samedi 8 juin 2013

Le loup dans les Hautes-Alpes ... et dans les livres

Les Loups ministres de la cholere de Dieu, lesquels ces années passées ne couroient aux chairs humaines, que de l'Embrunois sans endommager les voisins ne l'estranger qui y frequentoit, ne mesme sortir des limites de cette principauté là, commencerent enfin de venir faire leurs courses et leurs ravages dans nos terres, s'en prendre aux Chrestiens Briançonois, qui sont deça le Mont-Genevre, et par ainsi du mesme Diocese. Une jeune fille en Queyrieres fut la premiere qu'ils mirent en pieces et emportarent la nuict sur les marches de l'Embrunois. Un loup fut sinon si apprivoisé. Puisque, lupus cicur fieri non potest, dit sainct Basile, du moins si hardy, que de venir le soir dans sainct Martin Queyrieres, mettre sa teste à la fenestre d'un establat pleine de gens, et puis lutter avec une villageoise, laquelle en estant quelques heures apres sortie pour aller où elle estoit requise en personne, il la saisit, et elle, le Loup, et ne sçeut se defendre si bien, ne le soudain secours, qui à son cry accourut, que cet animal n'emportat partie des fesses par où il l'avoit surprinse.
Ces quelques lignes, parfois obscures, introduisent le chapitre Ravages des loups, d'un ouvrage paru en 1639 :
Essais d'Antoine Froment advocat au Parlement du Dauphiné sur l'incendie de sa patrie, les singularitez des Alpes en la principauté du Briançonois, avec plusieurs autres curieuses remarques sur le passage du Roy aux Italies, ravages des loups, pestes, famines, avalanches, embrasements de plusieurs villages, y survenus de suite.
Grenoble, Pierre Verdier, Imprimeur du Roy, M. DC. XXXIX (1639), in-4°, 300 pp.

Je ne cite pas la suite qui n'est qu'une litanie sur les faits et méfaits du loup, qui se poursuit dans ce style indigeste que j'épargne au lecteur, à l'exception de cette petite notation :
Un autre Loup fut si osé et si delicat, que de venir à plein jour presque au mitan dudit village de Chante-Merle, boire à la barbe de la fontaine parer le groin à la cheute de l'eau et s'en retourner hardiment.
Elle m'a remémoré ces deux photos spectaculaires : un loup au Plan-de-Phazy, près de Guillestre. Ces photos, prises par un agent de l'ONF durant l'hiver 2009, démontrent, s'il en était besoin, que le loup est bien présent dans les Hautes-Alpes.


Artistide Albert a republié ce texte en 1868, avec des notes :


Reproduction de la page de titre de l'édition originale de 1639


A propos des loups, A. Albert précise :
Depuis environ trente années, les loups ont presque complètement disparu du Briançonnais. De temps à autre, on en signale quelques-uns dans le canton de l'Argentière, venus du Champsaur ou du Valgaudemard, par la gorge du Fournel.
Dans toute la littérature ancienne, le loup n'est qu'un animal dangereux, nuisible, qu'il faut chasser et exterminer.

On pourrait trouver de très nombreuses citations sur le loup dans les Hautes-Alpes et dans nos montagnes, mais tel n'est pas mon propos aujourd'hui. Comme vous le savez, le loup est revenu dans les Hautes-Alpes, et plus généralement en France. Cela a donné l'idée à Jean-Michel Bertrand de partir à sa chasse, non pas pour l'exterminer comme aimait le décrire nos anciens, mais pour le débusquer dans sa cache et le filmer. Il nous a déjà donné une très belle évocation de l'aigle dans les Hautes-Alpes, dans le film Vertige d'une rencontre. Il part maintenant à la poursuite du loup et, pour cela, il fait appel à l'aide des internautes pour financer une partie de son film, selon le principe du "Crowdfunding", pour ceux qui aiment les concepts modernes et les mots qui les accompagnent.



Si vous êtes tentés d'aider ce projet, rendez vous sur le site de TousCoprod en suivant ce lien : cliquez-ici. (Attention, il reste 12 jours !) Même si vous ne voulez pas participer, vous pouvez y aller pour voir la belle bande-annonce et quelques actualités sur la poursuite du loup.

Pour terminer ce message, juste un commentaire. Dans les Hautes-Alpes, le sujet du loup est extrêmement émotionnel et, comme l'on dit dans le jargon actuel, très clivant. Autrement dit, il y a ceux qui sont pour et ceux qui sont contre. Le fait qu'aujourd'hui j'apporte ma modeste contribution à la promotion de ce film animalier ne préjuge en rien de ma position, dans cette échiquier politique (parce que, malheureusement, il s'agit aussi de cela) du sujet.

Pour finir sur un animal plus consensuel, ces quelques photos de bouquetins au-dessus de la route du Lautaret. Je les ai prises il y a quelques semaines pendant mes vacances. La chasse photographique du bouquetin est plus paisible que celle du loup !












 

3 commentaires:

Textor a dit…

Brrr On se croirait dans le Gévaudan !

Léo Mabmacien a dit…

Bel article, l'homme en détruisant l'environnement du loup (nourriture, territoire...) a contribué à sa perte... Le loup a vraiment une très mauvaise "image", c'est dommage...

Léo

Bibliothèque dauphinoise a dit…

Pour répondre à Textor, lorsqu'on voit les dégâts des loups dans les troupeaux, on n'est pas loin d'un carnage à la Gévaudan. La seule différence, c'est que nos loups modernes ne s'attaquent plus (pas encore ?) aux hommes.
Par ailleurs, c'est un bel animal, qui reste synonyme d'une certaine liberté.
Jean-Marc