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samedi 30 janvier 2016

Mémoires de la Société littéraire de Grenoble, 1787 et 1788

Souvent, vous vous êtes demandé quelle est la cause des « dépérissements actuels des bois en Dauphiné » et quelles sont « les branches d'industrie qui conviennent le mieux aux cantons de la Province de Dauphiné qui en sont dépourvues » ? La Société littéraire de Grenoble y a répondu.


C’est le charme de ces ouvrages anciens, que l’on achète un peu au hasard et un peu au flair, car, à priori, ils rencontrent vos centres d’intérêts, ils sont dans une bonne condition (en l’occurrence, dans une reliure d’époque) et une recherche rapide sur Internet montre qu’ils sont rares. Quand, en plus, ils ne sont pas chers, on y va ! On regarde un peu le livre, on le met de côté dans l’idée de l’étudier plus à fond plus tard, puis on l’oublie un peu. Le travail pour préparer ma conférence sur Dominique Villars m’a fait ressortir le livre de sa cachette, le lire, l’étudier, etc. C’est ainsi que j’ai passé quelques heures à « décortiquer » les Mémoires de la Société littéraire de Grenoble, Première partie, 1787 et Seconde partie, 1788. Ce sont les deux premières années (sur trois) des Mémoires de cette société littéraire, instituée à Grenoble en 1780 et transformée en Académie delphinale en 1789.


On y trouve les inévitables comptes rendus de séances, les discours au style fleuri du secrétaire perpétuel, le docteur Henri Gagnon, plus connu aujourd’hui pour avoir été le grand-père de Stendhal que pour son œuvre et son action dans la vie culturelle et sociale de Grenoble avant la Révolution. Mais, ce qui est en fait surtout l’intérêt est la publication de plusieurs Mémoires, qui sont les réponses à des questions soumises à la sagacité des érudits et autres honnêtes hommes de la province préoccupés du bien public, question qui font toujours l’objet d’un prix qui doit venir récompenser le meilleur travail.


Le docteur Henri Gagnon

Le premier mémoire répond en fait à quatre questions (on voit qu’il y avait peu de liberté pour établir le plan !) :
A quelle cause doit-on attribuer les dépérissements actuels des bois en Dauphiné ? Quels sont les effets qui sont résultés du dépérissement des bois relativement à l'agriculture ? Quels sont les moyens de remédier au dépérissement des bois et forêts en Dauphiné ? Quel est le parti le plus avantageux que l'on pourrait tirer des bois, landes, marais et pâturages publics ?
Le mémoire primé lors de la séance du 2 mai 1787 est celui d’Alexandre Achard de Germane, un haut-alpin de Serres, avocat au parlement de Grenoble. Publié dans le premier volume, il couvre une centaine de pages. Il est intéressant de constater que la cause qui est le plus mis en avant dans cette étude est tout simplement la législation inadaptée, qui, malgré son objectif de défendre les abus, ne fait que les aggraver : complexité de la loi, peines disproportionnées et donc inappliquées, pouvoir trop grands des juges, qui deviennent ainsi corruptibles ou influençables, trop grande facilité des autorisations de coupes, etc. Ce qu’il détaillera ensuite sera un projet de législation qui devait remédier à tous ces défauts.

Mais c’est le second Mémoire qui est le plus intéressant, d’autant plus qu’il aborde largement la situation du Briançonnais. Il traite une double question : Quelles sont les branches d'industrie qui conviennent le mieux aux cantons de cette Province qui en sont dépourvues, notamment dans le haut Dauphiné ? Quels seraient les moyens d'accroître les progrès de l'agriculture dans les cantons qui pourraient n'être susceptibles d'aucun genre d'industrie, sans nuire au rétablissement des bois ?
C’est le même Achard de Germane qui voit son mémoire récompensé lors de la séance du 12 mars 1788. Si on peut résumer sa proposition à la première question, c’est cette phrase que je choisirais : « L'éducation des bestiaux et quelques manufactures, dont leurs dépouilles soient les matières premières ». C’est ainsi qu’il est amené à préconiser le développement de l’élevage local dans le Briançonnais, plutôt que de laisser ces régions mettre à disposition leurs pâturages aux Provençaux (« ces agents étrangers qui profitent de leurs richesses locales »). Comme débouché, il envisage la création d’une manufacture de filage des laines à Sainte-Catherine, à Briançon. Parmi les autres industries, il évoque l'extraction du charbon, la fabrique de tuiles, les filatures de coton, qui existaient déjà au Monétier, les industries pour le Queyras et la Vallouise, les routes à établir, etc.

Plan-relief de Briançon (XVIIIe siècle)

Au-delà du style et de certains aspects dans la façon d’aborder les sujets (la référence à une élite éclairée et éduquée, comme modèle pour le peuple, qui, en contrepartie, est souvent vu en même temps de façon négative et simpliste) ce qui m’a frappé, surtout dans le second mémoire, est la permanence des questions et des solutions qui sont abordées. Comme aujourd’hui, la problématique est de savoir articuler l’action publique avec l’initiative privée, pour une meilleure efficacité. La ligne blanche de toute la réflexion d’Achard de Germane est le respect du droit de propriété, sans que cela ne doive pourtant entraver une action volontariste de l’administration, représentée par l’intendance du Dauphiné (l’équivalent, peu ou prou, de notre administration préfectorale). Les projets pressentis (la manufacture de filature de laines, etc.) doivent  faire l'objet d'une impulsion, d'une aide et d'une protection de l'intendance du Dauphiné. L’autre aspect est l’utilisation de la législation et de la fiscalité comme outils au service du développement. C’est très vrai pour les réflexions sur la gestion des forêts, mais il l’applique aussi à la protection et à l’incitation de la production manufacturière en Briançonnais.

Ces Mémoires contiennent aussi un essai « sur les moyens de perfectionner l'espèce des Moutons du Dauphiné », par Étienne Tourtelle (orthographié Tourtel), médecin de Besançon, qui avait traité le même sujet en 1784 pour l'académie de Besançon.

Enfin, et j’en reviens à ce qui m’a amené à rouvrir ce livre, Dominique Villars publie les : Liste et Observations sur les Arbres de la Province de Dauphiné, par M. Villars, Médecin, Professeur de Botanique, Membre de la Société littéraire. Cette liste contient la description de 86 espèces d'arbres et d'arbustes. A la différence des notices  de son Histoire des Plantes de Dauphiné, qui est un ouvrage « purement botanique et médicinal », dans cette étude, il envisage aussi les usages économiques que l'on peut en faire et donne des conseils de culture.

