dimanche 25 février 2018

Les Fatourguetos de l'abbé Pascal

L'abbé François Pascal a été un des acteurs majeurs du Félibrige haut-alpin. Homme dynamique et engagé, il a contribué à la mise en valeur et au renom du provençal haut-alpin, tant par ses œuvres que par la création, en 1882, de l'Escolo de la Mountagno [L’École de la Montagne], avec quelques autres notables. De ce fait, il sera à l'origine de la fondation la même année de la Société d’Études des Hautes-Alpes, même si, rapidement, l'Escolo de la Mountagno s'effacera devant la nouvelle société savante animée par l'abbé Paul Guillaume.



La vie de l'abbé Pascal est bien connue. Elle a fait l'objet d'un article de Paul Pons dans le Bulletin de la Société d’Études des Hautes-Alpes, 1955 (cliquez-ici), qui appartient à cette série d'études sur le provençal haut-alpin écrites par le dernier grand félibre du département. Une plaquette a été éditée en 1935 à l'occasion de l'inauguration d'une plaque sur la maison natale de François Pascal à l'Épine, œuvre d’Émile Roux-Parassac, l'inlassable conférencier et écrivain qui a chanté la gloire de son département et de ses compatriotes. Elle rassemble les discours d'autres personnalités, mais le texte principal, relatant la vie l'abbé félibre, est de Roux-Parrassac, qui y déploie ce ton lyrique et enthousiaste qui est sa marque de fabrique. En 1995-1996, Paul Pons a publié la correspondance de Frédéric Mistral et de l'abbé Pascal (cliquez-ici).

Les principales étapes de la vie de l'abbé François Pascal sont :
  • Naissance à l’Épine (Hautes-Alpes) le 17 mais 1848. Il perd son père à l'âge de 7 ans. Formation auprès des curés du village.
  • Études au Petit-Séminaire d'Embrun, puis au Grand-Séminaire de Gap.
  • Ordonné prêtre en juin 1873. Vicaire de la paroisse de Chorges.
  • Curé du Château d'Ancelle, où il écrit une pastorale de Noël en provençal haut-alpin. C'est sa première œuvre en provençal, qui ne sera publiée qu'en 1955.
  • Vicaire de la cathédrale de Gap, en 1877. Aumônier du collège.
  • Premier recueil de poésies en provençal : Une Nia dou Païs, en 1879, qui lui vaut les félicitations de Frédéric Mistral et marque son entrée dans le monde du Félibrige.
  • Création de l'Escolo de la Mountagno, en 1881, avec Charles Damas et Jacques Jaubert. Il en est nommé « Cabiscol ».
  • Majoral du Félibrige en 1882.
  • Traduction en provençal de l'Iliade d'Homère, de 1884 à 1895.
  • Curé de Méreuil, en 1888, visiblement pour s'éloigner de Gap.
  • Aumônier du Lycée de Gap, en 1892.
  • Publication des Fatourguetos, en 1904.
  • Dernière publication en 1926 : Deux poésies nouvelles.
  • Décès à Gap le 27 mars 1932 à 83 ans.
Dans sa notice biographique, Paul Pons brosse ce portrait de l'abbé Pascal :
L'Abbé Pascal n'a que très peu le sens des réalités matérielles; sa distraction est proverbiale. De caractère très indépendant, il ne cache pas ses convictions républicaines, ce qui dans le clergé de l'époque était rare. Il est entouré de solides amitiés : Me Hugues, avocat; Me Lemaître, avocat, qui était le Benjamin de « l'Escolo »; M. Georges de Manteyer. On apprécie sa droiture, la finesse de sa sensibilité, ses réparties savoureuses ponctuées par son juron familier « Sabre de boues ! » « sabre de bois ! » ; ses sermons expriment une âme évangélique, une foi ardente et enthousiaste.

Au début du siècle, l’œuvre publiée de l'abbé Pascal en provençal haut-alpin consiste en un premier recueil de poèmes, Une Nia dou Päis, diffusé en 1879 et en une collection de fascicules contenant les 14 premiers chants de la traduction « en parlar des Aup » de l'Iliade d'Homère, parus entre 1884 et 1895.  Il avait pourtant continué à écrire des courts textes, dont certains avaient été publiés dans des revues et d'autres étaient restés inédits. En 1902, il décide de les rassembler dans un nouvel ouvrage qui reprend l'ensemble de ces écrits. Il se fait aider par Léon de Berluc-Pérussis, le félibre de Forcalquier, qui accepte de relire les épreuves et de lui rédiger une préface. Le décès de celui-ci en 1902 n'arrête pas l'entreprise et le livre paraît le 21 mai 1904, pour le cinquantenaire de la naissance du Félibrige : « Lou jour meme dóu Cinquantenàri dóu Felibrige avèn bouta lou ramèu …. Gap, 21 de mai de 1904 ».

Les Fatourguetos – Fachos ou Refachos - , per Lou Majourau de la Mountagno F. Pascal, Ouficier de la Courouno de Roumanio, Aumônier du Lycée de Gap
Gap, Empremarié & Librarié aupinos, 1904, [4]-XII-351 pp.



