dimanche 2 juin 2013

Un fou littéraire haut-alpin

Le 2 avril 1808, en fin d'après-midi, la paisible ville de Gap fut troublée par un tremblement de terre qui réveilla tout d'un coup des inquiétudes au sein de la population. Certains se souvinrent alors d'une prophétie de Nostradamus (laquelle ?) qui prédisait une engloutissement de la ville de Gap. En ces temps de prospérité impériale, il n'était pas admissible que la quiétude d'une tranquille préfecture de l'Empire soit perturbée par de tels événements. C'était sans compter sur un juge du tribunal de Gap, probablement légèrement inoccupé, Jacques François Joseph Rochas qui prit aussitôt sa plume et sa science pour rassurer ses concitoyens. A peine un mois plus tard, il produisit des : Observations sur les tremblemens de terre, contenant quelques détails relatifs à la capitale des Hautes-Alpes et aux contrées du département du Pô, dans lesquelles les phénomènes du 2 avril dernier et jours suivants du même mois ont fait éprouver des alarmes, par M. R***.
En 12 propositions, il développa sa démonstration : les tremblements de terre sont provoqués par des feux électriques ou foudres, qui se propagent par des souterrains. Il put donc affirmer : Gap est à l'abri des feux souterrains, ainsi que des inondations.
Je ne résiste pas au plaisir de donner la liste exhaustive des 12 propositions :
1. Ce n'est que depuis le déluge universel arrivé sous Noë , que les tremblemens de terre se sont manifestés sur notre globe.
2. On peut en tout pays parvenir à lever la carte des grottes et souterrains qui ont été le siège des derniers tremblemens de terre, et en tirer des éclaircissemens pour ceux avenir.
3. Route qu'à tenu le feu du tremblement de terre du 2 avril 1808 et jours suivans, dans partie des état de Napoléon et des cantons Helvétiques
4- Jusqu'ici les assertions qu'on a données sur la direction des tremblemens de terre ne sont que des conjectures incertaines. Plan d'une machine fort simple qui doit infailliblement indiquer la direction des feux souterrains toutes les fois qu'on éprouvera un tremblement de terre;
5. Les mouvemens que le tremblement de terre impriment quelquefois aux cloches et sonnettes suspendues, ne peuvent-ils pas être déterminé par toute autre cause immédiate que la secousse qu'éprouvent les édifices ?
6. Gap est à l'abri des feux souterrains.
7. Cette ville est de même à l'abri des inondations aussi bien que peut l'être toute autre ville en général.
8. Les tremblemens de terre arrivent plus fréquemment aux environs des deux equinoxes.
9. L'apparition ou disparition spontanée des sources d'eau commune ne prouve pas la proximité du souterrain qui conduit le feu du tremblement de terre, et encore moins la proximité du foyer.
10. Les tremblemens de terre qui se font ressentir en plusieurs lieux presqu'au même instant et à d'assez grandes distances, ne peuvent avoir que le feu électrique pour agent principal.
11. Les moyens jusqu'ici proposés par les physiciens à l'effet de délivrer certains territoires des tremblemens de terre trop fréquens, en facilitant l'éruption des feux volcaniques, paraissent les uns insignifians, les autres au-dessus des forces humaines.
12. Les tremblemens de terre sont aujourd'hui pour nous des événcmens naturels et l'on ne saurait rien observer dans les météores, ni dans l'instinct des animaux qui soit capable de nous servir de présage à ce sujet.
Ce brave juge aurait pu en rester là. Il faut croire que sa notabilité l'a protégé des quolibets et critiques, car un mois après, il complèta son "œuvre" par un Supplément aux précédentes Observations sur les tremblemens de terre et fit donc paraître anonymement, comme le premier :
Nouveau pas sur les sentiers de la nature. Concernant les causes physiques des secousses réitérées des Tremblemens de terre. Système sur la matérialité de l'axe du globe terrestre; Le tout accompagné de quelques particularités qui ont rapport aux Sciences Physiques, Naturelles, et à l'Antiquité, traits d'Histoire et Réflexions morales.
Ouvrage utile à l'enseignement de la Jeunesse.
Par un habitant des Hautes-Alpes.
Gap, J. B. Genoux, Imprimeur, 5 mai et 25 juin 1808, in-12, [2]-292 pp.

