dimanche 18 juillet 2010

Guide du Haut-Dauphiné, 1887 : l'ancêtre des topo-guides

En 1887, trois pionniers de la découverte et de l'exploration des Alpes dauphinoises, W. A. B Coolidge, Félix Perrin et Henry Duhamel conjuguent leurs efforts pour publier le premier guide d'excursions et d'ascensions du Haut-Dauphiné (massifs des Ecrins, des Rousses, des Aiguilles d'Arves et autres massifs voisins) : Guide du Haut-Dauphiné.


Ce guide se présente sous une relieur d'éditeur, en toile cirée, avec rabat et pochettes intérieures, qui en faisait un ouvrage facile et pratique à emporter avec soi en excursion. C'est dire la difficulté de trouver des exemplaires en bon état, alors que par nature, ils étaient destinés à affronter l'environnement hostile d'un sac à dos et les manipulations en pleine montagne.


Ce guide est organisé par itinéraires. C'est l'ancêtre des topo-guide actuels. Il contient en particulier une carte, établie par Henry Duhamel, qui précise la topographie et la toponymie des massifs. C'était encore un sujet de discussions et de débats, la connaissance des massifs n'étant pas encore complète.


L'extrait suivant est une illustration de la méthode des auteurs dans la description des itinéraires :

Un des intérêts de cet ouvrage est le nombre et la qualité des références bibliographiques pour tous les itinéraires décrits. Cela doit permettre, le cas échéant, de rassembler les éléments d'une histoire de l'exploration et de la découverte des massifs des Alpes dauphinoises.

Un Supplément est publié en 1890 :


L'exemplaire présenté est l'exemplaire personnel d'un des trois auteurs, Félix Perrin avec son ex-libris.



Avec un tel guide dans la poche, il ne nous reste plus qu'à partir en vacances à l'exploration de ces massifs, suivant les traces de nos glorieux devanciers.

lundi 12 juillet 2010

Peaks, Passes and Glaciers. 1862 : un incunable de l'âge d'or de l'alpinisme.

L'Alpine Club, le premier club alpin au monde, a été fondé en Angleterre en décembre 1857. En 1859, sous la présidence de John Ball, il édite un recueil d'articles : Peaks, passes, and glaciers : A series of excursions by members of the Alpine club, Longman, Green, Longman, and Roberts, 1859 (voir ici).


Devant le succès rencontré, l'Alpine Clubs, alors présidé par Edward Shirley Kennedy, édite un deuxième recueil en 1862, en 2 volumes : Peaks, Passes, and Glaciers; being Excursions by Members of the Alpine Club. Second series.



(Pour plus d'informations, cliquez-ici)

Cet ouvrage se présente comme un recueil de 32 articles, répartis en 15 chapitres. Quelques exemples de chapitres pour donner un aperçu des centres d'intérêt de ces gentlemen alpinistes anglais (23) qui partaient à la découverte de la montagne.
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A tour in Iceland in the summer 1861.
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The Ober-Engadin.
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The Chamounix District.
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The High-Level Glacier Route from Chamounix to Zermatt.
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The Peaks, Passes and Glaciers of the Monte Rosa Chain.
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The Pyrénées.
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The Glaciers of Norway.
etc. etc.

Ce sont deux chapitres qui ont particulièrement retenu mon attention. Le premier,
The Cottian Alps, est le récit par William Mathews de l'exploration puis de la première ascension le 30 août 1861, du Mont-Viso, en Italie, à la lisière du Dauphiné.
Monte Viso from the N., from Taylor and Nodier and original sketches


