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vendredi 4 août 2017

Conférence sur Dominique Villars

Je vous invite le lundi 7 août à la conférence que je donne au Jardin alpin du Lautaret à 17 heures.

samedi 30 janvier 2016

Mémoires de la Société littéraire de Grenoble, 1787 et 1788

Souvent, vous vous êtes demandé quelle est la cause des « dépérissements actuels des bois en Dauphiné » et quelles sont « les branches d'industrie qui conviennent le mieux aux cantons de la Province de Dauphiné qui en sont dépourvues » ? La Société littéraire de Grenoble y a répondu.


C’est le charme de ces ouvrages anciens, que l’on achète un peu au hasard et un peu au flair, car, à priori, ils rencontrent vos centres d’intérêts, ils sont dans une bonne condition (en l’occurrence, dans une reliure d’époque) et une recherche rapide sur Internet montre qu’ils sont rares. Quand, en plus, ils ne sont pas chers, on y va ! On regarde un peu le livre, on le met de côté dans l’idée de l’étudier plus à fond plus tard, puis on l’oublie un peu. Le travail pour préparer ma conférence sur Dominique Villars m’a fait ressortir le livre de sa cachette, le lire, l’étudier, etc. C’est ainsi que j’ai passé quelques heures à « décortiquer » les Mémoires de la Société littéraire de Grenoble, Première partie, 1787 et Seconde partie, 1788. Ce sont les deux premières années (sur trois) des Mémoires de cette société littéraire, instituée à Grenoble en 1780 et transformée en Académie delphinale en 1789.


On y trouve les inévitables comptes rendus de séances, les discours au style fleuri du secrétaire perpétuel, le docteur Henri Gagnon, plus connu aujourd’hui pour avoir été le grand-père de Stendhal que pour son œuvre et son action dans la vie culturelle et sociale de Grenoble avant la Révolution. Mais, ce qui est en fait surtout l’intérêt est la publication de plusieurs Mémoires, qui sont les réponses à des questions soumises à la sagacité des érudits et autres honnêtes hommes de la province préoccupés du bien public, question qui font toujours l’objet d’un prix qui doit venir récompenser le meilleur travail.


Le docteur Henri Gagnon

Le premier mémoire répond en fait à quatre questions (on voit qu’il y avait peu de liberté pour établir le plan !) :
A quelle cause doit-on attribuer les dépérissements actuels des bois en Dauphiné ? Quels sont les effets qui sont résultés du dépérissement des bois relativement à l'agriculture ? Quels sont les moyens de remédier au dépérissement des bois et forêts en Dauphiné ? Quel est le parti le plus avantageux que l'on pourrait tirer des bois, landes, marais et pâturages publics ?
Le mémoire primé lors de la séance du 2 mai 1787 est celui d’Alexandre Achard de Germane, un haut-alpin de Serres, avocat au parlement de Grenoble. Publié dans le premier volume, il couvre une centaine de pages. Il est intéressant de constater que la cause qui est le plus mis en avant dans cette étude est tout simplement la législation inadaptée, qui, malgré son objectif de défendre les abus, ne fait que les aggraver : complexité de la loi, peines disproportionnées et donc inappliquées, pouvoir trop grands des juges, qui deviennent ainsi corruptibles ou influençables, trop grande facilité des autorisations de coupes, etc. Ce qu’il détaillera ensuite sera un projet de législation qui devait remédier à tous ces défauts.

Mais c’est le second Mémoire qui est le plus intéressant, d’autant plus qu’il aborde largement la situation du Briançonnais. Il traite une double question : Quelles sont les branches d'industrie qui conviennent le mieux aux cantons de cette Province qui en sont dépourvues, notamment dans le haut Dauphiné ? Quels seraient les moyens d'accroître les progrès de l'agriculture dans les cantons qui pourraient n'être susceptibles d'aucun genre d'industrie, sans nuire au rétablissement des bois ?
C’est le même Achard de Germane qui voit son mémoire récompensé lors de la séance du 12 mars 1788. Si on peut résumer sa proposition à la première question, c’est cette phrase que je choisirais : « L'éducation des bestiaux et quelques manufactures, dont leurs dépouilles soient les matières premières ». C’est ainsi qu’il est amené à préconiser le développement de l’élevage local dans le Briançonnais, plutôt que de laisser ces régions mettre à disposition leurs pâturages aux Provençaux (« ces agents étrangers qui profitent de leurs richesses locales »). Comme débouché, il envisage la création d’une manufacture de filage des laines à Sainte-Catherine, à Briançon. Parmi les autres industries, il évoque l'extraction du charbon, la fabrique de tuiles, les filatures de coton, qui existaient déjà au Monétier, les industries pour le Queyras et la Vallouise, les routes à établir, etc.

Plan-relief de Briançon (XVIIIe siècle)

Au-delà du style et de certains aspects dans la façon d’aborder les sujets (la référence à une élite éclairée et éduquée, comme modèle pour le peuple, qui, en contrepartie, est souvent vu en même temps de façon négative et simpliste) ce qui m’a frappé, surtout dans le second mémoire, est la permanence des questions et des solutions qui sont abordées. Comme aujourd’hui, la problématique est de savoir articuler l’action publique avec l’initiative privée, pour une meilleure efficacité. La ligne blanche de toute la réflexion d’Achard de Germane est le respect du droit de propriété, sans que cela ne doive pourtant entraver une action volontariste de l’administration, représentée par l’intendance du Dauphiné (l’équivalent, peu ou prou, de notre administration préfectorale). Les projets pressentis (la manufacture de filature de laines, etc.) doivent  faire l'objet d'une impulsion, d'une aide et d'une protection de l'intendance du Dauphiné. L’autre aspect est l’utilisation de la législation et de la fiscalité comme outils au service du développement. C’est très vrai pour les réflexions sur la gestion des forêts, mais il l’applique aussi à la protection et à l’incitation de la production manufacturière en Briançonnais.

Ces Mémoires contiennent aussi un essai « sur les moyens de perfectionner l'espèce des Moutons du Dauphiné », par Étienne Tourtelle (orthographié Tourtel), médecin de Besançon, qui avait traité le même sujet en 1784 pour l'académie de Besançon.

Enfin, et j’en reviens à ce qui m’a amené à rouvrir ce livre, Dominique Villars publie les : Liste et Observations sur les Arbres de la Province de Dauphiné, par M. Villars, Médecin, Professeur de Botanique, Membre de la Société littéraire. Cette liste contient la description de 86 espèces d'arbres et d'arbustes. A la différence des notices  de son Histoire des Plantes de Dauphiné, qui est un ouvrage « purement botanique et médicinal », dans cette étude, il envisage aussi les usages économiques que l'on peut en faire et donne des conseils de culture.