L'ouvrage est indescriptible. Je vous laisse découvrir les sujets qui se suivent sans ordre ni cohérence. Il semble juste avoir une prédilection pour l'antiquité. J'en ai fait une lecture détaillée, que vous pouvez consulter ici : cliquez-ici. Vous penserez peut-être que s'il y a des fous pour écrire de tels livres, il y a aussi des fous pour les lire et passer quelques heures à décrire leur production. Je finis ce message en notant simplement qu'André Blavier, dans son ouvrage de référence Les fous littéraires n'a pas connu cette production de notre province.

Pour terminer ce message, je ne peux que dire, comme l'auteur : "Comme ces conjectures ne peuvent mener à rien de solide, n'abusons pas des momens du lecteur".

Pour atténuer mon propos, et ne pas vexer d'éventuels descendants de ce monsieur qui prirent la particule et la noblesse en se faisant appeler de Rochas d'Aiglun, signalons que son père fut un des premiers historiens de Gap (Joseph Dominique de Rochas, cliquez-ici) et que son petit-fils, Albert de Rochas d'Aiglun, polytechnicien et directeur des études de la prestigieuse école, fut un érudit qui avait tout de même un brin de fantaisie, comme en témoigne cette photographie où on le voit entouré d'un spectre.



Sur les Rochas d'Aiglun : cliquez-ici.

dimanche 5 mai 2013

Réflexions à propos d'un essai de bibliographie départementale sur les Hautes-Alpes

Il y a presque 15 ans, constatant qu'il n'existait aucune bibliographie fiable et complète sur les Hautes-Alpes, j'ai entrepris de me constituer une bibliographie sur le sujet à mon usage personnel. L'idée était de référencer tous les ouvrages parus qui traitent directement des Hautes-Alpes, soit de la totalité du département, soit d'une partie (région, ville, etc.) du département. Tous les thèmes ont été retenus, sans exclusive : histoire, géographie, sciences naturelles, alpinisme, beaux livres, etc. J'ai même inclus quelques ouvrages plus généraux dont le contenu apportait des éléments intéressants sur le département. Comme je voulais aussi traiter du massif des Ecrins dans sa totalité, j'ai inclus tout ce qui concerne l'Oisans.

Le département des Hautes-Alpes a toujours été pauvre. Au maximum démographique du XIXe siècle, il ne comptait que 130 000 habitants. Il n'abrite aucune université. Sa bourgeoisie locale a toujours été très modeste, par rapport à des départements voisins ou limitrophes comme l'Isère ou la Savoie, au nord. Le premier imprimeur n'est apparu qu'à la toute fin du XVIIIe siècle. Les conditions n'étaient donc pas remplies pour que la bibliographie soit riche et ancienne. Par conséquent, je pensais qu'elle ne contiendrait qu'un maximum d'un millier de titres. Aujourd'hui, résultat de mes travaux, elle en compte près de 3 000 (2 864 au jour d'aujourd'hui, dont 1 080 précisément décrits sur des exemplaires que j'ai eu en mains). Je me demande même quelle sera la limite. Je pensais avoir presque tout trouvé et pourtant, aujourd'hui encore, par le hasard d'une recherche dans Gallica sur Dominique Villars, j'ai trouvé un nouvel ouvrage que je ne connaissais pas. Certes, il ne s'agit pas d'une pièce qui apporte une élément fondamental sur le département. J'espère que j'ai désormais identifié tous les ouvrages majeurs sur le sujet. Mais, dans un souci d'exhaustivité, ce sont aussi ces petites plaquettes qui m'intéressent. Concernant un des préfets les plus fameux des Hautes-Alpes, elle présente un intérêt certain pour des amateurs comme moi :
Petite biographie populaire de M. le Baron de Ladoucette, ancien préfet des Hautes-Alpes, suivie d'une cantate et du programme des fêtes.
Gap, Typographie P. Jouglard, [1866], in-8°, 8 pp.


Mais où cela s'arrêtera-t-il ? En effet, régulièrement, je trouve de nouveaux ouvrages. Est-ce que la limite sera 3000 références dans la bibliographie ? Est-ce il me manque encore plusieurs centaines de références ? Je ne sais et je crois bien qu'en-dehors de moi, personne ne le sait.

Je me dis que pour des départements dont l'histoire est beaucoup plus riche, il est à peine imaginable de pouvoir faire une bibliographie exhaustive. Sans aller très loin, combien de références compterait l'Isère, avec sa riche histoire, incluant, en plus, tout ce qui concerne le Dauphiné ? Je comprends que ces bibliographies départementales ou régionales soient rares, car cela représente un travail de romain, pour, probablement, un nombre de lecteurs/amateurs relativement réduit.

