La page qui référence toutes les images de la Meije de ma collection : Images anciennes de la Meije.
lundi 6 octobre 2014
La Meije comme fil rouge d'une bibliothèque.
Il y a de nombreuses façons de constituer sa bibliothèque. Il y a aussi de nombreuses façons de relier entre eux les livres qui la constituent. Parmi ces multiples "fils rouges" qui traversent en tous sens ma bibliothèque, il y a un, certes un peu original, qui est tout simplement une montagne, plus précisément un sommet : La Meije, 3 783 m., dans le massif des Écrins. Et, pour m'accompagner dans ce cheminement souterrain au sein de ma bibliothèque, je m'appuie sur une petite étude : La Meije dans l'Image, de Paul Guillemin, parue initialement dans l'Annuaire du Club alpin Français, année 1894, et tirée à part en 1895.
Dans cet inventaire de toutes les images imprimées de la Meije, Paul Guillemin recense les représentations contenues dans des ouvrages
ou des
revues, mais aussi isolées, comme des dessins ou des
gravures. Cependant, il exclut les photographies et les
tableaux.
Cet
inventaire contient 216 numéros, de 1799 à 1895
(arrêté au 5 avril 1895). Cet ouvrage a été complété en 1898 : La Meije dans l'image (Complément et suite), paru dans l'Annuaire du Club alpin français, 1897, qui poursuit l'inventaire du n° 217 au n° 358, en y incluant la céramique et les bijoux (arrêté au 20 mars 1898).
C'est ainsi que peu à peu, je collecte ces différentes représentations, que ce soit des livres, des plaquettes, des articles, des images isolées, etc. Cela va du bel ouvrage, comme l'Album du Dauphiné, jusqu'à la modeste carte publicité. L'un dans l'autre, sur les 358 images répertoriées, j'en possède déjà 69, dont 3 qui viennent tout récemment de rejoindre ma bibliothèque.
L'Album du Dauphiné
est une des entreprises éditoriales majeures du
début du XIXe siècle en
Dauphiné. A l'instigation de Victor Cassien et Alexandre
Debelle, le libraire Prudhomme publie entre 1835 et 1839 un
ensemble d'articles historiques et descriptifs sur le
Dauphiné. Chaque article est illustré d'une ou
plusieurs planches lithographiques d'après des dessins de
Victor Cassien ou Alexandre Debelle. Dans le tome III, daté
de 1837, l'article anonyme sur l'Oisans est illustré de 5
planches dont une vue de La Grave avec, en arrière plan, une
représentation fantaisiste de la Meije, belle illustration
de ce que la vision romantique de la montagne pouvait inspirer au
dessinateur ou graveur. Cette vue, gravée par Victor Cassien, est référencée par
Paul
Guillemin sous le n° 7.
En 1854, le docteur Joseph-Hyacinthe
Roussillon fat paraître son Guide du voyageur dans l'Oisans, tableau topographique, historique et statistique de cette contrée. Il est
illustré de 9 lithographies, dont une
représentation de la Grave avec la Meije au second plan.
Selon les paroles mêmes de Guillemin,
cette lithographie est "une
réduction et une
contrefaçon" de la planche de l'Album
du Dauphiné :
Dans l'édition de 1864 du
poème Grenoblo
Malhérou, de Blanc la Goutte (Poésies en patois du Dauphiné), le peintre
Diodore Rahoult donne
la première
représentation réaliste et fidèle de
la Meije, terminant ainsi une série de
représentations romantiques de cette montagne. Cette
illustration a été gravée par E.
Dardelet et publiée dans la 3ème
livraison, parue en 1860 :
En septembre 1855, un voyageur anglais
s'arrête à La Grave. Il rejoint ensuite
Saint-Christophe-en-Oisans en passant par le col de la Lauze. Au
passage, il croque la vue de la Meije depuis La Grave.
Conformément à la carte de Bourcet,
il l'appelle encore l'Aiguille du Midi de La Grave. Son
récit
sera publié en 1862, dans le recueil Peaks,Passes, and Glaciers; Second series : A sketch of the passage
of the Col de la Selle from La Grave to St. Christophe par
F. Elliot Blackstone, B.C.L, F.R.G.S., avec une gravure et une carte.
En concurrence avec la gravure de Diodore Rahoult, c'est une des
premières représentations fidèles du
sommet. Le
dessin est antérieur, mais la publication est
postérieure de 2 ans.