On peut aussi lire avec profit le Discours prononcé par M. le secrétaire perpétuel, à la première séance de la Société littéraire, le 2 mai 1787, discours du docteur Gagnon dans lequel il fait l'historique des origines de la bibliothèque publique de Grenoble, du cabinet d'histoire naturelle et de la société littéraire.

Entrée de l'ancienne bibliothèque de Grenoble (passage du Lycée), située
dans l'ancien collège des Jésuites. C'est la création de cette bibliothèque 
qui est à l'origine de la Société littéraire. Elle tenait ses séances en ce lieu.

Façade de l'ancien collège des Jésuites, 
aujourd'hui Lycée Stendhal, Grenoble.

Comme on le voit, une mine d’information et une mine de lecture.

Pour un description plus complète : cliquez-ici.

dimanche 17 janvier 2016

Conférence Dominique Villars : le texte et la présentation en ligne

Pour faire suite à la conférence que j'ai prononcée vendredi dernier 15 janvier à Grenoble, je mets en ligne la présentation (cliquez-ici) et le texte de la conférence, avec la correspondance entre les "flips" de la présentation et le discours que j'ai déroulé (cliquez-ici).
Bonne lecture

Une vue du Noyer-en-Champsaur particulièrement belle, que j'ai utilisée pour illustrer ma conférence (trouvée sur Internet, je remercie l'auteur anonyme).



dimanche 10 janvier 2016

Une conférence sur Dominique Villars

Pour bien commencer l'année, je vous invite à la conférence que je donne sur Dominique Villars vendredi prochain 15 janvier à Grenoble, dans le cadre de la Société des Écrivains dauphinois. Je tenterais de mettre en valeur l'écrivain chez le grand botaniste dauphinois.



Le texte de présentation :

Dominique Villars, botaniste et homme de lettres
Dominique Villars (1745-1814) est une des illustrations dauphinoises. On connaît le botaniste, auteur d'une Histoire des Plantes de Dauphiné (1786-1789), qui est encore aujourd'hui une référence sur la botaniques dauphinoise et alpine ; on connaît le médecin, chirurgien de l'hôpital militaire de Grenoble ; on connaît le fondateur du Jardin botanique de Grenoble. Une belle exposition du Musée grenoblois des Sciences médicales en 2015 a mis en valeur toutes les facettes de cette riche personnalité.
On sait moins que Dominique Villars a été un écrivain prolifique, auteur d'une trentaine d'ouvrages publiés entre 1779 et 1812 et d'un nombre encore plus important de Mémoires, disséminés dans des revues savantes, des annales locales, mais aussi parfois restés manuscrits. Il aborde tous les sujets : la botanique, bien sûr, la médecine, la météorologie, l'histoire naturelle, l'éducation, le microscope, etc.
Comment peut-on apprécier aujourd'hui Dominique Villars comme écrivain ? Peut-on encore le lire avec profit ?  Avec plaisir ? Ce sont ces différentes facettes de l'écrivain Dominique Villars que nous souhaitons aborder lors de cette conférence illustrée.

La conférence a lieu vendredi 15 janvier 2016 à 16h30 dans la salle des Archives départementales de l'Isère, 2 rue Auguste Prudhomme, Grenoble.

Lien vers l'annonce de la conférence sur le site de la Société des Écrivains dauphinois : cliquez-ci.
Pour télécharger l'annonce de la conférence : cliquez-ici.




Je profite de ce premier message pour vous souhaiter
 une très bonne et heureuse année 2016, 
toujours riches en découvertes.

mardi 14 juillet 2015

Bibliographie de Dominique Villars (1745-1814)

Lorsqu'il n'existe pas de bibliographie, il y a deux possibilités : attendre que quelqu'un la produise ou la faire soi-même... C'est cette deuxième option que j'ai choisie pour le botaniste dauphinois Dominique Villars. Je la publie aujourd'hui sur mon site (cliquez-ici).


Pour le moment, elle ne répertorie que les ouvrages publiés du vivant de Dominique Villars. Sont donc exclus les articles, les mémoires inédits, ainsi que les publications postérieures de textes de Dominique Villars par des érudits (Antonin Macé, Paul Guillemin, etc.)

Pour cela, je suis parti des 4 principales bibliographies existantes : 
  • Notice historique sur Villars, par le Dr Albin Gras, dans Bulletin de la Société de Statistique du département de l'Isère, 1841, T. II, pp. 177-185, communication lue à la séance du 26 février 1841, qui contient une liste : « Les principaux ouvrages qu'il a publiés ou qui sont restés inédits sont les suivants, sans parler de divers mémoires publiés dans les journaux scientifiques » (pp. 183-185). Liste sommaire de 20 numéros, parfois fautive, mais qui précise les inédits. Son mérite est d'être la première (cliquez-ici).
  • Notice biographique des ouvrages de D. Villars, par Hyacinthe Gariel, dans  Bulletin de la Société de Statistique du département de l'Isère, 1843, T. III, pp. 168-174., communication lue à la séance du 26 janvier 1844. Bibliographie des écrits publiés et des manuscrits de Dominique Villars, qui référence 55 numéros (cliquez-ici).
  • La Bibliographie de Dominique Villars, par A. Masimbert, dans Bulletin de la Société d'Etudes des Hautes-Alpes, 1930, pp. 204-232. La bibliographie la plus complète, avec 166 numéros (cliquez-ici). Elle contient aussi la référence des portraits et des ouvrages relatifs à Dominique Villars.
  • L'herbier Dominique Villars (1745-1814), témoin de la flore du Dauphiné, par Vincent Poncet, Grenoble, Édition Muséum d'histoire naturelle de la ville de Grenoble, 1999. Bibliographie pp. 167-176. 
J'ai ensuite abondamment utilisé les catalogues en ligne (BNF, Fonds dauphinoise de la Bibliothèque Municipale de Grenoble, CCFr, Worldcat), les ouvrages numérisés (Gallica, Google Books, Université de Strasbourg, etc.) et les ouvrages de ma collection.