Cet ouvrage est un recueil de textes courts, des Fatorgos dont Edmond Hugues donne la définition :
La fatorgo (d'où le diminutif fatourgueto) est essentiellement haut-alpine. Ce vocable est inconnu, croyons-nous, en Provence et ne figure pas dans la plupart des dictionnaires de la langue d'oc.
En même temps qu'il exprime une chose bien locale, le mot échappe par l'étendue même de sa signification à toute définition bien précise. Il embrasse dans son acception les fables et les légendes, les récits et les histoires, enfin, toutes les productions légères de l'esprit populaire.

On pourrait penser qu'un tel ouvrage ne pouvait recueillir que l'assentiment de tous. Voilà un travail honnête, fait pour mettre en valeur une belle langue dont on pressentait déjà qu'elle allait céder le pas devant le français. Écrites par un prêtre reconnu et apprécié, ces fatorguetos pouvaient représenter une saine lecture, à défaut d'une pieuse lecture. En réalité, il n'en a pas été ainsi. Pour des raisons mal connues, le clergé haut-alpin tenta de s'opposer à la diffusion de l'ouvrage. E. Roux-Parassac rapporte :
Bien que jamais un mot osé ne sortit de la plume de notre poète ; des ignorants, des malicieux et des sots, — les trois vont souvent ensemble — décrétèrent d'anathème, son savoureux recueil des : Fatourguetos. On résolut de le faire disparaître à l'imprimerie même. Pourtant rien que le franc, le délicieux langage, entendu chaque jour chez les meilleurs des nôtres.
Comme Théodore Aubanel, l'abbé Pascal subit cette effarante et imméritée condamnation. Tous deux en eurent peine cruelle.
En 1955, Paul Pons revient sur ces faits : « une partie du clergé de Gap désapprouva la publication des « Fatourguetos » et un petit nombre d'exemplaires seulement fut mis dans le commerce. » Il est difficile d'en savoir plus. Quelques décennies plus tard, Paul Pons tentera de vérifier la véracité de ces faits. Il reconnaîtra qu'il n'a rien pu trouver de plus précis :
Y a-t-il eu une cabale lors de la parution des « Fatourguetos » ? L'auteur, devant les critiques, en a-t-il arrêté la diffusion ? Ou bien des confrères, en toute charité, ont-ils racheté les volumes livrés au commerce ? Ce sont là des rumeurs dont-il m'a été impossible d'établir si elle étaient fondées. Nous savons par l'abbé Pascal lui-même qu'il y avait a Gap des «ennemis du Félibrige», des «félibrophobes». Il serait intéressant d'établir l'identité du Dindon qui dut avoir recours à une feuille grenobloise pour critiquer les paroles de l'abbé lors de la «Santo Estello ».
Que pouvait-on reprocher à cet ouvrage ?

Peut-être une certaine trivialité dans les sujets de ces fatourguetos qui se nourrissent des petits faits quotidiens, loin d'une littérature édifiante que l'on pouvait attendre d'un prêtre. Ainsi, en 1879, après la publication de son premier ouvrage, son ancienne institutrice, Mère Marie Xavier, lui réclame des écrits plus sérieux, « une littérature pour les jeunes filles de nos établissements religieux qui n'ont rien à leur portée. »

Peut-être les 5 derniers livres qui reproduisent les échange entre ce vénérable abbé Pascal et une jeune poétesse russe Barbara de Batourine, surnommée Nitchévo, dont il reproduit une vingtaine de poèmes en français que celle-ci a pu écrire avant sa mort prématurée à l'automne 1903. Dans ces échanges, on sent une certaine complicité amicale entre les deux écrivains qui pouvait choquer des esprits qui imaginaient qu'un bon prêtre ne pouvait qu'être détaché des sentiments humains.

Peut-être tout simplement une animosité à l'égard de sa personne. Comme nous l'avons vu, l'abbé Pascal était réputé pour son franc-parler et, chose plus grave, pour ses sentiments républicains, qu'il n'a jamais cherché à cacher. Une telle position, en 1904, à la veille des lois de séparation de l’Église et de l'État pouvait légitimement provoquer hostilité d'un clergé haut-alpin beaucoup plus conservateur et, pour certains de ses membres (l'abbé Allemand, l'abbé Ranguis), beaucoup plus clérical.

A côté de cela, l'ouvrage a rencontré un accueil très favorable. Premier entre tous, Frédéric Mistral n'a pas été avare d'éloges. Comme le confirme la correspondance publiée de l'abbé Pascal, Frédéric Mistral a toujours suivi avec beaucoup d'intérêt et de bienveillance le travail de l'abbé, n'hésitant pas, le moment venu, à donner quelques conseils presque paternels sur l'art d'écrire le provençal. Son accueil des Fatorguetos est dithyrambique, comme en témoigne l'échange de correspondances qui est reproduit en début d'ouvrage :
Vòsti Fatourgueto – que trove deliciouso. Sias veritablamen lou pouèto supreme de vòsti Autis Aup. Escrivès lou prouvençau de la mountagno em' un art et uno sciènci coume jamai s'es vist e jamai se vèira pus. Sias elegant, sias fin e pur e sèmpre poupulàri coume un evangelisto.
Vos « Fatourgueto » que je trouve délicieuses. Vous êtes véritablement le poète suprême des vos Hautes-Alpes. Vous écrivez le provençal de la montagne avec un art et une science comme on ne l'a jamais vu écrire et comme on ne le verra jamais plus. Vous êtes élégant, vous êtes fin, et pur, et toujours populaire comme un évangéliste.