Mais c'est surtout le chapitre Excursions in Dauphiné qui est un extraordinaire recueil de 4 articles, précédés d'une introduction, qui décrivent les premières explorations des Alpes dauphinoises, ce qu'on appelle aujourd'hui le massif des Ecrins ou l'Oisans. Pourquoi extraordinaire ? Parce que l'on croit lire des récits d'explorations par d'intrépides aventuriers au fin fond de la jungle, à la rencontre de paysages et d'hommes inconnus. Et pourtant, on n'est qu'à quelques dizaines de kilomètres de Grenoble. Preuve s'il en est que la montagne était encore un territoire à découvrir. Il faut lire les savantes dissertations sur la topographie du massif pour se rendre compte combien une simple description des principaux sommets était encore un travail difficile. Autre intérêt, la rencontre de ces Anglais bien élevés, déjà habitués au confort victorien, qui se confrontent aux auberges dauphinoises, dont la saleté devient légendaire. Ne parlons pas des échanges parfois difficiles avec les habitants du cru. Certains se font même qualifiés d'escrocs (les Rodier à La Bérarde), parce qu'en bons Dauphinois, ils se montrent assez près de leurs sous, voire légèrement intéressés. Malgré cela, les 4 auteurs se montrent émerveillés par la beauté et la sauvagerie des paysages. Même s'ils n'échappent pas au lieu commun de les comparer à la Suisse, on sent une vraie fascination pour ce pays âpre, secret et sauvage.

Ces 4 articles sont :
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The passage of the Col de la Tempe, from the valley of La Bérarde to the Val Louise; and of the Col de l'Echauda, from Val Louise to Le Monétier, par R. C. Nichols, F.S.A.
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The Val de St. Christophe and the Col de Sais, par le Rev. T. G. Bonney, M.A., F.G.S.
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A sketch of the passage of the Col de la Selle from La Grave to St. Christophe, par F. Elliot Blackstone, B.C.L, F.R.G.S.
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The ascent of Mont Pelvoux, par Edward Whymper.
Ce sont des récits d'excursions et d'ascensions tous situés entre 1855 et 1860.

Autre intérêt de ces 4 textes, ils sont accompagnés d'une riche iconographie : 14 gravures sur bois dont certaines sont parmi les premières représentations des sommets et des paysages de la région. N'oublions pas que nous sommes déjà en 1862 et que l'on a déjà dessiné et représenté des paysages des antipodes, du fin fond de l'Afrique.


Col de Sais, and glacier of Condamine. (Glacier de la Pilatte)

Pinnacles of Mont Pelvoux, from the Glacier Noir.


Glaciers of the valley of Aléfroide. (Le Glacier Noir et le Glacier Blanc)


La Bérarde

The mountains of St. ChristopheI (La Tête des Fétoules)


L'Aléfroide (Pic sans Nom)


Aiguille du Midi de la Grave. (La Meije)


Mont Pelvoux from above La Bessée

Mont Pelvoux from the vallon d'Alfred. (Ailefroide)


L'ouvrage a paru dans un cartonnage d'éditeur, mais cet exemplaire a ensuite été relié.



Il provient de la bibliothèque d'un professeur de Cambridge, le Reverend Alfred Valentine Valentine-Richards (1866-1933), membre de l'Alpine Club. Son bel ex-libris est un hommage à la montagne :


La devise :
Levavi Oculos Meos in Montes est extraite du Psaume 121 : "J'ai levé mes yeux vers les montagnes", qui se poursuit par : "d'où me viendra le secours ?". Belle devise pour un amoureux de la montagne !

samedi 3 juillet 2010

Une belle plaquette publicitaire : La Route des Alpes. 1912.

Une collection thématique peut s'enrichir de tous types d'ouvrage. Aujourd'hui je vous présente une belle plaquette publicitaire de 1912, éditée par les Automobiles Berliet, de Lyon, pour vanter les mérites de ses châssis. Quel est donc le lien avec les Alpes et le Dauphiné ? Tout simplement que, pendant la saison de mai à octobre 1911, des automobiles Berliet ont assuré un service régulier sur la route des Alpes, qui va de Nice à Thonon. Le but était de démontrer la fiabilité et la robustesse des châssis.


