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dimanche 13 août 2017
Vue du Pelvoux : de 1860 ... à 2017
Il y a quelques semaines, je présentais une vue du Pelvoux par Gaspard Gobaut, que l'on peut dater des années 1860. J'ai mis à profit mes vacances briançonnaises pour prendre la même vue grâce à l'indication d'un de mes lecteurs qui me signalait que celle-ci était prise depuis le col de la Pousterle.
Bénéficiant d'une belle journée comme seul le Briançonnais sait nous en offrir, je suis allé au plateau de la Pousterle pour mettre mes pas dans ceux de Gaspard Gobaut. Plus de cent-cinquante ans après lui, j'ai pris la même image. Seul le moyen utilisé a changé. L'aquarelle a été remplacée par la photo numérique. Je vous laisse découvrir et comparer les deux vues du Pelvoux.
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Jean-Marc Barféty
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vendredi 4 août 2017
Conférence sur Dominique Villars
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Jean-Marc Barféty
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Libellés : Dominique Villars
mardi 1 août 2017
"Lo Chapitro Broullia", Menilgrand, 1808, en patois de Grenoble
Après une longue période de silence sur les ouvrages en patois dauphinois, l'actualité de mes acquisitions m'amène de nouveau à m'intéresser à ces petites raretés. Après la première œuvre de Blanc-la-Goutte que j'ai chroniquée il y a quelques semaines, je viens de trouver une curiosité, un recueil de poésies et de morceaux en prose, écrits en patois de Grenoble. L'ouvrage n'a ni titre, ni faux titre. Il ne porte aucune mention de lieu d'édition, d'imprimeur ou de libraire. Évidemment, il n'est pas daté. De plus, il se présente en 2 parties, chacune ayant sa propre pagination. Il n'est pas besoin d'ajouter qu'il s'agit d'une impression de piètre qualité, sur un papier de mauvaise qualité.
Après une telle présentation, l'ouvrage a tout de même quelques charmes. D'abord, il provient de la bibliothèque du grand bibliophile dauphinois Paul Couturier de Royas. Ensuite, quelques recherches montrent qu'il est référencé dès l'ouvrage de Champollion-Figeac sur les patois de l'Isère, publié en 1809. C'est lui qui nous apprend que l'auteur s'appelle Menilgrand. Ensuite, de référence bibliographique en référence bibliographique, on apprend que l'ouvrage est l’œuvre de 2 frères de Voreppe : André Menilgrand (1731-1805), chanoine de la cathédrale de Grenoble, et Gaspard Menilgrand (1741-1814), propriétaire à Voreppe, surnommé le Philosophe. L'ouvrage aurait paru à Grenoble, en 1808, imprimé par Allier. Il se présente toujours sans titre, ni faux titre. Je vous renvoie sur la page que je lui consacre : cliquez-ici.
L'ouvrage est connu sous le nom de : « Lo Chapitro broullia », du titre de la première pièce. La première partie ne contient que des pièces traitant du chapitre de Grenoble et de la religion, d'où l'attribution au chanoine. La seconde partie ne concerne que des événements politiques ou locaux, d'où l'idée de les attribuer au frère Gaspard, qui semblait bien impliqué dans la vie locale. La double pagination s'expliquerait par la volonté de chacun des frères de pouvoir distribuer à leurs connaissances et amis la partie dont ils sont l'auteur. Le propos des auteurs est très favorable à la religion, très fortement opposé à la Révolution et bienveillant vis-à-vis de Napoléon.
J'ai aussi eu le petit plaisir de pouvoir retracer l'histoire de cet exemplaire. En effet, je possède le Catalogue d'une importante bibliothèque composée d'ouvrages anciens, rares et précieux. Ancienne bibliothèque de D. de Salvaing de Boissieu, qui a appartenu à Paul Couturier de Royas et dans lequel celui-ci a souligné en rouge les ouvrages qu'il avait achetés. Cette notice a été soulignée :
Mon exemplaire est justement relié en chagrin rouge.
Tout cela confirme que cet exemplaire du Chapitro broullia provient de la bibliothèque Salvaing de Boissieu, puis qu'il a été acheté par P. Couturier de Royas. Il lui a été adjugé 17 fr. [66 € de 2016]. P. Couturier de Royas a gardé la reliure d'origine en se contentant d'y apposer son ex-libris.
J'avais une provenance prestigieuse. J'ai en maintenant deux.
Quant à la rareté, il suffit de dire qu'il n'y a que 2 exemplaires dans les bibliothèques publiques françaises (source : CCFr) : un à la BNF, qui est l'exemplaire d'Eugène Chaper, et un dans le fonds dauphinois de la Bibliothèque Municipale de Grenoble.
Quant à la rareté, il suffit de dire qu'il n'y a que 2 exemplaires dans les bibliothèques publiques françaises (source : CCFr) : un à la BNF, qui est l'exemplaire d'Eugène Chaper, et un dans le fonds dauphinois de la Bibliothèque Municipale de Grenoble.