Son ami Edmond Hugues, dans la longue notice bibliographique parue  dans le Bulletin de la Société d'Études des Hautes-Alps (1904, pp. 283-297, cliquez-ici) est tout aussi enthousiaste :
Il semble pourtant que M. Pascal ne fut jamais mieux inspiré que dans Les Fatourguetos. Sa langue, un peu hésitante au début, paraît définitivement fixée. Plus sûr de lui-même, plus maître de son instrument, l'auteur s'abandonne davantage à sa fantaisie et il fait à chaque instant de véritables trouvailles de mots, d'images et d'idées.

Enfin, Paul Pons, quelques décennies plus tard, situe parfaitement l'ouvrage dans l’œuvre de l'abbé Pascal :
Nous avons parlé d'inspiration, celle de l'abbé est très diverse et témoigne d'une sensibilité toujours en éveil. Personne ne s'étonnera de constater que c'est très souvent dans son peuple et dans son terroir qu'il la puise. De ce peuple dont il sort il recueille avec amour les proverbes, les dictons, les devinettes, les jeux.
C'est une anecdote savoureuse, un trait qui l'a frappé, un travers ridicule qui deviennent sous sa plume une « fatorgo » truculente ou malicieuse, jamais méchante.
La « Fatorgo » est souvent précédée, parfois suivie d'une moralité pleine d'une sagesse souriante.
L'Abbé Pascal a écrit quelques fables; on l'a comparé à La Fontaine, mais un La Fontaine plus rustique, plus truculent, plus vigoureux.
Probablement à cause des « manœuvres » du clergé haut-alpin, c'est un ouvrage particulièrement rare. Dans les bibliothèques publiques de France, il n'y a que 2 exemplaires, un à la BNF et l'autre dans le fonds occitan de la bibliothèque de Béziers. Il existe deux exemplaires dans le fonds de la bibliothèque des Archives départementales des Hautes-Alpes, dont celui qui a appartenu à G. Pinet de Manteyer et qui a été numérisé (cliquez-ici). Félicitons au passage ce dépôt d'archives pour son travail remarquable de numérisation de sa riche bibliothèque, auquel on peut accéder soit via leur site, soit via Gallica.



Laissons là aujourd'hui l'abbé Pascal, sur ces quelques lignes du discours de Louis Bechet, prononcé lors de l'inauguration de la plaque devant sa maison natale :
Lou libre di Fatourguetos es coume un gourbelin de frucho de touto meno, veloutado, fresco e pu sabourouso lis uno que lis autro, mai la Parleto sus lou lindau es melicouso que nuon-sai es uno bevèndo requisto que l'on sabouro coume un vin de Castèunou.

Pour aller plus loin, cette page donne une bonne synthèse de la vie de l'abbé Pascal : cliquez-ici. (je lui ai emprunté cette photo de la plaque apposée sur la maison natale de l'abbé).

mardi 14 novembre 2017

Un témoignage extraordinaire sur la société haute-alpine du XIXe siècle.

Au début des années 2000, en faisant des travaux de rénovation au château de Picomtal (Les Crots), les ouvriers qui démontaient un ancien parquet ont découvert qu'un de leur lointain prédécesseur avait écrit ses pensées au revers des planches et sur certaines cales. Sortis soudainement de l'obscurité où il se trouvait depuis 120 ans, ces textes attendaient leur historien. C'est maintenant chose faite depuis la parution récente (fin octobre), de l'ouvrage de l'historien Jacques-Olivier Boudon : Le plancher de Joachim. J'ai souhaité présenter cet ouvrage à double titre. C'est d'abord le témoignage extraordinaire d'une voix populaire qui s'adresse directement à nous, ce qui est particulièrement rare. Ensuite, c'est une tranche de l'histoire des Hautes-Alpes dans la période 1860-1880, au moment même où le département vit une transformation profonde à la charnière entre le Second Empire et l'installation de la République.


Joachim Martin est né aux Crots (qui s'appelait alors les Crottes) le 8 avril 1842. Fils de menuisier, menuisier lui-même, il est aussi cultivateur sur les quelques terres qu'il possède. A ce titre, il est le représentant de ce peuple des campagnes des Hautes-Alpes. Il n'est pas pauvre. Il est propriétaire, il paye des taxes, en résumé, il peut subvenir aux besoins de sa famille. Il n'est pas non plus aisé. Sa situation reste précaire, il n'est pas à l'abri d'un accident de la vie qui mettrait en péril le fragile équilibre familial. Il se marie aux Crots le 26 avril 1870 avec Marie Robert, dont il a eu 4 enfants. Il est décédé dans cette même commune le 2 juillet 1897 à 55 ans. En 1880, Joseph Roman, qui vient d'acheter le château de Picomtal, aux Crots, lui confie la réfection des parquets. C'est alors que Joachim Martin confie ses pensées aux planches qu'ils posent.