Pour finir, comment je l'ai constituée ? J'ai compilé les grandes bibliographies dauphinoises (Maignien, Guide des Archives des Hautes-Alpes, de Playoust, Histoire de Briançon, de J. Routier, etc.) en ne retenant que ce qui concerne les Hautes-Alpes. Idem pour les bibliographies sur la montagne et l'alpinisme (Jacques Perret, Raymann, etc.). Surtout, et c'est la source la plus riche, chaque fois que j'ai un livre en mains sur les Hautes-Alpes, je parcours la bibliographie et, le cas échéant, je complète la mienne. Ensuite, il y a le hasard de mes achats (exemple de l'acquisition récente d'un ouvrage dont l'existence n'était signalée nulle part : Contribution à l'étude de l’utilisation des forces hydro-électriques dans les Hautes-Alpes. Monographie de l'usine de l'Argentière-la-Bessée, par Raoul de Vibraye, Paris, Librairie de France, 1932), de mes découvertes sur Internet ou, comme aujourd'hui, le hasard d'une trouvaille sur Gallica.

J'espère qu'un jour, je pourrais penser que ma bibliographie est complète (ou presque !) et, à ce moment-là, pourquoi pas, la publier, même si l'époque devient de moins en moins propice à ce type de démarche et que le public intéressé est fort réduit (une centaine de personnes, en comptant les personnes morales ?).

Je clos ici ce message et je repars à la recherche de l'ouvrage inconnu sur les Hautes-Alpes, que personne ne référence et qui existe pourtant !

dimanche 21 avril 2013

La première caravane d'Arcueil, 1879

"Rien n'est meilleur pour le jeune homme que de voyager ainsi ; il fuit les amusements frivoles et énervants des grandes villes ; il fortifie son corps, enrichit son intelligence, élève son âme au milieu des émotions fortes et salutaires que fait naître la vue des montagnes."



La guerre de 1870 a eu un effet inattendu sur l'alpinisme. Le choc de la défaite a amené une part de la bourgeoisie éclairée à engager un effort de redressement national. Après la fête impériale, il fallait retrouver le goût de l'effort, de la discipline, le tout sur fond de patriotisme exacerbé. C'est, entre autres, ce programme que se sont donné les fondateurs du Club Alpin Français en 1874. Un effort particulier devait être fait en direction de la jeunesse. Une éducation trop tournée vers les choses de l'intellect au détriments des soins du corps a souvent été considéré comme une des causes d'une jeunesses moins vigoureuse que les jeunesses allemandes ou anglaises. C'est ainsi que le Club Alpin Français a lancé les caravanes scolaires. Ce sont des excursions organisées pour la jeunesse afin de faire découvrir la nature aux jeunes gens (les jeunes filles semblent exclues) et endurcir leur corps et leur esprit au contact de la montagne ou, tout simplement, des contraintes inhérentes aux voyages.

C'est ainsi que 11 élèves, encadrés par 2 pères dominicains de l'école Albert-le-Grand d'Arcueil, dans la banlieue parisienne, ont formé une caravane scolaire partie le 9 août 1878 d'Arceuil pour un périple d'un mois qui les a conduits en Dauphiné (Coublevie, Voiron, abbaye de Chalais, la Grande-Chartreuse, Grenoble et Uriage, avec une ascension de la Croix de Belledonne), puis en Savoie (Aix-les-Bains, Saint-Gervais, Chamonix) et enfin en Italie (Lac Majeur, Milan, Pavie, Bologne, Florence, Pise, Livourne).Comme on le voit, la majeure partie du voyage s'apparente plus à un voyage touristique qu'à une expédition d'alpinisme à proprement dite. Seule l'ascension de la Croix de Belledonne peut véritablement être considérée comme une randonnée alpestre. Toute la partie du trajet en Italie est même plutôt un voyage culturel.

Au retour, deux élèves, Eugène Ebel, âgé de 18 ans, et Georges Muleur, 20 ans, entreprennent de faire le récit de ce périple sous la forme d'un journal de voyage, assez conventionnel, écrit dans un style léger et alerte, souvent humoristique. Ils ont surtout pour but de faire naître des vocations chez d'autres jeunes. Il est publié en 1879 à la librairie Lecoffre :
La première caravane d'Arcueil. Récit du voyage de la Caravane scolaire de l'Ecole Albert-le-Grand pendant les vacances de l'année 1878.
Paris et Lyon, Librairie Victor Lecoffre, 1879


Un autre élève Léon Schiler a eu pour tâche d'illustrer l'ouvrage par ses dessins. Ils ont ensuite été gravés et ont été soit inclus dans le texte, soit présentés sous forme de planches en pleine page. Le style s'apparente au mode humoristique à la Töpffer ou, pour utiliser une référence dauphinoise, au style d'Emile Guigues. Cette vignette illustre  le style :


Il a représenté les membres de la caravane, dont les deux auteurs de l'ouvrage :

Pour le Dauphiné, le "clou" du récit est l'ascension de la Croix de Belledonne. La montagne est souvent représentée. On voit bien entendu le massif au deuxième plan de cette vue de Grenoble.