En 1912, les automobiles Berliet publient cette plaquette pour être distribuée à ses clients par l'entremise de ses agents (la page de garde porte le cachet gras d'un agent Berliet de Clermont-Ferrand). Ils font appel aux talents d'un célèbre imprimeur publicitaire de l'époque, les frères Draeger, de Paris. Le texte d'introduction, tout à la gloire de la montagne, texte de commande, est signé d'une plume prestigieuse de l'époque, J. H. Rosny Aîné. Il est illustré de nombreuses photographies en noir et blanc. Cette reproduction de la première page met bien en valeur la qualité de la typographie et de la composition. Le bandeau, qui court sur toutes les pages, est une composition typographique reprenant "Automobiles Berlet" dans un style très Art nouveau.


Ce qui fait le prix de cette plaquette est aussi les 3 planches en couleurs, reproductions de dessins (pastels) ? de Jeanès représentant : une route de montagne, le Mont Blanc et le massif de la Meije depuis le Galibier, selon un point de vue assez inhabituel (reproduit ci-dessous).


La marque des frères Draeger en quatrième de couverture.

Sur cette célèbre firme, voir la notice Wikipédia : Draeger.

D'autres images de la Meije : Les images anciennes de la Meije

dimanche 20 juin 2010

Une reliure signée Trautz-Bauzonnet

En 1829, le libraire E. Prudhomme avait fait paraître un recueil :
Poésies en langage patois du Dauphiné, Grenoble, Prudhomme, 1829, qui contenait trois pièces majeurs en "patois" de Grenoble :

- Grenoblo malhérou, de Blanc La Goutte.
- Dialoguo de le quatro commare, de Blanc la Goutte.
- Monologue de Janin, de Jean Millet.

En 1840, Paul Colomb de Batines publie les trois textes de l'édition de 1829, avec une préface, dans une nouvelle édition : Poésies en patois du Dauphiné. Edition publiée par Colomb de Batines, Grenoble, Prudhomme, 1840.

En 1859, le libraire Alphonse Merle reprend les 3 textes des éditions de 1829 et 1840, en les complétant de quelques textes supplémentaires en "patois" du Dauphiné et une relation, en français, des inondations de l'Isère le 2 novembre 1859 :
Poésies en patois du Dauphiné. Deuxième édition revue et augmentée.
(voir une notice détaillée en cliquant-ici).


L'attribution fréquente de cette seconde édition à P. Colomb de Batines est une erreur car, à cette date, il était décédé, erreur due à la reprise dans cette édition de la préface de Paul Colomb de Batines de l'édition de 1840.

C'est un exemplaire relié par Trautz-Bauzonnet qui vient de rejoindre ma bibliothèque :


Dilemme

Je possédais déjà un exemplaire broché de cet ouvrage. En toute logique, il devrait être relégué au second rayon, voire revendu, tant un exemplaire relié par Trautz-Bauzonnet ne peut que prendre le pas sur un exemplaire broché. Malheureusement, les couvertures n'ont pas été conservées. Et pourtant, elles sont belles, représentatives de l'art typographique de l'époque. Je vous laisse admirer la belle composition des deux couvertures, le bel encadrement du titre, lui même décliné selon une grande variété de polices de caractères. J'ai un prédilection particulière pour ces travaux typographiques :



Autre attrait de cet exemplaire broché, il contient encore le catalogue de la librairie Alphonse Merle de Grenoble ajouté en fin de volume.

En définitive, il n'y a pas de dilemme, je garde les deux !


Billet d'humeur

J'ai acheté cet exemplaire dans une vente aux enchères récente. La description du lot par l'expert était : "Demi maroquin saumon, dos à nerfs orné, tête dorée. Superbe exemplaire, finement relié par Trautz". On peut discuter la couleur, qui me semble plus havane que saumon. On peut discuter la qualification de "superbe exemplaire", alors que je l'aurai plutôt qualifié de "bel exemplaire". En revanche, on ne peut que constater que le dos n'est absolument par orné, sauf à dire que le titre doré est un ornement. Ou alors, il faudrait dire que le dos et les nerfs sont ornés ... d'épidermures ! (voir le détail sur la photo ci-dessous).