Les signatures de Joachim Martin (en haut à gauche) et de Marie Robert (en haut à droite),
de leurs parents et témoins sur leur acte de mariage

Si j'ai un conseil à donner, c'est celui de commencer la lecture de l'ouvrage par les pages où sont transcrits les 72 textes laissés par Joachim Martin sur les planches (pp. 209-222). Ce sont les textes bruts, sans commentaire. Ils permettent de s'imprégner de ses pensés et préoccupations sans l'intermédiaire du commentaire ou de la mise en perspective apportés par Jacques-Olivier Boudon. Non pas que le travail de ce dernier dénature ces textes. Bien au contraire, il faut reconnaître la très grande rigueur et l'honnêteté intellectuelle de l'auteur qui s'interdit d'interpréter ou, plus familièrement de « broder », sur ce que nous dit Joachim Martin. Il aurait pu être tentant de se livrer à l'exercice de transformer ces phrases, pour les insérer dans une trame romanesque, comme on le voit dans les biographies romancées, sous prétexte de rendre le propos plus vivant et agréable à lire. Jacques-Olivier Boudon montre que l'on peut être rigoureux et documenté, sans que cela nuise au plaisir que l'on a de découvrir la vie de Joachim Martin. Et c'est aussi et avant tout le travail d'un historien, qui a mené d'importantes recherches documentaires sur le département, la commune des Crots et la famille de Joachim Martin.


En introduction, Jacques-Olivier Boudon se réfère à juste titre au célèbre ouvrage Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot. Pour rappel, il s'agit d'un ouvrage historique dans lequel Alain Corbin s'attache à reconstituer la vie et le milieu d'un parfait inconnu choisi au hasard dans l'état civil d'une commune aussi choisie au hasard dans l'Orne. Il en résulte la vie du sabotier Louis-François Pinagot, qui a vécu de 1796 à 1876 dans un village à la lisière de la forêt de Bellême. Ce livre, qui aurait pu sembler être un exercice de style, s'avère un modèle du genre lorsqu'il s'agit de construire la biographie d'une homme obscur. Jacques-Olivier Boudon s'est appliqué à la même démarche, car, au-delà des textes laissés par Joachim Martin, il fallait aussi les contextualiser. Il fallait aussi vérifier les faits souvent précis en termes de personnes, d'événements ou de dates. Le résultat de ce travail est une réussite. Jacques-Olivier Boudon s'est totalement imprégnée de cette société haute-alpine de la deuxième moitié du XIXe siècle, avec la profonde mutation que vit la région. Cette mutation, Joachim Martin la perçoit, la vit et même la décrit avec ses mots. Jacques-Olivier Boudon la met en perspective.

Les chapitres du livre abordent tous les aspects de la vie de Joachim Martin : sa famille, ses amis, la société villageoise avec ses tensions, son métier, son chantier au château de Picomtal, avec l'évocation de son propriétaire, Joseph Roman. Il y a 3 aspects qui m'ont particulièrement intéressé. Le premier est l'étude de la vie politique de l'époque avec la transition de la société villageoise vers la République et l'engagement grandissant des populations dans la vie citoyenne, en particulier de ceux qui en ont été longtemps exclus comme Joachim Martin et ses semblables. Le deuxième thème qui est largement abordé est le difficile rapport entre la société villageoise et le curé, dans le contexte plus général de la montée simultanée de l'anticléricalisme, porté par une frange républicaine de la population villageoise, et de l'intransigeance cléricale. Dans cette étude, l'auteur met bien en exergue les rapports ambivalents de Joachim Martin, et plus généralement des villageois, entre une forme d'attachement à la religion et aux manifestations religieuses et l'opposition frontale avec le curé. Joachim Martin a d'ailleurs un conflit personnel avec celui-ci, qui le conduit à envoyer une lettre de dénonciation au préfet. Enfin, et c'est probablement un des aspects les plus fascinants de ces traces écrites, on a une vision de la sexualité par Joachim Martin. Il n'est pas besoin de dire qu'on ne dispose en général d'aucun témoignage sur ce que pouvait être la vie sexuelle, et la perception de cette vie, par nos ancêtres paysans des campagnes des Hautes-Alpes (et d'ailleurs). Le support choisi par Joachim Martin lui a donné une liberté de parole inédite et parfois crue. Parmi ces différentes réflexions, il s'insurge contre le contrôle de la sexualité par le curé, par l'entremise de la confession des femmes :
D'abord je lui trouve un grand défaut de trop s'occuper des ménages de la manière que l'on baise nos femmes. Combien de fois par mois [...] enfin je ne sais combien de choses qu'il a demandé et défendu à toutes les femmes du quartier. De quel droit misérable. Qu'on le pende ce cochon. Mr [Roman] n'a pu le croire !
C'est presque la revendication d'une forme de liberté sexuelle qui s'exprime ici. Ce qui est savoureux dans cette remarque est qu'il finit par s'en ouvrir à son client, Joseph Roman, pourtant fort traditionaliste.

Les rapports de Joachim Martin et Joseph Roman sont aussi plein d'ambivalence. Il y une forme de proximité, comme on le voit dans le point précédent, mais aussi lorsqu'il rapporte que Joseph Roman lui montre les dessins des peintures murales de l'église de l'Argentière-la-Bessée. Il devait aussi être assez proche de lui pour connaître des détails de sa vie personnelle et privée : sa mère (et ses frasques parisiennes), son père, son éducation, sa famille, sa passion et son activité d'érudit, On sent parfois une forme d'affection de Joachim Martin pour Joseph Roman. Mais, dans le même temps, il dit : « O toi seigneur qui habite le château ne méprise pas l'ouvrier  ».


