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lundi 18 mars 2019

Paul Colomb de Batines (1811-1855)

Comme le savent mes lecteurs, il m'arrive régulièrement de me prendre de passion pour des personnages un peu secondaires de l'histoire dauphinoise. C'est ainsi que Paul Colomb de Batines a occupé quelques heures de ma vie de bibliophile dauphinois ces derniers mois. J'ai parlé de lui au tout début de l'année, dans cet "éloge de l'inachèvement" que je lui ai consacré. Mais j'avais l'impression d'être incomplet. 

Colomb de Batines et ses amis au café, vers 1835.
Tableau anonyme, Musée de l'Ancien Évêché, Grenoble.
Tableau donné à la Bibliothèque de Grenoble par Mlle E. Richardson, de Florence, vers 1929.

J'ai donc mené deux tâches :

D'abord, j'ai entrepris d'écrire une notice biographique de Paul Colomb de Batines plus complète que toutes celles que l'on peut trouver. Cet homme a eu 3 vies. Né en 1811, de 1829 à 1841, il s'est essentiellement consacré à la bibliophilie et à la bibliographie dauphinoises. Ensuite, de 1841 à 1844, il a été libraire et éditeur à Paris. Sur cette période, je vous renvoie à la notice consacrée à son activité de libraire parisien, comme successeur de Joseph Crozet, sur le site Histoire de la bibliophilie : cliquez-ici. Enfin, de 1844 jusqu'à son décès en 1855, il vit à Florence où il devient le bibliothécaire d'un seigneur italien de Florence. Il se consacre alors à la bibliographie de l'œuvre de Dante, ce pour quoi il est aujourd'hui le plus connu. Je me suis évidemment consacré à la première partie de sa vie. Il est toujours difficile de se faire une idée de la personnalité d'un homme né il y a 200 ans, sur lequel peu de contemporains se sont exprimés. J'aime chez lui ce goût un peu maniaque de la bibliographie, cet art de la précision pour des points de détail de l'histoire des livres, comme si cela avait vraiment de l'importance. J'aime aussi cette forme d'inachèvement dans tout ce qu'il fait, cette difficulté à faire aboutir les projets ambitieux qu'il avait et dont je vais bientôt parler.
Cette biographie est accessible en suivant ce lien : Paul Colomb de Batines.

L'autre tâche était tout simplement d'établir une bibliographie des écrits de Paul Colomb de Batines. Si, pour les ouvrages, la bibliographie d'Adolphe Rochas était presque complète, elle méritait d'être corrigée pour les quelques erreurs que l'on y trouve. En revanche, la bibliographie de ses articles restait à faire. Je ne pense pas avoir identifié tous ses articles, car il a beaucoup écrit, souvent des notices courtes ou des correspondances, qu'il n'est pas toujours facile de trouver. J'y ai ajouté les réimpressions qu'il a commandées. Mais, ce qui est plus inhabituel dans une bibliographie, je me suis intéressé à ses nombreux projets. Paul Colomb de Batines a souvent annoncé des publications à venir, allant même jusqu'à présenter comme étant sous presse des ouvrages qui n'ont jamais paru. Cela a provoqué l'ironie d'Adolphe Rochas : « ce projet, comme une foule d'autres de Colomb de Batines, n'a pas eu de suite. » Je souhaitais leur rendre hommage.
Cette bibliographie est accessible en suivant ce lien : Bibliographie de Paul Colomb de Batines.

mercredi 8 mars 2017

Cloud-Lands of France, d'Amy et Thornton Oakley, 1927

Je poursuis aujourd'hui mon exploration des livres peu ou mal connus que j'ai la chance de posséder dans ma bibliothèque. Le dernier message présentait un ouvrage particulièrement rare, absent de toutes les bibliothèques. Celui d'aujourd'hui n'est présent que dans une seule bibliothèque en France (à Lourdes, dans le fonds pyrénéen) ..., mais dans de très nombreuses bibliothèques anglaises et américaines. Cela n'a rien de surprenant car il s'agit d'un ouvrage publié à New York en 1927. Malgré cela, il est étonnant qu'un ouvrage bien illustré, entièrement consacrés aux Alpes, soit totalement absent des bibliothèques régionales.

En 1925, un couple d'Américains, Thornton et Amy Oakley, visitent les Alpes depuis Nice jusqu'à Genève. Ils avaient déjà parcouru les Pyrénées quelques années auparavant, donnant lieu à leur premier ouvrage en commun, lui comme illustrateur et elle comme auteur : Hill-Towns of the Pyrenees, publié à New-York en 1923. De ce voyage dans les Alpes, sortira un nouvel ouvrage, aussi publié à New-York en 1927 : Cloud-Lands of France.

Si j'ai choisi de le présenter aujourd'hui, c'est que je suis tombé sous le charme de ses illustrations. Je me suis plus particulièrement attaché à celles qui concernent le Briançonnais et l'Oisans, avec un "coup de cœur" pour cette belle représentation de la Meije (encore une image inédite de la Meije !)


L'intérêt de cet ouvrage consiste essentiellement en la qualité et le style des illustrations. Au total, il y a plus d'une centaine de reproductions des dessins à l'encre de Thornton Oakley. Certaines sont en plein page, voire même en double page comme la vue de la Meije. Mais il y a aussi un grand nombre de bandeaux, vignettes, etc. Même le titre est illustré.


