dimanche 8 février 2009

Lesdiguières : dernière saison

Je reprends ce terme désormais familier aux amateurs de séries pour simplement dire qu'avec la description des 3 ouvrages de ce week-end, je clos ma description d'ouvrages sur Lesdiguières.

Pour commencer, c'est le monumental ouvrage du comte Douglas et de Joseph Roman :
Actes et correspondance du connétable de Lesdiguières, publiés sur les manuscrits originaux, Grenoble, 3 volumes, 1878, 1881 et 1884.

C'est un ouvrage de référence, qui a été largement utilisé par Stéphane Gal dans son étude récente sur Lesdiguières. Mais comme chez moi, le bibliophile n'est jamais loin de l'amateur d'histoire, j'ai d'autant plus de plaisir à décrire cet exemplaire qu'il rassemble toutes les qualités du bel objet bibliophilique.

La reliure : demi chagrin à coins, d'exécution impeccable, signée Guétant (à propos, si quelqu'un en sait plus sur ce relieur, je suis intéressé).


La provenance : la bibliothèque de l'érudit dauphinois Pierre Saint-Olive, avec son bel ex-libris (probablement celui que je préfère de tous ceux que je possède).


Il a truffé son exemplaire d'une lettre manuscrite de Lesdiguières et de 3 gravures le représentant :





On en oublierait presque de dire que c'est un bel ouvrage, à la page de titre orné du blason en couleurs et doré de Lesdiguières, imprimé sur un beau papier de Hollande, des papèteries BFK de Rives (cet exemplaire est un des 125 sur Hollande).


Arrêtons- là, cela va rendre certains jaloux. Pour compléter, une petite curiosité : un ouvrage autographié, tiré à 45 exemplaires, donnant le : Catalogue des pièces réunies jusqu'ici (1er septembre 1866) pour servir à la publication des : Documents relatifs à Lesdiguières, entreprise sous les auspices et avec le concours de l'Académie Delphinale. Ce catalogue fait suite à une première tentative avortée de publier la correspondance de Lesdiguières.



Pour finir, le week-end a vraiment été bibliophilique. J'en avais déjà parlé, mais j'ai décrit plus complètement un ouvrage publié à Leipzig en 1724, qui est une entrevue imaginaire au "Royaume des Morts", entre Lesdiguières et César, duc de Vendôme. C'est un ouvrage en allemand, publié par David Fassmann, qui appartient à une série d'entretiens imaginaires parue sous le titre de : Gespräche in dem Reiche derer Todten
Je reproduit la page de titre et la gravure en frontispice. Si un lecteur germanophone peut me lire et me traduire cette page de titre, j'en serai heureux (je n'ai aucune notion d'allemand et Google traduction a tout de même du mal à traduire l'allemand).



Là aussi, ce qui ajoute quelque chose à cet exemplaire, c'est la très belle reliure en plein maroquin rouge, signée par Yseux, successeur de Thierry-Simier et surtout les armes d'Henriette, duchesse de Vendôme, qui ornent les plats.



Ce qui fait la saveur de cette provenance, c'est que je possède un ouvrage dont cette même Henriette, duchesse de Vendôme est l'auteur. C'est : Fleurs des Alpes, publié en 1928 par Gonin, à Lausanne, illustré de 116 aquarelles de la dite princesse. L'exemplaire que je possède contient en plus deux aquarelles originales. Je me fais un plaisir de vous présenter la plus belle.


Cette autre aquarelle représente une Anémone printanière au col du Lautaret avec la Meije dans le fond.


dimanche 1 février 2009

Miscellanées

Je reprends ce terme au charme suranné, à Hugues, du Blog du Bibliophile. Il me ramène à ces revues savantes du XIXe siècle qui avaient toujours une rubrique "Miscellanées", dans laquelle on y trouve ces petites perles d'érudition qui font le bonheur du bibliophilie érudit. Cette courte introduction pour dire que je n'ai décrit aucun ouvrage ce week-end (repos bien mérité après les 11 ouvrages décrits en janvier), mais que je me suis consacré à des sujets divers et variés dont je vais vous entretenir

J'ai enrichi ma description de l'Album du Dauphiné des 4 planches consacrées a la Grande-Chartreuse. Encore une demande d'un lecteur (ils sont insatiables !)