Joachim Martin relève un aspect inconnu de la personnalité de Joseph Roman. Toux ceux qui s'intéressent à l'histoire des Hautes-Alpes connaissent son important travail d'érudition historique, voire savent qu'il y a eu un violent conflit entre Joseph Roman et l'abbé Paul Guillaume, l'archiviste du département, conflit de personnalités et conflit de prééminence. Tout cela est du domaine public. Sur la personnalité de Joseph Roman, il faut lire sa notice nécrologique anonyme dans le Bulletin de la Société d'Etudes des Hautes-Alpes, 1925, où, après les éloges d'usage sur ses travaux et ses mérites, on rappelle quelques traits moins favorables de sa personnalité : « il ne put jamais se guérir d'une certaine légèreté d'esprit », « on trouve toujours quelque erreur due à un manque d'attention évident », « trop de confiance en lui-même », « il fallait parfois le croire sur parole quand il affirmait un fait. » Mais cela reste encore dans les limites de ce que l'on peut dire publiquement sur quelqu'un. Joachim Martin ne s'embarrasse pas de précaution lorsqu'il relève le comportement un peu efféminé de Joseph Roman :
Mr n'est pas méchant mais il a temps soit peu conservé une forte dose de verve féminine car élevé par sa  tante Mme Amat rentière de 20 mille de Gap elle l'a gâté raclé arrangé de manière qu'il lui vient toujours quelque mauvaise manière féminine. Gentil garçon aimant les jolies femmes et ne les touchant pas, se mêlant un peu à tous les procès. Donnant des bons conseils à qui veut bien les écouter.
Notons d'ailleurs qu'il n'y a pas de jugement de valeur sur ce comportement. C'est un constat, avec un embryon d'explication psychologique. Il exerce sur lui son talent d'observateur.

Si j'avais un regret à exprimer, je trouve que Jacques-Olivier Boudon ne répond pas à une question qui vient naturellement à l'esprit. Joachim Martin était-il représentatif des personnes de son milieu, c'est-à-dire la société villageoise des cultivateurs, des petits propriétaires et des artisans, dans les Hautes-Alpes de la moitié du XIXe siècle ? La seule amorce de réponse se trouve dans cette remarque, où l'on voit l'auteur situer clairement Joachim Martin comme une exception au sein de son monde : « A certains égards, Joachim Martin est un être exceptionnel par le rapport qu'il entretient au temps. Il est à mille lieues de ces gens simples décrits comme uniquement préoccupés du lendemain, vivant au jour le jour, incapables même de se souvenir de leur date de naissance. » Pourtant, rien ne le prouve. Affirmer que « les gens simples » vivaient « au jour le jour » me semble un peu rapide. Sur quels éléments se fonde Jacques-Olivier Boudon, sinon sur une vision fabriquée de la société paysanne. Et si, au contraire, Joachim Martin était représentatif et qu'il s'était fait le porte-parole des sans voix de l'époque. Appliquer cette grille de lecture à l'ensemble de ses propos permettrait peut-être d'amorcer une révision de la vision de cette société, vision qui est brouillée par le discours qui était tenu à l'époque par les élites (administrateurs, curés, etc.) et par une reconstitution à posteriori du fonctionnement de ces sociétés passées. Ce dernier phénomène est le résultat d'un curieux mélange entre l'idée d'un âge d'or connu par les sociétés paysannes anciennes et d'un « dolorisme » appliqué à ces mêmes sociétés. Il suffit de lire les nombreux témoignages des « anciens », abondamment publiés ces dernières décennies pour comprendre ce que je veux dire. Les propos cachés de Joachim Martin sont pourtant l'occasion de revoir cette construction intellectuelle sur les sociétés anciennes. Ce livre ne s'engage pas dans cette voie.

Signalons que, récemment, a été publié La Roche-de-Rame, registre de paroisse, 1848-1911, par l'Association du patrimoine de La Roche de Rame. Ce sont des carnets tenus par les curés de la Roche-de-Rame entre 1842 et 1911, mais surtout jusqu'en 1849. Malgré le biais inévitable d'un témoignage d'un curé prompt à fustiger les comportements de ses contemporains, ce sont aussi des tranches de vie, comme des coupes archéologiques dans la société de l'époque, dans un milieu et un contexte très similaires à celui des Crottes, bien qu'un peu antérieures dans le temps. Ces carnets ont été bien publiés par l'Association, mais ils attendent aussi leur historien pour les situer et les analyser dans leur contexte.

A la lecture, il y a un autre point qui me semble apporter un autre éclairage sur ce monde haut-alpin, mais j'en parlerais plus longuement le moment venu.

Pour terminer, ce petit clin d'œil en écho à une des remarques de Joachim Martin. Parlant de Joseph Roman et de ses travaux, il rapporte : « célèbre par les écrits qu'il fait relier à Grenoble et a dans sa bibliothèque. » Il se trouve que je possède plusieurs livres de la bibliothèque de Joseph Roman, soit ses propres travaux, soit des ouvrages sur les Hautes-Alpes. J'ai reconstitué ainsi un petit bout de cette bibliothèque telle que pouvait la voir Joachim Martin.


mercredi 1 novembre 2017

Casimir Dumas, éphémère libraire dauphinois

Tous les amateurs de livres de montagne connaissent la somme de John Grand-Carteret : La Montagne à travers les âges, publiée en 2 volumes, en 1903-1904, conjointement par la Librairie dauphinoise de Grenoble et la Librairie savoyarde de Moutiers. Pour chacune des librairies, le nom des libraires est mentionné. Pour la Librairie savoyarde, il s'agit de François Ducloz, qui est aussi l'imprimeur des 2 volumes. En revanche, pour la Librairie dauphinoise, un observateur attentif constatera que le volume de 1903 porte H. Falque et F. Perrin et celui de 1904 porte C. Dumas. 