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Jean-Marc Barféty
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Libellés : Patois
mardi 18 juillet 2017
La tombe de Paul Guillemin
J'ai retrouvé la tombe de Paul Guillemin au cimetière d'Ivry-sur-Seine !
Paul Guillemin est décédé le
vendredi 22 juin 1928 à 81 ans, dans une maison de santé située au
10, rue de Picpus à Paris, près de la place de la Nation. Il est inhumé
3 jours plus tard, le lundi 25 juin, dans la stricte intimité
familiale , au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine. Ce n’est que
2 jours plus tard que sa fille Lucie Guillemin, épouse Roche,
annonce son décès à ses amis dauphinois et hauts-alpins par une
lettre adressée à Emile Roux-Parassac. C’est lui qui rapporte ce
courrier en introduction à la notice nécrologique qu’il lui a
consacrée dans le Bulletin de la Société d’Études
des Hautes-Alpes de 1928. Il se désole de cela. Il déplore
qu’il n’y ait même pas eu un faire-part de décès : « Pas
même le faire-part habituel pour annoncer son trépas, aucun service
après sa mort ! ». Pour lui, Paul Guillemin est mort
« seul ». Il ne comprend pas que sa fille dise « qu'il
ait toujours désiré que rien ne soit fait après sa mort »,
alors que l’été précédent, en 1927, Paul Guillemin était
revenu dans les Alpes, comme tous les étés, et avait pris soin de
« choisir, à Embrun, sa place à côté de ceux dont il
parlait si souvent, pour être, disait-il, entre Briançon et Gap, au
cœur de ses chères montagnes. ».
C’est aussi cela qui m’a donné
envie de partir à la recherche de la tombe de Paul Guilemin,
craignant même qu’elle ait totalement disparue. Ce n’est pas le
cas. Grâce à l’amabilité du bureau du cimetière parisien
d'Ivry-sur-Seine, j’ai rapidement pu la localiser (Divisions 8 –
Ligne 19 – Tombe 31, pour ceux qui voudraient me succéder dans ce
pèlerinage). C’est une tombe simple, en bon état, mais usée par
les ans. Elle porte sur l’avant : « Famille Montague »,
du nom d’épouse de sa 2e fille Jeanne Guillemin.
![]() |
| On distingue Guillemin sur la partie droite (3 premières lignes), puis Charles W. Montague |
Il
est difficile de lire les noms et les dates, mais avec de la
patience, j’ai pu déchiffrer tous les noms des personnes
enterrées :
Mme Élisabeth Guillemin
1889 -1920
Mme Betzy Guillemin
1849 - 1920
Paul Guillemin
1847-1928
Charles W. Montague
1882-1954
Mme Montague
Née Jeanne Guillemin
1885-1966
Le premier nom est celui de sa fille
cadette Elisabeth Guillemin, née en 1889 et décédée à l’âge
de 30 dans une maison de santé de Châtillon (Hauts-de-Seine).
Le second est celui de son épouse, née
Betzy Fontan, décédée seulement quelques jours après le décès
de leur fille, en septembre 1920. Elle avait 71 ans.
Cette concession perpétuelle n’a été
achetée qu’en 1925, soit 5 ans après ce double décès. Les corps
de sa fille et de son épouse y ont été transférés. Cela veut
donc dire qu’en 1927, lorsqu’il souhaitait être enterré à
Embrun, Paul Guillemin savait qu’une place l’attendait au
cimetière d’Ivry. A son décès, ses deux filles n’ont sûrement
pas voulu de complications et de frais supplémentaires. Elles l'ont
fait inhumer là où c’était le plus simple. Peut-être
craignaient-elles que les amis hauts-alpins de leur père fassent une
amicale pression pour qu'elles respectent son vœu ultime. Elles
auraient alors préféré garder quelques jours de silence sur le
décès de leur père et l'enterrer dans la plus stricte intimité.
Cela expliquerait le dépit et l’amertume perceptibles dans le
texte d’Émile Roux-Parassac.
La tombe abrite ensuite Charles W.
Montague (1882-1954) le gendre anglais de Paul Guillemin, originaire
de Londres, et enfin Jeanne Guillemin (1885-1966), la 2e
fille, épouse Montague. Après cette date, il n’y a plus eu d’inhumations dans
cette tombe.
On remarque ensuite une plaque
commémorative au-dessus de la tombe :
À la mémoire de
Willie Paul
Montague
fusillé
par les Allemands
à Saint-Genis Laval
20 août 1944 à l'age de 33 ans.
En effet, Willie Paul Montague, petit-fils de Paul Guillemin, fait
partie des 120 otages extraits de la prison de Montluc à Lyon et
fusillés et brûlés par les Allemands au fort de Côte-Lorette à
Saint-Genis-Laval le 20 août 1944. Il a aussi une plaque
commémorative, discrète, au monument qui commémore ce massacre.
