dimanche 17 janvier 2010

"Mémoire sur une fièvre putride soporeuse", des docteurs Cabanne et Villars

Je poursuis ma quête d'ouvrages de Dominique Villars, médecin et botaniste haut-alpin (Le Noyer 1745 - Strasbourg 1814). Ma dernière acquisition est une petite plaquette écrite avec le chirurgien en chef de l'hôpital militaire de Grenoble, le docteur Cabanne :
Mémoire sur une fièvre putride soporeuse, Qui a régné à l'Hôpital Militaire de Grenoble, depuis le 10 Ventôse, jusqu'au 10 Germinal suivant; Rédigé par les Officiers de santé de l'Hôpital., publié à Grenoble en l'an V (1797) (pour plus d'informations, cliquez ici)



C'est une étude sur une fièvre qui a touché les militaires de la 158e demi-brigade, arrivés à Grenoble le 10 ventôse an V (28 février 1797) en accompagnant des prisonniers autrichiens. La fièvre a duré jusqu'au 10 germinal an V (30 mars 1797). Elle a touché à peu près 150 soldats, sans compter les malades parmi les prisonniers autrichiens. Ceux-ci venaient d'Italie, capturés lors des guerres d'Italie conduites par Bonaparte. Ce sont eux qui amenèrent la fièvre, qu'ils transmirent aux soldats qui les conduisaient.

La démarche adoptée dans cet ouvrage se rapproche d'une des premières études de Villars :
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Observations de médecine sur une fievre épidémique qui a régné dans le Champsaur & le Valgaudemar en Dauphiné, pendant les années 1779 & 1780, (cliquez ici), ouvrage qui allie l'observation clinique, la description des traitements et la réflexion théorique sur la maladie. Dans le même esprit, on peut aussi citer ces deux ouvrages contemporains :
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Histoire des maladies épidémiques qui ont régné dans la Province de Dauphiné, depuis l'année 1775, du docteur Nicolas. (cliquez ici)
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Epidémie observée [Maladie épidémique observée au Bourg-d'Oysans & à la Grave], par M. Clappier, Grenoble, 1768. (cliquez ici)



La lecture de cette petite plaquette m'a amené 3 réflexions.

La première est plus un clin d'œil par rapport à l'actualité du moment. En effet, les docteurs Cabanne et Villars débutent l'ouvrage par un plaidoyer pro-domo en faveur de l'action des officiers de santé de l'hôpital militaire dans le traitement de cette fièvre, action qui a été critiquée, provoquant une "alarme" parmi la population qui a nécessité l'intervention de l'administration publique. Fustigeant "ces hommes, au moins imprudents, peut-être coupables, qui ont colporté la terreur & abusé de la confiance", ils se défendent devant le public : "Il [le public] pourrait nous dire peut-être : Que faisiez-vous, officiers de santé, au lieu de vous préparer, de vous attirer l'opinion publique ? Nous ne sommes point faits pour mendier la confiance, nous tâchons de la mériter & de la conserver : nous ne sommes pas de vils charlatans pour chercher à éblouir, mais nous avons mieux fait, nous avons agi." Certaine ministre de la Santé n'aurait pas mieux dit à propos de la grippe A.

La deuxième est partie de ce sobre constat des auteurs : "Il en mourut 200 pendant les vingt derniers jours de ventôse, sur 1200 malades vus à l'hôpital ou à la citadelle. Mortalité trop considérable sans doute, mais qui se conçoit d'après l'exposé déjà fait, puisqu'elle ne se porte qu'à un sixième, tandis qu'il meurt un cinquième des malades dans les grands hôpitaux de Lyon, de Paris,&c."

A notre époque de catastrophes humanitaires et d'épidémies, ce fatalisme sur un taux de mortalité considéré comme acceptable, alors que cela serait inacceptable selon nos critères modernes, montre qu'en 200 ans, le prix de la vie humaine a augmenté, quoiqu'on en dise. Le docteur Villars était plutôt un esprit humaniste, dénué de tout cynisme. Et pourtant, cette mortalité n'avait pas l'air de l'émouvoir outre mesure.

La troisième réflexion est probablement due à mon manque de connaissance sur la littérature médicale de la fin du XVIIIe. A la lecture de ce mémoire, comme des autres ouvrages que j'ai cités, j'ai le sentiment que la description des symptômes manquait totalement d'une méthodologie claire. Au lieu de chercher les symptômes communs à tous les malades, ils semblaient se disperser en notant de nombreux faits qui n'étaient probablement pas directement liés à la maladie principale. Ils étaient d'ailleurs extrêmement préoccupés par l'état des urines et des selles. En définitive, le lecture de ces documents ne me semblent pas permettre de faire avancer la connaissance des maladies. Mais, je répète, je ne connais absolument pas cette littérature. Peut-être que tous ces mémoires ont permis, peu à peu, de construire la science médicale et de faire progresser la description et la classification des maladies.

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