Dans un ouvrage paru en 1865 : Outline Sketches in The High Alps of Dauphiné, T.-G. Bonney fait le
récit de 4 voyages dans les
Alpes du Dauphiné, en 1860, 1862, 1863 et 1864. Il est l'un
des
premiers voyageurs anglais qui aient exploré et parcouru
cette partie des Alpes, alors très méconnue et
délaissée. Cet ouvrage est illustré
de 22 lithographies représentant
des sommets et des panoramas du massif des Écrins et Pelvoux, dont 4
vues de la Meije. Les dessins sont de T. G.
Bonney et les gravures de
H. Adlard. Ce sont parmi les premières
représentations des sommets du massif. Elles se distinguent
des précédentes par la précision et la
netteté du trait. Il ne s'agit plus d'une œuvre
d'artiste,
mais d'un travail scientifique.
Le géologue italien Martino
Baretti (1841-1905) explore le massif des Ecrins en août
1872. Il donne un compte-rendu de son excursion dans le Bollettino del Club
Alpino Italiano, 1872-1873 : Otto giorni nel Delfinato, dont il a été fait un
tiré à part en 1873. Cet ouvrage est
illustré de 4 planches chromolithographiques. M. Baretti
ayant abordé le massif par la Vallouise et Ailefroide, il
s'est surtout intéressé aux Pelvoux et aux
Écrins. Il a cependant représenté la Meije dans
les deux panoramas qui illustrent son livre. La
première nouveauté est qu'il s'agit
d'une représentation en couleurs du massif. Mais
c'est surtout par le panorama depuis le Chaberton que cette
représentation apporte un point de vue inédit sur
le massif.
En août 1875, Henry Duhamel tente
l'ascension de la Meije, encore invaincue. Il échoue, mais
il en fait un compte rendu dans l'Annuaire
du Club Alpin
Français, 1875, illustré de 2
photographies et d'un dessin d'Emile Guigues. Il en
a
été fait un tiré à part : Tentatives d'ascension au Pic Occidental de la Meije ou Aiguille du Midi de la Grave (Hautes-Alpes). Ce sont parmi les premières photographies publiées.
En 1896, Louis Guerry, dessinateur de
l'administration des forêts, représente tout le
déroulé du paysage depuis Vizille
jusqu'à Briançon. Ce long panorama est
publié par l'imprimeur Joseph Baratier à
Grenoble, sous forme de dépliant : Dépliant alpestre. Excursion en Oisans.
La couverture est illustrée
d'une
aquarelle de Louis Guerry représentant la Meije depuis la
Grave :
Complètement
déplié, ce panorama mesure plus de 2
mètres de long. Détail de la
représentation de la Meije:
L'idée de ce message m'est venue suite à l'achat récent d'une petite plaquette, récit par Emile Viallet d'ascensions de la Barre de Ecrins et de la Meije en août 1888 : La Barre des Ecrins et le Grand Pic de la Meije, par Desroches, pseudonyme d'Emile
Viallet.
Elle est illustrée d'une gravure d'Emile Guigues, représentant : Le Grand Pic de la
Meije et la vallée des Etançons (versant de la
Bérarde) :
Cela a aussi l'occasion de découvrir une personnalité peu connue des premières décennies de l'alpinisme dans les Alpes dauphinoises, Emile Viallet (1840-1933), qui a publié de nombreux récits sous les pseudonymes d'A. Mège et Desroches, dont le récit de la deuxième ascension de Belledonne en 1873. J'ai aussi découvert qu'il était poète à ses heures, poésies qui font découvir un autre aspect de sa personnalité...
Et pour revenir au propos de ce message, encore quelques images de la Meije :
La Meije dans La Meije et les Ecrins,
de Daniel Baud-Bovy, illustré par Ernest Hareux, paru vers
1908 :
Dessin de Jeanès, représentant le
massif de la Meije depuis le Galibier, illustrant une plaquette
publicitaire des Automobiles Berliet, de 1912 : La Route des Alpes
(Paris, imprimerie Draeger) :
Dans le cadre de son
relevé géométrique des Alpes
françaises, Paul Helbronner publia en 1934 un panorama
aquarellé, pris depuis la pointe Durand, un des 3 sommets du
Pelvoux. Extrait de la vue de la Meije, face
sud, avec le Râteau à gauche (pour plus de
précisions sur ce panorama et la photographie
complète, voir Tour d'horizon complet du sommet du Pelvoux)
:
Pour finir, un dessin illustrant la couverture d'une des cartes d'un
ensemble de 6 cartes de la Routes des Alpes,
édité
par la compagnie de chemin de fer P. L.M. L'ensemble n'est pas
daté, mais on peut, sous toutes réserves, le
situer vers
1940 :
La page qui référence toutes les images de la Meije de ma collection : Images anciennes de la Meije.