Je suis arrivé à une liste d'exactement 30 titres. J'ai profité de l'occasion pour clarifier l'attribution de certains ouvrages sur la vaccine à son fils, médecin aussi prénommé Dominique, plutôt qu'à lui.



vendredi 12 juin 2015

Une journée Dominique Villars le 19 juin 2015

En marge de l'exposition sur Dominique Villars au Musée grenoblois des Sciences médicales, à La Tronche, une journée spéciale est organisée le vendredi 19 juin :



J'ai le plaisir d'intervenir 2 fois. Une première fois, à 16 heures :
16h00 – PRÉSENTATION Le livre au cœur de la diffusion des savoirs au XVIIIe siècle, par Jean-Marc Barféty, collectionneur et bibliophile, animateur du site Bibliothèque dauphinoise
Dominique Villars publie entre 1786 et 1789 les quatre volumes de L’Histoires des plantes de Dauphiné. Du manuscrit à l’ouvrage imprimé découvrons les secrets de l’édition au XVIIIe siècle.
Rdv au Musée grenoblois des sciences médicales, rue du Musée, site hospitalier.
Tram B- arrêt Grand Sablon

Puis, à 19h00 :
19h00 – CONFÉRENCE Dominique Villars, botaniste et médecin en Dauphiné au XVIIIe siècle
– Ses origines et son parcours de botaniste par Luc Garraud, conservatoire botanique national alpin.
– Un médecin au XVIIIe siècle par Sylvie Bretagnon, Responsable du musée grenoblois des Sciences médicales.
– La pharmacopée militaire de l’hôpital de Montdauphin au XVIIIe siècle par Aline Mercan, médecin ethnobotaniste.
Rdv à La Faïencerie, 74 Grande-Rue à La Tronche.
Entrée libre dans la limite des places disponibles.
Contact et inscription : musee@chu-grenoble.fr

En introduction de la conférence de Luc Garraud, je donnerai quelques éléments sur l'origine de Dominique Villars.

Pour en savoir plus : cliquez-ici.
Téléchargez le programme : cliquez-ici.

vendredi 1 mai 2015

Mémoire sur la construction et l'usage du microscope, Dominique Villars, 1806

Dominique Villars, le plus célèbre des botanistes dauphinois, a subi, comme cela arrive, les revers du destin. Après la suppression de l'école centrale et « quelques tracasseries » lors du regroupement de l'hôpital militaire de Grenoble avec l'hôpital civil, D. Villars s'est retrouvé sans emploi, dans une ville qui ne lui reconnaissait pas ce qu'elle lui devait. C'est ainsi qu'il s'est retrouvé professeur de médecine à Strasbourg en 1805.

Oubliant là l'ingratitude de sa patrie, il se consacra encore et toujours aux travaux scientifiques. C'est ainsi qu'il fut amené à s'intéresser au microscope. Fondé sur son expérience de botaniste et complété par l'observation de nombreux modèles de microscope, il souhaita exposer ses propositions d'amélioration et de simplification. Comme il le dit lui-même : « L'amour du merveilleux, la mobilité de l'imagination, ont compliqué le microscope et multiplié les illusions pour ainsi dire inséparable de cet instrument. En simplifiant sa composition, j'ai tâché aussi de simplifier son langage. »

Il en est résulté une petite plaquette, fort rare, publiée simultanément à Strasbourg et Paris en 1806 :
Mémoire sur la construction et l'usage du microscope


Elle est complétée d'une planche explicative :


Pour aller plus loins : cliquez-ici.

La dédicace la rattache aussi au Dauphiné. En effet, ce mémoire est dédié à « A Monsieur Français de Nantes, conseiller d'état, commandant de la légion d'honneur, directeur général des droits réunis ». Cette dédicace permet à Villars de se mettre sous la protection d'une personnalité du Premier Empire qui s'est toujours trouvée être le soutien des Dauphinois, en particulier dans les aléas de la vie. Son beau portrait a été peint par David :


Je lui ai consacré  une page, car il est l'auteur de quelques ouvrages intéressants, pleins de fantaisies et d'inventions, ce que ne laisse pas présumer son portrait très officiel (cliquez-ici).

mardi 27 janvier 2015

Exposition Dominique Villars à Grenoble




L’année 2014 marquait le bicentenaire de la disparition de Dominique Villars (1745-1814). Cette nouvelle exposition évoque le parcours singulier de cet homme, botaniste humaniste, né au cœur du Champsaur.
Fort de sa passion pour la nature et les plantes, il mène diverses excursions dans les massifs du Dauphiné et dresse un catalogue : L’ Histoire des plantes de Dauphiné, une flore de référence. Ce travail lui confère le rang de savant au sein d’ un réseau naturaliste qui se tisse progressivement en Europe au XVIII e siècle. Montagnard et médecin, il pressent les atouts de la montagne, la qualité de l 'air et ses bénéfices sur la santé. Éclairé, il s ’attache à promouvoir la réforme de l’ enseignement de la médecine à Grenoble. Professeur, directeur du Jardin botanique de Grenoble, il traverse la seconde partie du XVIIIe siècle, témoin et victime des changements politiques, des avancées scientifiques et des réformes. En 1803, avec la suppression de l’ Hôpital militaire, il perd son poste de médecin. N ’obtenant pas de place à l’ Hôpital civil, il est contraint de quitter Grenoble en 1805, pour Strasbourg. Sa mort interrompt sa carrière : il est alors âgé de 68 ans.

J'ai contribué à cette exposition en prêtant quelques ouvrages :

 Flora Delphinalis, 1785

Prospectus de l'histoire des plantes de Dauphiné, 1779

Bibliothèque du Dauphiné, de Guy Allard, revue par Chalvet. 
Exemplaire de Dominique Villars

Notice autobiographique de Dominique Villars, 
dans son exemplaire de la Bibliothèque du Dauphiné

Renseignements pratiques

Musée grenoblois des Sciences médicales, Grenoble

Horaires d’ouverture :
L’exposition est ouverte le mardi de 14h à 17h, le mercredi de 12h à 17h et le jeudi de 14h à 18h.

Pour plus d'informations : cliquez-ici.

vendredi 14 octobre 2011

Prospectus de l'Histoire des plantes de Dauphiné, par Dominique Villars, 1779

L'histoire de Dominique Villars est celle du fils de modestes paysans des Hautes-Alpes, né en 1745, qui, par sa ténacité, quelques rencontres déterminantes et une passion exclusive pour la botanique, a réussi à se hisser hors de son milieu d'origine pour devenir un des grands botanistes du Dauphiné (Stendhal l'a eu comme professeur. Un peu bourgeois dans ses jugements, il le qualifie de "paysan des Hautes-Alpes" !)