Au passage, j'ai photographié le beau portrait de Lesdiguières par Alexandre Debelle.


Autre divertissement dauphinois, les quelques commentaires que j'ai ajoutés sur la fiche libraire de Bertrand, de "L'amour qui bouquine", sur les Statuts du Dauphiné, de 1508, qu'il a décrit sur son blog :
http://le-bibliomane.blogspot.com/2009/01/fiche-libraire-statuta-delphinatus-ou.html

J'en profite pour donner une reproduction de la page de titre, de l'exemplaire proposé par Teissèdre. Cet ouvrage est indispensable à une Bibliothèque Dauphinoise et je ne l'ai pas. Quand on sait qu'il le propose à 12 000 € (oui je sais, on peut négocier), je crois que je vais lancer un appel aux dons. Je vais instituer le Dauphineton.



Pour finir, une petite histoire savoyarde. Parmi mes ancêtres, j'ai une famille Girard, du Bourget-du-Lac, qui s'est expatriée dans la première moitié du XIXe siècle à Naples, comme papetiers. C'est probablement en lien avec l'industrie papetière présente dans cette commune qu'ils sont partis les représenter à Naples. Un de fils, Joanny Girard, a laissé quelques tableaux, avant d'y mourir à l'âge de 29 ans. Cette famille est revenu à Grenoble, puis Pont-de-Claix, où il existe toujours une rue Antoine Girard, en l'honneur d'un de mes lointains ancêtres qui en avait été maire. Ces montagnards avaient la bougeotte !

Les tableaux du peintre Joanny Girard, dont beaucoup sont des vues de Naples, ont ensuite été dispersés au sein de la famille. C'est comme cela qu'un tableau m'a été donné par une cousine de mon père. Il doit représenter un village de la région de Naples et a dû être peint dans les années 1850/1860. En mauvais état, j'ai eu la chance de trouver une restauratrice de tableaux talentueuse qui lui a donné une nouvelle jeunesse. En particulier, elle a su lui faire retrouver toute sa luminosité. Je ne résiste pas au plaisir de montrer l'état avant et après du tableau qui doit maintenant trouver une place de choix dans ma bibliothèque.



mercredi 28 janvier 2009

Lecteurs

Deux lecteurs de mon site m'ont amené à compléter quelques pages. Je ne ne dirais jamais assez combien les mails de mes lecteurs sont un puissant stimulant pour continuer ce travail. Au passage, pour ceux qui ne l'auraient pas remarqué, je poste mes messages soit le week-end, soit tard le soir. Ce sont les moments que je trouve pour me consacrer à ma passion des livres et des Alpes.

Le premier m'a envoyé une reproduction de la "Carte des Alpes depuis Nice jusqu'au lac de Genève", planche photo-lithographiée au Dépôt de la guerre, qui doit accompagner un ouvrage édité en 1875 par Albert de Rochas d'Aiglun :
La topographie militaire de la frontière des Alpes, par M. de Montannel.
Mon exemplaire ne la contient pas. J'ai complété ma page descriptive avec cette reproduction.


Le deuxième contact, qui était une lectrice, m'a demandé un scan de la petite plaquette :
Harangue de Pons de Gentil au Duc de Mayenne faisant son entrée à Tallard,
ouvrage de 1583, réédité en 1872 par les Trois Bibliophiles Dauphinois.