Publié par
Jean-Marc Barféty
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21:29:00
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Libellés : La Meije
samedi 13 septembre 2014
Une dauphinoiserie : En Dauphiné, de Gustave Rivet, exemplaire de Jules Claretie
Sous ce terme de Dauphinoiserie, je regroupe toutes ces petites curiosités sur le Dauphiné, qui font le plaisir du bibliophile et du chercheur, même si, objectivement, leur intérêt est souvent un peu limité...
Ex-libris de Gustave Rivet dessiné par Robert Mols.
C'est ainsi que j'ai trouvé cet été une petite plaquette de vers de Gustave Rivet, bien reliée et truffée de quelques documents, qui provient de la bibliothèque de Jules Claretie. Ces deux personnalités de la vie littéraire de la fin du XIXe siècle sont bien oubliées, même si le nom de Jules Claretie est probablement plus connu. Né en 1834 et mort à Paris en 1913, c'est un "romancier, dramaturge français, également critique dramatique, historien et chroniqueur de la vie parisienne" (je reprends les termes de Wikipedia, pour voir la notice : cliquez-ici). Membre de l'Académie française, il était une des personnalités incontournables, pour utiliser une expression moderne, de la vie littéraire parisienne. On comprend donc que Gustave Rivet, poète et député dauphinois, ait jugé nécessaire de lui envoyer ces quelques vers. De quoi s'agit-il ?
En Dauphiné
Grenoble, Imprimerie des Alpes illustrées, 1899, in-8°, 7 pp. (la couverture imprimée sert de titre), une photographie en noir et blanc en bandeau.
Grenoble, Imprimerie des Alpes illustrées, 1899, in-8°, 7 pp. (la couverture imprimée sert de titre), une photographie en noir et blanc en bandeau.
Le sous titre : « Épître à mon ami Z...., millionnaire parisien en son hôtel des Champs-Élysées » annonce déjà le propos. C'est une poésie à la gloire du Dauphiné, qui oppose la simplicité des mœurs locales à la sophistication de la vie parisienne et mondaine. Elle a été écrite au château du Fayet, près de Barraux en Isère, sa résidence au pays natal. C'est ce château qui inspire le poème et dont la photo orne le bandeau de la première page :
Un extrait pour illustrer le style et le propos du poète :
Ainsi, ma région ou charmante ou sauvage
N'a pas encor subi le douloureux outrage
Des mutilations pour embellissements
Qu'exécutent, sereins, et sans frémissements,
Ces organisateurs d'affreuses caravanes
Où l'on voit des Anglais de six pieds sur des ânes.
Ils nous ont épargnés jusqu'ici. —Leurs arrêts
N'ont pas encore mis la hache en nos forêts,
Ils n'ont point fait des parcs anglais de nos campagnes
Et point déshonoré nos superbes montagnes
Par leurs vastes hôtels et par leurs casinos,
Où l'on joue au tennis, où vibrent les pianos,
Où l'on dîne en habit, où les salles de danses
Sont le rendez-vous des suprêmes élégances,
Où l'on entend les grands concerts et l'opéra,
Où l'on mène de front amour et baccara,
Où, quand l'aube vermeille et sublime se lève,
La Miss aux longs pieds ronfle indifférente, et rêve
De son flirt de la veille, imbécile et banal.
Ils n'ont pas mis encor dans le Touring-Journal
Nos vallons et nos bois, nos rochers, nos cascades,
Et nous ne voyons point passer les mascarades
Des Cooks, qui sans souci des beautés du chemin
Vont, le regard muet, et Bædeker en main.
C'est pourquoi le pays est rare. — Cette terre
Est un refuge exquis pour l'âme solitaire,
C'est l'oasis du rêve où l'on peut oublier;
Où, sans se torturer l'esprit, sans se plier
Aux ordres puérils et sots du protocole,
Ne prenant de leçons qu'à la sublime école
De la terre, du ciel, du torrent indompté,
L'homme peut se laisser fleurir en liberté.
