnet, ont initialement paru dans le Guide du Haut-Dauphiné, en 1887 (voir ici pour plus de détails) :






lundi 18 mars 2019

Paul Colomb de Batines (1811-1855)

Comme le savent mes lecteurs, il m'arrive régulièrement de me prendre de passion pour des personnages un peu secondaires de l'histoire dauphinoise. C'est ainsi que Paul Colomb de Batines a occupé quelques heures de ma vie de bibliophile dauphinois ces derniers mois. J'ai parlé de lui au tout début de l'année, dans cet "éloge de l'inachèvement" que je lui ai consacré. Mais j'avais l'impression d'être incomplet. 

Colomb de Batines et ses amis au café, vers 1835.
Tableau anonyme, Musée de l'Ancien Évêché, Grenoble.
Tableau donné à la Bibliothèque de Grenoble par Mlle E. Richardson, de Florence, vers 1929.

J'ai donc mené deux tâches :

D'abord, j'ai entrepris d'écrire une notice biographique de Paul Colomb de Batines plus complète que toutes celles que l'on peut trouver. Cet homme a eu 3 vies. Né en 1811, de 1829 à 1841, il s'est essentiellement consacré à la bibliophilie et à la bibliographie dauphinoises. Ensuite, de 1841 à 1844, il a été libraire et éditeur à Paris. Sur cette période, je vous renvoie à la notice consacrée à son activité de libraire parisien, comme successeur de Joseph Crozet, sur le site Histoire de la bibliophilie : cliquez-ici. Enfin, de 1844 jusqu'à son décès en 1855, il vit à Florence où il devient le bibliothécaire d'un seigneur italien de Florence. Il se consacre alors à la bibliographie de l'œuvre de Dante, ce pour quoi il est aujourd'hui le plus connu. Je me suis évidemment consacré à la première partie de sa vie. Il est toujours difficile de se faire une idée de la personnalité d'un homme né il y a 200 ans, sur lequel peu de contemporains se sont exprimés. J'aime chez lui ce goût un peu maniaque de la bibliographie, cet art de la précision pour des points de détail de l'histoire des livres, comme si cela avait vraiment de l'importance. J'aime aussi cette forme d'inachèvement dans tout ce qu'il fait, cette difficulté à faire aboutir les projets ambitieux qu'il avait et dont je vais bientôt parler.
Cette biographie est accessible en suivant ce lien : Paul Colomb de Batines.

L'autre tâche était tout simplement d'établir une bibliographie des écrits de Paul Colomb de Batines. Si, pour les ouvrages, la bibliographie d'Adolphe Rochas était presque complète, elle méritait d'être corrigée pour les quelques erreurs que l'on y trouve. En revanche, la bibliographie de ses articles restait à faire. Je ne pense pas avoir identifié tous ses articles, car il a beaucoup écrit, souvent des notices courtes ou des correspondances, qu'il n'est pas toujours facile de trouver. J'y ai ajouté les réimpressions qu'il a commandées. Mais, ce qui est plus inhabituel dans une bibliographie, je me suis intéressé à ses nombreux projets. Paul Colomb de Batines a souvent annoncé des publications à venir, allant même jusqu'à présenter comme étant sous presse des ouvrages qui n'ont jamais paru. Cela a provoqué l'ironie d'Adolphe Rochas : « ce projet, comme une foule d'autres de Colomb de Batines, n'a pas eu de suite. » Je souhaitais leur rendre hommage.
Cette bibliographie est accessible en suivant ce lien : Bibliographie de Paul Colomb de Batines.

lundi 25 février 2019

Un Dictionnaire des expressions vicieuses de 1810, par l'abbé Rolland

L'esprit de la Révolution était de consolider la France comme une Nation une et indivisible. Pour cela, il était indispensable que cette unité se concrétise dans une langue codifiée, parlée par tous, au-delà des différences régionales. Dans les Hautes-Alpes, il s'agissait de répandre et de généraliser l'usage d'une langue française débarrassée de tout régionalisme. Il s'agissait aussi pour la bourgeoisie issue de cette Révolution, qui devenait la nouvelle classe dirigeante de la France, de se distinguer des classe populaires par un usage épuré et correct du français, débarrassé des « expressions vicieuses » locales (nous parlerions aujourd'hui d'expressions incorrectes), souvent « polluées » par le patois. C'est dans cet esprit que l'abbé Rolland fait paraître ce dictionnaire en 1810 :
Dictionnaire des expressions vicieuses et des fautes de prononciation les plus communes dans les Hautes et les Basses-Alpes, accompagnées de leurs corrections,
D'après la V.e Édition du Dictionnaire de l'Académie.
Ouvrage nécessaire aux jeunes personnes de l'un et l'autre sexe, aux instituteurs et aux institutrices, et utile à toutes les classes de la Société.
Il est sorti des presses de Joseph Allier, imprimeur de la préfecture et de la Société d'Émulation des Hautes-Alpes.


Jean-Michel Rolland est un ecclésiastique né à Gap le 13 février 1745. Élu député du clergé pour Forcalquier en 1789, il a siégé à la Constituante. Sa courte carrière législative terminée, il est commissaire du Directoire exécutif du canton de La Motte du Caire sous la Révolution. En l'An V, le 9 décembre 1796, il est nommé professeur de Grammaire à l’École centrale de Gap, puis directeur du collège. Il est mort à Gap le 29 avril 1810. Il était membre de la Société d'Émulation des Hautes-Alpes et directeur du Journal d'Agriculture qui a paru de 1804 à 1814. Il a été correspondant de l'abbé Grégoire pour son enquête de 1790 sur l'emploi de la langue française. Il est l'auteur de nombreux hymnes, d'un plaidoyer en faveur de Gap comme chef-lieu des Hautes-Alpes, mais son ouvrage le plus important est celui-là.