Il est surtout l'auteur de la première flore du Dauphiné, une des flores les plus riches de France par la variété géographique de la province où l'on trouve aussi bien la flore méditerranéenne, la flore continentale que la flore de montagne.

Grâce au soutien de l'intendant du Dauphiné, Pajot de Marcheval, Dominique Villars est d'abord admis comme élève à l'hôpital de Grenoble dans le début des années 1770. Il avait déjà herborisé dans le Dauphiné, essentiellement dans les Hautes-Alpes, avec son ami l'abbé Dominique Chaix. Les années 1770 seront l'occasion pour lui d'étendre son périmètre d'action, en parcourant toute la région. Il accompagne le naturaliste Guettard en 1775. Il rencontre des botanistes du sud de la France (Nîmes, Montpellier, etc). Il passe une année à Paris, en 1777, où il rencontre de nombreux savants, dont les Jussieu, Daubenton, etc. En 1778, il obtient son grade de médecin à l'université de Valence.

Le résultat de ses observations sur le terrain, amassées lors de ses herborisations, et un savoir consolidé par ses études et ses rencontres lui permettent d'envisager à la fin des années 1770 de doter le Dauphiné d'une flore régionale, comme en possèdent déjà de nombreuses autres régions de France. C'est un travail colossal pour un seul homme, obligé en même temps de travailler pour nourrir sa famille.

En 1779, il annonce la parution prochaine de cette flore, qu'il appelle assez curieusement Histoire des plantes de Dauphiné, dans un opuscule de 57 pages, véritable petit ouvrage de botanique :
Prospectus de l'histoire des plantes de Dauphiné et d'une nouvelle méthode de botanique, suivi d'un catalogue des plantes qui y ont été nouvellement découvertes, & de celles qui sont les plus rares, ou qui sont particulieres à cette Province. Avec leurs caractères spécifiques, & l'établissement d'un nouveau genre, appellé BERARDIA
Grenoble, Imprimerie Royale, 1779, in-8°, 57 pp. (dernière page chiffrée par erreur 49), une planche gravée dépliante hors texte.


Le terme Prospectus ne doit pas nous tromper. Il s'agit bien d'un livre, certes modeste par la taille, mais qui est suffisamment complet pour donner une idée précise de l'ouvrage à venir. Pour en savoir plus, cliquez-ici.

Il faudra néanmoins attendre 7 ans pour que paraisse le premier des 3 tomes de l'Histoire des plantes de Dauphiné. Il sera publié par l'auteur, à ses frais, en 1786. Le 3e tome paraîtra en 1789.

Ce Prospectus est d'abord l'occasion d'annoncer une nouvelle méthode de classification des plantes. Si ce sujet ne fait plus débat aujourd'hui, il faut savoir qu'à cette époque, les discussions étaient vives autour de ces méthodes de classification, au moment où le monde savant découvrait et commençait à appliquer la méthode linnéenne. En annonçant sa propre méthode, Dominique Villars voulait probablement "tester" l'accueil qui lui serait fait. Il n'a pas dû être mal reçu, car il l'appliquera dans son ouvrage, malgré les quelques réserves des botanistes qu'il a consultés.

L'autre objet de ce Prospectus est d'annoncer la découverte d'une nouvelle plante, la Bérardie (Berardia subacaulis). Il l'a décrit largement et l'illustre par une planche.


Cette planche est aussi l'occasion de présenter la future illustration de son ouvrage. Elle sera reprise telle quelle, parmi les 54 planches de son Histoire des plantes de Dauphiné.

Quant à la Bérardie, aussi appelée Bérardie laineuse, elle vit dans les zones montagneuses sèches, entre 1500 et 3100 mètres. On la trouve dans les éboulis calcaires et schisteux.
Ces photos vous permettront de découvrir cette plante "rustique", curieusement qualifiée de "prestigieuse" dans les notices Internet que j'ai trouvées.




Pour finir, remarquons que le nom de l'auteur est orthographié Villar, sans "s". C'est suite à une erreur typographique, jamais corrigée par l'auteur lui-même, que l'orthographe Villars a prévalu. Pour ceux que cela intéresse, je peux leur fournir une bibliographie de la grave question : Faut-il écire Villars avec ou sans "s" ? Le Bibliophile dauphinois étant toujours sérieux, il ne plaisante pas : il y a au moins 10 ouvrages ou articles où cette question est abordée. La famille Gauthier-Villars a failli traîner en justice un brave érudit haut-alpin qui avait osé militer (le rustre !) pour l'orthographe Villar (les Gauthier-Villars sont des descendants du botaniste).

lundi 28 mars 2011

Epidémies dauphinoises...

Créée en 1778, la toute nouvelle Société Royale de Médecine promut la recherche et l'observation sur le terrain pour collecter, analyser et publier les informations sur les épidémies du royaume. Dans chaque généralité, un médecin est nommé pour suivre plus spécialement les épidémies et faire un recueil de ses observations. Pour le Dauphiné, ce médecin est Jean François Nicolas, qui publie en 1780 un premier ouvrage, fruit de ses observations.
Histoire des maladies épidémiques qui ont régné dans la Province de Dauphiné, depuis l'année 1775.
Grenoble, Imprimerie royale, 1780
(plus plus d'information, cliquez-ici).


Il donne une suite en 1786, pour les observations entre 1780 et cette date :
Mémoires sur les maladies épidémiques qui ont régné dans la Province de Dauphiné, depuis l'année 1780
Grenoble, Imprimerie royale, 1786
(plus plus d'information, cliquez-ici)


Ce sont des ouvrages d'observations médicales et de réflexions théoriques. A l'instigation de l'intendant du Dauphiné, M. Pajot de Marcheval, Jean François Nicolas observe, décrit et analyse les épidémies du Dauphiné. Il donne une place importante à la description du cadre de vie des malades, en introduisant chaque observation par une "topographie" de la région ou du village visités. Chaque mémoire est l'occasion de décrire le pays concerné, sa géographie, son histoire, les habitudes, le cadre de vie, la nourriture des habitants. Chaque observation débute par un rappel des conditions météorologiques de l'année, une description du village et de sa configuration géographique, des remarques sur les conditions économiques et sociales de la population, ainsi que sur leurs habitudes de vie. Ce sont ces observations qui donnent du prix à ces ouvrages. On y trouve aussi une description des symptômes, puis du traitement que le médecin Nicolas a appliqué, mais cela doit surtout avoir de l'intérêt pour un historien de la médecine.