Gustave Rivet n'est pourtant pas totalement un inconnu. Comme écrivain, il est l'auteur de plusieurs pièces, dont certaines ont été des succès : Marie Touchet, Le cimetière Saint-Joseph, etc. et de nombreux recueils de poèmes. Appartenant à l'entourage de Victor Hugo (visiblement, le souffle épique du poète ne l'a pas inspiré pour parler du Dauphiné...), il est l'auteur de Victor Hugo chez lui, en 1878. Il sera un des "six jeunes amis" qui ont accompagné son corbillard lors de ses funérailles nationales.
En parallèle de cette carrière littéraire qui n'a laissé aucune œuvre notable, même de second rang, il a surtout été un député républicain de l'Isère, son pays natal. Né le jour de la proclamation de la IIe République, le 25 février 1848, à Domène, il est élu député dès 1883. Sa carrière politique comme député, puis sénateur durera plus 40 ans, jusqu'en 1924. Il s'est fait le défenseur des agriculteurs, des vignerons, en particulier des bouilleurs de cru, et plus généralement des gens de peu. Un de ses ouvrages politiques s'intitule : La défense des paysans, des petits et des humbles, paru en 1902. Un de ses combats a été de faire passer une loi sur la recherche de paternité, ce qu'il finira par obtenir. En résumé, une belle personnalité de la IIIe République. Pour aller plus loin, la notice Wikipedia : cliquez-ici.
Gustave Rivet a donc envoyé un exemplaire de ses vers à Jules Claretie, accompagné d'une dédicace :
et d'une lettre, non datée, à l'en-tête de la Chambre des Députés :
Dans cette lettre, il lui rappelle que « voici bien longtemps », il a donné un drame, Marie Touchet, dont Jules Claretie avait donné une « indulgente critique » (ce drame, écrit en 1873, a été donné pour la première fois à Paris, à l'Odéon, en 1881). Il développe ensuite l'historique du château du Fayet, à Barraux, près de Grenoble, qu'il a racheté et qu'il a fait restauré et dont la photo orne cette plaquette. Pour faire ensuite le lien entre le château et Marie Touchet , il rappelle que c'est là que celle-ci a accouché d'un fils du roi Charles IX, le bâtard d'Angoulême (Marie Touchet).
Une deuxième lettre se trouve reliée dans la plaquette. C'est une lettre de reconnaissance pour la réponse que Jules Claretie lui a faite suite à son premier envoi. Très chaleureuse et un peu mélancolique par son rappel de passé, elle ne semble être qu'une marque de sympathie et d'estime vis-à-vis de Jules Claretie, sans autre demande. Il l'accompagne de l'envoi de son ex-libris, qui a ensuite été relié dans la plaquette (il est reproduit en tête de ce message).
Jules Claretie a ensuite fait relier l'ensemble (la plaquette, les 2 lettres, l'ex-libris) dans un élégant maroquin bronze, par A. Bézard.
Pour finir, Gustave Rivet a fait l'objet d'une exposition à la Bibliothèque Municipale de Grenoble en 1991. La catalogue illustré est une bonne source d'informations :
Publié par
Jean-Marc Barféty
à
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Libellés : Bibliographie dauphinoise, Bibliophilie, Personnalité
dimanche 7 septembre 2014
La saga des Écrins, de François Labande
L’histoire de l’alpinisme dans le massif des Ecrins n’avait jamais l’objet d’une synthèse globale. C’est chose faite depuis quelques mois grâce à l’ouvrage bien illustré, au style enlevé, de François Labande.
