dimanche 21 novembre 2010

Une petite leçon de bibliophilie

Ce vendredi a été l'occasion du pèlerinage annuel à Grenoble pour le Salon du livre de régionalisme alpin, le 19e du nom. J'ai ramené dans ma besace un bel exemplaire d'un petit travail d'érudition locale, d'Alfred de Rochas :
Documents inédits relatifs à l'histoire et à la topographie militaire des Alpes. La campagne de 1692 dans le Haut Dauphiné.
Paris, Réunion des officiers; Grenoble, Maisonville et Jourdan, 1874

Pour plus d'informations sur cet ouvrage, cliquez-ici.

Il s'agit d'un épisode de la guerre de la Ligue de Augsbourg (1688-1697), qui s'est déroulé en 1692 dans le Dauphiné, essentiellement dans la partie correspondant actuellement aux Hautes-Alpes. Lors de cette campagne conduite par le duc de Savoie lui-même, Victor-Amédée II, et sous le commandement du prince Eugène de Savoie, plusieurs places du Haut-Dauphiné furent assiégées (Guillestre, Embrun) et une partie de la région fut dévastée par les troupe du prince de Savoie (Gapençais, Champsaur). Le maréchal Catinat, alors commandant en chef des troupes françaises, réussit à contenir l'invasion et à éviter la prise de Briançon.

C'est à la suite de cette campagne de 1692 qu'intervint Vauban dans cette région des Alpes. En effet, celle-ci montra la faiblesse du système défensif français sur la frontière des Alpes. On lui doit donc l'amélioration des fortifications de Briançon, qui a alors pris son aspect actuel, et la création de la place forte de Mont-Dauphin, près de Guillestre, qui permet de commander et surveiller toute la vallée de la Durance, point faible lors de la campagne de 1692.


La place forte de Mont-Dauphin, vue par E. Whymper (1872)

C'est lors de cette même campagne que se situe l'épisode de Philis de la Charce, héroïne dauphinoise qui aurait arrêté les troupes du duc de Savoie au col de Cabre. L'importance, voire la réalité de son acte de bravoure font encore l'objet de discussion.

Ce recueil de documents est précédé d'un
Précis de la campagne de 1692 dans le haut Dauphiné, par Albert de Rochas. C'est un extrait du Bulletin de la Société de statistique de l'Isère, dont il a été tiré à 100 exemplaires, dont quelques exemplaires sur Hollande comme celui-ci. Albert de Rochas a probablement obtenu (peut-être financé) un tirage à part de son travail, avec quelques exemplaires sur papier de Hollande à distribuer à ses amis. C'était chose courante à l'époque, ce qui nous vaut ces beaux exemplaires, à côté de plaquettes plus communes dans leur présentation (je ne parle même pas de la conservation).

La lecture de cet ouvrage m'a remis en mémoire une brochure que j'ai achetée il y a plus de 10 ans à Grenoble :
L'invasion du Dauphiné en 1692, par Paul Thomé de Maisonneufve, Grenoble, 1929.
Cette étude est la plus complète à ma connaissance sur cet épisode important pour la région.


Pour plus d'informations sur cet ouvrage, cliquez-ici.

Pour revenir à l'ouvrage d'Albert de Rochas, cet exemplaire est, me semble-t-il, une bonne illustration de ce qu'est la bibliophilie pour ceux qui auraient du mal à comprendre de quoi il s'agit. C'est pourtant simple. J'avais acheté il y a plus de 10 ans un des 100 exemplaires de cette plaquette sur papier ordinaire (je débutais...). La description fidèle de l'état est : couvertures déchirées et détachées, cahiers décousus, papier cassant, pages froissées et déchirées

Aujourd’hui, l'exemplaire que j'ai acheté est imprimé sur un beau papier de Hollande et il est relié de façon soignée.
C'est toute la différence, différence qui ne se retrouve pas dans l'écart de prix entre les deux exemplaires. Je crois que comprendre la bibliophilie est chose simple lorsque on met côte à côte ces deux exemplaires.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour Jean-Marc,
Fidèle lectrice de votre blog,je fais appel à vous pour "valider" une légende faisant état du passage du Maréchal Catinat,au Villard-Trottier,hameau de Saint-Bonnet-en-Champsaur;le Maréchal aurait demandé,à une femme occupée à la fontaine du hameau,de lui verser à boire dans son chapeau.
Peut-être,trouverez-vous quelques éléments authentifiant ce fait;cette fontaine se trouve près de la maison de mes aïeux !Elle s'appelle d'ailleurs "La Fontaine Catinat".
Christine

Jean-Marc a dit…

Bonsoir

Spontanément, je ne me souviens pas d'avoir déjà vu cette anecdote dans les quelques ouvrages que j'ai lu sur le sujet. Je vais rechercher.

Jean-Marc

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Belle, courte et efficace démonstration de bibliophilie.