mardi 8 mars 2011

L'alpinisme social

C'est une petite plaquette comme je les aime que je vous présente aujourd'hui. Elle est sans prétention, mais elle représente bien l'esprit du temps :

Emile Roux-Parassac
L'Alpinisme populaire. Le Rôle social de l'Alpinisme.
Préfaces de MM. Armand Chabrand et Henri Ferrand. Avocats. Membres de Sociétés alpines. Lettre de M. le commandant Blazer.
Grenoble, Gratier et Rey, Libraires-Editeurs, 1904



Le fort oublié "barde alpin", Emile Roux-Parassac (Sisteron 23/4/1874 - Bagneux (Hauts-de-Seine) 6/8/1940) a été un infatigable défendeur de ses alpes. Il a patronné la création en 1899 d'un club d'alpinisme réservé aux travailleurs grenoblois dont le "programme peut se résumer en une ligne : «procurer un repos salutaire et un plaisir réconfortant à ceux qui le méritent le mieux, parce qu'il peinent.»"


En 1904, il prononce une conférence devant cette assemblée (une "causerie") où, après quelques généralités sur l'alpinisme et la naissance du sentiment de la montagne, il insiste sur le rôle social de la montagne qu'il résume dans cette formule : "Nous voyons se dresser, derrière les escarpements granitiques, une Alpe idéale, au front de laquelle les rayons du soleil avenir gravent en lettres d'or cet espoir sublime :
Régénération de l'Espèce humaine. L'Alpe mère de la virilité physique et morale, l'Alpe repétrissant l'individu pour reconstituer brin à brin la Société, l'Alpe sociale, qu'on excuse le néologisme mais il a son étonnante actualité."
Bigre !

Les trois premières parties de la conférence illustrent le propos de l'auteur :
I. - L'Alpinisme. Ce qu'il est. - Ce qu'on en pense. - Ce qu'on en fait. - Le culte de la Montagne.
II. - Le rôle de l'Alpinisme. La Montagne méconnue. - Régénération sociale. - L'Ecole des sommets.
III. - L'Alpinisme populaire. Les Sociétés Alpines. - Alpinisme et travail. - Le peuple sur la Montagne.

La composition du comité d'honneur est déjà tout un programme. On y trouve les grands notables de l'alpinisme dauphinois : Armand Chabrand, Henri Ferrand, Paul Guillemin, le Dr Auguste Vagnat, mais aussi quelques grand noms titrés : le prince David Léonidzé ou le marquis Wilfrid de Virieu.

Le texte est daté. Il est rare. Il montre cependant les efforts faits par les notables du tourisme et de l'alpinisme dauphinois pour associer les classes populaires aux plaisirs de la montagne. L'esprit "patronage" de ces tentatives est certes très vieilli, mais il rappelle le temps où les classes aisées se préoccupaient du sort des classes laborieuses, comme on disait alors. Je ne veux pas amener mon lecteur vers des considérations sociologiques, voire politiques, contemporaines, mais les 100 ans qui nous séparent de cette époque représentent-ils vraiment un progrès ?

La vignette au titre représente le Pelvoux vu depuis le refuge Tuckett. Elle est signée Tézier, un illustrateur très actif dans ce milieu à l'époque.



Pour plus d'informations sur cet ouvrage : cliquez-ici.

3 commentaires:

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Jean-Marc,

Billet très intéressant, mais pourquoi un "e" à "social" de "L'Alpinisme social" ?

Bertrand a dit…

oui, très intéressant. Merci.

B.

Jean-Marc a dit…

Merci, titre corrigé.
Jean-Marc