On retrouve Belledonne sur le frontispice reproduit en tête du message, puis dans une vignette dans le texte.



Enfin, une gravure représente la vue depuis la Croix de Belledonne le jour de l'asension par la caravane le 18 août 1878. La planche est gravée d'après une photographie du capitaine Allotte de la Fuye, un alpiniste qui a fait de Belledonne son terrain d'exploration. Le hasard a fait qu'ils se sont rencontrés lors de cette ascension. Au deuxième plan, le panorama représente le massif des Ecrins, avec la Meiije à l'extrême gauche, jusqu'à la Muzelle à droite.


 Détail avec la Meije, le Râteau et le glacier du Mont-de-Lans

Pour finir, l'école dominicaine Albert-le-Grand d'Arcueil a eu une longue tradition pédagogique où les études intellectuelles devaient s'allier à la pratique de l'exercice physique. Cela explique qu'elle ait été une des premières à organiser une caravane scolaire telle que préconisée par le Club Alpin Français. Cette tradition s'est concrétisée en particulier par le père Didon, proviseur et prieur à Arcueil en 1890, qui a été à l'origine du renouveau de l'esprit olympique. Sur le père Didon, voir la notice Wikipédia : cliquez-ici.
Sur le site de la ville d'Arcueil, une longue notice est consacrée à cette école : cliquez-ici.
L'école est représentée sur cette vignette en tête du premier chapitre :


Comme toujours, rendez-vous sur le site Bibliothèque Dauphinoise pour une page plus développée : cliquez-ici.


dimanche 31 mars 2013

Nos Alpins, par Eugène Tézier, 1898

Dans l'atmosphère militariste et patriotique de la fin du XIXe siècle, l'illustration de montagne ne pouvait pas être absente du mouvement. Pour les Alpes, la figure emblématique est le chasseur alpin, le militaire qui combine l'amour de la montagne avec l'amour de la patrie. De nombreux livres lui sont consacrés (le plus célèbre est Au pays des Alpins, d'Henry Duhamel). En 1898, un illustrateur très actif dans le petit monde des alpinistes et touristes dauphinois, Eugène Tézier, leur consacre un album entier, illustré de ses dessins, que viennent agrémenter quelques courts textes d'Henri Second (un littérateur local), au ton généralement humoristique, même si la tonalité générale reste militaire et patriotique. Ce sont les libraires Félix Perrin et H. Falque, de la Librairie Dauphinoise, qui publie ce bel ouvrage, dont les couverture sont illustrées en couleurs :

 


Détail de la page de titre avec une vue de La Meije depuis le Lautaret :


Cette sélection de quelques pages illustre le style général tant des dessins que des textes :









Comme on peut le constater, il affectionnait les dessins en ombre chinoise.

Même l'achevé d'imprimer est illustré :



Pour en savoir plus, voir la page que je lui ai consacrée : cliquez-ici.

Avant d'entamer la description de cet ouvrage, mes connaissances sur Eugène Tézier étaient particulièrement fragmentaires. Elles l'étaient d'autant plus que l'on ne trouve aucune information sur Internet ou dans la documentation qu je possède sur les artistes dauphinois. Pourtant, son nom et ses illustrations apparaissent souvent dans le petit monde des alpinistes et touristes dauphinois de la fin du XIXe. Proche de Paul Guillemin, d'Emile Roux-Parassac, d'Henri Second et du libraire-éditeur grenoblois Félix Perrin, il a illustré nombre de leurs ouvrages ou publications, son activité se concentrant approximativement entre 1895 et 1905.

Je vous laisse découvrir toutes les informations que j'ai rassemblées dans la page que je lui consacre : cliquez-ici. Il me reste à trouver son décès. Né à Grenoble en 1865, on peut se demander s'il n'est pas mort jeune car on perd toute trace de son activité après 1906. 