Le texte est à l'instar des nombreux guides et ouvrages de ce type. C'est un mélange de notations personnelles et de faits géographiques et historiques, le tout mâtiné de quelques observations sur les mœurs et usages des populations croisées.

J'ai essentiellement sélectionné les images du Briançonnais et de l'Oisans.










Les autres illustrations de plus petit format :




(Si toutes les images de ce message sont, à ma connaissance, inédites, seule celle-ci a été reproduite dans 150 ans de tourisme au col du Lautaret, par S. Aubert et A. Bignon, Les cahiers illustrés du Lautaret)

La carte dessinée de l'itinéraire suivi par les époux Oakley. On voit que le Briançonnais et l'Oisans ne représentent qu'une toute petite partie du périple.


Pour ne pas paraître trop chauvin (et montrer la richesse graphique de l'ouvrage), j'ai aussi sélectionné ces quelques images.





L'ouvrage se présente sous une reliure d'éditeur, avec une jaquette :


Peu connu en France, voire totalement inconnu, Thornton Oakley semble être particulièrement célèbre aux États-Unis. Je vous renvoie à la page Wikipédia (en anglais, of course !) : cliquez-ici. Son épouse Amy Ewing (1882-1963) semble n'avoir écrit que les 8 guides qu'elle a publiés avec son mari.

En fouillant sur internet, j'ai trouvé cette photo de leur mariage :


Lien vers la page consacrée à cet ouvrage sur mon site : Cloud-Lands of France.

samedi 7 janvier 2017

Une ascension du Vieux-Chaillol en 1783... et une rareté bibliographique

Parmi les plus grandes raretés de la bibliographie des Hautes-Alpes, c'est incontestablement cet ouvrage qui a l'histoire la plus romanesque :


M. le Chevalier de Lamanon : Mémoire litho-géologique sur la vallée de Champsaur et la montagne de Drouveire dans le Haut Dauphiné, Paris, Rue et hôtel Serpente [Cuchet], 1784, in-8°, 99 pp. [les 2 dernières pp. sont chiffrées par erreur 75 et 76].

En effet, son édition a été volontairement limitée à 12 exemplaires par l'auteur lui-même. Mais, par la suite, certains exemplaires auraient disparu dans un naufrage au large de l'Australie (nous verrons pourquoi). Un exploration dans les fonds publics permet d'en trouver 4 : BNF (réserve des livres rares), BMG (Fonds dauphinois) et Archives départementales des Hautes-Alpes, qui possèdent 2 exemplaire, dont l'un dans le fonds Guillemin. En revanche, sur les 8 autres exemplaires imprimés, je ne sais pas combien ont survécu et combien sont encore en mains privés. Vous comprendrez bien que trouver un de ces exemplaires, s'il en existe, est le rêve du bibliophile dauphinois.

Mais, au-delà de la curiosité bibliophilique, l'ouvrage est intéressant à plusieurs égards. Le premier, que je ne développerais pas ici aujourd'hui, concerne la controverse scientifique de l'auteur avec quelques-uns de ses contemporains, en particulier Faujas de Saint-Fond et Dominique Villars. Le second intérêt de cet ouvrage est qu'il contient le récit d'une ascension dans les Hautes-Alpes, à une époque qui correspond aux prémices de l'alpinisme tel qu'il se développera au XIXe siècle. Dans l'histoire de l'alpinisme dans les Hautes-Alpes, les récits d'ascension avant les années 1850, et à plus forte raison au XVIIIe siècle, sont suffisamment rares pour ne pas être relevés. Ce récit nous permet d'évoquer le rôle des habitants dans la connaissance et la pratique de la montagne. Comme on le savait déjà, ces habitants avaient une connaissance des sommets, qui sera souvent reléguée au 2e plan dans les récits des savants, comme dans ce texte, puis dans les récits d'ascensions des alpinistes du XIXe. Mais ce texte nous montre que cet usage de la montagne était habituel, bien qu'anonyme. Cette pratique locale de la montagne n'a jamais fait l'objet du moindre doute dans l'esprit des quelques érudits de la région qui ont écrit sur l'alpinisme au XIXe siècle, comme par exemple Paul Guillemin, pour le massif des Écrins.


