mardi 28 juillet 2009

Les Vaudois des Alpes; Eugène Chaper

Le thème des Vaudois est inépuisable. Comme je l'avais expliqué dans un message précédent, ce terme recouvre trois réalités différentes. L'ouvrage décrit ce week-end exprime bien cette ambigüité. En effet, il commence par une histoire des Vaudois au sens propre du terme, avec la création du mouvement par Pierre Valdo à Lyon et sa diffusion, entre autres, dans les vallées alpines du Dauphiné, plus précisément des Hautes-Alpes(Freissinière, Argentière, Vallouise) et du Piémont, puis de l'histoire du mouvement jusqu'à son intégration dans la Réforme. Ensuite, l'histoire se poursuit, toujours sous le nom de Vaudois, pour les seules vallées piémontaises, où cette église évangélique s'est maintenue, malgré les vicissitudes politiques. Cette communauté, encore vivante aujourd'hui, utilisait le français comme langue d'usage. C'est ainsi que Jean Jalla, historien vaudois (1868-1935), né près de Pomaretto (Pomaret en français) a écrit une Histoire populaire des Vaudois des Alpes et de leurs colonies, dont la première édition a été publiée en 1904 à Torre Pellice.



Seuls les premiers chapitres nous intéressent pour l'histoire des Vaudois des Hautes-Alpes. Cette première édition semble particulièrement rare. Elle est absente de toutes les bibliothèques publiques en France. Elle n'est généralement pas citée dans les bibliographies vaudoises. Bien qu'étant plus un travail de synthèse, que le résultat de recherches approfondies ou novatrices, cet ouvrage n'est pas sans mérite. Peut-être que sa diffusion, à partir de l'Italie, n'a pas été suffisante pour qu'il soit connu des historiens français (par exemple Jean Marx).

Au passage, je signale qu'au hasard de mes recherches sur les livre du Dauphiné et des Hautes-Alpes, je suis amené à rencontrer un nombre considérable d'ouvrages absents de la BNF. Il reste du travail pour enrichir son fonds. En revanche, il est beaucoup plus inhabituel de rencontrer des ouvrages absents du fonds dauphinoise de la Bibliothèque Municipale de Grenoble. C'est le cas de cette première édition.


Sans transition, je passe à Eugène Chaper , le "Prince des Bibliphiles Dauphinois", dont j'ai déjà eu l'occasion de parler. Suite à une question de lecteur, j'ai scané la publication d'une lettre d'Eugène Chaper sur sa collection d'autographes, parue dans la
Petite revue des Bibliophile dauphinois (n° 2, février 1906, pp. 53-62) : Les Collections d'Autographes de M. Eugène Chaper.




Il avait la chance de posséder un exemplaire de la
Chartreuse de Parme de Stendahl, annoté par l'auteur en vue, peut-être, d'une nouvelle publication. Cet exemplaire est actuellement à la Bibliothèque Pierpont Morgan à New-York. Je ne resiste pas au plaisir de reproduire ce qu'il en dit dans sa lettre :

"J'ai un exemplaire de la
Chartreuse de Parme, 2e édition, Paris, Dupont., 1839, interfolié de papier blanc et chargé des notes aut. de l'auteur qui préparait, en 1840 et 1841, à Civita-Vecchia (peu de mois avant sa mort), une nouvelle édition de ce roman, l'un des plus curieux qu'il ait écrits.
Ces notes, écrites en général au crayon et en français, entremêlées parfois d'anglais, d'italien, peu lisibles souvent, m'ont bien des fois amusé.
Certaines sont uniquement des corrections de détail, d'autres annoncent des projets de remaniements complets; l'ouvrage devait être augmenté; un troisième volume devait contenir une suite et une fin nouvelles. Beyle reproche à l'éditeur de l'avoir forcé à brusquer son dénouement qui est, en effet, visiblement tronqué, etc.
D'autres notes fort énigmatiques, comme Stendhal aimait à les faire, n'ont pas trait à l'ouvrage auquel elles sont attachées, mais à des épisodes de sa vie au moment où il écrivait, peut-être à des représentations théâtrales, probablement à des femmes (il était toujours amoureux), etc.
Je ne connais pas de ragoût littéraire qui plaise davantage à mon palais que des pièces semblables ; c'est, à mon gré, un plaisir extrême que de tenir et de parcourir un exemplaire d'un ouvrage de valeur réelle, couvert des notes, des corrections de l'auteur lui-même, jugeant, remaniant son œuvre personnelle et la remettant sur le métier.
Aussi je range cet exemplaire de la
Chartreuse de Parme encore tout plein de la pensée de son original auteur, parmi les curiosités les plus distinguées de ma bibliothèque."

A-t-on mieux dit le plaisir de posséder un ouvrage unique, annoté par l'auteur ? "
Je ne connais pas de ragoût littéraire qui plaise davantage à mon palais que des pièces semblables".


2 commentaires:

Bertrand a dit…

Eugène Chaper possédait également un bel exemplaire relié par Cuzin des Oraisons funèbres de Bossuet en première EO collective in-12 (Paris, Cramoisy), bel exemplaire relié janséniste, impeccable, que j'ai sous les yeux, avec son ex libris.

Bonne soirée,
B.

Bertrand a dit…

édition de 1689... j'avais oublié la date...
B.