Ce Dictionnaire répond à un appel de la Société d’Émulation des Hautes-Alpes qui, en 1807, se proposait de décerner au 1er février 1809 un prix de 300 francs pour un ouvrage aidant à corriger les fautes de français les plus communes. Il obtint ce prix.


Sans que cela soit dit, il est très proche de l'esprit et de la forme d'un ouvrage similaire publié par J.-F. Michel en 1807 pour la Lorraine : Dictionnaire des expressions vicieuses usitées dans un grand nombre de départemens, et notamment dans la ci-devant Province de Lorraine ; accompagnées de leur correction, d'après la V.e Édition du Dictionnaire de l'Académie, avec un supplément à l'usage de toutes les écoles. Comme on le voit, il en a même repris le titre presque mot pour mot.


L'abbé Rolland justifie son ouvrage en rappelant que le patois, encore parlé « exclusivement » par « les dernières classes de la société dans le midi de la France », oblige « les hommes même instruits, à l'employer à leur tour dans beaucoup d'occasions », ce qui est « la première cause de ces vices de langage si communs dans le discours et même dans la parole écrite ». Ce dictionnaire veut y remédier. Il contient d'abord les fautes de français propres aux habitants des Hautes et Basses-Alpes, c'est à dire celles qui sont dues à l'influence du patois sur la langue française. Un certain nombre de mots patois sont repris avec l'explication de leur sens en français. Néanmoins, la majorité des fautes contenues dans ce dictionnaire sont celles qui sont communes à tous les Français. Cela enlève un peu de l'intérêt de cet ouvrage pour la connaissance de la langue et des tournures propres aux Hauts-Alpins au début du XIXe siècle.

L'auteur est mort au moment de la parution de ce Dictionnaire, en avril 1810. L'éditeur Joseph Allier, à la suite du succès de la première édition, publie une seconde édition, pensant « rendre hommage à la mémoire de ce savant ». Constatant que ce dictionnaire s'est vendu non seulement dans les Hautes et Basses-Alpes, mais aussi en Provence et Languedoc, il ne craint pas « de changer une partie de cet ancien titre, en le généralisant et en l'appliquant aux départemens méridionaux. ». D'où le nouveau titre de cette seconde édition : Dictionnaire des expressions vicieuses et des fautes de prononciation les plus communes dans les Départemens Méridionaux, accompagnées de leurs corrections. Hormis ce changement et la suppression de la dédicace au préfet Ladoucette qui avait depuis quitté le département, cette seconde édition est en tout point identique à la première édition. Ce sont probablement les mêmes matrices qui ont servi à l'imprimer, voire, il s'agit de la récupération des cahiers de la première édition, avec un titre et un avertissement différents. Les Fautes à corriger sont les mêmes que celles de la première édition, signe que le texte n'a été ni repris, ni corrigé.

L'exemplaire que je présente aujourd'hui et qui vient de rejoindre ma bibliothèque est celui de l'imprimeur Joseph Allier. Il contient d'abord l'ouvrage de J.-F. Michel, pour la Lorraine, puis celui de J.-M. Rolland pour les Hautes et Basses-Alpes. Autant ce dernier est en état parfait, autant le premier porte des traces de manipulations : page de titre déchirée, qui a été doublée, déchirures, dont certaines ont été réparées, coins cornés sur les premières pages, qui ont été redressés, tâches. Cela laisse penser qu'il s'agit de l'exemplaire de travail de J.-M. Rolland, qui a été relié par l'imprimeur avec son édition du dictionnaire de Rolland.

Sur le premier contre-plat, il porte l'étiquette de Joseph Allier.


Cet ex-libris a été imprimé sur un papier de remploi, car on distingue, au verso, les caractères « des Domaines » et un filet imprimé.

Joseph Allier, né à Grenoble le 15 novembre 1763, est le frère cadet de Joseph Allier, imprimeur et libraire de Grenoble. A la fin de 1790, il est appelé à Gap comme imprimeur. Il le restera jusqu'à son décès en 1843. Il a été membre de la société d’Émulation sous l'Empire. Il a été membre du conseil municipal de Gap à partir de 1800 et maire de la ville de 1831 à 1834. Il est mort le 30 mai 1843. Son fils Alfred lui a succédé, jusqu'à la cession de l'imprimerie à Delaplace en 1849.

La bibliothèque de Joseph Allier a été donnée à la Bibliothèque Municipale de Gap en 1980, formant le fonds Allier-Tanc-Tessier qui contient 2 380 livres et brochures, du XVIe au XXe siècle. Cet ensemble est composé pour l'essentiel des ouvrages publiés par la famille Allier comme imprimeurs. Pour cela, les ouvrages de cette bibliothèque sont rares sur le marché.

Cet exemplaire a appartenu au libraire, expert et bibliophile Jacques d'Aspect, de Marseille, dont la bibliothèque a été dispersée cette semaine. Il avait été l'expert de la vente des livres de Me Émile Escallier en 2002.

Après la parution de ce billet, un lecteur du blog m'a transmis l'étiquette/ex-libris de sa librairie :