Publié aux Éditions Guérin en mai dernier (cliquez-ici), ce fort volume de 464 pages, illustré de 350 photos, couvre toute la période depuis la découverte du massif et la première ascension du Pelvoux en 1828 jusqu’aux plus récents exploits des années 2000. C’est ce qui fait tout l’intérêt de cet ouvrage. En effet, il existe des ouvrages sur les premiers temps de l’alpinisme dans le massif : Alpinistes britanniques et austro allemands dans les Ecrins, de M. Mestre et M. Tailland, Une mémoire alpine dauphinoise. Alpinistes et guides. 1875 – 1925, de Philippe Bourdeau, Les pionniers des Alpes du Dauphiné, de Pierre Lestas, etc. Des sommets ont fait l'objet de monographies, qui s’arrêtent en général à la Seconde Guerre Mondiale : La Meije, Les Ecrins, tous deux d’Henri Isselin. Il existe de très nombreux témoignages, dispersés dans des revues (Annuaires du Club Alpin Français, la Montagne et autres revues dont celles du G.H.M.) ou dans des ouvrages de souvenirs (par exemple, Au cœur des Alpes et Nos amies les cimes, de Jean Vernet ). Mais, il n’existait pas une synthèse couvrant toute la période et, pour les dernières décennies, il n’y avait quasiment rien d’accessible pour le grand public, alors que ces années-là ont vu un changement profond dans la manière d’aborder la montagne et le sens donné aux ascensions (le goût de l’exploit, de la difficulté technique, souvent associé à un certain art de vivre).
L’ouvrage est découpé en 26 chapitres, respectant un équilibre entre les périodes. Après les premiers temps (en gros jusqu'à la Première Guerre), en 6 chapitres, on poursuit par la période de l’entre-deux-guerres, puis, toujours dans un bon équilibre entre la période racontée et l’importance des chapitres, toutes les années depuis la dernière guerre. Il y aurait pu y avoir deux travers, celui de donner plus d’importance à la période de l’âge d’or, avec son côté épique et son charme suranné, ou, au contraire, de donner plus d’importance aux années récentes que l’auteur a lui-même connues et, pour certaines des courses, dont il a été un acteur majeur. En réalité, c’est l’équilibre qui prévaut.
Il faut souligner la qualité des illustrations, avec, pour chaque chapitre, de belles photos, dont certaine sont de l’auteur. J'ai choisi de reproduire celle-ci (Le Pic Coolidge) :
Pour moi, c'est déjà un ouvrage de référence, qu'il est indispensable d'avoir dans sa bibliothèque pour tous les passionnés des Alpes dauphinoises, mais, plus généralement,
pour tous les passionnées d’alpinisme et d’histoire de la montagne.
Avant de finir et de vous laisser découvrir par vous-même ce livre, deux
petits faits.
Il y a toujours un petit jeu pour le lecteur, qui est de détecter un manque, un fait ou un personnage dont on pense qu’ils ne sont pas suffisamment mis en valeur, voire même cités. A ce petit jeu, j’ai regretté qu’il n’y ait aucune mention d’Ernest Thorant, un des pionniers d’une autre façon de faire de l’alpinisme dans le massif des Ecrins, mais à qui son décès prématuré dans un accident à La Meije en 1896 n'a pas permis de donner toute la mesure de son talent (pour en savoir plus, cliquez-ici).
L’autre fait, que j’ai appris de l’auteur lui-même, est que grâce à mon site, je lui ai fait découvrir les souvenirs d’alpinisme d’Auguste Reynier : Quelques ascensions, dont deux illustrations sont reprises dans l'ouvrage.
C'est une petite satisfaction personnelle, mais je suis aussi heureux que mon travail de mise en ligne et de description d’ouvrages soit une source et une référence pour des travaux et des auteurs. Je profite d’ailleurs de l’occasion pour renvoyer vers un document qui a été mis à disposition par le Parc National des Ecrins à l’occasion du 150e anniversaire de la première ascension de la Barre des Ecrins par Wymper, Moore, Almer en juin 1864. Mis en contact par mon site, je leur ai fourni les illustrations (cartes, reproductions) de deux des panneaux : cliquez-ici. On reconnait sur ce panneau une des premières représentations des Ecrins extraite de OutlineSketches in The High Alps of Dauphiné,
par Thomas-George Bonney, paru en 1865.
Malheureusement, cet ouvrage fondamental est peu connu, alors qu'il représente une contribution majeure à l'histoire de la découverte du massif et, d'un point de vue bibliographique, une vraie rareté. Il marque le passage de la période des touristes à la
recherche
des sites pittoresques, aux scientifiques et alpinistes qui cherchent
à donner une description précise et exhaustive du
massif
et veulent gravir les sommets qu'ils voient à leur
portée. Après ce
livre
fondateur, l'alpinisme dans le massif des Ecrins pouvait
véritablement commencer.