Sur Bauzonnet, je vous renvoie à ce message : Une reliure de Bauzonnet ?
Sur l'édition de 1829 des Poésies en langage patois du Dauphiné, voir ce message en cliquant-ici.

dimanche 6 juin 2010

Une collection de livres sur le concile d'Embrun (1727)

Un achat récent lors d'une vente aux enchères m'a inspiré ce billet. Année après année, je rassemble tous les ouvrages que je trouve sur le concile d'Embrun. Quel rapport avec le Dauphiné ? Comme chacun sait, Embrun est une ville des Hautes-Alpes (un des 3 départements constituant l'ancien Dauphiné), qui a été jusqu'en 1789 un archevêché dont le périmètre couvrait les Hautes-Alpes et une bonne partie des Alpes du Sud.

Un petit aperçu de ma collection d'ouvrages sur le concile d'Embrun :


En 1726, Jean Soanen est évêque de Senez (Alpes-de-Hautes-Provence), dépendant de l'archevêque d'Embrun, Pierre de Tencin. Depuis longtemps favorable aux thèses jansénistes, il publie une
Instruction pastorale ouvertement janséniste. L'ambitieux archevêque d'Embrun prend prétexte de cette Instruction pour convoquer un concile à Embrun afin de juger l'évêque dissident.

Le concile a lieu à l'été 1727 et se termine en septembre 1727 par la condamnation de l'évêque de Senez à l'exil. Il est assigné à résidence à La Chaise-Dieu, où il est mort le 25 décembre 1740, âgé de 93 ans.

Ce concile a souvent été considéré comme une opération plus politique que religieuse. Jean Soanen avait alors 80 ans et son
Instruction ne méritait probablement pas un tel déploiement de force. Mais l'archevêque Pierre de Tencin était ambitieux. Il espérait le cardinalat et un archevêché de plus d'ampleur qu'Embrun. Il souhaitait obtenir les bonnes grâces de Fleury. Il était secondé dans ses entreprises, d'aucuns diraient ses intrigues, par sa sœur Mme de Tencin. Tout cela fait que ce concile est parfois appelé le brigandage d'Embrun.

Les actes du concile ont été publiés dès 1728 chez Pierre Faure à Grenoble, avec un beau titre en noir et rouge :
Concilium Provinciale Ebreduni Habitum.


Après cette condamnation, tout ce que la France comptait de jansénistes a pris la plume pour défendre l'évêque Jean Soanen et donner sa propre version du concile d'Embrun. François de Montauzan a donné un
Journal historique du Concile, sous forme d'un recueil anonyme de lettres envoyées pendant le concile.


Jean-Baptiste Cadry a publié anonymement une
Histoire de la condamnation de M. l'Evêque de Senez, par les Prelats assemblez à Ambrun.

Mais ce sont surtout de très nombreux libelles qui ont été publiés. Ce sont deux recueils de ces libelles, constitués aux XVIIIe siècle, qui ont rejoint ma bibliothèque. Le premier débute par une
Consultation de Messieurs les Avocats du Parlement de Paris, au sujet du jugement rendu à Ambrun, contre Mr. l'Evêque de Senez. Il contient ensuite une succession de factums pour faire suite à cette Consultation.

Le deuxième recueil, que je viens d'acquérir dans une vente qui comprenait de nombreux ouvrages sur le jansénisme, débute par l'
Instruction pastorale qui a servi de déclenchement à toute cette affaire.


Ce Concile est, malgré tout, assez anecdotique dans l'histoire du jansénisme en France, probablement parce qu'il est plus le fruit d'une ambition personnelle que d'un vrai conflit idéologique. A notre connaissance, il n'y a eu qu'une seule étude sur le sujet, par l'abbé Jean Carreyre en 1929.


Jean Sareil, dans son étude sur les Tencin, consacre un chapitre à ce concile.