On peut aussi lire avec profit le Discours prononcé par M. le secrétaire perpétuel, à la première séance de la Société littéraire, le 2 mai 1787, discours du docteur Gagnon dans lequel il fait l'historique des origines de la bibliothèque publique de Grenoble, du cabinet d'histoire naturelle et de la société littéraire.

Entrée de l'ancienne bibliothèque de Grenoble (passage du Lycée), située
dans l'ancien collège des Jésuites. C'est la création de cette bibliothèque 
qui est à l'origine de la Société littéraire. Elle tenait ses séances en ce lieu.

Façade de l'ancien collège des Jésuites, 
aujourd'hui Lycée Stendhal, Grenoble.

Comme on le voit, une mine d’information et une mine de lecture.

Pour un description plus complète : cliquez-ici.

lundi 22 décembre 2014

Le Dauphiné, Camille Lebrun, 1848


La très parisienne auteur (auteure ?) de Une Amitié de Femme, roman de mœurs, Paris, 1843, de l'Histoire d'un mobilier, scènes de mœurs, Paris, 1844 ou encore des Entretiens sur les sacrements de baptême et l'eucharistie, 1847, a décidé en 1846 de s'intéresser au Dauphiné. Pourquoi ? On ne sait pas, car rien ne semblait la relier à cette province. Elle fait donc paraître deux articles en juillet et août 1846, dans le Musée des familles. Lectures du soir, dans une série "Voyage en France". Quelques mois plus tard, elle en donne une version largement plus développée :
Le Dauphiné. Histoire. – Descriptions pittoresques. – Antiquités. – Scènes de mœurs. – Personnages célèbres. – Curiosités naturelles. – Châteaux et Ruines. – Anecdotes. – Monuments et Édifices publics. – Coutumes locales.
Paris, Amyot, 1848, in-8°, [4]-388 pp.


Récit d'une excursion dans le Dauphiné, depuis Lyon. L'itinéraire suivi débute par Vienne, passe par Rives, le lac de Paladru, Saint-Marcellin, le Royannais, Lans (Villard-de-Lans), Sassenage, Grenoble, Uriage, la Grande Chartreuse, Vizille, Bourg d'Oisans, La Grave, Briançon, le Queyras et finit par Embrun, Gap, Tallard et la Drôme et Valence. Il s'agit surtout d'un voyage pittoresque, mélange de notations sur les paysages, les monuments, les mœurs locales, avec une attention particulière pour les modes de vie des différentes classes sociales. Le tout est complété de notations historiques, avec, pour certaines personnalités ou périodes, des développements plus longs, comme l'histoire du Dauphiné, Lesdiguières, le baron des Adrets, Bayard, Philis de la Charce, le prince Djeam (aussi connu sous le nom de Zizime), les hommes politiques illustres comme Barnave, Mounier, Casimir-Périer, etc. Pour une raison qu'elle ne donne pas, elle consacre pas moins de 2 chapitres (sur 20) au seul Lesdiguières.

Le récit est donné à la première personne, comme s'il s'agissait d'un journal de voyage, avec de nombreuses anecdotes pour donner un caractère vivant et animé au récit : l'orage en allant à Lans, la semaine de pluie à Briançon, le colonel qui les amène au lac de Paladru sans les prévenir, etc. Pour renforcer le côté vivant et pris sur le vif, elle choisit souvent la forme dialoguée.

Camille Lebrun a-t-elle réellement parcouru le Dauphiné ? Certaines notations – je pense aux glaciers du Casset – laissent penser qu'elle a réellement vu le pays. En revanche, le récit en a probablement été arrangé. En une seule rencontre avec une femme et ses enfants en Oisans, elle fait connaissance avec  les « Coutumes bizarres des habitans de cette contrée agreste » : la vie quotidienne dans l'étable, la bouse séchée comme combustible, le pain cuit une fois par an que l'on casse à la hache, le mort sous le toit, les colporteurs et, plus précisément, les instituteurs ambulants, etc. (pp. 300-305). Au passage, comme cela arrive plusieurs fois, elle s'étonne qu'une petite fille parle le français, et pas seulement le patois (p. 300). 

Et la montagne dans le livre ? Elle passe à La Grave sans même s'arrêter et voir la Meije et ses glaciers. Ce n'est qu'au Casset qu'elle évoque pour la seule fois les glaciers :

A une demi-lieue du Monestier, est un petit hameau nommé Casset où nous allâmes nous promener a pied le lendemain. Vis-à-vis ce hameau, se dresse un glacier dont la rampe excessivement raide nous découragea d’en tenter l’ascension. Le glacier du Casset, haut, dit-on, de 1,600 pieds, est un des contre-forts du Pelvoux qui, lui-même, se rattache au Lautaret ; ce dernier glacier est plus élevé du double que celui du Casset.
Nous déjeunâmes dans une guinguette d’où nous avions en vue l’imposant tableau de cette agglomération de montagnes qui, comme tout ce qui est superbe ou terrible, attire et fascine pour ainsi dire le regard de l’homme. La glace amoncelée depuis un temps immémorial et parvenue à un état de solidification qui lui donne une dureté bien supérieure à celle de beaucoup d’espèces de pierre, n’a pas la transparence qui résulte de la congélation éphémère et fréquemment renouvelée des cascades ni des fontaines; sa blancheur mate lui donnerait plutôt de loin l’apparence de marbre poli. Les glaciers des Hautes-Alpes se trouvent presque tous sur la lisière du département de l’Isère. Parfois il s’en détache des blocs volumineux qui roulent de monts en monts, jusque dans les vallées inférieures. Néanmoins, ces incommensurables lits de glace , au milieu desquels se dessinent d’énormes masses simulant des tours, des obélisques, des buffets d’orgue, des forteresses en ruines, augmentent toujours au lieu de diminuer. (pp. 307-311)
Les notations sur les glaciers des Alpes dauphinoises sont suffisamment rares pour que ce passage mérite d'être souligné. Il prend d'autant plus d'intérêt que l'on est à la fin du petite âge glaciaire, moment de la plus grande extension des glaciers dans la région.

