dimanche 19 juin 2011

Le catalogue de vente d'un amateur dauphinois, un bibliophile dauphinois et autres...

Elément indispensable de ma bibliothèque, je recherche toute la documentation sur la bibliographie dauphinoise. Lorsque j'ai vu dans la liste d'une vente récente un Catalogue des livres rares & curieux composant la bibliothèque d'un amateur dauphinois, de 1867, je n'ai pas hésité à mettre un ordre d'achat, sans vraiment savoir ce que me réservait ce catalogue. La modicité de l'ordre et du prix d'adjudication ne me fait pas regretter mon achat à l'aveugle.

En réalité, c'est un recueil de 4 catalogues de ventes aux enchères, qui ont eu lieu entre fin 1867 et début 1868. Seul le premier concerne le Dauphiné. Le titre complet est :
Catalogue des livres rares & curieux composant la bibliothèque d'un amateur dauphinois
dont la vente aux enchères publiques aura lieu par le ministère de Me Guttin, commissaire-priseur, assisté de M. Jourdan, libraire, chargé de la vente.
Le vendredi 15 novembre 1867, et jours suivants. A 7 heures 1/4 du soir. Rue Lafayette, 2, à Grenoble.
Grenoble, Librairie Mainsonville et fils et Jourdan, Paris, Librairie Bachelin-Deflorenne, [1867]


Le catalogue compte 1 225 numéros. Les ouvrages en rapport avec le Dauphiné, y compris ceux imprimés en Dauphiné ou écrits par des Dauphinois, sont indiqués par un astérisque. Il y en a 226. Deux sections sont spécialement consacrées au Dauphiné :
Dauphiné. – Ouvrages et brochures diverse sur cette province. (Isère. – Drôme. – Hautes-Alpes) et Ecrits relatifs à Bayard et à Lesdiguières. Je vous renvoie à la description pour plus d'informations (cliquez-ici).

Commentaire sur cette vente dans le
Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire, 1867, du libraire Techener :
"Le 15 novembre aura lieu, à Grenoble, une vente de livres anciens, rares, bien reliés, composant la bibliothèque d'un amateur dauphinois. Nous en recevons le catalogue, rédigé avec soin, et qui contient 1,225 articles. M. Jourdan, libraire de la ville, est chargé de la direction de cette
auction, qui est très-remarquable pour une vente de province..."
On voit que le goût des anglicismes et le parisianisme ne datent pas d'aujourd'hui...

Il me fallait répondre à la question : qui est l'amateur dauphinois ? Aucune documentation ne m'a permis de l'identifier. Heureusement, une mention manuscrite sur le titre donne : "Gal de Montcla". Les recherches internet m'ont permis de trouver : Jules Gelly de Montcla, né en 1804, mort à Grenoble en 1877, était un général de brigade. Il devait avoir un intérêt pour la chose locale et historique, car il appartenait à la Société d'archéologie et de statistique de la Drôme. En revanche, je n'ai pas trouvé de confirmation qu'il faisait partie des bibliophiles dauphinois. La question reste ouverte, mais je ferais plutôt confiance à Armand de Saint-Ferriol qui, comme contemporain, devait savoir qui se cachait derrière cet intitulé.

En effet, autre atout de cet ouvrage, il provient de la collection du bibliophile dauphinois Armand de Saint-Ferriol, avec son ex-libris :


Cela m'a motivé pour en savoir un peu plus sur ce bibliophile dauphinois (je possédais déjà quelques ouvrages de sa bibliothèque). Issu d'une ancienne famille noble dauphinoise, il est né et mort à Grenoble (1817-1880). Il est le frère de Louis de Saint-Ferriol, fondateur des thermes d'Uriage. Resté célibataire et qualifié de rentier, il est décrit comme un "érudit modeste et laborieux, [...] cloîtré au milieu de ses livres, [...] les meilleurs et presque les seuls compagnons de sa studieuse existence." Il avait tout de même accompagné son frère en Egypte en 1842. Sa bibliothèque a été dispersée en 1881.

Son dernier domicile à Grenoble, 4 rue de la Paix :


Pour plus d'informations sur Armand de Saint-Ferriol, je vous renvoie à la notice que je lui ai consacrée (cliquez-ici).

Ce recueil a sûrement été beaucoup manipulé. La reliure, modeste demi-basane, est fortement usagée et épidermée :


Les 3 autres catalogues de ce recueil sont :

Le catalogue de la bibliothèque du relieur Capé, qui a eu lieu en janvier 1868. Cette vente contenait beaucoup d'ouvrages reliés par Capé lui-même. Il est précédé d'une notice biographique par Jules Janin.


Je n'ai qu'une reliure de Capé dans ma bibliothèque, qui recouvre :
Nouvelles recherches sur les patois ou idiomes vulgaires de la France et en particulier sur ceux du département de l'Isère, de Jacques-Joseph Champollion-Figeac, 1809. Elle est signée en queue du dos.

Est-ce que ce catalogue est recherché ? Je n'en sais rien, mais il semble rare.

Les deux autres catalogues sont ceux des ventes de la bibliothèque de A. Taillandier, conseiller à la Cour de Cassation, ancien député, en février 1868 et de l'abbé Bourgoing, curé de Saint-Augustin, en janvier 1868.

Pour finir ce billet, je dois avouer que tout ce travail n'aura pas été inutile. J'ai appris un nouveau mode, fort nécessaire pour mon quotidien. La dernière section du catalogue de l'amateur dauphinois s'appelle "Paralipomènes historiques".

5 commentaires:

Olivier a dit…

Que ne vous êtes connus le Général de Montcla et vous... Les choses eussent été plus simples...
J'aime beaucoup ce genre de billets.
Olivier

Bertrand a dit…

J'ai cette passion des catalogues aussi... je n'ai pas ceux-ci je crois. Par contre comme je te l'avais peut-être déjà signalé, de la même provenance, j'ai le catalogue de la vente des livres de la bibliothèque de Gabriel Peignot (bibliophile polygraphe d'origine bourguignonne lui),

B.

Jean-Marc a dit…

Pour Olivier. J'aurais effectivement aimé être le contemporain des grands bibliophiles dauphinois du XIXe, en particulier d'Eugène Chaper. En revanche, je n'envie pas l'existence d'Armand de Saint-Ferriol, "cloîtré au milieu de ses livres" qui étaient "les meilleurs et presque les seuls compagnons de sa studieuse existence." De toute façon, n'étant pas né rentier, je suis bien obligé d'affronter le vaste monde pour gagner ma pitance et les quatre sous nécessaires pour mes achats de livres.

Pour Bertrand. Je me souviens que tu m'avais parlé de cet ouvrage. Visiblement, la provenance Saint-Ferriol n'est pas rare. En revanche, il s'agit rarement de beaux exemplaires, bien reliés. Visiblement c'était un bibliophilie qui prisait plus le texte ou l'ouvrage, que sa reliure.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Le catalogue de la vente Capé contient (quand on ne l'a pas enlevée) une photographie du relieur.

Jean-Marc a dit…

Comme mon exemplaire ne contient pas le portrait, j'imagine deux scénarios.

- Armand de Saint-Ferriol l'a conservé et encadré pour s'imaginer les belles reliures qu'ils auraient pu faire faire. En effet, tous les ouvrages de sa bibliothèque que j'ai vus sont en reliures plutôt modestes.

- Le relieur du catalogue, conscient de la modeste de son travail, a "distrait" le portrait et l'a encadré pour le mettre dans son atelier comme une icône de la perfection à laquelle il ne pouvait prétendre.