Dans le deuxième ouvrage, il donne un récit d'un voyage à travers le Dauphiné à la découverte des sources d'eaux minérales pendant l'été 1783. Un long chapitre est consacré aux sources d'Uriage. Il évoque aussi les sources du Plan-de-Phazy, dans les Hautes-Alpes et étudie les sources chaudes de Monêtier-les-Bains. A cette occasion, il donne un récit (un des premiers) d'un trajet de Briançon à Bourg d'Oisans par le col du Lautaret.

Dans le même esprit, une petite plaquette écrite par Dominique Villars, médecin et botaniste haut-alpin (Le Noyer 1745 - Strasbourg 1814). Elle a été rédigée avec le chirurgien en chef de l'hôpital militaire de Grenoble, le docteur Cabanne :
Mémoire sur une fièvre putride soporeuse, Qui a régné à l'Hôpital Militaire de Grenoble, depuis le 10 Ventôse, jusqu'au 10 Germinal suivant; Rédigé par les Officiers de santé de l'Hôpital.
Grenoble, an V (1797)
(pour plus d'informations, cliquez ici)



C'est une étude sur une fièvre qui a touché les militaires de la 158e demi-brigade, arrivés à Grenoble le 10 ventôse an V (28 février 1797) en accompagnant des prisonniers autrichiens. La fièvre a duré jusqu'au 10 germinal an V (30 mars 1797). Elle a touché à peu près 150 soldats, sans compter les malades parmi les prisonniers autrichiens. Ceux-ci venaient d'Italie, capturés lors des guerres d'Italie conduites par Bonaparte. Ce sont eux qui amenèrent la fièvre, qu'ils transmirent aux soldats qui les conduisaient.

La démarche adoptée dans cet ouvrage se rapproche d'une des premières études de Villars, contemporaine des ouvrages du médecin Nicolas :
Observations de médecine sur une fievre épidémique qui a régné dans le Champsaur & le Valgaudemar en Dauphiné, pendant les années 1779 & 1780, (cliquez ici), ouvrage qui allie l'observation clinique, la description des traitements et la réflexion théorique sur la maladie.

Dans le même esprit, en plus des deux ouvrages du docteur Nicolas, on peut citer un peu antérieurement :

Epidémie observée [Maladie épidémique observée au Bourg-d'Oysans & à la Grave], par M. Clappier, Grenoble, 1768. (cliquez ici)



La lecture de ces ouvrage me ramène à une réflexion que j'avais déjà partagée sur ce blog. Elle est probablement due à mon manque de connaissance sur la littérature médicale de la fin du XVIIIe. A la lecture de ces ouvrages, j'ai le sentiment que la description des symptômes manquait totalement d'une méthodologie claire. Au lieu de chercher les symptômes communs à tous les malades, ils semblaient se disperser en notant de nombreux faits qui n'étaient probablement pas directement liés à la maladie principale. Ils étaient d'ailleurs extrêmement préoccupés par l'état des urines et des selles. En définitive, le lecture de ces documents ne me semblent pas permettre de faire avancer la connaissance des maladies. Mais, je répète, je ne connais absolument pas cette littérature. Peut-être que tous ces mémoires ont permis, peu à peu, de construire la science médicale et de faire progresser la description et la classification des maladies.

lundi 4 octobre 2010

Une conférence sur l'ascendance haut-alpine d'Henry Gauthier-Villars, dit "Willy"

Votre serviteur prononcera une conférence le samedi 16 octobre à la mairie de Saint-Bonnet-en-Champsaur sur l'ascendance champsaurine (haut-alpine, pour ceux qui ne situent pas le Champsaur) d'Henry Gauthier-Villars (1859-1931), aujourd'hui surtout célèbre pour avoir été le mari et le mentor de Colette. Ils ont cosigné la série des Claudine. Plus précisément, Colette a écrit et Willy a signé.


Cette conférence d'abord généalogique sera aussi l'occasion d'évoquer le monde des livres. On y parlera des colporteurs-libraires du Dauphiné, qui ont essaimé dans toute la France; on détaillera l'histoire et l'ascension d'une lignée de libraires et imprimeurs à Lons-le-Saunier de la fin du XVIIIe siècle jusqu'à la fin du XIXe siècle; on découvrira l'obscure mais déterminante histoire de la contrebande de livres "philosophiques" depuis la Suisse. Au gré de l'histoire de cette famille, on évoquera le destin de Victor Lagier, célèbre libraire dijonnais, éditeur des œuvres de Gabriel Peignot, de Jacques Champollion, petit libraire de Figeac, mais père du grand Jean-François Champollion; on exhumera l'œuvre oubliée, mais abondante, d'un jésuite haut-alpin, le père Para du Phanjas.

Pour ceux qui me suivront jusqu'à la fin, on verra apparaître l'image fugitive du grand amour d'Alain-Fournier, Yvonne de Quiévrecourt, qui a inspiré le personnage d'Yvonne de Galais dans Le Grand Meaulnes. Le monde étant plein de correspondances inattendues, il existe un lien tenu entre Willy et Yvonne de Galais.

Cette conférence a lieu le samedi 16 octobre 2010 à 14h30, à la mairie de Saint-Bonnet-en-Champsaur (05), place Waldems. Elle est organisée par l'Association généalogique des Hautes-Alpes, avec le patronage de la Société d'Etudes des Hautes-Alpes. L'entrée est libre.

Quelques liens vers des messages où j'avais déjà évoqué cette famille :
http://bibliotheque-dauphinoise.blogspot.com/2009/01/lesdiguires-et-henry-gauthier-villars.html
http://bibliotheque-dauphinoise.blogspot.com/2009/09/dominique-villars-colporteur-libraire.html
http://bibliotheque-dauphinoise.blogspot.com/2009/12/une-reliure-de-bauzonnet.html
http://bibliotheque-dauphinoise.blogspot.com/2010/01/le-pere-para-du-phanjas-1724-1797.html

Pour ceux que cela intéresse, vous pouvez télécharger la présentation (attention 10 Mo) en cliquant ici.

lundi 15 mars 2010

Quelques réflexions sur la société ancienne des Hautes-Alpes au XVIIIe siècle

Dans des messages précédents, j'ai eu l'occasion de parler de personnalités qui ont émergé du sein de la société haut-alpine au XVIIIe siècle. Que ce soit Dominique Villars (1745-1814), le père François Para du Phanjas (1724-1797) ou Ambroise Faure (1795-1875), ils sont tous nés au sein d'une société qui est aujourd'hui décrite comme pauvre. Lorsque on lit le tout venant de la littérature régionale actuelle, l'image qui s'en dégage est celui d'un pays dur, aux mœurs frugales et, surtout, d'une grande pauvreté. On nous renvoie l'image d'une population certes libre mais presque asservie à la terre par un dur labeur. Cette vision volontiers misérabiliste est directement issue du mélange entre la pensée historique IIIe République, pour qui avant 1789, tout n'était qu'obscurantisme, et la vision passéiste moderne, qui décrit nos campagnes hauts-alpines à travers le prisme d'une vision encore très marquée par la conception paradoxalement bourgeoise de Zola sur la vie du "peuple". Cette vision s'est construite sur la base d'une situation sociale dégradée tout au long du XIXe siècle où le poids de la surpopulation a pesé sur le développement des populations hauts-alpines.