Chose curieuse, j'ai parlé récemment du glacier du Casset dans le message consacré à : Sur la minéralogie et la géologie du département des Hautes-Alpes, Émile Gueymard, 1830. Visiblement, dans la première moitié du XIXe siècle, le glacier du Casset avait une telle ampleur qu'il attirait l'attention de tous les voyageurs. En effet, William Brockedon en avait aussi parlé dans Illustrations of the Passes of the Alps, dont la première édition a paru entre 1827 et 1829, récit d'un voyage de l'été 1824.

Aujourd'hui, le glacier est bien en retrait :


Qui est Camille Lebrun ? Après avoir acheté le livre, je suis parti à la découverte de cet auteur. Si son œuvre est bien répertoriée (voir par exemple : http://data.bnf.fr/12203857/camille_lebrun/), sa vie était mal connue. Certes, on savait que Camille Lebrun est le pseudonyme de Pauline Guyot. En revanche, même sa date de naissance n'était pas connue. Je ne voulais pas en rester là. Après quelques recherches, j'ai pu trouver ses dates de naissance et de décès. Dans son acte de décès, il est d'ailleurs préciser qu'elle est femme de lettres, dite "Camille Lebrun". L'identification ne faisait plus de doute. J'en ai profité pour créer une page Wikipédia pour faire partager mes trouvailles. La galaxie "Bibliothèque Dauphinoise" s'enrichit ainsi de pages Wikipédia : Camille Lebrun (vous verrez dans l'historique que le créateur de la page est Bibliotheque-dauphinoise) et de généalogies dans Geneanet : cliquez-ici.

Un dernier mot sur la rareté du livre. Dans le catalogue Perrin, il est dit :  « Ouvrage devenu rare ». Cela peut paraitre étonnant pour ce type de livre. Pourtant, on n'en trouve que 6 exemplaires au CCFr et un seul exemplaire en vente sur les sites Internet de livres anciens.

Lien vers la page consacrée à cet ouvrage sur Bibliothèque-Dauphinoise : cliquez-ici.

lundi 22 juillet 2013

Description du Dauphiné, de la Savoie, du Comtat-Venaissin, de la Bresse et d'une partie de la Provence, de la Suisse et du Piémont au XVIe siècle, par Aymar du Rivail, traduit par Antonin Macé

En 1852, le professeur Antonin Macé, parfois connu sous le nom de Macé de Lépinay, breton d'origine, veut signer son entrée dans le Dauphiné en permettant à bon nombre de ses nouveaux concitoyens d'accèder à un texte qui n'était alors disponible qu'en latin. Il s'agissait du premier livre de l'Histoire des Allobroges d'Aymar du Rivail, écrit dans la première moitié du XVIe siècle en latin, premier livre qui donnait une description du pays des Allobroges et de certains de ses confins, autrement dit du Dauphiné, de la Savoie, du nord de la Provence (le Comtat-Venaissin) et de la Bresse.


C'est ainsi qu'est paru en 1852, chez les libraires Charles Vellot et F. Allier :
Description du Dauphiné, de la Savoie, du Comtat-Venaissin, de la Bresse et d'une partie de la Provence, de la Suisse et du Piémont au XVIesiècle; Extraite du premier livre de l'Histoire des Allobroges par Aymar Du Rivail, Traduite, pour la première fois, sur le texte original publié par M. Alfred de Terrebasse; précédée d'un introduction et accompagnée de notes historiques et géographiques par  
M. Antonin Macé, Ancien élève de l'école normale supérieure, Professeur d'histoire à la Faculté des lettres de Grenoble
Grenoble, Ch. Vellot & Cie, libraires, F. Allier père & fils, imprimeurs, 1852, in-8°, XXXVI-364 pp.


Il s'agit de la traduction du premier livre de l'Histoire des Allobroges d'Aymar du Rivail, qui donne la description d'une vaste zone couvrant la Savoie et le Dauphiné, en y incluant la Bresse au nord, et le Comtat-Venaissin au sud. Ce texte, écrit dans la première moitié du XVIesiècle, a d'abord été publié en 1844 dans sa version latine, ce qui le rendait guère accessible au public cultivé, interessé par l'histoire de la région. Antonin Macé a entrepris de le traduire, complété de notes, pour le faire connaître au public dauphinois. Récemment arrivé dans la région, c'est sa première contribution à l'histoire régionale.

Dans cette volonté de mettre à disposition du plus grand nombre un texte qui était inaccessible à la plupart, parce que publié en latin, on peut y voir une application pratique des idées libérales et démocratiques d'Antonin Macé. Cela va dans le même sens que les cours populaires qu'il délivrera de 1854 à 1875 pour mettre le savoir historique à la portée de tous.

Dans son Avant-propos, A. Macé se faisait le promoteur des guides régionaux : "Avec leur esprit pratique, les Anglais ont, dans leurs Hand-Books, d'excellents modèles d'une classe intermédiaire de livres que je voudrais qu'on imitât en France. Moins secs, moins arides, moins hérissés de chiffres et de tableaux que nos Statistiques, ils sont bien autrement sérieux et instructifs que nos prétendus Guides du voyageur. On y trouve des notions simples, précises, exactes, sur la géographie physique de chaque pays, c'est-à-dire sur les montagnes, les vallées, les golfes, les îles, les fleuves, les cours d'eau; sur les canaux, les routes et leurs relais, les chemins de fer, les distances relatives des villes et même des villages;  les antiquités, les monuments, les souvenirs historiques; le commerce, l'industrie, l'agriculture; le tout accompagné de plans, de cartes, de vues admirablement exactes, et dans lesquelles l'art ne perd rien quoiqu'il n'emprunte rien à l'imagination." Par cet ouvrage, il espère contribuer à cela. Il trace aussi la voie aux futurs ouvrages qu'il fera paraître. En effet, c'est le premier travail publié par Antonin Macé, breton d'origine, que le hasard des affectations a conduit en Dauphiné, région à laquelle il s'attachera et dont il deviendra un des promoteurs. Ce premier ouvrage est aussi un façon de faire connaître le passé et la diversité de la province. Plus tard, il sera un des pionniers du tourisme en Dauphiné par ses guides des chemins de fer, puis ses deux plaquettes sur les montagnes de Saint-Nizier et surtout sur Belledonne. Sur ce dernier point, il sera même un des pionniers de la découverte et de la promotion des Alpes dauphinoises.

