dimanche 18 mars 2012

Un achat particulier (pour moi) à Drouot : les Transactions du Briançonnais, de 1645.

Acheteur régulier, je reçois des catalogues de ventes aux enchères. Il y a deux ou trois semaines, j'ai reçu le catalogue d'une vente de livres anciens assez généraliste, opérée par la SVV Ader Nordmann, le 13 mars 2012 (expert : Eric Busser).


Je feuillette le catalogue et mon regard est arrêté par un ouvrage qui a tout pour m'intéresser :  Les Transactions d'Imbert, Dauphin de Viennois, Prince du Briançonnais, etc.


Je lis la notice de l'ouvrage (lot n° 56) et, belle et flatteuse surprise, je reconnais ma prose et vois mon nom, comme référence :


L'expert de la vente s'est référé à la notice que j'ai consacrée à l'édition de 1641 de cet ouvrage (pour plus de détails, cliquez-ici), qui avait aussi fait l'objet d'un message sur ce blog :  Deux impressions anciennes de la charte de franchise du Briançonnais, en 1641 et 1788.

La vente proposait l'édition de 1645 que je n'avais pas. Je n'ai pas hésité longtemps pour participer. Après une courte et peu disputée enchère, j'ai acquis cet ouvrage, qui vient utilement compléter ma bibliothèque qui comprenait déjà les éditions de 1641 et 1788 de cette Charte de Franchise du Briançonnais. 



Je lui ai consacré une page (cliquez-ici). On y retrouve les mêmes textes que dans l'édition de 1641, ensemble de textes qui ont pour but de justifier les droites et privilèges du Briançonnais. Au delà de la reprise de ces documents, cette édition se justifie surtout par la publication de la confirmation des privilèges du Briançonnais par le tout nouveau roi de France, Louis XIV (confirmation datée de février 1644). Saine prudence de nos ancêtres qui, à chaque nouveau roi, veillaient à faire reconnaître les droits chèrement acquis de la principauté. Prudence d'autant plus nécessaire que Louis XIV, dans le cadre de sa politique absolutiste, tentera peu à peu de rogner les privilèges des provinces au profit du centralisme royal. Il faudra attendre la Révolution pour parachever le travail de centralisation et d'égalitarisme qu'avait entrepris la royauté, sans toujours se donner les moyens d'y arriver (pour ceux que l'idée d'une continuité entre l'Ancien Régime et la Révolution ne rebute pas, je vous conseille la lecture d'un livre trop (volontairement ?) méconnu d'Alexis de Tocqueville : L'Ancien Régime et la Révolution).

J'avoue avoir trouvé un secret plaisir à acquérir cet ouvrage dont la notice faisait explicitement référence à mon travail de publication de bibliographie dauphinoise sur Internet.  J'ai eu l'impression de boucler une boucle en l'intégrant à ma bibliothèque.

La description de cet ouvrage m'a aussi offert un de ses petits plaisirs que j'affectionne. La page de titre comporte deux ex-libris manuscrits. Le premier que l'on voit bien au centre, encadrant les armoiries, et le second, en bas à droite (on ne le voit pas sur l'image ci-dessus), qui été effacé par mouillage :


Je me suis donné le défi d'identifier ces propriétaires. Pour ceux que cela intéresse, je peux leur expliquer comment j'y suis parvenu, mais j'ai identifié sans doute possible le premier propriétaire. Il s'agit de François Fantin (1619 (?) - après 1695), fils d'un consul de Briançon, dont la signature sur l'acte de mariage de sa fille à Briançon le 14 février 1674 est identique à celle que l'on devine encore sur la page de titre, jusqu'au "f" initiale si caractéristique.


La signature en dessous est celle de sa femme Marguerite Estienne.

Dans ce même acte de mariage, les titres et fonctions de François Fantin sont donnés :


Transcription (en orthographe modernisée) : François Fantin, docteur en droits, avocat au parlement, juge ordinaire des mandements de Bardonnèche et de Névache, garde du petit scel (sceau) de la ville et bailliage de Briançon.
On comprend qu'avec de telles fonctions, il ait eu besoin de posséder un des documents juridiques majeurs du Briançonnais.  C'était presque un outil de travail pour lui.

Pour l'identification de la deuxième signature, c'est plus hypothètique, mais il s'agit peut-être de son petit-fils. Ce qui est sûr est qu'il s'agit d'un docteur en droit, comme l'indique les trois lettre "J. V. D." qu'il a ajoutées en dessous de sa signature : 

C'est l'abréviation de Juris Utriusque Doctor : "Docteur en l'un et l'autre droits", autrement dit en droit canon et en droit civil.

3 commentaires:

calamar a dit…

bravo, il ne fallait évidemment pas le laisser passer !

Textor a dit…

Bel achat, à des conditions intéressantes. Il est vrai que vous avez bénéficié de circonstances exceptionnelles. Les amateurs de livres régionaux n’avaient visiblement pas fait le déplacement. Moi-même, qui aurait pu vous chicaner cet ouvrage, n’avait pas pu me déplacer ! :))

Vous pouvez à juste titre être flatté qu’un expert connu pour son sérieux prenne votre blog comme référence. C’est une récompense pour le magnifique travail que vous avez accompli.

J’avais surtout repéré un autre ouvrage que je voulais acquérir depuis longtemps. Le lot 73, une rare impression issue des presses installée brièvement à la Correrie de la Grande Chartreuse. Ce genre d’ouvrage passe rarement en vente et généralement le prix s’envole. A ma grande surprise, celui-ci est resté invendu.
Il est aujourd’hui sur mes rayons.
Il a appartenu à la Chartreuse de Saint Hugon, près de La Rochette. Il est grand de marge et très frais. Seule la reliure d'époque mériterait un relooking mais bon, ce n'est pas le plus important.

Les deux autres impressions de la Correrie que j’avais repéré dans des ventes avait triplé l’estimation. De plus ils étaient en latin alors que celui-ci est en français.

Bonne soirée
Textor

Bibliothèque dauphinoise a dit…

Merci pour ce long commentaire.
J'avais aussi repéré le n° 73, même si je n'avais pas l'intention de l'acheter. Durant cette première heure de vente, j'ai trouvé que les ouvrages étaient rarement disputés. Au mieux, ils partaient à l'estimation basse.
Je suis content que vous ayez pu l'acquérir. Même si je connais mal ces impressions, je sais qu'elles sont rares et recherchées.

Au plaisir (on se croisera sûrement au Grand-Palais dans un mois).
Jean-Marc