Pour revenir à l'objet de ce message, un lien vers un extrait d'une conférence de François Labande sur l'histoire de l'alpinisme dans les Écrins : cliquez-ici.
Publié par
Jean-Marc Barféty
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Libellés : Montagne
samedi 26 juillet 2014
Le Chamois, par le Docteur Marcel Couturier, 1938
Parmi les ouvrages classiques sur les animaux de montagne, ceux du docteur Marcel Couturier gardent une place à part. En 4 travaux magistraux : Le Chamois (1938), L’Ours brun (1954), Le Bouquetin des Alpes (1962) et Les Coqs de bruyère (1980), il a fourni des monographies scientifiques précises et exhaustives sur ces animaux, en abordant tous les aspects : histoire naturelle, éthologie et, plus inhabituelle, chasse. Ces livres sont très abondamment illustrés, sur la base des propres clichés et dessins de l'auteur, et contiennent une très riche bibliographie. J'imagine que depuis, de nombreux travaux scientifiques ont complété la connaissance de ces animaux.
Ces ouvrages sont aussi des beaux livres à collectionner. Il y a
quelques mois j'ai acquis un exemplaire du tirage de tête (à l'époque,
les ouvrages scientifiques faisaient aussi l'objet de tirage de tête!) de
sa monographie sur Le Chamois. C'est une bonne occasion de présenter ces travaux et l'auteur (voir la notice plus complète sur le site : cliquez-ici).
C'est une belle impression de l'imprimerie Allier de Grenoble, pour le compte des éditons Arthaud de Grenoble. Le tirage de tête est composé de 15 exemplaires sur Japon impérial et 80 exemplaires sur Hollande Van Gelder (j'ai le n° 72).
Pour donner quelques chiffres afin d'illustrer l'ampleur du travail,
l'ouvrage compte plus de 850 pages, en un seul volume pour la tirage
courant et en 2 volumes pour le tirage de tête. Pour les illustrations,
le titre annonce : "110 clichés au trait, 15 radiographies, 473
héliogravures, 34 cartes en deux couleurs". Elles sont reparties entre
103 planches pleine page, dont seule la première, en frontispice, est
hors texte, et 76 figures dans le texte. La bibliographie à la fin de
l'ouvrage répertorie plus de 1000 références.
Cette planche, choisie parmi toutes celles qui illustrent l'ouvrage, montre le travail de précision scientifique de Marcel Couturier, basé sur des observations nombreuses et une recension photographique des particularités des animaux.
Cette planche, choisie parmi toutes celles qui illustrent l'ouvrage, montre le travail de précision scientifique de Marcel Couturier, basé sur des observations nombreuses et une recension photographique des particularités des animaux.
Cette autre planche est aussi l'occasion de parler plus longuement de l'auteur. Elle illustre l'autre aspect de la personnalité de Marcel Couturier, celle du chasseur impénitent qui, époque oblige, est fier de poser au milieu de ses trophées de chasse, trophées qui seront aussi minutieusement étudiés pour enrichir son travail scientifique, comme le montre la planche précédente.
En effet, le Docteur Marcel Couturier (1897-1973) était non seulement un grand chirurgien, un alpiniste de haut niveau (il a réalisé en 1932 avec A. Charlet la première ascension de la face nord de l’Aiguille Verte par le couloir appelé depuis couloir Couturier), un naturaliste de renom et un des promoteurs des parcs nationaux en France, en particulier celui de la Vanoise. C'était aussi un grand chasseur, qui n'hésita pas à exposer ces exploits dans ce livre paru en 1949 : Sur les traces de mes 500 chamois de France (changement d'époque oblige, la réédition de 1986 s'appelle plus simplement Mes Chamois de France et de Navarre). Il contient une page qui recense précisément son tableau de chasse :
Il a même été condamné deux fois pour braconnage, ce qui, pour une notabilité comme lui, montre qu'il avait vraiment dû dépasser les limites.