L'objet de cette exploration du Champsaur par le Chavalier de Lamanon est d'identifier un volcan éteint qui se serait trouvé près du Vieux Chaillol. En réalité, il n'y avait pas de volcan, mais ça, c'est l'objet de la controverse. Passant par le col Bayard, le chevalier de Lamanon trouve « une petite lave poreuse sous la forme d'un caillou roulé », qui lui donne l'idée de partir à la recherche de l'origine de ces laves. Il part en exploration :
Je suivis le Drac pendant quelque temps, et n'y aperçus que des laves détachées, ce qui me détermina à passer la nuit au petit village de Saint-Laurent[-du-Cros], dans le dessein de parcourir le bassin du Drac, jusqu'à ce que j'eusse trouvé le volcan éteint, matrice de toutes ces laves, qui sont très variées
Pour mener à bien cette exploration, il se fait accompagner par un guide. Après avoir parcouru la plaine du Drac, il conclut :
Je fus donc entièrement confirmé dans l'idée que les laves venaient du Drac, et sans plus m'arrêter à examiner les petites rivières et torrents collatéraux, je me rendis à l'endroit de la plaine, où les deux rivières qui portent chacune le nom de Drac se réunissent.
Au passage, il raconte une petite anecdote sur la curiosité des habitants du coin sur le drôle de comportement du naturaliste :
Nous rencontrâmes souvent des paysans ; ils étaient étonnés de me voir chercher des cailloux avec attention. Ils interrogeaient mon guide, qui leur répondait : « Ce Monsieur va à la chasse des pierres, et les suit à la piste depuis deux jours. »
Le chevalier de Lamanon identifie la montagne de Drouveire comme étant le volcan éteint qui est la source de toutes ces laves que l'on trouve dans la vallée du Drac. Cette montagne n'existe plus sous ce nom. Cependant, grâce aux indications de son récit et à la carte jointe à l'ouvrage, on peut la situer près du Puy des Pourroys, au-dessus des hameaux des Fermonds et des Gondoins (Champoléon), accessible depuis le vallon du Tourond. L'ancien cratère serait le vallon de la Muande. Cette photographie donne une image claire du lieu.


Mais revenons au récit de cette ascension :
Après avoir visité pendant quelques jours la partie basse du volcan de Drouveire, je voulus en mesurer et reconnaître la position relativement à la pointe de Chaillot-le-Vieil ; entreprise pénible, vu l'âpreté du lieu, l'inconstance du temps, l'avancement de la saison, et la difficulté d'avoir des guides.
Je renvoyai celui que j'avais pris à Saint-Laurent du Crau [Cros], parce qu'il ne connaissait pas ces montagnes ; je renvoyai celui qui m'avait conduit au Chapeau, parce que je ne me croyais pas en sûreté avec lui. Après bien des recherches inutiles pour trouver un Guide qui me convînt, M. l'Abbé Chevalier, chapelain du hameau, me donna Raymond Barberousse : c'est un homme sensé, honnête et intelligent. J'entre dans ces détails, parce qu'ils ne seront pas inutiles aux naturalises qui voudront visiter ces hautes montagnes.
Nous partîmes du Châtelard le 22 Septembre à la pointe du jour, le temps étant un peu à la pluie. Le baromètre sur la porte de l'église marquait vingt-quatre pouces une ligne ; nous étions donc à la base même du Volcan, à environ six cents quatre-vingt-une toises [1327 m.] sur le niveau de la mer.
J'entrai dans le vallon du Touron pour monter sur le volcan par l'endroit où les laves sont le plus à découvert ; j'y trouvai une avalanche tombée au mois d'avril dernier, partagée en deux par la rivière, et qui, vu sa grosseur, n'avait pas eu le temps de fondre en entier. [...]
En suivant la côte du vallon, on marche presque toujours sur des laves compactes, et on arrive à un très petit hameau où les habitants du Châtelard viennent faire le fromage pendant l'été. Il n'y reste l'hiver que quelques personnes pour garder les bestiaux, qui y consomment les fourrages ramassés en automne. Le baromètre, placé à la croix du hameau, était à vingt- deux pouces onze lignes, qui indiquent environ huit cents quatre-vingt-seize toises [1746 m.] d'élévation sur la mer. [...]
On marche ensuite pendant plus d'une heure et demie sur un beau gazon qui recouvre les matières volcaniques, et on voit de temps en temps des blocs énormes de laves compactes, contenant des globules de spath calcaire ; ces blocs se sont détachés des sommités du volcan qui sont à droite, en montant.
[Ils poursuivent ensuite leur exploration de la montagne, jusqu'à la Muande, où Lamanon situe le cratère du volcan]
Je ne voulus pas quitter cette chaîne de montagnes sans aller par le plus haut sommet de Chaillot-le-Vieil, qui domine le volcan éteint de Drouveire. Je le proposai à mon guide, qui n'y consentit qu'après bien des sollicitations. Il y avait huit heures que nous étions en marche par des chemins pénibles, et quelquefois dangereux. Trois bergers que nous rencontrâmes se joignirent à nous, et nous conduisirent par une route plus courte, mais périlleuse. Dans une heure et demie nous arrivâmes au sommet de Chaillot-le-Vieil, en marchant presque toujours sur la neige ou sur des roches en débris. Le thermomètre y était à trois degrés au-dessus de la glace, et le baromètre s'y soutint à dix-neuf pouces deux lignes. Nous étions donc à environ seize cents soixante-douze toises sur le niveau de la mer [3259 m.] ; c'est la plus grande élévation où l'on soit parvenu jusqu'aujourd'hui en Europe. Je n'y ai éprouvé aucun malaise, aucune difficulté de respirer, non plus que les guides que j'avais avec moi. [...]
Je m'attendais à jouir d'une belle vue, étant à une si grande élévation : mais peu de temps après notre arrivée, nous fûmes enveloppés par un brouillard des plus épais, et accompagné de neige ; nous le vîmes venir poussé par le vent, et s'élevant à mesure. Nous n'avons guère plus su par où descendre, nous trouvant perchés sur un pic au milieu des airs, et comme noyés dans un océan de brouillard. Après avoir consulté l'aiguille aimantée, je me mis en route. Deux de mes guides, et précisément ceux qui portaient les provisions, prirent un chemin dangereux, et qui me paraissait devoir les conduire du côté de Molines[en-Champsaur]. Je ne voulus pas les suivre, et nous les perdîmes bientôt de vue. J'entends par chemin une direction, car il n'y a pas seulement la face d'un sentier. Je me conduits quelque temps en me réglant sur la disposition des couches que j'avais observées en montant : mais cette ressource ne dura guère, car les couches disparurent sous la neige et les décombres ; mes guides ne savaient par où aller. Nous marchions, et après quelques pas, nous rencontrions des précipices. Par bonheur, mon chien qui ne m'avait pas quitté nous remit dans la vraie voie, et nous arrivâmes à nuit tombante au hameau du Châtelard, après treize heures d'une marche forcée, n'ayant presque point pris d'aliment, et ayant essuyé la pluie ; mais dédommagés de nos fatigues, du moins pour ce qui me concerne, par tout ce que nous avions observé.
Ce qu'on lit, c'est qu'il existait des guides qui connaissaient les montagnes et les sommets, malgré leurs doutes sur le chemin de descente. On comprend que ceux qui connaissaient les lieux étaient des bergers, qui, visiblement, avaient une pratique familière du chemin à suivre pour aller au sommet du Vieux-Chaillol et pour en redescendre vers Molines-en-Champsaur. On constate aussi qu'ils n'hésitaient pas à prendre des chemins dangereux, même si on ne mesure pas ce que le chevalier de Lamanon considérait comme dangereux. Remarquons que pour celui-ci, le fait qu'il y ait des habitants qui sont familiers de la montagne n'est pas un motif de surprise. C'était pour lui chose naturelle. Il ne cherchait pas non plus à occulter l'existence de ces bergers familiers de la montagne, pas plus qu'il ne cherchait à se montrer supérieur à eux. Ses buts étaient différents, ce qui explique sa relative indifférence à cette connaissance. Sa pratique de la montagne était celle d'un savant, qui ne pouvait se confondre avec la pratique plus utilitaire des bergers.