Tous les bibliophiles familiers des éditions grenobloises connaissent l'abondante et riche production du libraire Félix Perrin. Parmi quelques titres célèbres, nous pouvons citer : Au Pays des Alpins, d'Henry Duhamel, Nos Alpins, avec des textes d'Henri Second et des illustrations d'Eugène Tézier, Chansons populaires recueillies dans les Alpes françaises (Savoie et Dauphiné), de Julien Tiersot, aussi publié avec François Ducloz. Ce ne sont que quelques titres parmi la soixantaine qu'il a publiés entre 1896 et 1903. Malheureusement, la situation financière de Félix Perrin et de son associé s'est vite dégradée, ce qui les a conduit à céder leur activité dans le courant de l'année 1903. Nous ne savons pas dans quelles conditions s'est faite cette cession (faillite ? cession à l'amiable ?), mais ce qui est assuré est que l'affaire est reprise par un certain C. Dumas. Félix Perrin est aussi obligé de vendre sa très riche bibliothèque, à la fin de l'année 1903. Le catalogue de cette vente est une référence sur la bibliographie dauphinoise.

L'envie d'en savoir plus sur ce C. Dumas, envie aiguisée par des papiers provenant de sa famille, m'a conduit à mener quelques recherches sur cette personnalité. Pour commencer, aucun des ouvrages sur la vie dauphinoise et la vie grenobloise de cette époque ne permet de connaître ce Dumas. Il semble être sorti de nulle part.

En fait, Casimir Dumas est né à Corps le 22 février 1862, fils de Casimir Dumas, marchand de rouennerie, et de Marie Pellissier. Comme tous les jeunes gens de bonnae famille de l'Isère, il fait ses études d'abord au Petit séminaire du Rondeau, à Grenoble, pour l'équivalent de notre collège, puis au Lycée de Grenoble (1878-1882). Cette attestation nous donne l'image d'un bon élève à la conduite satisfaisante.


Étudiant à Lyon, il semble que sa conduite se soit dégradée, le conduisant à contracter des dettes. Probablement à la demande de ses parents, en mars 1883, il rédige cet étonnant document, où il autorise "ses père et mère à disposer de leurs biens à leurs décès et de la manière dont ils l'entendront, si je retourne contracter une seule dette ou mal me conduire". Il reconnaît aussi devoir 20 000 francs à son père. 


A la fin de cette même année 1883, il est appelé au service militaire, au 22e régiment d'Infanterie. Il tente d'intégrer l'École spéciale militaire, mais n'y parvient pas. Son service militaire sera aussi assez chaotique. Il manque à l'appel, il est ramené entre 2 gendarmes, il est condamné pour désertion, puis amnistié. Une jeunesse tumultueuse !

Après avoir été libéré du service militaire en 1889, on le retrouve chez ses parents à Corps. En 1891, il est recensé dans leur ménage, montée des Fossés. Son père est marchand de rouennerie, alors que lui est simplement dit être sans profession, malgré ses 28 ans. Après le décès de son père, il reste dans la maison familiale avec sa mère et, à partir de 1896, de sa jeune épouse Gabrielle Catelan, la fille d'un propriétaire et marchand de graines fourragères de Corps. Il est qualifié de propriétaire rentier, comme il le sera encore en 1901 quand le recenseur passera de nouveau. Ainsi, en 1902, avant que nous le voyons apparaître dans le monde de la librairie, à l'âge de 40 ans, après une jeunesse visiblement agitée, il ne semble n'avoir jamais vécu que des rentes que lui a laissées son père et, peut-être, de l'apport de son épouse. On ne trouve pas son nom ni dans les annuaires de la Société des Touristes du Dauphiné, ni dans ceux du Club Alpin Français. Comme on le voit, rien ne semblait le prédisposer à devenir libraire et à reprendre le fonds prestigieux d'une librairie qui s'était spécialisée dans le beau livre alpin et dauphinois.

C'est donc cet homme qui quitte Corps vers 1902 pour s'installer à la villa des Pervenches à la Tronche et, un an plus tard, reprendre le fonds de librairie de Félix Perrin. Il assure immédiatement la publication en 1904 du 2e volume de La Montagne à travers les âges, où il appose son nom seul. Dans un ouvrage publié en 1903, Rêves et indignations, son nom est encore associé à celui d'Henri Falque. Hormis ces 2 ouvrages, je n'ai trouvé qu'une autre publication de sa librairie, sans date : Géographie élémentaire du département de l'Isère, accompagnée d'une notice sur le Dauphiné, d'un questionnaire et d'un dictionnaire des communes, par Andreas Buchner.

Il décède à La Tronche le 8 août 1904, probablement assez brutalement. Il laisse une jeune veuve et 2 enfants. Cette lettre à en-tête de la Librairie dauphinoise, adressée à sa mère et datée du 18 juin 1904 ne fait allusion à aucun problème de santé ni ne montre aucune faiblesse particulière. Quelques jours après sa mort, il est procédé à la liquidation judiciaire de sa société. 