Là aussi, j'ai complété ma page descriptive avec un lien vers ce scan. C'est un bel exemple d'éloquence du XVIe siècle, en pleine guerre de religion. On y retrouve Lesdiguières, puisque Pons de Gentil remercie le duc de Mayenne qui est venu les délivrer de Lesdiguières qui assiégeait Tallard.

dimanche 25 janvier 2009

Lesdiguières et Henry Gauthier-Villars, dit Willy.

Curieux rapprochement entre ces deux personnalités qui n'ont, apparemment, rien à voir.

Sur le premier, j'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer. Sur le deuxième, célèbre personnalité du Paris de la Belle époque et éphémère mari de Colette, nous verrons plus loin qu'il n'est pas totalement étranger au Champsaur, dont Lesdiguières était originaire et qu'il fit ériger en duché.



Poursuivant mon travail de description des ouvrages sur Lesdiguières, j'ai travaillé ce week-end sur une petite plaquette biographique : Lesdiguières, par Joseph Roman, publiée en 1875. C'est un tiré à part, au tirage de 20 exemplaires, extrait de l'introduction de la publication de la correspondance de Lesdiguières, par Joseph Roman et le comte Douglas. Ce qui fait le prix de l'exemplaire que je décris est que c'est l'exemplaire personnelle de Joseph Roman, dans une reliure demi chagrin à coins, avec le bel ex-libris de l'érudit haut-alpin.


Joseph Roman, qui souvent n'hésite pas à émettre des jugements tranchants, voire partisans, se montre très équilibré dans son appréciation de Lesdiguières. Il sait reconnaître le "singulier mélange de grandes qualités et de grandes faiblesses", même s'il finit par conclure que c'est "une personnalité brillante, mais non pas un noble caractère". Probablement marqué par la vague de patriotisme qui a suivi la défaite devant l'Allemagne en 1870 (ce texte est daté de 1875), il met à son crédit qu'il "se distingua de ses contemporains par un véritable amour pour la France et pour le roi Henri IV." Cette fidélité est une des qualités qui a toujours été reconnue à Lesdiguières.


Pour passer à Henry Gauthier-Villars, dit Willy, je prépare une synthèse sur l'ascendance haut-alpine du personnage. On sait qu'il descend de Dominique Villars, le célèbre botaniste du Noyer. Ce que l'on sait moins est qu'il descend d'un autre Dominique Gauthier, du même village du Noyer, dont les frères, un fils et un petit-fils ont fait souche à Lons-le-Saunier comme imprimeurs et libraires. Je reviendrai sur l'histoire de cette famille, dont la renommée a pris une dimension nationale grâce à Jean-Albert Gauthier-Villars (1828-1898), le fondateur des éditions du même nom et père du fameux Willy. Cette semaine, j'ai acheté une petite plaquette qui célèbre le centenaire de cette maison d'édition spécialisée dans les ouvrages scientifiques et mathématiques.


Et le lien avec Lesdiguières, me direz-vous ? Le Noyer est une village du Champsaur proche de Saint-Bonnet, bourg natal de Lesdiguières, et mitoyen avec Le Glaizil où se trouve le château des Diguières. L'autre lien est que je me suis simultanément intéressé à ces deux personnalités.

dimanche 18 janvier 2009

Publications lesdiguièrennes

Je ne sais pas si l'adjectif lesdiguièren existe. Si non, je l'invente pour qualifier mon activité de ce week-end. Pour compléter le travail des semaines précédentes, j'ai décris 5 plaquettes, d'intérêt divers, qui concernent toutes Lesdiguières.

Les deux plus intéressantes sont consacrées à Marie Vignon. Epouse d'Ennemond Matel, marchand de soie à Grenoble, Marie Vignon devient la maitresse de Lesdiguières, à qui elle donne deux filles : Françoise, née vers 1604, et Catherine, née vers 1606. Devenu veuf, Lesdiguières l'épouse en 1617 après l'assassinat aussi mystérieux qu'opportun de son premier mari Ennemond Matel :


J.-J.-A. Pilot de Thorey : Recherches sur Marie Vignon. Femme en premières noces d'Ennemond Matel, marchand de soie de Grenoble, titrée dame de Moirans et marquise de Treffort, femme en secondes noces du Connétable de Lesdiguières, Grenoble, 1887.