Je vous laisse découvrir cet ouvrage, dans la description que j'en ai donnée (cliquez-ici). Comme on l'imagine, si tout le département des Hautes-Alpes est bien représenté, la description des montagnes est totalement absente. Le seul sommet cité est le Mont-Viso. Malheureusement, Antonin Macé ne nous renseigne guère. Sa note sur le Vénéon montre que la topographie de la région était encore très approximative pour notre savant, ce qu'il partage avec les autres écrivains sur les Alpes dauphinoises, jusqu'aux années 1860 : "Le Vénéon formé de deux torrents le Vénéon proprement dit, qui prend sa source à la pointe de Chiare, le Lavet, qui sort de la pointe de la Muande dans le mont.Pelvoux, la plus haute montagne de France ( 4 300 mètres ). Après sa jonction avec le Lavet, le Vénéon arrose les vallées de Saint-Christophe et de Venosc en Oisans, et va enfin se jeter dans la Romanche un peu au-dessus du Bourg-d'Oisans." 

Les notes d'Antonin Macé sont souvent très instructives, bien que très érudites. Les deux notes renvoyées en appendices sont :
Des divers systèmes sur le passage des Alpes par Annibal. Les contradictions d'Aymar du Rivail à ce sujet sont l'occasion, pour Antonin Macé, de développer largement ses réflexions et son opinion sur le passage d'Annibal. Il se range à l'hypothèse du passage par le Mont-Cenis, en s'appuyant en particulier sur l'ouvrage de Larauza. Les hypothèses par les cols des Hautes-Alpes (Monte-Genèvre, Mont-Viso, Queyras, etc.) sont réfutées et discutées.
Des routes actuelles dans les Alpes, qui contient en particulier un développement sur la route du Mont-Genèvre.

Pour mieux connaître Antonin Macé de Lépinay, je lui ai consacré une notice biographique, complétée d'une bibliographie. Vous pouvez la consulter en cliquant ici. J'ai trouvé beaucoup d'informations dans la consultation de son dossier numérisé de la Légion d'Honneur, consultable sur Internet.

Antonin Macé de Lépinay (1812-1891)

Le manuscrit original d'Aymar du Rivail a été publié pour la première fois par Alfred de Terrebasse, en 1844, après avoir retrouvé la partie qui avait disparu. Cette publication a reproduit le texte latin, avec des notes en latin. Seule l'introduction est en français, avec quelques éléments sur la vie d'Aymar du Rivail. Cette belle publication, sortie des presses de Louis Perrin, était réservée à des érudits :
Aymari Rivallii [Aymar du Rivail], Delphinatis. De Allobrogibus. Libri novem. Ex autographo codice Bibliothecae Regis editi. Cura et Sumptibus Aelfredi de Terrebasse [Alfred de Terrebasse].
Viennae Allobrogum, apud Jacobum Girard, bibliopolam [Vienne, Jacques Girard, Libraire], 1844, in-8°, [6]-XXVII-608 pp.
Pour voir la notice, cliquez-ici et le messages sur ce blog : "De Allobrogibus", une édition de 1844, des presses de Louis Perrin





Pour finir, cet ouvrage, bien relié, a d'abord appartenu à Laurent de Crozet, puis à son fils Amédée de Crozet et enfin à Charles Schefer, comme l'indique les trois ex-libris héraldiques disposés en colonne, par ordre chronologique des propriétaires de haut en bas, sur le premier contre-plat.



J'ai rassemblé quelques éléments sur ces différents propriétaires : cliquez-ici.




samedi 16 février 2013

Oisans : un beau dépliant touristique de 2 mètres de long

M’éloignant un peu de la bibliophilie traditionnelle, mais restant toujours attaché à mon thème de prédilection, j'ai mis récemment la main sur un dépliant touristique de 1896, qui représente le déroulé du paysage depuis la route de Grenoble (Vizille, pour être précis) à Briançon, sur une centaine de kilomètres. L'intérêt est bien évidemment de représenter les montagnes de la région, c'est à dire la bordure nord du massif des Ecrins (ou de l'Oisans).

Il se présente sous forme d'une petite plaquette (22 x 11 cm), illustrée d'un côté par une vue de la Meije depuis la Grave, avec le titre complet : Dépliant alpestre. Excursion en Oisans. Grenoble, Vizille, le Bourg d'Oisans, le Freney, la Grave, le Lautaret, Briançon. Projection sur 100 kilomètres des sommets du massif.


Le verso contient une carte et l'indication de l'imprimeur.



Totalement déplié, il mesure plus de 2 mètres de long (216,5 cm.). Je l'ai totalement scané et j'ai ainsi pu le reconstituer complétement dans tout son déroulé.



Vous pouvez le télécharger en version haute-définition (cliquez-ici, attention 17 Mo).

Ce qui frappe le plus est une certaine naïveté dans le dessin, qui n'enlève rien au charme de l'objet, voire lui en donne un supérieur. Cette représentation de la Meije en est une bonne illustration. La fidélité abosolue n'a pas été recherchée par l'illustrateur.



Parlant d'illustrateur, qui est donc l'auteur de ce panorama ?
Il faut de bons yeux pour distinguer son nom sur la première couverture : "Dessiné par Louis Guerry"



Quelques recherches plus tard (Google, Gallica, BNF, CCFr), le résultat est maigre :

Un dépliant similaire, probablement à la même date : 
Excursion au couvent de la Grande Chartreuse : Grenoble, Voiron, Saint-Laurent, Le Couvent, St-Pierre, le Sappey, Grenoble. Projection sur 200 kilomètres des sommets du massif. Grenoble, J. Baratier, s.d.

Une carte du même massif de la Grande-Chartreuse :
Massif de la Grande-Chartreuse. Carte du touriste. Chemin de fer Voiron St-Béron, 1/100. 000, dessiné par Louis Guerry - Annecy, Grenoble, J. Baratier, [1897], 1 feuille (61 x 39 cm). (source : Gallica)



Visiblement installée à Annecy, il en a donné une carte :
Annecy plan de la ville mis à jour 50 (cinquante) ans après la réunion de la Savoie à la France, Genève, Lith. Sonor, [1910], 1 plan en coul., 1095 x 1073 mm.

Enfin, dans un genre très différent, une affiche sur la Palestine :
P. L. M., Palestine, Bethléem
[S.l.] : [s.n.] , [1898] ([Paris] : [F. Hugo d'Alési]), 1 est. lithogr. en coul. 106 x 75 cm


On en conclut qu'il a été actif de 1896 à 1910. Sinon, pas plus de renseignements, mais il ne faut évidemment pas le confondre avec un autre Louis Guerry (1898-1981), auteur de L’antisémitisme stalinien.