On voit aussi apparaître une nouvelle façon de pratique la montagne. Toute proportion gardée, celle-ci devient aussi un lieu d'exploit, lorsqu'il affirme (sur quelle base ?) : « c'est la plus grande élévation où l'on soit parvenu jusqu'aujourd'hui en Europe ». Il a ainsi un pied dans une pratique traditionnelle de la montagne et un pied dans une nouvelle conception de l'usage de la montagne.


C'est l'intérêt de ce texte, comme de celui de Villars sur son ascension jusqu'au col de Says, de montrer qu'il y a une continuité entre ces deux pratiques de la montagne, plutôt qu'une rupture et une opposition, qui auraient conduit à occulter totalement la familiarité millénaire des habitants de nos vallées avec les sommets qui les entouraient.


Pour revenir à l'histoire de cette publication, un feuillet contenant un Post Scriptum  a été ajouté à quelques exemplaires de l'ouvrage. Le chevalier de Lamanon explique : 
Depuis l'impression de ce Mémoire, j'ai cherché et trouvé des caractères très distinctifs entre le basalte et le trapp ; d'où il résulte que la pierre de Drouveire est un trapp, comme le pense M. Faujas de Saint-Fond. J'allais faire connaître ces caractères dans un Mémoire très détaillé sur les caractères distinctifs des volcans éteints, qui est presque achevé ; mais, je suis obligé de tout abandonner pour me préparer au voyage du tour du monde ordonné par le Roi pour le progrès des sciences.
Ne pensant pas que les discussions ci-dessus soient assez dignes du public, n'étant pas suivies du Mémoire sur les volcans éteints, je prends le parti de le supprimer, et je n'en fait tirer que douze exemplaires.
Il donne ensuite la liste exacte des destinataires des 12 exemplaires. Il s'en réserve seulement deux à son usage personnel.

Cette expédition ordonnée par le roi est celle de La Pérouse qui, partant de Brest en mars 1785, ne lui laissa pas le temps d'approfondir son étude. Malheureusement, le chevalier de Lamanon périt dans une échauffourée avec des indigènes de l'île de Maouna, dans l'archipel des Samoa en décembre 1787. Plus tard, l'expédition fit naufrage devant l'île de Vanikoro au printemps 1788. Il est dit que le reste de l'édition périt dans ce naufrage. Il faudrait savoir combien d'exemplaires le Chevalier de Lamanon emporta avec lui lors de cette expédition. Seulement deux ? Dans cas, il en resterait encore quelques-uns parmi les dix autres. Emporta-t-il la presque totalité, comme le croit F. Drujon (Destructarum Editionum Centuria) ? Alors, les 4 que l'on connaît seraient les seuls rescapés.

Pour ceux qui veulent aller plus loin, il y a 2 exemplaires numérisés. L'un sur Gallica, dont j'ai extrait la page de titre et la carte présentées ci-dessus, et l'autre sur le site des Archives départementales des Hautes-Alpes. Celui de Gallica est aussi richement relié :

Lien vers l'exemplaire Gallica: cliquez-ici.

dimanche 18 décembre 2016

La première ascension de la Barre des Ecrins

Lors d'une conférence prononcée en août 2015 à Vallouise, des historiens locaux, Olivier Joseph et Paul Billon-Grand, ont défendu l'idée que le sommet des Écrins avait été gravi pour la première fois en 1853 par le capitaine Meusnier, dans le cadre des opérations de levé de la carte d'état-major, précédant de quelques années la première "officielle" réalisée par Whymper, Moore, Walker et les guides Croz et Almer en 1864.