En définitive, est-ce que ce concile a été au moins favorable à Pierre de Tencin ? Visiblement non. Il doit attendre 1739 pour être nommé Cardinal et 1740 pour être mis sur le siège de l'archevêché de Lyon. Il devient primat des Gaules. Ses éventuelles ambitions politiques n'ont pas abouties. Il meurt à Lyon en 1758.

Quant à Jean Soanen, il a continué à intéresser le petit monde des jansénistes. En 1750, Jean Baptiste Gaultier fait paraître
La vie de Messire Jean Soanen, évêque de Senez. C'est plus une hagiographie qu'une biographie. L'auteur ne cache pas ses sentiments jansénistes. Il attaque très durement le "brigandage" d'Embrun et met en valeur la résistance de certaines des ouailles de Mgr Soanen après sa condamnation. L'ouvrage se termine par deux importants chapitres contenant la description des différents miracles dont il est l'auteur. Selon Quérard : "On trouve dans cette vie une histoire très-curieuse sur le secret de la transmutation des métaux." Le frontispice est un beau portrait gravé de Jean Soanen.

Pour aller plus loin, quelques liens Wikipédia :
Jean Soanen
Pierre de Tencin

dimanche 30 mai 2010

Le libraire Carilian-Gœury. Rangement de bibliothèque.

Les amateurs d'ouvrage techniques, en particulier sur les routes, les ouvrages d'art ou les chemins de fer, connaissent le libraire Carilian-Gœury qui fut actif à Paris de 1821 à 1854. A partir de 1839, son nom est associé à Victor Dalmont. Ce même libraire a aussi publié les premiers ouvrages d'Auguste Comte et de Frédéric Le Play ou la Théorie mathématique des effets du jeu de billard du célèbre mathématicien Coriolis.

Pourquoi s'intéresser aujourd'hui au libraire Carilian-Gœury ? Parce qu'il appartient à cette importante corporation de libraires briançonnais qui a essaimé à travers toute l'Europe. J'ai eu l'occasion de parler des libraires briançonnais qui ont dominé la librairie portugais, et plus précisément lisboète, à partir du XVIIIe siècle (cliquez-ici). Autre personnalité de la libraire parisienne tout droit venue du Briançonnais, Louis Fantin (voir la page que je lui consacre : cliquez-ici). C'est ce même Louis Fantin qui reçoit dans sa librairie parisienne un jeune apprenti de 14 ans et demi, Michel Antoine Carilian, né à Bousson, un hameau de la commune de Cézanne (Cesana Torinese, dans la province de Turin), sur le revers italien du col de Montgénèvre. Jusqu'au traité d'Utrecht en 1713, ces vallées appartenaient au Briançonnais, et donc à la France. C'est pour cela qu'elles sont parfois appelées les vallées cédées. Les populations ont longtemps maintenu le lien avec la France, en particulier en usant de la langue française, plutôt que l'italien.

Après avoir épousé la fille du libraire Jean-Louis Gœury, il prend sa suite et édite de nombreux ouvrages sous la marque Carilian-Gœury. Après le décès de sa femme, il s'adjoint les services de Victor Dalmont, dont le nom est désormais associé dans la marque : Carilian-Gœury et V. Dalmont. Pour plus de détails, je renvoie à la page que je consacre à ce libraire (cliquez-ici). Pour illustrer, 3 pages de titres d'ouvrages qu'il a édités, directement en lien avec le Dauphiné.

Etude sur les torrents des Hautes-Alpes, A. Surell, 1841


Exposé d'un nouveau système de défense contre les cours d'eau torrentiels des Alpes, S. Gras, 1850


Etudes sur les torrents des Alpes, S. Gras, 1857


Sans transition, j'ai fini de ranger ma bibliothèque. Ce qui explique probablement la baisse de rythme de mes publications.