Pour aller plus loin :
Excursion en Oisans, Louis Guerry
Louis Guerry

dimanche 26 août 2012

Jean Jacques Rousseau à Grenoble (bis)

Il y a quelques mois, je présentais une plaquette d'Auguste Ducoin sur le (court) séjour de Jean-Jacques Rousseau à Grenoble en 1768 (voir ici). Au passage, c'est un des messages parmi les plus lus. Ce travail était fondé sur un mémoire manuscrit de l'avocat Bovier qui avait accueilli Rousseau à Grenoble et l'avait accompagné tout au long de son séjour, jusqu'au point de l'importuner. Rousseau lui fera un sort en le tournant en dérision, nominativement, dans un passage des Lettres d'un promeneur solitaire. Il l'a pas moins accusé de l'avoir laissé prendre le risque de s'empoisonner avec des baies sur les bords du Drac.

En cette année du tricentenaire, les Presses Universitaires de Grenoble (PUG) ont eu la bonne idée de publier à nouveau ce document, en respectant les règles modernes de la publication des textes manuscrits. L'ouvrage, bien illustré, est présenté et annoté par Catherine Cœuré et Jean Sgard.


Les règles modernes de publication impliquent au moins la fidélité au texte original. C'est ainsi que j'ai découvert que le texte publié par A. Ducoin en 1854 n'était qu'une paraphrase du mémoire de l'avocat Bovier, paraphrase qui était parfois accompagnée de commentaires, voire de jugements de valeur sur ce "pauvre" Bovier. Le texte a même parfois été réécrit, rarement à l'avantage de Gaspard Bovier. La comparaison de ces deux extraits permettra de comprendre mon propos.

Le texte original, tel que donné par l'édition des PUG (p. 30) :

Pour éviter un détour dans les appartements des domestiques et la cuisine, je le conduisis par mon cabinet qui était contigu à l'escalier. En y entrant et voyant une bibliothèque assez considérable, trop peut-être pour un idiot de ma sorte, il fronça le sourcil et me dit d'un ton assez ironique : « Il y a ici bien des mensonges ! » - « Il y a encore plus de belles et bonnes vérités, monsieur, lui repartis-je, je vous montrerai Emile qui me guide ainsi que vous allez le voir, le Contrat social que j'étudie, La Nouvelle Héloïse qui me transporte, plusieurs discours de Jean-Jacques Rousseau et d autres auteurs qui m'instruisent et m'amusent. »
Il balbutia quelques mots et, continuant sa route en donnant la main à la belle nourrice.

La version d'Auguste Ducoin (pp. 19-20) :

On traverse un cabinet occupé par la bibliothèque de Bovier.
- Il y a ici bien des mensonges, dit Jean-Jacques, en donnant cours à ses pensées favorites, aussitôt qu'il apercevait un volume, ou la moindre feuille imprimée.
- On y trouve plus encore de belles et bonnes vérités, s'écrie l'avocat, à l'affût d'une occasion favorable pour glisser un compliment. Voyez l'Emile, qui est mon guide, le Contrat social que j'étudie et la Nouvelle Héloïse qui me ravit d'admiration !
A ce coup d'encensoir où fumait un parfum trop grossier pour son orgueil délicat et raffiné, Jean-Jacques rougit, balbutie quelques mots et s'empresse de gagner une petite cour.
On voit qu'après avoir été ridiculisé par J.-J. Rousseau, Gaspard Bovier se voit mal servi par son compatriote Auguste Ducoin.
Cela m'amène d'ailleurs à revoir ce que j'avais pu écrire sur l'ouvrage d'Auguste Ducoin que je tenais pour un travail de qualité.

Je recommande donc cet ouvrage. Je n'aurais qu'un seul regret à exprimer. A trop vouloir défendre la mémoire de Jean-Jacques Rousseau, fallait-il charger la mémoire de ce "pauvre" avocat Bovier qui, non seulement a été accusé de laisser Rousseau s'empoisonner, mais passe maintenant pour un "notable prétentieux, mais un peu naïf". Preuve, s'il en ait, que la passion que provoque Rousseau n'est toujours pas éteinte au point qu'il y a toujours des personnes pour le défendre même dans les travers de sa personnalité ou de son comportement quotidien. Pourtant, cela n'a pas de rapport direct avec sa pensée, qui, seule aujourd'hui, devrait faire l'objet de débat.

Avant cette édition de 2012, le manuscrit de Gaspard Bovier a été auparavant publié en 1964 dans une édition bibliophilique :
Gaspard Bovier
Journal du séjour à Grenoble de Jean-Jacques Rousseau, sous le nom de Renou, établi d'après le manuscrit 15.282 du fonds français de la Bibliothèque Nationale.
Introduction de Raymond Schiltz. Préface de Jean Guéhenno. Illustration d'Henri Patez.
Grenoble, Roissard, [1964], in-8°, 144-[8] pp., 8 illustrations hors texte : 4 dessins originaux d'Henri Patez, une reproduction de la carte de Cassini et 3 fac-similés.




Cet ouvrage a été publié pour le Cercle des Professeurs bibliophiles de France, à 1000 exemplaires.

L'introduction, qui situe bien le contexte de la visite de Rousseau à Grenoble et les motivations de Gaspard Bovier pour la rédaction de ce mémoire justificatif, insiste cependant beaucoup sur le mariage de Jean-Jacques Rousseau et Thérèse Levasseur, qui a eu lui pendant ce séjour en Dauphiné, à Bourgoin le 29 août 1768.

dimanche 4 décembre 2011

Jean-Jacques Rousseau à Grenoble

La lecture d'un article dans le dernier numéro de la revue L'Alpe m'a remis en mémoire une plaquette que j'avais dans mes piles, sur le séjour de Jean-Jacques Rousseau à Grenoble en juillet et août 1768, sous le nom de Renou. J'ai extrait cette plaquette de sa cachette pour la décrire.


Le titre complet de cet ouvrage d'Auguste Ducoin (1814-1894) est :
Particularités inconnues sur quelques personnages des XVIIIe et XIXe siècles. I. Trois mois de la vie de Jean-Jacques Rousseau. Juillet – Septembre 1768. Episode postérieur aux Confessions; publié pour la première fois et accompagné de lettres et de notes inédites de J.-J. Rousseau. Elle a paru chez les libraires Dentu et France à Paris en 1852. (pour une description complète, cliquez-ici)

Cette étude est basée sur un manuscrit de Gaspard Bovier, dont la famille accueillit Jean-Jacques Rousseau lors de son passage à Grenoble. Ce manuscrit, qui contient le récit jour par jour du séjour de Rousseau, avait aussi pour objectif de répondre au portrait malveillant que celui-ci donne de Bovier dans la 7e promenade des Rêveries du promeneur solitaire. Il lui reproche d'abord de ne pas l'avoir quitté ni le jour, ni la nuit. Surtout, il raconte une anecdote malveillante où G. Bovier, par « humilité dauphinoise », n'avait pas osé l'arrêter alors qu'il mangeait des baies empoisonnées lors d'une excursion sur les bords du Drac.