Ce préambule pour introduire un excellent article paru sur un blog entièrement consacré au Queyras (cliquez-ici). A l'encontre de cette image souvent véhiculée, l'auteur, que je ne connais pas, met bien en exergue la relative aisance de ces pays de montagne. Pour ma part, j'ajouterais qu'ils ont pu abriter en leur sein une population qui avait une exigence de culture et d'ouverture qui leur a permis de faire émerger quelques personnalités. Ce n'est que plus tard, dans le cours du XIXe siècle, que ces villages se sont vidés de leurs "élites", ce qui a permis la mise en place de cette vision misérabiliste de la société haut-alpine.

Lorsque on parle des villages de la vallée de la Guisane aujourd'hui (Monetier-les-Bains, Villeneuve-La Salle, Saint-Chaffrey), nous n'avons droit qu'à une vision d'une population attachée à des travaux harassants (dernier exemple en date, les livres sur les paysans-mineurs du Briançonnais), qui sont certes une réalité. Mais ces mêmes villages au XVIIIe ont envoyé aux quatre coins du monde des libraires (jusqu'à Rio de Janeiro), des négociants (Jacques Ratton, de Monetier-les-Bains, qui a fait fortune dans le Portugal du marquis de Pombal), etc. Je renvoie à un article que j'avais écrit sur Louis Fantin (cliquez-ici).

Après cette introduction, je voudrais revenir à ces quelques personnalités. Ambroise Faure raconte dans ses souvenirs qu'au tout début du XIXe siècle, il suit l'école dans une écurie, avec un instituteur qui est aussi un tailleur d'habits. Cela peut paraître un signe de misère. Non, il faut le voir comme la volonté farouche des habitants pour donner une instruction à leurs enfants. D'ailleurs, la cohabitation des gens et des bêtes était si naturelle, qu'il faut deux siècles de mœurs bourgeoises pour considérer cela comme un signe de pauvreté. Peut-être que dans cette maison de Saint-Véran, où les lits côtoient l'étable, il y a un fils prêtre, un autre professeur et sûrement un fils qui est parti tenter sa chance comme négociant.



Autre exemple récent, un film vient d'être tourné sur la vie de Dominique Villars, le botaniste haut-alpin qui est mort doyen de l'Université de Strasbourg. Intention louable. N'ayant pas vu le film, je ne préjuge pas de son intérêt. L'accroche du film résume pourtant bien la vision que l'on a aujourd'hui de cette société : "Le destin extraordinaire d'un berger illettré devenu médecin et botaniste de renommée internationale." (j'ai envie de dire que nous naissons tous illettrés !). Tout cela n'est que simplification. Son père était greffier de la communauté. Comme tous les enfants de son âge (il est né en 1745), il a suivi l'école, probablement dans une écurie. Son destin est inhabituel, mais pas hors du commun. Nombre de ses compatriotes ont aussi su vivre autre chose, comme Antoine Gauthier, né comme lui au Noyer en 1758, que l'on retrouve libraire à Bourg-en-Bresse où, dans les années 1770-1780, il vend des "livres philosophiques" qu'il tire de la Suisse voisine (voir Robert Darnton, Edition et Sédition). Au passage, dans ces sociétés agricoles, il était naturel que les enfants, quelque que soit l'aisance familiale, soient bergers pour garder le petit troupeau familiale.

Pour preuve, cette belle page de signatures au bas de l'acte de mariage de Dominique Villars (13 juin 1763) :

Pour un berger illettré de 17 ans, sa signature, qui se trouve en haut à gauche, montre une belle maîtrise de l'écriture. La signature suivante est celle d'un oncle de sa femme, Dominique Bresson, marchand à Marseille. On trouve aussi la signature du notaire Maurel, de Saint-Bonnet-en-Champsaur, de son frère et d'un greffier au bailliage du Champsaur (Achard). Malgré cela, la légende du pauvre berger a la vie dure !

Le jeune Whymper, lorsque il arrive dans le Briançonnais en 1860, tout droit issu de son Angleterre, ne peut s'empêcher de juger les habitants de la Vallouise à l'aune de ses valeurs. Autant dire qu'il montre rarement de l'estime pour ces populations qu'il décrit volontiers comme mal dégrossie (voir le récit de sa première ascension du Pelvoux, cliquez-ici). Pourtant, au hameau des Claux, sur la commune de La Pisse (on dormait avec les vaches et lorsque une cascade était imposante, on l'appelait La Pisse. Maintenant, la commune s'appelle Pelvoux !), est né le jésuite Rossignol, le 3 juillet 1726. Comme l'avait fait son contemporain le père Para du Phanjas, il fait l'éloge de son pays natal, dans un petit livre publié à Turin en 1804 : Lettres sur la Vallouise.


Dans ces quelques pages, il rappelle le goût pour l'instruction de ses habitants : "Je doute qu'il y ait dans toute la France, une communauté, un canton où l'écriture ait été aussi bien et aussi universellement cultivée". Cela est confirmé par les enquêtes modernes sur alphabétisation (voir par exemple, Lire et écrire, de François Furet et Jacques Ozouf). Et pourtant, on est "au bout du monde", à un endroit, comme il le rappelle, on ne peut aller qu'à pied ou à cheval, les voitures ne passant pas.