La librairie a ensuite été reprise par M. de Vallée. Cette annonce parue dans La Montagne, le 15 janvier 1905, laisse penser qu'il n'y a pas eu de propriétaire de la librairie entre Félix Perrin et ce dernier : "La librairie Dauphinoise, qui, sous la direction de M. Félix Perrin, a édité nombre de livres importants concernant les Alpes, vient d'être acquise par M. de Vallée, ancien secrétaire général du Syndicat d'initiative de Grenoble. Souhaitons qu'elle nous livre quelques bons volumes sur la montagne." Peut-être que vu de loin, le court passage de Casimir Dumas à la Librairie dauphinoise n'était qu'un intérim. Il est vrai qu'il n'y est passé que de la mi-1903 jusqu'à août 1904.

Sur Félix Perrin et la Librairie dauphinoise : cliquez-ici.

Librairie Dauphinoise dans Nos Alpins, d'Eugène Tézier

Je remercie le libraire "Aux Vieux livres de Gustave" qui m'a confié ces papiers de famille, qui ont été à l'origine de cette brève étude sur la courte vie du libraire Casimir Dumas. Lien vers son site : cliquez-ici.

jeudi 12 octobre 2017

Jean Lapaume et le patois dauphinois

Il y a quelques années, j'avais acheté un recueil de poésies en patois du Dauphiné, paru chez le libraire Xavier Drevet en 1878. Il était l’œuvre d'un certain J. Lapaume, professeur de littérature étrangère près la Faculté de Grenoble. A l'époque, j'avais fait quelques recherches, mais je n'avais rien trouvé sur lui. En particulier, sans lien apparent avec le Dauphiné, je ne voyais guère les raisons qu'il avait eues de s'intéresser au patois dauphinois. Quant à son ouvrage de 1878, je savais seulement qu'il en existait une première édition paru en 1866.

Cet été, au hasard de mes recherches, j'ai trouvé cette mention peu amène d'Albert Ravanat sur le travail de Lapaume : « recueil qui n'a jamais été terminé et qui est heureusement peu répandu ». Au même moment, j'ai découvert un bel exemplaire de la première édition de 1866. Cela m'a poussé à faire quelques recherches sur Jean Lapaume, car tel est son prénom, et sur sa contribution à l'étude des poésies en patois du Dauphiné.

Édition de 1866 du Recueil de poésies en patois du Dauphiné

Sur ce livre, Anthologie nouvelle autrement Recueil complet des poésies patoises des bords de l'Isère. Tome IVe et dernier, miscellanées, je vous renvoie à la notice que je lui ai consacrée (cliquez-ici). Vous y apprendrez qu'il s'agit essentiellement d'une œuvre de compilation dans laquelle l'auteur a jugé bon de  modifier l'orthographe originale sur la base de considérations philologiques qui lui font décréter qu'il faut écrire "Malheirou" et non "Malherou" dans le célèbre poème Grenoblo Malherou sous le prétexte que « le patois n'emploie jamais d'accents dans le corps des mots. » Autre facétie de notre auteur, il modifie la date de l'Epitre en vers, au langage vulgaire de Grenoble, sur les réjoüissances qu'on y a faites pour la Naissance de Monseigneur le Dauphin, en 1729, en l'appelant : Epitre sur les réjouissances par lesquelles Grenoble célébra, en MDCLXXXII (1682), la naissance de Monseigr le Dauphin, duc de Bourgogne. J. Lapaume vieillit le poème de près de 50 ans en l'associant, sans autre raison apparente, à la naissance du duc de Bourgogne en 1682. En réalité,  comme il considère Laurent de Briançon et Jean Millet comme « les deux maîtres, sans contredit, de notre Parnasse patois », il souhaite rendre ce texte contemporain de ces auteurs, en modifiant l'événement et la date que célèbre cet épitre. On peut juge de la rigueur scientifique ! 


Mais le personnage Jean Lapaume mérite d'être mieux connu. J'ai résumé le résultat de mes recherches dans une page que je lui ai consacrée (cliquez-ici). Vous y découvrirez un professeur de lettres plutôt instable, qui enchaîne les postes suite à de nombreux aléas de carrière qui semblent autant dus aux conflits politico-religieux qu'il a eus avec les autorités qu'à un caractère visiblement difficile. Cela lui fera s'exclamer : « Où donc est l'influence occulte qui persiste à tout paralyser ? » Il finira par obtenir un poste de professeur de lettres étrangères auprès de la Faculté de Grenoble, où il arrive en octobre 1862. Il y restera jusqu'à sa mise à la retraite, en 1868.

Jean Lapaume était surtout un polygraphe, qui a écrit sur de nombreux sujets, même si sa spécialité était la philologie historique. Comme beaucoup de ses pairs, il était féru d'étymologies qui semblent souvent s'être avérées excentriques ou farfelues. L'œuvre de sa vie est le fruit de son travail lors de son séjour à Versailles, où il met à profit ses années de congé. C'est, en 3 volumes : La philologie appliquée à l'histoire, autrement origine et valeur des six noms Versailles et Trianon, Paris, Louvre, Tuileries et Louis-Napoléon. Ce qui devait être l'œuvre de sa vie entière, Les Origines Européennes et manifestes de tous les mots de la langue française, n'a jamais paru.

Comme il le dit lui-même, « quand en 1862, sur la fin d'octobre, j'arrivai de Rennes à Grenoble, mon premier souci fut de m'informer si ma nouvelle résidence offrait des ressources pour des études philologiques. Dès le premier jour, je mis la main sur les poésies patoises et j'en fis en quelque sorte ma province. » Cela explique la publication de cette Anthologie nouvelle, qui devait paraître en 4 volumes, mais dont seulement 2 volumes ont paru, encore que « l'édition de cet ouvrage, à peine imprimée, a été détruite et n'est pas entrée dans le commerce. ». Cela explique probablement la rareté de ces volumes.