L'ouvrage d'Auguste Ducoin est un récit circonstancié du séjour de Rousseau à Grenoble, depuis son arrivée en provenance de Lyon, son passage à la Grande-Chartreuse pour herboriser jusqu'à son arrivée à Grenoble le 12 juillet 1768. Le récit au jour le jour de ce mois grenoblois est aussi une tentative de réhabiliter l'honneur de la famille Bovier, en rappelant toute la bonne volonté qu'ils ont mis à accueillir Jean-Jacques Rousseau, malgré son caractère irritable et changeant. Le portrait qu'Auguste Ducoin donne du philosophe met bien en valeur sa misanthropie, ses craintes de persécution, son caractère suspicieux et susceptible. Au-delà, c'est aussi l'occasion de découvrir comment la bourgeoisie cultivée et libérale de la ville pouvait recevoir un philosophe qui était déjà extrêmement populaire. Le séjour se termine par une obscure affaire de tentative d'escroquerie de Jean-Jacques Rousseau par un certain Thévenin. Il fuit Grenoble en août, pour n'y revenir que quelques jours en septembre 1768 alors qu'il est à Bourgoin. Auguste Ducoin raconte que le départ précipité de Rousseau est la conséquence d'une maladresse du président du Parlement, Berulle, qui avoua avec franchise : "ce n'est pas que je connaisse vos ouvrages; je n'en ai jamais lu aucun". 

La rue Jean-Jacques Rousseau où logea
le philosophe lors de son passage à Grenoble.


Nota : depuis la rédaction de ce message, une nouvelle édition du manuscrit de Gaspard Bovier a été donnée par les Presses Universitaires de Grenoble. Voir le message que je lui ai consacré : cliquez-ici. On verra que l'ouvrage d'Auguste Ducoin mérite quelques réserves, car il s'agit plus d'une paraphrase enjolivée, que la publication rigoureuse d'un manuscrit inédit. Dans l'exemple choisi pour illustrer cela, on verra qu'après avoir été ridiculisé par J.-J. Rousseau, Gaspard Bovier se voit mal servi par son compatriote Auguste Ducoin.

Pour revenir à l'Alpe, ce numéro 55, hiver 2012, qui vient de paraître, est entièrement consacré à Grenoble.



Il contient Quand Rousseau herborisait à Grenoble, par Eliane Baracetti, pp. 48-53, avec une bibliographie qui annonce une nouvelle édition du journal de Gaspard Bovier.

Pour finir, quelques mots sur Auguste Ducoin, l'auteur. C'est un de ces érudits, qui a eu une renommée locale en son temps. C'était visiblement un homme estimé, que le temps a fait disparaître dans un profond anonymat. J'ai tout de même réussi à glaner et mettre en ordre quelques informations (pour plus de détails : cliquez-ici). Né à Grenoble en 1814, neveu du conservateur de la bibliothèque municipale de Grenoble Amédée Ducoin (conservateur de 1818 à 1848), il est d'abord avocat à Grenoble et à Lyon, puis travaille dans l'industrie. Il passe la plus grande partie de sa vie à Lyon. Sa fréquentation du salon de Mme Yemeniz, la femme du célèbre bibliophile lyonnais, nous a permis de le faire un peu sortir de l'anonymat. Il est l'auteur de 3 livres : une étude sur la conspiration de Paul Didier à Grenoble (1844), une biographie de Philippe d'Orléans-Egalité et cet ouvrage sur Rousseau. Ensuite son activité professionnelle l'a empêché de poursuivre dans cette voie. C'est dommage car il annonçait un ouvrage sur Charles Fourier. Un de ces ouvrage a été entièrement plagié par le biographe Michaud, qui a été condamné pour cela (je comprend mieux maintenant comme Michaud a pu produire autant : en recopiant sans les citer les ouvrages d'auteurs moins connus). Pour finir, la collection d'estampes d'Auguste Ducoin a été vendue à Drouot en 1896 :


dimanche 17 juillet 2011

Un manuscrit du XVIIIe siècle : le Dictionnaire du Dauphiné, de Guy Allard

Guy Allard (1635-1716), célèbre et parfois controversé historien du Dauphiné, entreprit dans les années 1680 de rédiger un dictionnaire historique du Dauphiné. Il voulut le publier et fit paraître un prospectus en 1684, mais les souscripteurs ne durent pas se presser en foule. Il ne parut jamais, mais de nombreuses copies manuscrites circulèrent. Il en fut fait un abrégé, toujours sous forme manuscrite. C'est un de ces exemplaires qui a rejoint ma bibliothèque en même temps que La pastorale de Janin.

La reliure est modeste, mais le manuscrit est d'une belle écriture uniforme et très lisible, quoiqu'un peu chahutée parfois.


La notice sur Zizmi, dernière de l'ouvrage :


La modeste demi reliure en basane :


J'ai essayé de dater un peu plus précisément ce document, malgré mes connaissances très restreintes dans ce domaine. L'écriture me semble plutôt de la deuxième moitié du XVIIIe. En revanche, les filigranes du papier pourraient laisser penser qu'il date d'avant l'arrêt de 1741 sur les marques de papier.



Le premier est formé des initiales "J M". Le deuxième représente une cloche surmontée d'une couronne fleurdelysée. C'est la marque d'un format. Quelqu'un saurait-il m'en dire plus ?


De même, je n'ai pas trouvé beaucoup d'informations sur le propriétaire de cet ouvrage.


Qui était ce Champel ? Certes, j'ai trouvé que le
le 19 janvier 1772, un Champel avait fait partie des souscripteurs pour l'acquisition de la bibliothèque de Mgr Jean de Caulet, base de la Bibliothèque Municipale de Grenoble actuelle. Il existe Pierre-François Champel (1744-1814), avocat à Grenoble, fils d'André Champel, garde du corps sous Louis XV et père d'André Champel, camarade d'Henri Beyle (Stendhal) à l'Ecole Centrale. Il existe aussi Jean Louis Champel, avocat, député du district de Romans lors des Etats-Généraux de Romans en 1788. Il y a parfois une confusion entre Jean-Louis et Pierre-François Champel.