En complément des illustrations de Nos Alpins, quelques exemples de ses illustrations (et de son style) :

Paul Guillemin


Charles Bertier

dimanche 17 mars 2013

Albert de Rochas d'Aiglun (1837-1914), ses livres, sa bibliothèque.

Un mail récent d'un ami bibliophile m'a inspiré ce week-end pour décrire l'exemplaire personnel d'Albert de Rochas d'Aiglun de son ouvrage : Patois des Alpes cottiennes (Briançonnais et vallées vaudoises) et en particulier du Queyras, publié en collaboration avec Jean-Armand Chabrand en 1877.



Au-delà de l'intérêt purement bibliophilique de posséder ainsi un exemplaire sur papier de Hollande (B.F.K) dans une reliure aux armes, c'est aussi un ouvrage indispensable pour la connaissance du provençal haut-alpin. A l'origine, c'est le souhait de Jean-Armand Chabrand de préserver la connaissance de la variante spécifiquement parlée dans son pays natal, le Queyras. Il a ainsi recensé 3114 mots, qu'il a complété d'une grammaire. Cela en fait le premier ouvrage sur le "patois" des Hautes-Alpes. Albert de Rochas d'Aiglun y a contribué par son Recueil méthodique et étymologique des noms de lieux du Queyras et des contrées contigües, selon un classement méthodique : forme du terrain, nature du terrain, eau, végétaux, animaux, constructions, etc. Il répondait ainsi à un vœu qu'il avait émis lors d'une lecture devant l'Académie delphinale en 1874 : De l'utilité d'unglossaire topographique. Il souhaitait la mise en place d'un glossaire topographique qui donnerait tous les termes désignant des caractéristique de lieux en dialectes locaux. Pour cela, il faut étudier ces dialectes ou patois, alors qu'ils sont en train de disparaître, et rechercher les termes anciens dans les documents d'archives.




Pour en savoir plus sur cet ouvrage, je vous laisse découvrir la page que je lui ai consacrée : cliquez-ici.

Une autre curiosité, c'est que j'ai réussi le rapprochement improbable de deux exemplaires dont les envois se répondent. Dans cet exemplaire, est relié en fin un tiré à part de la notice bibliographique de cet ouvrage par Florian Vallentin, avec un envoi de celui-ci à Albert de Rochas d'Aiglun :


Il se trouve, extraordinaire coïncidence, que je possède aussi l'exemplaire de Florian Vallentin de cet ouvrage avec un envoi d'Albert de Rochas d'Aiglun :



J'ai rangé les deux exemplaires de cet ouvrage qui se répondent, côte à côte dans ma bibliothèque.



Pour finir, quelques mots sur Albert de Rochas d'Aiglun. Ce polytechnicien, issu d'une ancienne famille gapençaise, plus notable que noble, a un moment donné délaissé l'érudition régionale (comme cet ouvrage) ou militaire, pour se consacrer à des études sur les phénomènes para-normaux : spiritisme, magnétisme, hypnose, etc. Aujourd'hui, il est surtout connu internationalement pour ces travaux. A notre connaissance, il n'existe pas d'études modernes sur ses recherches, ni de bibliographie complète de ses ouvrages.

Cette étrange photo, aujourd'hui conservée  à l'American Philosophical Society, le montre entouré d'un halo de force psychique.


Cette photographie plus classique nous le montre en habit militaire, en 1883 :


Il est aussi l'auteur du Livre de demain, dont un exemplaire vient d'être vendu : cliquez-ici.



On voit que c'est une personnalité aux multiples facettes. Pour mieux le connaître : cliquez-ici.
Pour en revenir au début du message, sa bibliothèque, visiblement assez riche, a été dispersée à une date inconnue. Les exemplaires de cette provenance portent diverses marques de possession :




C'est un des exemplaires de cette bibliothèque qui vient aussi de rejoindre celle de cet ami bibliophile.




dimanche 10 mars 2013

Ornithologie du Dauphiné, d'Hippolyte Bouteille, 1843

En 1843, le pharmacien grenoblois Hippolyte Bouteille s'associe à Eugène de Rivoire, marquis de La Batie, "agronome distingué" et à Victor Cassien pour faire paraître en 2 volumes un inventaire de plus de 300 espèces d'oiseaux observables dans l'Isère, la Drôme et les Hautes-Alpes, illustré de 72 planches lithographiques d'après des dessins de Victor Cassien.

C'est l'exemplaire personnel d'Eugène de Rivoire de la Batie qui vient de rejoindre ma bibliothèque.