 Vue des Ecrins qui illustre le récit de la première ascension le 25 juin 1864

Tout était parti du constat que la minute de la carte d'état-major de la feuille de Briançon portait la mention "Sal", à côté du sommet des Écrins, à 4103 m. d'altitude, ce qui signifierait que ce sommet aurait porté un signal géodésique. Cela voulait donc dire que quelqu'un aurait atteint le point culminant du massif pour y construire ce signal. Suite à un raisonnement que je ne détaillerais pas ici, la conclusion était que le capitaine Meusnier avait probablement gravi ce sommet lors de sa campagne géodésique de 1853. Lors de cette même conférence, étaient étudiées les ascensions de différents sommets de la région durant les campagnes de levé de la carte de Bourcet au milieu du XVIIIe siècle. Mon propos aujourd'hui ne concernera que le premier point que je viens d'exposer.


Ces recherches voulaient aussi interroger la notions de première. Elles tendaient à mettre en valeur l'appropriation ancienne de la montagne par les populations locales, et plus généralement par tous ceux qui ne se réclamaient pas de l'alpinisme, dans le sens actuel du terme. Là aussi, en simplifiant, il s’agissait d'écrire une nouvelle histoire de la montagne avant l'histoire officielle de l'alpinisme, telle qu'elle a été écrite par les Anglais qui, les premiers, ont exploré ce massif, puis par les Français qui les ont suivis.

Développée lors de différentes conférences, une synthèse de ces réflexions a été publiée dans la revue l'Alpe, de l'été 2016.

Même si la démonstration était étayée, il manquait des éléments pour passer du stade de l'hypothèse, toujours stimulante, à une certitude ou quasi-certitude. A mon sens, il restait deux questions majeures à traiter pour confirmer ou infirmer cette hypothèse :
- Pourquoi une telle ascension est passée totalement inaperçue au moment où elle a eu lieu et, plus tard, dans tous les travaux des historiens du massif ?
- L'histoire de la carte d'état-major dans le massif des Écrins peut-elle apporter des éléments en faveur ou non de cette hypothèse ?

N'étant pas compétent sur l'histoire de la géodésie et sur les méthodes employées par les ingénieurs pour lever les cartes, je n'avais personnellement pas assez d'éléments pour me prononcer sur ce volet de la démonstration. En revanche, sur la première question, j'avais engagé une réflexion sur la base de ma connaissance de l'abondante littérature consacrée à l'histoire du massif des Écrins, ainsi que de ma familiarité - si j'ose dire - avec les personnalités qui ont été actives pendant la période qui nous intéresse, soit 1850-1900. 

Entre temps, les historiens Michel Tailland et Michèle  Janin-Thivos ont publié un ouvrage aux éditions du Fournel : Des ascensions oubliées ? Les opérations de la carte d’État-major de Briançon au XIXe siècle, qui reprend tous les éléments du dossier et qui, me semble-t-il, apporte une démonstration définitive que Meusnier a pu mener ses travaux sans nécessairement aller au sommet des Écrins pour poser son théodolite. La conclusion est que Whymper et ses acolytes sont bien les premiers à avoir atteint le sommet en 1864. La démonstration se fonde sur une analyse de la littérature sur le massif et, surtout, sur des documents inédits sur les opérations géodésiques dans le massif. L'ouvrage a été écrit en réponse à un débat récemment ouvert. Au-delà, il apporte une très importante et très intéressante contribution à l'histoire du massif des Ecrins et de sa découverte. Dans quelques années, lorsque tous ces débats seront apaisés, cet ouvrage restera une référence dans la bibliographie du massif des Écrins.



Pour ma part, je souhaite apporter des éléments complémentaires qui confortent ces conclusions. En particulier, j'ai trouvé un article de Tuckett, visiblement inconnu de tous les historiens du massif.

Je pense bien connaître l'histoire du massif et surtout les écrits qui le concernent depuis les récits des premiers explorateurs, au début du XIXe siècle, en passant par les travaux des écrivains locaux (Aristide Albert, Paul Guillemin, Henry Duhamel, etc.) et enfin les compte-rendus des premiers alpinistes anglais (Bonney, Tuckett, Whymper, etc.). Il faut y ajouter l'abondante littérature concernant le massif dans les différentes revues : Annuaire du Club Alpin français, Société des Touristes du Dauphiné, Revue Alpine, etc. Sur cette base-là, je n'arrivais pas à être convaincu qu'une telle ascension fût passée totalement inaperçue auprès de l'ensemble de ces acteurs, très présents au sein du massif. J'ai donc mené l'enquête de mon côté en suivant deux axes : les écrits de Tuckett et la position de Paul Guillemin. 

Commençons par F.-F. Tuckett.