Joseph Roman : Dernières années de Marie Vignon, veuve du connétable de Lesdiguières, Grenoble, 1893.


On ne dira jamais combien ces petites études sont indispensables à l'histoire. Sur Marie Vignon, sujet certes mineur, c'est encore quasiment tout ce que l'on sait d'elle. C'est l'intérêt de ces études, mais aussi leur faiblesse. Les inévitables erreurs qu'elles contiennent sont ensuite répétées et reproduites à l'infini, jusqu'à ce qu'une nouvelle étude vienne les corriger. Mais qui voudra s'intéresser aujourd'hui à Marie Vignon ? Peut-être qu'un jour, quelqu'un se penchera de nouveau sur le destin de cette femme, mais j'en doute beaucoup.

Rapidement, les trois autres ouvrages sont plus anecdotiques :

Joseph Roman : Deux pseudonymes de Lesdiguières, Grenoble, 1912.
Général Joseph Revol : Lesdiguières. Essai de psychologie militaire, Paris, 1949.
Lucien Charbonnel : Lesdiguières et les guerres de religion dans le Haut-Dauphiné, thèse présentée devant la Faculté de théologie protestante de Montauban, en 1905. Elle conclut que les guerres de religion ont été un mal nécessaire qui a permis de maintenir la Réforme en France.

Pour finir, la belle photo du mausolée de Lesdiguières, sculpté par Jacob Richier, actuellement conservé au Musée départemental de Gap.

dimanche 11 janvier 2009

Lesdiguières, suite

Après la biographie d'Emile Escallier, revenons à un ouvrage plus ancien, publié en 1802 :
Histoire abrégée de la vie de François de Bonne, duc de Lesdiguières, pair et dernier connétable de France, Grenoble, Imprimerie David, An X (1802).




C'est un abrégé de l'histoire de Lesdiguières de Louis Videl (voir un des messages précédents), par Jean-Claude Martin. Cet ouvrage rare ne nous apprend rien sur Lesdiguières, mais est intéressant à titre historique. On y trouve cette glorification des grands hommes du Dauphiné après la Révolution, comme ciment de la création d'une identité dauphinoise au moment même où les particularités du Dauphiné étaient en cours d'absorption dans la réorganisation administrative de la Révolution et de l'Empire.

C'est presque une édition populaire, avec sa gravure représentant Lesdiguières de façon presque naïve et dans tous les cas grossière.


Pour finir, je pense à ce pauvre Jean Claude Martin
(1766-1847), ecclésiastique et érudit qui n'a laissé de lui qu'un piètre souvenir. Deux jugements par deux érudits du Dauphiné; d'abord Adolphe Rochas, puis Alfred de Terrebasse :

Adolphe Rochas : "de toutes ses élucubrations, il n'a fait imprimer qu'un petit nombre de brochures peu estimées, et n'offrant de l'intérêt que dans les interminables notes, résultat indigeste de ses grandes lectures, dont il les a farcies". Et pour enfoncer le clou : "malgré le peu de succès de ses écrits, ce bon et excellent homme se croyait sérieusement archéologue de première force".

Alfred de Terrebasse : "M. Jean-Claude Martin, recteur de la paroisse de Clansayes, était connu pour un de ces collecteurs naïfs dont les ouvrages se recommandent plus par les documents qu'ils exhument, que par ce qu'ils savent y ajouter de leur chef."

mercredi 7 janvier 2009

Suite sur Lesdiguières

Une rapide description ce soir, l'ouvrage de synthèse d'Emile Escallier :
Lesdiguières, dernier connétable de France, publié à Lyon, chez Lardanchet en 1946.