Une vue avant :

Une vue après :


Cela paraît peut-être seulement un peu mieux rangé, mais le travail effectué est beaucoup plus important. Tous les livres que l'on voit ici concerne les Hautes-Alpes, le Dauphiné et la montagne. Pour le rangement, j'ai opté pour un classement par condition du livre. J'ai regroupé les livres reliés, en distinguant les belles reliures des reliures plus communes. Ensuite, c'est le format qui m'a guidé. Pour les autres livres, j'ai fait un mélange très personnel entre style du livre (histoire, documentation, bibliographie, montagne), condition du livre (broché, reliure modeste), etc. Enfin, j'en ai profité pour référencer l'emplacement de tous les livres, en numérotant les étagères et en reportant ce numéro en face du titre dans un fichier répertoire sous Word. Ainsi, je pourrais circonscrire mes recherches. Cela m'évitera quelques énervements, lorsque je ne retrouve pas un livre. Au bout du compte, ce sont près de 1500 ouvrages que j'ai dû répertorier. En plus, cela a été l'occasion de faire la poussière dans les recoins. C'est inimaginable la quantité de poussière qui se niche dans les livres.

dimanche 9 mai 2010

Considerations sur le dépeçage des livres

Je viens d'acquérir une petite plaquette chez un libraire parisien bien connu :
Lettre à M. Gautier, conseiller de préfecture des Hautes-Alpes, sur les antiquités de Gap, de 1837, par Pierquin de Gembloux, un célèbre polygraphe : "Sa bibliographie forme à elle seule un magnifique poème où se mêlent, s’affrontent et se complètent l’histoire, l’archéologie, la numismatique, la philologie, la pédagogie, la médecine, l’hygiène, la poésie."


Elle n'a pas de couverture. Elle est protégée par un papier de reliure moderne comme une chemise. En l'étudiant attentivement, on voit qu'elle est rognée et, malgré sa minceur (32 pages !), on distingue une marbrure de qualité sur les 3 tranches. Très clairement, elle est extraite d'un ouvrage relié, autrement dit, c'est le résultat du dépeçage d'un exemplaire dont on peut penser, à la seule vue de la marbrure des tranches, que la reliure était un travail soigné.

Lors de mes recherches sur cet ouvrage, je suis tombé sur le catalogue d'une vente aux enchères de 2006 dans laquelle été proposé un lot ainsi décrit : Pierquin de Gembloux. Recueil de 29 ouvrages reliés en 1 volume in-8, demi-veau rouge, dos orné de filets dorés et de fleurons à froid. (Laurenchet).

A ce moment-là, un doute s'est insinué en moi. Est-ce que ma petite acquisition ne serait pas le résultat du dépeçage de cet ouvrage ?

Je n'ai évidemment aucune preuve et je n'incrimine évidemment pas le libraire qui me l'a vendu. Je ne peux néanmoins pas m'empêcher de penser que, par simple appât du gain, un ouvrage a été dépecé. S'il s'agit de l'exemplaire de la vente ci-dessus, on imagine bien qu'il est beaucoup plus difficile de vendre une réunion de 29 ouvrages dont les sujets très variés sont susceptibles d'intéresser beaucoup de personnes, mais dont la réunion, à un prix probablement élevé (je n'ai pas trouvé le résultat de la vente), le rendait difficilement vendable. Débité en "petits morceaux", chacun peut y trouver son compte, comme moi-même qui recherchait cette plaquette depuis des années. Je suis d'ailleurs un peu complice de ce crime bibliophilique (à ma décharge, je l'ai acheté par correspondance et malheureusement, aucun libraire n'indique ce type de condition).

Ma dernière pensée va à l'amateur qui avait patiemment rassemblé ces 29 ouvrages, avant de les faire relier par un grand relieur. Son travail patient est maintenant dispersé de la façon la plus triste.

Pour ceux que cela intéresse, la liste des 29 titres, qui donnent un bon aperçu du talent polygraphe de Pierquin de Gembloux :

1 – Histoire littéraire philologique et bibliographique des patois. Paris, Techner et Berlin, Brockaus et Avenarus, 1841. 2 ff., XL pp., 339 pp., (1 p.)