Pour finir, les jugements sur l'homme et l'écrivain sont en général sévères. Le plus sévère est le commentaire paru après son décès dans L'Intermédiaire des chercheurs et curieux auquel il a régulièrement collaboré : « Il y a bien, il est vrai, quelques correspondants qui répandent plus de gaieté que de lumière véritable. L'un des plus extraordinaires, au début, a été un certain Palma, de son vrai nom Lapaume, qui se répandait en étymologies qui eussent fait pâlir l'intrépide Ménage : c'est ainsi qu'il imagina de faire dériver corset de courir, parce que le lacet qu'on défait se livre à une véritable course. »

Édition de 1878 du Recueil de poésies en patois du Dauphiné

Quant au souvenir qu'il a laissé en Dauphiné, j'ai rapporté le jugement d'Albert Ravanat. Florian Vallentin a été guère moins sévère « L'Anthologie de M. Lapaume laisse beaucoup à désirer, et n'est pas un ouvrage auquel on puisse accorder une grande confiance. » Enfin, cette Anthologie a fait l'objet d'une passe d'armes entre Félix Crozet et Jean Lapaume, dont les termes sont reproduits dans le Bulletin de l'Académie delpinale.Visiblement, sa démarche n'a pas localement convaincu, en particulier par sa façon d'expliquer aux Grenoblois comment on doit écrire et comprendre leur patois. De plus, la manière dont il a justifié sa démarche n'était pas de nature à lui attirer les sympathies locales. Il avançait que pour pouvoir parler du patois dauphinois, il était nécessaire de recourir au grec et au latin et à toutes les autres ressources d'érudition philologique.

Jean Lapaume n'est cité qu'incidemment dans Les Fous littéraires, d'André Blavier, dans une note du chapitre Myth(etym)ologie (p. 265). Par certains aspects, il aurait mérité d'appartenir à ce dictionnaire, même si sa folie reste tout de même sous contrôle.


samedi 30 septembre 2017

Pierre-Joseph de Bourcet, par Albert de Rochas d'Aiglun

Il était presque naturel qu'Albert de Rochas d'Aiglun soit l'auteur de la notice la plus complète sur le lieutenant-général Pierre-Joseph de Bourcet. En effet, il s'était déjà intéressé aux travaux anciens de topographie des Alpes en publiant en 1875 un mémoire de Montannel dans La topographie militaire de la frontière des Alpes, avec une longue introduction sur l'histoire de cette topographie. Il donnait déjà une large place au lieutenant-général de Bourcet dont tout le monde sait qu'il a été le maître d’œuvre du levé de la carte du Haut-Dauphiné, entre 1749 et 1754 et publiée en 1758 : Carte géométrique du Haut-Dauphiné.


En 1895, il publie dans le Spectateur militaire, une série d'articles qu'il réunit ensuite dans une rare plaquette tirée à 100 exemplaires : Les Bourcet et leur rôle dans les guerres alpines.


Le cœur de l'ouvrage est constitué par la publication d'un mémoire inédit et très circonstancié sur la vie et la famille du lieutenant-général Pierre-Joseph Bourcet rédigé par « une personne qui a vécu dans l'intimité du lieutenant-général » [Jean Berthelot].

Pour le détail de l'ouvrage, je vous renvoie à la page que je lui consacre : Les Bourcet et leur rôle dans les guerres alpines. Vous y apprendrez que la dernière maladie et les circonstances du décès de Bourcet ont été relatées et analysées dans un mémoire du Dr Nicolas, Observation sur un phénomène inconnu de la respiration, paru dans les Mémoires sur les maladies épidémiques qui ont regné dans la Province de Dauphiné, depuis l'année 1780, sous couvert d'un anonymat facile à lever : « M. de B, lieutenant général des armées du Roi ».


Ce qui donne du prix à cet exemplaire qui vient de rejoindre ma bibliothèque est sa provenance. Bien relié, il porte en queue du dos un monogramme doré qui est celui de l'auteur lui-même, Albert de Rochas d'Aiglun


Détail du monogramme :


Portrait photographique de A. de Rochas d'Aiglun, de ma collection :


dimanche 13 août 2017

Vue du Pelvoux : de 1860 ... à 2017

Il y a quelques semaines, je présentais une vue du Pelvoux par Gaspard Gobaut, que l'on peut dater des années 1860. J'ai mis à profit mes vacances briançonnaises pour prendre la même vue grâce à l'indication d'un de mes lecteurs qui me signalait que celle-ci était prise depuis le col de la Pousterle.

Bénéficiant d'une belle journée comme seul le Briançonnais sait nous en offrir, je suis allé au plateau de la Pousterle pour mettre mes pas dans ceux de Gaspard Gobaut. Plus de cent-cinquante ans après lui, j'ai pris la même image. Seul le moyen utilisé a changé. L'aquarelle a été remplacée par la photo numérique. Je vous laisse découvrir et comparer les deux vues du Pelvoux.



Lien vers le message sur Gaspard Gobaut et sa vue du Pelvoux : cliquez-ici.

vendredi 4 août 2017

Conférence sur Dominique Villars

Je vous invite le lundi 7 août à la conférence que je donne au Jardin alpin du Lautaret à 17 heures.