Ce jésuite Rossignol était un polygraphe, qui a laissé une masse impressionnante d'ouvrage. Ses œuvres complètes publiées à Turin remplissent 32 volumes. De tout cela, il ne reste rien qui soit passé à la postérité. Je rêve de rencontrer au moins ses Lettres sur la Vallouise, mais pour un écrivain aussi prolifique, il y a fort peu d'ouvrages à vendre dans la libraire ancienne. A bon entendeur !

dimanche 17 janvier 2010

"Mémoire sur une fièvre putride soporeuse", des docteurs Cabanne et Villars

Je poursuis ma quête d'ouvrages de Dominique Villars, médecin et botaniste haut-alpin (Le Noyer 1745 - Strasbourg 1814). Ma dernière acquisition est une petite plaquette écrite avec le chirurgien en chef de l'hôpital militaire de Grenoble, le docteur Cabanne :Mémoire sur une fièvre putride soporeuse, Qui a régné à l'Hôpital Militaire de Grenoble, depuis le 10 Ventôse, jusqu'au 10 Germinal suivant; Rédigé par les Officiers de santé de l'Hôpital., publié à Grenoble en l'an V (1797) (pour plus d'informations, cliquez ici)



C'est une étude sur une fièvre qui a touché les militaires de la 158e demi-brigade, arrivés à Grenoble le 10 ventôse an V (28 février 1797) en accompagnant des prisonniers autrichiens. La fièvre a duré jusqu'au 10 germinal an V (30 mars 1797). Elle a touché à peu près 150 soldats, sans compter les malades parmi les prisonniers autrichiens. Ceux-ci venaient d'Italie, capturés lors des guerres d'Italie conduites par Bonaparte. Ce sont eux qui amenèrent la fièvre, qu'ils transmirent aux soldats qui les conduisaient.

La démarche adoptée dans cet ouvrage se rapproche d'une des premières études de Villars :
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Observations de médecine sur une fievre épidémique qui a régné dans le Champsaur & le Valgaudemar en Dauphiné, pendant les années 1779 & 1780, (cliquez ici), ouvrage qui allie l'observation clinique, la description des traitements et la réflexion théorique sur la maladie. Dans le même esprit, on peut aussi citer ces deux ouvrages contemporains :
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Histoire des maladies épidémiques qui ont régné dans la Province de Dauphiné, depuis l'année 1775, du docteur Nicolas. (cliquez ici)
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Epidémie observée [Maladie épidémique observée au Bourg-d'Oysans & à la Grave], par M. Clappier, Grenoble, 1768. (cliquez ici)



La lecture de cette petite plaquette m'a amené 3 réflexions.

La première est plus un clin d'œil par rapport à l'actualité du moment. En effet, les docteurs Cabanne et Villars débutent l'ouvrage par un plaidoyer pro-domo en faveur de l'action des officiers de santé de l'hôpital militaire dans le traitement de cette fièvre, action qui a été critiquée, provoquant une "alarme" parmi la population qui a nécessité l'intervention de l'administration publique. Fustigeant "ces hommes, au moins imprudents, peut-être coupables, qui ont colporté la terreur & abusé de la confiance", ils se défendent devant le public : "Il [le public] pourrait nous dire peut-être : Que faisiez-vous, officiers de santé, au lieu de vous préparer, de vous attirer l'opinion publique ? Nous ne sommes point faits pour mendier la confiance, nous tâchons de la mériter & de la conserver : nous ne sommes pas de vils charlatans pour chercher à éblouir, mais nous avons mieux fait, nous avons agi." Certaine ministre de la Santé n'aurait pas mieux dit à propos de la grippe A.

La deuxième est partie de ce sobre constat des auteurs : "Il en mourut 200 pendant les vingt derniers jours de ventôse, sur 1200 malades vus à l'hôpital ou à la citadelle. Mortalité trop considérable sans doute, mais qui se conçoit d'après l'exposé déjà fait, puisqu'elle ne se porte qu'à un sixième, tandis qu'il meurt un cinquième des malades dans les grands hôpitaux de Lyon, de Paris,&c."

A notre époque de catastrophes humanitaires et d'épidémies, ce fatalisme sur un taux de mortalité considéré comme acceptable, alors que cela serait inacceptable selon nos critères modernes, montre qu'en 200 ans, le prix de la vie humaine a augmenté, quoiqu'on en dise. Le docteur Villars était plutôt un esprit humaniste, dénué de tout cynisme. Et pourtant, cette mortalité n'avait pas l'air de l'émouvoir outre mesure.

La troisième réflexion est probablement due à mon manque de connaissance sur la littérature médicale de la fin du XVIIIe. A la lecture de ce mémoire, comme des autres ouvrages que j'ai cités, j'ai le sentiment que la description des symptômes manquait totalement d'une méthodologie claire. Au lieu de chercher les symptômes communs à tous les malades, ils semblaient se disperser en notant de nombreux faits qui n'étaient probablement pas directement liés à la maladie principale. Ils étaient d'ailleurs extrêmement préoccupés par l'état des urines et des selles. En définitive, le lecture de ces documents ne me semblent pas permettre de faire avancer la connaissance des maladies. Mais, je répète, je ne connais absolument pas cette littérature. Peut-être que tous ces mémoires ont permis, peu à peu, de construire la science médicale et de faire progresser la description et la classification des maladies.

dimanche 25 octobre 2009

La "Bibliothèque du Dauphiné", exemplaire du botaniste Dominique Villars

Comme je l'avais annoncé la semaine dernière, j'ai décrit complètement l'exemplaire de la Bibliothèque du Dauphiné de 1797, qui a appartenu à Dominique Villars, botaniste haut-alpin (1745-1814) dont j'ai déjà eu l'occasion de parler, en particulier pour son expérience de colporteur :
- Dominique Villars, colporteur libraire
- "Flora delphinalis", de Dominique Villars
- Dominique Villars


Pour un description détaillée de l'ouvrage, je ne peux que renvoyer à la notice :
Bibliothèque du Dauphiné, de Guy Allard, revue par Pierre-Vincent Chalvet (exemplaire de Dominique Villars).


Dominique Villars l'a largement complété de notes manuscrites et de notices biographiques de botanistes dauphinois, dont une notice autobiographique.

On y trouve en particulier une notice sur Dominique Chaix (1730-1799), curé des Baux (Hautes-Alpes), botaniste, qui fut le mentor et l'ami de Dominique Villars :



La plus intéressante est la notice autobiographique de Dominique Villars :





Elle retrace brièvement mais assez complètement sa vie jusqu'en 1797 et se termine par cette remarque assez amère, ajoutée postérieurement d'une écriture et d'une encre légèrement différentes : "La postérité, comme les nations étrangères, qui l'ont déjà présumé, lui accorderont peut-être plus de réputation que ses concitoyens et surtout les médecins, ses voisins, de son vivant." Dans la notice de Pierre Liottard (1729-1796), il remarquait : "Cet exemple, ajouté à tant d'autres, prouve combien la passion des hommes anime et soutien leur courage pour leur faire franchir des obstacles d'ailleurs insurmontables". On peut penser qu'en parlant de Pierre Liottard, Dominique Villars parle aussi de lui-même, sur ce ton un peu amer que l'on voit dans son autobiographie, au moment où la reconnaissance publique n'est pas à la hauteur de ses attentes.