Toue cela est un appel à l'entraide bibliophilique. Si l'un d'entre mes lecteurs sait m'en dire plus, je suis preneur.

Ce
Dictionnaire de Guy Allard est resté inédit jusqu'à sa publication par Hyacinthe Gariel en 1864.

Comme conservateur de la Bibliothèque de Grenoble, il avait obtenu en 1844 du descendant de Guy Allard, Antoine Allard Du Plantier, le don de ses manuscrits à la bibliothèque de Grenoble. Même si cette bibliothèque possédait déjà une copie manuscrite, H. Gariel a pu travailler directement sur la copie originale de ce travail :
Dictionnaire historique, chronologique, géographique, généalogique, héraldique, juridique, politique et botanographique du Dauphiné, publié pour la première fois et d'après le manuscrit original par H. Gariel.
Grenoble, Imprimerie Edouard Allier, 1864, in-8°, 2 tomes


Pour en savoir plus sur ce dictionnaire, cliquez-ici pour le manuscrit et son histoire et cliquez-ici pour l'édition de 1864.

La belle reliure de cet exemplaire :

Pour finir, le témoignage, édifiant, d'H. Gariel sur les manuscrits de Guy Allard :
J'ai eu le bonheur d'obtenir en 1844 de l'amitié de M. Antoine Allard, de Voiron, descendant de Guy, le don pour la Bib. pub. de Grenoble de cette précieuse collection de mss., tous autographes de notre auteur. Malheureusement, aucun d'eux n'ayant été protégé par la moindre reliure, plusieurs se trouvent incomplets de quelques ff., même de cahiers entiers : d'autres sont profondément altérés par ces deux fléaux des bibliothèques, l'humidité et les rats... — Outre les XXIII ouvrages ci-dessus formant 36 vol. ou cahiers, notre Bib. possède encore une quantité considérable de feuilles volantes et de cahiers détachés dont il sera difficile de faire des corps d'ouvrage à cause des nombreuses lacunes et l'absence complète de titres. On ne pourra guère les regarder que comme des recueils de notes. Leur réunion formera environ 15 vol. qui, réunis aux 36 déjà signalés, atteindront un total de 51. Mais ce nombre sera loin de comprendre tous les ouvrages mss. laissés par G. Allard. En effet, plusieurs d'entre eux étaient numérotés, et le plus haut chiffre porté sur les mss. acquis par nous est celui de 82. Or, en l'adoptant comme le plus élevé de la collection, il resterait encore 31 ouvrages ou volumes que l'on doit probablement regarder comme à jamais perdus.
Le jugement sans aménité, voire fielleux, de Joseph Roman, un érudit haut-alpin de la deuxième moitié du XIXe siècle :
C'est, du reste, un mauvais service à rendre à certains historiens que de les remettre en lumière et d'exposer aux regards de tous, en les soulignant, leurs erreurs et leurs lacunes. Guy Allard, avant la publication de son Dictionnaire du Dauphiné, jouissait d'une grande réputation; elle n'a pas survécu à l'apparition de son livre.

lundi 28 mars 2011

Epidémies dauphinoises...

Créée en 1778, la toute nouvelle Société Royale de Médecine promut la recherche et l'observation sur le terrain pour collecter, analyser et publier les informations sur les épidémies du royaume. Dans chaque généralité, un médecin est nommé pour suivre plus spécialement les épidémies et faire un recueil de ses observations. Pour le Dauphiné, ce médecin est Jean François Nicolas, qui publie en 1780 un premier ouvrage, fruit de ses observations.
Histoire des maladies épidémiques qui ont régné dans la Province de Dauphiné, depuis l'année 1775.
Grenoble, Imprimerie royale, 1780
(plus plus d'information, cliquez-ici).


Il donne une suite en 1786, pour les observations entre 1780 et cette date :
Mémoires sur les maladies épidémiques qui ont régné dans la Province de Dauphiné, depuis l'année 1780
Grenoble, Imprimerie royale, 1786
(plus plus d'information, cliquez-ici)


Ce sont des ouvrages d'observations médicales et de réflexions théoriques. A l'instigation de l'intendant du Dauphiné, M. Pajot de Marcheval, Jean François Nicolas observe, décrit et analyse les épidémies du Dauphiné. Il donne une place importante à la description du cadre de vie des malades, en introduisant chaque observation par une "topographie" de la région ou du village visités. Chaque mémoire est l'occasion de décrire le pays concerné, sa géographie, son histoire, les habitudes, le cadre de vie, la nourriture des habitants. Chaque observation débute par un rappel des conditions météorologiques de l'année, une description du village et de sa configuration géographique, des remarques sur les conditions économiques et sociales de la population, ainsi que sur leurs habitudes de vie. Ce sont ces observations qui donnent du prix à ces ouvrages. On y trouve aussi une description des symptômes, puis du traitement que le médecin Nicolas a appliqué, mais cela doit surtout avoir de l'intérêt pour un historien de la médecine.

Dans le deuxième ouvrage, il donne un récit d'un voyage à travers le Dauphiné à la découverte des sources d'eaux minérales pendant l'été 1783. Un long chapitre est consacré aux sources d'Uriage. Il évoque aussi les sources du Plan-de-Phazy, dans les Hautes-Alpes et étudie les sources chaudes de Monêtier-les-Bains. A cette occasion, il donne un récit (un des premiers) d'un trajet de Briançon à Bourg d'Oisans par le col du Lautaret.

Dans le même esprit, une petite plaquette écrite par Dominique Villars, médecin et botaniste haut-alpin (Le Noyer 1745 - Strasbourg 1814). Elle a été rédigée avec le chirurgien en chef de l'hôpital militaire de Grenoble, le docteur Cabanne :
Mémoire sur une fièvre putride soporeuse, Qui a régné à l'Hôpital Militaire de Grenoble, depuis le 10 Ventôse, jusqu'au 10 Germinal suivant; Rédigé par les Officiers de santé de l'Hôpital.
Grenoble, an V (1797)
(pour plus d'informations, cliquez ici)



C'est une étude sur une fièvre qui a touché les militaires de la 158e demi-brigade, arrivés à Grenoble le 10 ventôse an V (28 février 1797) en accompagnant des prisonniers autrichiens. La fièvre a duré jusqu'au 10 germinal an V (30 mars 1797). Elle a touché à peu près 150 soldats, sans compter les malades parmi les prisonniers autrichiens. Ceux-ci venaient d'Italie, capturés lors des guerres d'Italie conduites par Bonaparte. Ce sont eux qui amenèrent la fièvre, qu'ils transmirent aux soldats qui les conduisaient.