Lors de la conférence, un des arguments se fondait sur l'article de F.-F Tuckett dans l'Alpine journal : Explorations in the Alps of Dauphiné, during the month of July, 1862, dans lequel il dit: "MM. Bourgeois, Courier, Cousinard, and Meunier executed that portion which is included in the copy supplied to me […]. From the large number of lofty summits ascended by them, [...]" que l'on peut traduire ainsi : "MM. Bourgeois, Courier, Cousinard, et Meunier ont réalisé la partie [de la carte d'état-major] qui est comprise dans la copie qui m'a été fournie [...]. Du très grands nombres de hauts sommets gravis par eux, [...]" La démonstration se poursuivait sur le sens de l'adjectif "lofty", concluant que ce terme désignait les plus hauts sommets du massif. Tuckett englobait donc le sommet des Écrins parmi ceux gravis par les ingénieurs français. Pour renforcer cet argument, était mis en avant l'appartenance de Tuckett aux Quakers, ce qui l'obligeait à un respect scrupuleux de la vérité et un refus total du mensonge. Lors de mes recherches, j'ai trouvé un texte de F.-F. Tuckett dans lequel il relate cette même exploration du massif des Écrins, texte dont visiblement personne ne connaissait l'existence : The Alps of Dauphiné, publié dans la revue de la Royal Geographical Society of London (Vol. 7, No. 1 (1862 -1863), pp. 43-46). Le contenu de l'article est peu ou prou le même que celui de l'Alpine journal, mais beaucoup plus condensé. Comme dans son article de l'Alpine Journal, il cite les ascension des sommets du massif par les ingénieurs de la carte, avec une formulation différente : "Of the large number of lofty peaks enumerated in the hypsometrical table, none but the two highest summits of the Pelvoux and five or six others of inferior rank (used as stations by the officers of the Etat Major) have been ascended" que je traduis ainsi : "Parmi le très grand nombre de hauts sommets énumérés dans la table d'altitudes [qui se trouve jointe], aucun n'a été gravi, à l'exception des deux plus hautes pointes du Pelvoux et de 5 ou 6 autres sommets de rang inférieur, qui ont été utilisés comme stations par les officiers de l’État-major". Ainsi exprimé, cela exclut explicitement les Écrins de la liste des sommets gravis par les ingénieurs de la carte d’État-major. Et comme Tuckett ne ment jamais...
Vous pouvez accéder à l'article complet à ce lien : cliquez-ici.
Vous pouvez accéder à une présentation de l'article de Tuckett dans l'Alpine Journal à ce lien : cliquez-ici.

L'autre axe de réflexion partait du constat que lors de la conférence du mois d'août 2015, toute l'attention se portait sur les alpinistes anglais. Il était alors avancé qu'ils avaient été les acteurs plus ou moins volontaires d'une écriture biaisée de l'histoire du massif, au service de leurs propres exploits, le tout dans le cadre de l'invention de la notion de "première". Ce biais introduit par ces premiers alpiniste dans leur discours tendait à nier toute possibilité d'une histoire de la montagne avant leur arrivée. Cet argument a du sens. Il a probablement joué dans la façon dont les différents acteurs ont eux-mêmes raconté leurs exploits. Je veux bien croire que les alpinistes anglais n'avaient pas l'ancrage local qui aurait pu les informer d'une ascension antérieure à la leur. Pour certains, la piètre estime qu'ils avaient pour les habitants de cette région aurait pu leur faire négliger cette information. Mais, à côté de ces Anglais, il y avait de nombreux acteurs locaux qui pouvaient se faire les passeurs ou les intermédiaires entre les habitants de la région et le monde des alpinistes. Ils avaient pour noms Aristide Albert, Henry Duhamel, Paul Guillemin, Henri Ferrand, Armand Chabrand, etc. Ils ont été totalement occultés lors de la conférence, probablement parce qu'ils représentaient ce lien entre deux mondes que l'on voulait opposer : les alpinistes anglais et les habitants du lieu. Pourtant leur rôle a été majeur. Je me suis plus particulièrement attaché à Paul Guillemin.