Ces remarques s'expliquent par le fait qu'en 1797, Dominique Villars avait perdu son poste de médecin-chef de l'hôpital militaire de Grenoble et qu'il n'était plus que directeur du jardin des Plantes. Il était aussi professeur à l'Ecole centrale de Grenoble. Il faudra attendre 1805 pour qu'il obtienne une poste à la faculté de Strasbourg.

Dominique Villars s'est livré plusieurs fois à l'exercice de l'autobiographie. La première publiée est celle qu'il a incluse dans la préface de l'Histoire des Plantes de Dauphiné. Dans ses papiers personnels déposés à la Bibliothèque municipale de Grenoble, se trouve une longue autobiographie manuscrite qui a été publiée par G. de Manteyer dans Les origines de Dominique Villars, le botaniste (1555 – 1814). Il y fait allusion à ses difficultés avec les médecins grenoblois, en particulier le docteur Gagnon, qu'il tenait en piètre estime. Rappelons que le petit-fils de ce même docteur Gagnon, autrement dit Stendhal, avait "expédié" son portrait de Villars d'un lapidaire "paysan des Hautes-Alpes".

Dans ses différentes notes, en particulier dans sa notice autobiographique, Dominique Villars adopte l'orthographe d'origine de son nom, Villar. Malgré cela, il ne fit jamais rien pour que les livres publiés portent cette orthographe.

Ces notes et notices ont fait l'objet d'une communication d'Antonin Macé lors de la séance du 24 mai 1861 de l'Académie Delphinale. Dans son introduction, il précise qu'elles sont extraites d'un exemplaire de la Bibliothèque du Dauphiné, qui appartient au docteur Faure, médecin-chef de l'hôpital des Invalides. Celui-ci a transcrit les notes qu'il a confiées à Hippolyte Bouteille qui les a lui-même transmises à Antonin Macé . La communication a paru dans le Bulletin de l'Académie Delphinale, 1861-1862 (pp. 353-363) sous le titre : Notes inédites de Villars sur quelques botanistes dauphinois. C'est une transcription annotée des mentions manuscrites de cet exemplaire (voir la version numérisée de cette communication ici).

Comme indiqué sur la première page de garde, ce livre a ensuite appartenu au docteur Faure-Villar, le petit-fils de Dominique Villars. Il s'agit d'Anselme Faure, fils de Joseph Faure et Marguerite Villars, né à Marseille le 6 décembre 1801, décédé à Paris le 18 avril 1870. Il s'est parfois fait appeler Faure-Villar, comme une réponse à ses cousins Gauthier-Villars. Comme sa mère, il était partisan de l'orthographe Villar sans
s. Il était médecin-chef des Invalides, auteur d'une thèse dédiée à Dominique Villars et à son oncle, le second Dominique Villars, chirurgien en chef de l'Hôpital militaire de Besançon.

Autre curiosité de cet exemplaire, il contient les deux versions du feuillets pp. 45-46 qui contient le notice biographique de Guy Allard. Dans la première version, le texte débute ainsi : "Par son inconduite, il fut obligé de vendre la charge de président en l'élection; & il mourut de misère, en 1715, à Grenoble. Ses productions, toutes en l'honneur de la patrie, feraient un titre d'Allard à la reconnaissance de ses compatriotes, si moins imparfaites, elles ne fatiguaient par l'incorrection & la faiblesse du style." Dans la deuxième version, les faits et les jugements ont été très largement revus : "Pour soutenir un procès que lui suscitèrent des ennemis, il fut obligé de vendre sa charge de président; & il mourut en 1716, doyen des avocats, & généralement estimé. Son zèle pour la gloire de son pays lui donne des droits à la reconnaissance de ses concitoyens." Il ajoute à la fin : "De ses manuscrits nombreux, il serait possible de former quelques ouvrages curieux & dignes du public." Il est probable que ces modifications ont été demandées par les descendants de Guy-Allard, la famille Allard-Duplantier. P.-V. Chalvet se montrait peu reconnaissant vis-à-vis de son devancier dont il a pourtant repris la majorité des notices. Dans cet exemplaire, les deux états du feuillet s'y trouvent. Dans les deux autres exemplaire que je possède, seule la version corrigée apparaît, sous forme de carton monté sur onglet (Carton : "Feuillet imprimé après coup inséré dans un livre en lieu et place d'un autre et offrant un texte modifié",
Manuel de bibliophilie, C. Galantaris).

Enfin, cet exemplaire me permet d'enrichir ma collection d'ex-libris dauphinois avec celui d'A. Jouffray :


Je n'ai aucun renseignement sur A. Jouffray et sa bibliothèque. A-t-il un lien avec Camille Jouffray (1841-1924), maire de Vienne (Isère) et sénateur de l'Isère ? Les ouvrages de cette bibliothèque sont courants sur le marché.

Deux acquisitions ce week-end au Salon du Livre ancien de Champerret. Pour commencer, une petite rareté :
Annuaire du département des Hautes-Alpes pour l'année 1806.

Ces annuaires sont particulièrement rares. Ce sont pourtant des sources irremplaçables d'informations sur la vie du département à cette époque. Ils fourmillent de renseignements, certes anecdotiques, mais indispensables pour connaître la vie quotidienne de nos ancêtres. Cet annuaire contient en particulier un long chapitre consacré à l'activité de la Société d'Emulation du Département, avec un résumé des principales communications. A la fin, est reproduit dans son intégralité le rapport de la commission des beaux-arts de l'Institut sur le mémoire de Ladoucette présenté devant l'Institut à propos des fouilles de Mons-Seleucus (La Bâtie Mont-Saléon).

Je possède déjà les annuaires de l'an XIII (1804-1805) et de 1808.


Ensuite, une ouvrage hagiographique sur Dom Jean-Baptise Chautard (1858-1935), abbé de Sept-Fons, originaire de Briançon où il a passé sa jeunesse dans la Grande Gargouille où ses parents tenaient une librairie.


Cet ouvrage est illustré de deux belles photos. Une vue de la Grande-Ruine depuis le glacier des Agneaux :

Et surtout cette belle vue de la Meije :


Le montagne a été déterminante dans la vocation de Dom Jean-Baptise Chautard.