La démarche adoptée dans cet ouvrage se rapproche d'une des premières études de Villars, contemporaine des ouvrages du médecin Nicolas :
Observations de médecine sur une fievre épidémique qui a régné dans le Champsaur & le Valgaudemar en Dauphiné, pendant les années 1779 & 1780, (cliquez ici), ouvrage qui allie l'observation clinique, la description des traitements et la réflexion théorique sur la maladie.

Dans le même esprit, en plus des deux ouvrages du docteur Nicolas, on peut citer un peu antérieurement :

Epidémie observée [Maladie épidémique observée au Bourg-d'Oysans & à la Grave], par M. Clappier, Grenoble, 1768. (cliquez ici)



La lecture de ces ouvrage me ramène à une réflexion que j'avais déjà partagée sur ce blog. Elle est probablement due à mon manque de connaissance sur la littérature médicale de la fin du XVIIIe. A la lecture de ces ouvrages, j'ai le sentiment que la description des symptômes manquait totalement d'une méthodologie claire. Au lieu de chercher les symptômes communs à tous les malades, ils semblaient se disperser en notant de nombreux faits qui n'étaient probablement pas directement liés à la maladie principale. Ils étaient d'ailleurs extrêmement préoccupés par l'état des urines et des selles. En définitive, le lecture de ces documents ne me semblent pas permettre de faire avancer la connaissance des maladies. Mais, je répète, je ne connais absolument pas cette littérature. Peut-être que tous ces mémoires ont permis, peu à peu, de construire la science médicale et de faire progresser la description et la classification des maladies.

samedi 19 février 2011

Le Dauphiné en 1698 ou l'érudit "notes de bas de page"

Cela faisait longtemps que je voulais lire ce "Dauphiné en 1698" d'après un mémoire de l'intendant du Dauphiné Bouchu. J'aime beaucoup ces mémoires anciens qui nous font découvrir la vision de nos régions par ces ancêtres de nos fonctionnaires. J'englobe dans ce même intérêt les mémoires des militaires sur la frontière des Alpes ou ceux des premiers naturalistes qui ont parcouru nos régions. Ce mémoire de 1698 est l'ancêtre de ces "statistiques" qui se sont multipliés après la Révolution, au moment même où un état centralisateur souhaitait mieux connaître son territoire. J'espérais donc trouver quelques faits intéressants ou vues nouvelles. Lorsque j'ai eu l'occasion d'acheter un bel exemplaire de :
Le Dauphiné en 1698 suivant le mémoire de l'intendant Bouchu sur la généralité de Grenoble. Notes, dissertations & commentaires, par J. Brun-Durand, Lyon et Grenoble, 1874
je me suis empressé de l'acheter :



Las ! De mémoire, il n'y en a fort peu dans cet ouvrage. Il est littéralement noyé sous les notes du sympathique érudit Justin Brun-Durand qui l'a publié en 1874. Dans l'avertissement, il reconnaît lui-même qu'il a donné aux notes "une très grande étendue" au point d'arriver à "une interversion et un renversement" où "l'accessoire dépasse et de beaucoup le principal, c'est-à-dire le texte, qui ne semble être là que pour motiver une longue suite de dissertations et de commentaire sur tout ce qui touche à notre ancien Dauphiné." Il se réfugie derrière l'autorité de Bayle, entre autres, pour justifier cette situation paradoxale.

Certes, ces notes sont intéressantes, mais elles cachent mal l'indigence du mémoire en question, qui n'était là que comme un prétexte à un étalage d'érudition pointilleuse. Ces deux images de quelques pages donneront une idée de l'étendue des notes. Dans la première, c'est à peine si l'on distingue le texte du mémoire.


C'est pour cela que je l'ai qualifié d'érudit "notes de bas de pages", mais j'aurais dû l'appeler l'érudit des notes de pleine page.

Pour ceux qui sont arrivés jusque là, vous vous direz que je regrette mon achat. Que nenni ! En effet, au milieu de ce dédale de notes, j'y ai trouvé des faits intéressants (le bibliophile dauphinois fait son miel de tout). La note de bas de page sur les merveilles du Dauphiné (elle s'étend sur 4 pages !) est pleine d'informations utiles. J'ai aussi trouvé dans cet ouvrage un beau témoignage de cette érudition très XIXe où des amateurs pouvaient ainsi publier leur production pleine de détails érudits, à défaut d'offrir de nouvelles perspectives sur l'histoire de la région. Reconnaissons que dans le cas de Justin Brun-Durand, cette érudition nous permet aujourd'hui d'avoir un
Dictionnaire biographique de la Drôme, qui est une source d'informations indispensables sur la région. L'érudition besogneuse a parfois du bon.

Pour plus d'informations sur l'ouvrage : cliquez-ici.

Ce portrait nous montre Justin Brun-Durand, croqué par le peintre Ageron. Né à Crest (Drôme) en 1836 et mort en 1910, commerçant et juge de paix, il occupait ses loisirs en publiant de nombreux travaux historiques sur le Dauphiné et plus particulièrement sur la Drôme. Son travail de référence est le
Dictionnaire biographique de la Drôme, paru en 2 volumes à la Librairie Dauphinoise de Grenoble en 1900 et 1901.


Dans la notice biographique qui accompagne ce portrait, l'auteur anonyme nous apprend qu'il faisait partie du Comité des travaux historiques et scientifiques, du Ministère de l'Instruction et concluait : "Ce n'est pas trop mal, on en conviendra, pour un ancien marchand de calicot." Je vous laisse interpréter cette dernière remarque.

Glane

Dans un message après la vente du Docteur Blanc en décembre (voir ici), je racontais comment j'avais enfin pu acquérir un ouvrage qui m'était passé "sous le nez" quelques années auparavant. Je vous renvoie vers ce message où Yves Ballu raconte la même chose, pour cette même vente, à propose d'un livre sur le Mont Blanc (admirez les reproductions !). La seule différence est qu'il a dû attendre 35 ans au lieu de 6 comme dans mon cas : cliquez-ici.