Excellent connaisseur du massif, pionnier de l'alpinisme, fondateur de la section du Club Alpin Français de Briançon, il était surtout un ardent collecteur d'informations sur le massif. Il est donc étonnant qu'il n'ait jamais entendu parlé de cette ascension de 1853. On peut opposer à cette argument le fait qu'il aurait été « victime », plus ou moins volontairement, de cet accès de déni collectif, orchestré par des alpinistes anglais prompts à mettre en avant leurs propres exploits. Je n'y crois pas. Ce qui caractérise Paul Guillemin est la très grande confiance dont il jouissait auprès de tous les acteurs du massif depuis les alpinistes anglais et français, jusqu'aux guides et aux plus modestes porteurs. Il est donc déjà étonnant qu'il n'ait pas eu écho de cette ascension par l'un d'entre eux. L'autre caractéristique est sa très grande honnêteté intellectuelle et son insatiable curiosité sur l'histoire du massif. Quelques exemples me permettent d'étayer ces deux aspects de sa personnalité. C'est lui qui a sollicité Victor Puiseux pour qu'il fasse le récit de son ascension de Pelvoux en 1848, ensuite publié dans les Annales des Alpes (1897, pp. 261-270). Il a publié une étude sur « Les voies anciennes des glaciers du Pelvoux » (Annuaire du Club alpin Français, 1886, pp. 3-41), qui se fondait en partie sur les témoignages d'habitants de la région. Il cite d'ailleurs l'ascension du capitaine Durand (pp. 15-16), en ajoutant : « Voilà tout ce que l'on sait de l'homme dont le pic 3,938 du Pelvoux immortalise le nom ; j'ai connu et interrogé plusieurs de ses porteurs sans faire plus de lumière ; Sémiond ne savait plus qu'une chose, c'est ''que le capitaine n'avait peur de rien'' ». Il signale à Coolidge un document sur l'ascension de Rochebrune en 1819, publié dans le Bulletin de la Société d'Etudes des Hautes-Alpes, 1888, pp. 339-340, que Coolidge publie ensuite avec un commentaire dans la Revue Alpine, 1907, pp. 26-27 . Il a publié dans la Revue Alpine, 1897, pp. 372-374 : « Une ascension du Mont Viso au dix-huitième siècle », à propos de la mention d'une ascension du Viso en 1786 perdue dans un obscur volume de poésies d'Houdan-Deslandes publié en 1808. Cependant, la meilleure preuve de cette attitude ouverte et en alerte sur la moindre information sur l'histoire du massif est cette petite note dans son article « Le secret de la Pyramide » (Revue dauphinoise, 1899, pp. 69-71), sur la recherche des restes de la pyramide élevée par Durand comme signal au Pelvoux. En note, il cite la mention d'une ascension du Pelvoux par Beaumont-Wilson Jolly et lance un appel : « Mes lecteurs m'obligeraient infiniment en me communiquant les renseignements inédits qui peuvent être en leur possession. Ainsi seraient réveillés, peu à peu, des coins d'histoire à peine entrevus. » Nul doute, en lisant cela, que si Paul Guillemin avait eu la plus infime information sur une ascension des Écrins par Meusnier, voire même une simple rumeur, il n'aurait pas hésité à partir à la recherche de plus d'informations. De tout cela je conclus que Paul Guillemin n'a jamais entendu parler de l'ascension de Meusnier, qui aurait nécessairement été accompagné de porteurs locaux. Ce n'est pas une preuve que cette ascension n'a pas eu lieu, mais cela commence à être une forte présomption qu'elle n'a pas existé. Surtout, on ne pourra pas arguer que Paul Guillemin, sur ce sujet précis, souffrait d'un biais de perception qui l'aurait rendu sourd à la plus infime mention d'une ascension oubliée.

mardi 6 décembre 2016

La première description du massif des Écrins... en 1793.

Pour trouver la première description des différentes vallées qui forment l'actuel massif des Écrins, il faut se référer à un petit ouvrage de 1793, publié à Turin, à l'usage des militaires :
Noms, situation et détails des vallées de la France le long des grandes Alpes, dans le Dauphiné et la Provence,Et de celles qui descendent des Alpes en Italie, depuis la Savoie, jusqu'à celle de Saint-Étienne au comté de Nice. Extrait des Campagnes du Maréchal de Maillebois, par le Marquis de Pesay.


Dans ce message, je veux surtout mettre en exergue ce qu'il apporte à l'histoire de la connaissance du massif.

Dans cette page qui décrit les différentes rivières de la vallée du Vénéon :


on lit plus particulièrement :
Cette rivière [le Vénéon] reçoit quelques ruisseaux assez considérables.
1. Le ruisseau descendant du pied de la montagne d'Oursine, et coulant le long du vallon de la Pirade.
2. Le ruisseau descendant du pied de la montagne de l'Aiguille du midi, par le vallon de Châtelar, et tombant dans la Venéon, au dessous du hameau de la Bérarde.
3. Le ruisseau descendant de la pointe haute du Grand glacier, coulant le long du vallon de Selle, et allant tomber dans la Venéon, au dessous du village de Saint Christophe.
On peut mettre en rapport cette description avec la Carte du Haut-Dauphiné de Bourcet, dont elle est en réalité un véritable commentaire", comme le dit Henry Duhamel dans la réédition de 1894.


Comme on le constate, dans ce court extrait, le marquis de Pezay (ou celui qui est véritablement l'auteur de ce texte) nomme les Écrins (montagne d'Oursine), avec la rivière qui descend du glacier du vallon de la Pilatte (vallon de la Pirade), la Meije (Aiguille du midi), avec le vallon des Étançons (vallon de Châtelar) et, soit le Râteau, soit le Pic de la Grave (pointe haute du Grand glacier), avec le vallon de la Selle. C'est pour cela que l'on doit considérer ce texte comme la première description du Haut-Dauphiné et du massif des Écrins. Pourtant, il ne faut pas le réduite à ce seul massif, car il décrit longuement les vallées du Queyras et, plus généralement, toutes les vallées de la frontière entre la France et la Savoie et l'Italie. En revanche, les vallées éloignées de la frontières (Champsaur, Valgaudemar, etc, pour citer celles des Hautes-Alpes) sont absentes.
Pour connaître l'histoire complète de la publication et les discussions sur la part exacte du marquis de Pezay dans la rédaction, je vous renvoie à la page que je lui ai consacré sur mon site : cliquez-ici. Il y a une certitude, le contenu de cet ouvrage est directement issu des mémoires rédigés par François de La Blottière, dans ses travaux de reconnaissance militaire de la frontières vers 1709.
J'ai récemment acquis l'édition conjointe de Turin et Grenoble (voir la page de titre en début de message). J'en ai profité pour mettre à jour ma notice et surtout pour tenter de démêler les différentes éditions de ce texte. En réalité, il n'y en a 4 entre 1793 et 1794, entre Turin et Grenoble, sans qu'il soit possible, en l'état de mes connaissances, d'identifier la "vraie" édition originale. Pour ma part je possède une autre édition, qualifiée de "seconde édition", Turin, 1794. Elle est particulièrement rare, car il n'en existe aucun exemplaire dans les bibliothèques publiques de France (Source : CCFr).