2 – Lettre au général Bory de Saint-Vincent sur l’unité de l’espèce humaine. Bourges, Imprimerie de P-A. Manceron, 1840. 2 ff., 51 pp.

3 – Lettre à Monsieur Auguste Le Prévost sur l’Y. Bourges, Imprimerie de P-A. Manceron, 1841. 23 pp.

4 – Lettre à Mgr l’Evêque de Nevers sur un Musée catholique du Nivernais. Nevers, Duclos, s.d. 34 pp.

5 – Histoire de La Châtre. Bourges, P-A. Manceron, 1840. 1 f., 47 pp.

6 – Lettre à M. de la Tremblais, sur l’histoire de La Motte-Feuilly. Nevers, Duclos, 1839. 1 f., 13 pp.

7 – Réflexions sur le sommeil des plantes. Paris, Bechet, 1839. 16 pp.

8 – Poêmes et poésies. Bruxelles, H. Tarlier, 1829. 1 f., pp. 47 à 78. Contient Le livre des Saints, poème didactique, la Bible, l’Evangile et Le Château du Diable.

9 – Lettre à Monsieur Cournot sur les différents noms donnés à la rivière Isère. s.l.n.d. 8 pp.

10 – Lettre à Monsieur Raynal sur une inscription grecque inédite trouvée à Marseille. s.l.n.d. 8pp.

11 – Lettre à Monsieur Raoul-Rochette sur les aivalines. Bourges, Imprimerie P-A. Manceron, 1842. 12 pp.

12 – Lettre à Monsieur J-B. Bouillet sur une inscription chrétienne, regardée comme un monogramme du Christ. Bourges, Imprimerie P-A. Manceron, 1840. 11 pp.

13 – Lettre à M. Dupin sur l’histoire de Nevers avant la domination romaine. Nevers, Duclos, 1839. 1 f., 34 pp.

14 – Lettre à M. Laureau de Thory sur le mont Beuvraich. Nevers, Duclos, 1838. 23 pp.

15 – Lettre à M. de Varannes sur les antiquités d’Autun. Bourges, P-A. Manceron, 1840. 1 f., 23 pp.

16 –Lettre à M. Matter sur les antiquités de Grenoble. Grenoble, Chez Baratier Frères et Fils, 1836. 32 pp.

17 – Lettre à Monsieur Gautier sur les antiquités de Gap. Grenoble, Barnel, 1837. 32 pp.

18 – Lettre à M. Viguier sur le poisson Dieu des premiers chrétiens à propos d’une inscription grecque inédite trouvée près d’Autun. Bourges, Manceron, 1840. 1 f. 22 pp.

19 – Lettre sur un monument de Théologie Arithmétique. Grenoble, Baratier, 1837. 12 pp.

20 – Lettre à M. de Freulleville sur le tombeau de Déols. Châteauroux, Bayvet, 1839. 35 pp.

21 – Londres et Grenoble. Henri VIII et les Chartreux. Mignard et les supplices. Grenoble, Baratier, 1838. 22 pp.

22 – Le Bonnet de la Liberté et le coq gaulois, fruits de l’ignorance. 15 pp.

23 – Lettre sur l’histoire de la guimbarde. 1 f., 8 pp.

24 – Mémoire sur une médaille de COS. 1 f., 21 p., 1 planche h.-t.

25 – De la religion des anciens habitants de l’Isère. 5 ff. paginés 121 à 130.

26 – Notice sur deux inscriptions inédites trouvées à Carthage et à Marseille. 4 pp., 1 pl. h.-t.

27 – Réflexions sur le sommeil des plantes. Paris, Bechet, 1839. 11 pp.

28 – Discours prononcé sur la tombe de Mme de Genlis. 6 pp.

29 – Notice nécrologique sur J-P. Laborie. 15 pp.


Notice Wikipédia, particulièrement bien faite, sur Claude-Charles Pierquin de Gembloux(1798-1863)