On distingue son supralibris au chiffre E. de R. L. doré au centre des plats supérieurs. L'ouvrage a ensuite appartenu à la bibliothèque ornithologique de Paul Lebaudy :


C'est un ouvrage relativement courant, très recherché pour ses illustrations : "Une des plus intéressantes parmi les faunes locales est certainement l'Ornithologie du Dauphiné avec des figures dues au crayon tout à la fois si pur et d'une expression si suave du dauphinois Victor Cassien. Délicatement reproduites (lithographies de C. Pégeron) d'après nature et agrémentées souvent d'un paysage quelque peu romantique, elles sont d'un effet très doux, bien que les oiseaux soient de formes très élancées. Les 300 sujets représentent, en 72 planches, un spécimen de chacune des espèces décrites."(Ronsil, L'art français dans le livre d'oiseau. p. 67, n° 361)


Grenoble, Hip. Bouteille, Pharmacien et les principaux libraires de la ville, 1843, in-8°, 2 volumes :
- 416 pp, 37 planches lithographiques hors texte
- 358 pp, 35 planches lithographiques hors texte, un tableau dépliant hors texte in fine.

Cette sélection de 4 planches parmi 72 donne une idée précise de la qualité et de la beauté des lithographies de Victor Cassien :





Voici ce qu'en dit le rédacteur du catalogue de la vente Perrin (n° 114) : "Nous ne craignons pas de donner cet ouvrage comme l'œuvre la plus fine du crayon de V. Cassien. Dans les paysages de l'Album duDauphiné et de l'Album du Vivarais, l'auteur put – chose permise – faire quelques pas à côté du sentier, souvent un peu aride, de la réalité : il put, ici, planter un arbre absent et, là, enlever un bloc de rocher présent, parce que celui ci gatait et que celui-là faisait le tableau, mais dans l'Ornithologie il dut rester simplement et rigoureusement copiste de la Nature et il le fut avec une délicatesse remarquable."

Il existe quelques exemplaires avec les gravures tirées sur chine. L'exemplaire d'Eugène de Rivoire de La Batie en fait partie. Il y a aussi de très rares exemplaires aux gravures rehaussées de couleurs et gommées d'époque.

Les lithographies ci-dessus proviennent d'un deuxième exemplaire que je possède, dans une jolie reliure romantique. Surtout, comme on peut le voir,  c'est un exemplaire dénué de rousseurs.


Deux après la parution  de cet ouvrage, Hippolyte Bouteille en a donné une version courte, essentiellement destinée aux taxidermistes, avec les 72 planches de l'édition originale :
Manuel de l'ornithologiste préparateur, contenant la collection complète des oiseaux du Dauphiné dessinés par V. Cassien.
Grenoble, Chez H. Bouteille, 1845, 36 pp., 72 planches.


Il reproduit les pages introductives du premier volume (Classe des Oiseaux, Anatomie et physiologie et Taxidermie), complétés par l'ensemble des planches de l'ouvrage. Certains exemplaires se présentent sous un cartonnage d'éditeur, orné de motifs romantiques dorés, comme celui que je possède.


Pour aller plus loin, reportez-vous aux notices de l'Ornithologie du Dauphiné (cliquez-ici) et du Manuel de l'ornithologiste préparateur (cliquez-ici).

Pour finir, la description de ces ouvrages ont été l'occasion de faire une recherche sur Eugène de Rivoire, marquis de La Batie. Premier défi, trouver ses dates et lieux de naissance et décès. Adolphe Rochas donne la date du 13 septembre 1785, sans précision de lieu. Sur Internet (Geneanet et autres), on trouve indifféremment Grenoble et Bourgoin comme lieu de naissance. Lors de son premier mariage (Lyon, 12 mai 1824), il est dit être né à Bourgoin le 17 septembre 1789 et lors de son second mariage (Proulieu (Ain), 10 mais 1841), le lieu et la date sont Bourgoin le 23 août 178... et la fin de la date n'est pas lisible sur le registre numérisé ! Pour le décès, on trouve généralement Bourgoin, le 31 janvier 1879. Des recherches dans les registres paroissiaux et l'état civil permettent d'affirmer qu'il est né le 17 septembre 1785 à Grenoble, sur la paroisse Saint-Hugues, et qu'il est décédé aux Eparres (Isère) le 31 janvier 1879, à 93 ans. Il est le père du célèbre auteur de l'Armorial de Dauphiné, Gustave de Ravoire de La Batie. J'aurais ainsi modestement contribué à rétablir quelques vérités !
Pour en savoir plus, cliquez-ici.