Ces deux aspects de sa personnalité sont clairement et honnêtement abordés dans les 2 notices de référence que l'on trouve sur Internet : site de l'Association pour Histoire de la Protection de la Nature et de l'Environnement (AHPNE) : cliquez-ici (la plus complète) et site du Muséum d'Histoire Naturelle de Grenoble : cliquez-ici. Pour prendre aussi du recul sur cette apparente contradiction, je rappelle ce que j'ai pu écrire sur Henry Faige-Blanc (1811-1901) qui a publié, sous le pseudonyme d'Alpinus, ses récits de chasse : La Chasse Alpestre en Dauphiné, paru en 1874 et réédité en 1925 avec des illustrations d'Emile Guigues. Dans ses récits, agrémentés de nombreuses digressions sur la cuisine, les mœurs, la politique, la philosophie, etc., au ton plein de verve, de légèreté, avec un soupçon de gauloiserie, l'auteur se veut aussi un défenseur des animaux. Dans son chapitre sur l'ours, il défend la réputation de l'ours, contre ceux qui le considèrent comme dangereux ou agressif. Par différents récits de chasse, il approche et décrit les mœurs de cet animal, qu'il souhaite voir toujours habiter nos montagnes. Son vibrant plaidoyer pour l'animal, joint à une vigoureuse défense de la chasse, n'est pas sans contradiction. Il ne semble pas se rendre compte qu'il concourt à la disparition de cet animal qu'il veut défendre. L'importance de la population d'ours vivant alors dans les massifs dauphinois lui masquait probablement le déclin inexorable. On retrouve ce même manque de lucidité pour les autres animaux.
Cette photo fait écho à celle du Dr Couturier devant les chamois de son tableau de chasse (reconnaissons qu'Alpinus a la fierté plus démonstrative!)
Ces deux aspects de sa personnalité sont clairement et honnêtement abordés dans les 2 notices de référence que l'on trouve sur Internet : site de l'Association pour Histoire de la Protection de la Nature et de l'Environnement (AHPNE) : cliquez-ici (la plus complète) et site du Muséum d'Histoire Naturelle de Grenoble : cliquez-ici. Pour prendre aussi du recul sur cette apparente contradiction, je rappelle ce que j'ai pu écrire sur Henry Faige-Blanc (1811-1901) qui a publié, sous le pseudonyme d'Alpinus, ses récits de chasse : La Chasse Alpestre en Dauphiné, paru en 1874 et réédité en 1925 avec des illustrations d'Emile Guigues. Dans ses récits, agrémentés de nombreuses digressions sur la cuisine, les mœurs, la politique, la philosophie, etc., au ton plein de verve, de légèreté, avec un soupçon de gauloiserie, l'auteur se veut aussi un défenseur des animaux. Dans son chapitre sur l'ours, il défend la réputation de l'ours, contre ceux qui le considèrent comme dangereux ou agressif. Par différents récits de chasse, il approche et décrit les mœurs de cet animal, qu'il souhaite voir toujours habiter nos montagnes. Son vibrant plaidoyer pour l'animal, joint à une vigoureuse défense de la chasse, n'est pas sans contradiction. Il ne semble pas se rendre compte qu'il concourt à la disparition de cet animal qu'il veut défendre. L'importance de la population d'ours vivant alors dans les massifs dauphinois lui masquait probablement le déclin inexorable. On retrouve ce même manque de lucidité pour les autres animaux.
Cette photo fait écho à celle du Dr Couturier devant les chamois de son tableau de chasse (reconnaissons qu'Alpinus a la fierté plus démonstrative!)
Par son âge et son origine, le docteur Marcel Couturier est l'héritier de cette époque, mais aussi un passeur vers une autre époque, celle que nous connaissons aujourd'hui, de la protection de l'environnement.
Pour finir, cette photo de chamois prise presque au bord de la route, en montant à l'Izoard, au printemps 2012 :
Publié par
Jean-Marc Barféty
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Libellés : Montagne
samedi 12 juillet 2014
Un nouvel ouvrage sorti des presses de Louis Perrin, à Lyon
J'ai déjà eu l'occasion de parler de Louis Perrin (1799-1865) un célèbre imprimeur de Lyon, réputé pour la qualité de sa typographie et par l'invention des caractères augustaux. Il a fait l'objet de plusieurs ouvrages, d'expositions, d'un catalogue thématique par la libraire Anne Lamort (voir ce message : cliquez-ici).