C'est la même édition que celle-ci, avec la page de titre modifiée :

Enfin, autre lien avec le Briançonnais, les frères Reycends, premiers éditeurs de ce texte, sont originaires de Monêtier-les-Bains, appartenant à ce vaste réseau des libraires briançonnais dont j'ai déjà parlé. Je n'ai pas fait de recherches particulières sur eux.

mardi 11 octobre 2016

Conférence sur la bibliographie briançonnaise

Je vous invite à la conférence que je donne sur la bibliographie briançonnaise vendredi prochain 14 octobre à Grenoble, dans le cadre de la Société des Écrivains dauphinois. Je tenterais de présenter en une heure un corpus de presque mille ouvrages.



Le texte de présentation :
Les Trésors cachés de la Bibliographie Briançonnaise
Prenons une de nos régions du Dauphiné, le Briançonnais, plongeons-nous dans les presque mille ouvrages qui lui ont été consacré depuis le début du XVIIe siècle jusqu'au milieu du siècle dernier. Dans cette masse impressionnante de plusieurs centaines d'ouvrages, il se cache quelques trésors, quelques “ pépites ”. Qui saurait dire que, dans tel ouvrage au titre improbable, se cache le premier mémoire historique sur le Briançonnais ? Que telle plaquette de souvenirs nous fait revivre une première communion au début du XIXe siècle ? Qu'un sous-préfet de Briançon s'est fait l'ardent défenseur du fouriérisme et de son introduction dans nos Alpes ? Qu'un savant anglais aujourd'hui oublié a, pour la première fois, dessiné nos sommets du Haut-Dauphiné ? Qu'un notable du premier Empire a raconté son séjour forcé dans le Queyras sous la Révolution ? Ce sont ces livres, et quelques autres, que je vous invite à découvrir à travers un parcours guidé parmi ces trois siècles.
La conférence a lieu vendredi 14 octobre 2016 à 16h30 dans la salle des Archives départementales de l'Isère, 2 rue Auguste Prudhomme, Grenoble.

Pour télécharger l'annonce de la conférence : cliquez-ici.




 

vendredi 17 juin 2016

Eloge des biographies de nos auteurs inconnus

Il y a un exercice que je trouve particulièrement stimulant : partir des quelques informations éparses que l'on possède sur une personnalité du passé (certes secondaire) pour arriver, par un travail de bénédictin, à en faire la biographie.

J'ai fait ce travail pour élaborer des ébauches de biographies de Camille Lebrun, de Stéphane Juge, etc. Mais, aujourd'hui, je souhaite rendre hommage au travail de Pierre Dell'Accio pour faire sortir de l'ombre Henry Rousset (1860-1944). Ce que l'on savait sur lui était très fragmentaire, comme le rapporte Pierre Dell'Accio dans son Avant-propos  : "Marie Jules Henry Rousset, né à La Mure le 6 août 1860, fils d'un quincaillier. Greffier à Grenoble, il est surtout connu comme publiciste et journaliste au Moniteur dauphinois. Auteur d'ouvrages consacrés à Grenoble et au Dauphiné" (ce sont d'ailleurs les quelques mots de la courte biographie d'Henry Rousset sur mon site : cliquez-ici).


Il en résulte ce livre documenté, complet, qui aborde non seulement les différents aspects de la  vie d'Henry Rousset, de son abondante production : livres, articles, etc., mais aussi des biographies des différentes personnalités qu'il a croisées à Grenoble et dans le Dauphiné entre la fin du XIXe et le premier tiers du XXe siècles. C'est une "photo" d'un milieu, loin des personnalités de premier plan, mais qui remet en lumière tous ces acteurs de second rang qui font aussi l'histoire et, dans ce cas, l'environnement culturel grenoblois.

Pour mémoire, Henry Rousset est l'auteur d'ouvrages dont les principaux sont :
- Le Théâtre à Grenoble, 1891
- Histoire des sapeurs-pompiers de Grenoble, 1893
- Histoire illustrée de rues de Grenoble, 1893
- La Presse à Grenoble, 1900
- Les Dauphinoises célèbres, 1908
qui sont des sources toujours nécessaires sur cette période.
J'en avais parlé à propos de La Presse à Grenoble, paru en 1900, qui est un ouvrage utile sur le foisonnement des journaux à Grenoble aux XVIIIe et XIXe siècles. Je renvoie à la page que je lui ai consacrée : cliquez-ici.



Cela m'a aussi permis d'apprendre qu'un de mes lointains cousins, Oscar Munier, pharmacien à La Mure, était aussi un compositeur de musique qui a laissé son nom à quelques œuvres régionales comme Nos Alpins. C'est aussi un des charmes de ce type d'ouvrages.