Un érudit, Jean-Louis Mestrallet, était devenu le spécialiste de Louis Perrin. Il a consacré son temps à établir une bibliographie exhaustive des ouvrages imprimés par Louis Perrin et, en corollaire, il s'est constitué une belle bibliothèque d'ouvrages ... de Louis Perrin. Décédé le 13 janvier 2013 à l'âge de 78 ans, sa bibliothèque a récemment été vendue aux enchères à Villefranche-sur-Saône, le 19 juin 2014, par la maison de vente Guillaumot-Richard. Le dernier lot de la vente était un
"Essai de catalogue des impressions de Louis Perrin (1821-1865)",
composé de 2 forts classeurs avec chaque feuille
sous plastique transparent, représentant la version imprimée de son monumental travail de bibliographie, malheureusement resté inédit. J'ai eu la chance d'être en relation avec lui. Il me l'avait gracieusement communiqué.
Couverture du catalogue de la vente
Lors de cette vente, j'ai voulu me porter acquéreur d'un ouvrage, en hommage et en souvenir de cet érudit dont le travail et la démarche bibliophilique sont une source d'inspiration pour mon propre travail de bibliographie sur le Dauphiné et les Hautes-Alpes. Il s'était attaché à se constituer une bibliothèque composée de beaux exemplaires. Il n'était donc pas difficile de trouver un lot pouvant satisfaire ma double exigence bibliophilique et thématique. Mon choix s'est porté sur :
De Lyon à Seyssel. Guide historique et pittoresque du voyageur en chemin de fer. Promenade dans l'Ain par un Dauphinois.
Certes, l'Ain n'est pas le Dauphiné, mais il en est proche. Et, comme l'indique le titre, l'auteur anonyme est dauphinois. Il s'agit du comte Emannuel de Quinsonas (1818-1901), membre d'une illustre famille noble du Dauphiné, les Pourroy de L'Auberivière, de la branche des Quinsonas. L'ouvrage contient d'ailleurs son blason (planche p. 778), indice semé au détour d'une page pour identifier l'auteur.
L'ouvrage a paru en 1858, sorti des presses de Louis Perrin, dont on reconnaît immédiatement la qualité de la typographie, en particulier dans les nombreux bandeaux et culs-de-lampe qui illustrent l'ouvrage. Celui-ci (p. 365) est un des plus beaux exemples.
Gravure signée LP (Louis Perrin), il reprend les lettres P et M, de Philibert de Savoie et Marguerite d'Autriche, à la fin du chapitre consacré au monastère de Brou. Rappelons que ce monastère a été créé par Marguerite d'Autriche pour abriter le tombeau de son mari Philibert de Savoie, trop tôt disparu.
Comme on peut le remarquer, sur la page de titre, il est précisé : "Se vend au profit des Pauvres de Seyssel".
C'est un exemplaire bien relié, en maroquin rouge. C'est un des exemplaires réservés à l'auteur, comme exemplaire de présent. Il l'a offert à Paul Allut, un érudit lyonnais (1794-1880), auteur entre autres d'une étude sur Nicolas Chorier, parue chez Louis Perrin, ainsi que d'ouvrages d'érudition sur le père Claude François Menestrier et Symphorien Champier (pour en savoir plus, cliquez-ici).
L'exemplaire a ensuite appartenu à Joseph Nouvellet (1841-1904), un bibliophile lyonnais, installé à Saint-André-de-Corcy dans l'Ain.
Il avait réuni une bibliothèque importante, vendue plusieurs années avant sa mort, par Louis Brun libraire-expert à Lyon. Cette collection se composait principalement d'ouvrages relatifs à l'histoire de Lyon, du Lyonnais, de la Bresse, du Bugey et de la Dombes : Catalogue de l'importante et magnifique bibliothèque de M. X. ... de Lyon ... vente aux enchères publiques à l'Hôtel des ventes à Lyon, le lundi 14 décembre et 8 jours suivants, Lyon, 1891.
Apropos de Louis Perrin, je lui ai consacré une notice sur mon site (cliquez-ici), car je possède 6 ouvrages dauphinois qui sortent de ses presses.
Ci-dessous la notice sur cet ouvrage dans la bibliographie de Jean-Louis Mestrallet, à titre d'exemple sur sa méthode et son travail :
Apropos de Louis Perrin, je lui ai consacré une notice sur mon site (cliquez-ici), car je possède 6 ouvrages dauphinois qui sortent de ses presses.
Ci-dessous la notice sur cet ouvrage dans la bibliographie de Jean-Louis Mestrallet, à titre d'exemple sur sa méthode et son travail :
Publié par
Jean-Marc Barféty
à
19:10:00
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Libellés : Bibliophilie
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