Dans ce même cimetière d'Ivry-sur-Seine, se trouve la
tombe de la fille aînée de Paul Guillemin, Lucie (1883-1957) et de
son mari Antoine Roche (1882-1934) :
Lorsqu'on voit cette tombe perdue au
milieu de tant d'autres dans ce cimetière sans charme, on se prend à
regretter qu'il n'ait pas eu sa dernière demeure dans un cimetière
comme celui de Briançon, d'où la vue est si belle.
Il semble que son
amour immodéré de la montagne et du Briançonnais n'ait pas été
partagé par ses filles qui étaient toutes trois des Parisiennes,
dont les vies se sont entièrement déroulées dans cette ville.
J'imagine qu'il leur avait fait découvrir son pays d’adoption (il
était né à Sorcy, dans la Meuse, d'un père lorrain et d'une mère
tarbaise qui avait passé toute sa vie de jeune fille à Briançon).
Mais il ne leur avait pas transmis son amour du Briançonnais.
Lien vers sa généalogie : Paul Guillemin.
Lien vers sa généalogie : Paul Guillemin.
Pour finir, j'ai été un peu troublé
lors de mes recherches sur son lieu de décès. Toutes les mentions que
j'ai trouvées du 10 de la rue de Picpus ramènent à une clinique privée
pour maladies nerveuses et aliénés, comme cette publicité. Cela a jeté comme un voile de tristesse sur la fin de cet homme pour
qui, modeste collectionneur de choses dauphinoises et hautes-alpines,
j'ai une estime, une admiration et une gratitude sans bornes.
Publié par
Jean-Marc Barféty
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21:30:00
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Libellés : Paul Guillemin
jeudi 29 juin 2017
Une œuvre en patois dauphinois de Blanc la Goutte, de 1729
A l'occasion d'une acquisition récente, mon intérêt s'est de nouveau porté sur une pièce majeure de la littérature patoise, le premier poème en patois de Grenoble publié par Blanc la Goutte en 1729. Ils'agit de l'Epitre en vers, au langage vulgaire de Grenoble, sur les réjoüissances
qu'on y a faites pour la Naissance de Monseigneur le Dauphin. A
Mademoiselle ***, publiée par André Faure, à Grenoble, en 1729.
Cette petite plaquette de 22 pages, qui est « fort rare et manque à la plupart des collections dauphinoises » selon A. Ravanat, contient le récit, sous forme de poème, des festivités données en la ville de Grenoble en l'honneur de la
naissance de Louis, Dauphin de France, fils de Louis XV, né le 4
septembre 1729 au château de Versailles. Le poème est dédié à une
demoiselle qui est l'amoureuse du poète. Alors qu'ils devaient se
retrouver pour ces fêtes, elle ne vient pas : « Je t'atendy long-temp
». Il entreprend alors de lui conter ces « réjoüissances » en patois.
La suite du poème est le récit de ces journées qui débutèrent le samedi
soir 24 septembre 1729 pour se terminer le mardi 27 septembre. Elles se
prolongèrent par une soirée de théâtre gratuit le jeudi 29 septembre et
un bal le dimanche 2 octobre. Dans les quelques mots adressés à son
amoureuse à la fin du poème, il exprime ce vœu : « Dieu volie que din
pou, je te veïeso epousa » [Que Dieu veuille que sous peu je te voie mon
épouse].
Pour ceux qui veulent se familiariser avec le patois grenoblois, du franco-provençal, cet extrait du début du texte qui contient l'évocation de ce rendez-vous raté entre le poète et son amoureuse, qui l'a laissé« Cretin ».
Te m'aya ben promey de quitta tou zafare,
Quan te sauria lo jour qu'on farit le fanfare.
Je t'envoyi Piarrot t'u dire de ma part.
Je t'ally v devan divendre su lo tart,
Je t'atendy long-temp. N'y faliet pa songié,
Je me couchy cretin, san beyre ny migié.
Te vin de me manda que te n'u pa leizy,
Que si je t'écrivin, je te farin pléizy,
Te vodria lo detalde touta cela fêta.
Pe te lo fare bien, faudrit un autra têta.
Faziet biau vey, ma Pouta, et pe te contenta,
Du mieu que je sourey, je tu voy raconta,
En patoy, san façon, te m'ordone d'écrire,
D'acord; mais su ma fey t'ourez pena du lire.
Traduction (G. Tuaillon) :
Tu m'avais bien promis de quitter tes occupations,
Quand tu saurais le jour où l'on ferait la fête.
Je t'ai envoyé Pierrot te le dire de ma part;
Je suis allé à ta rencontre, vendredi sur le tard,
Je t'ai attendue longtemps. Mais il n'aurait pas fallu y songer,
Je me suis couché tout bête, sans boire et sans manger.
Tu viens de me faire savoir que tu n'as pas eu le temps,
Que, si je t'écrivais, je te ferais plaisir
Et que tu voudrais le détail de toute cette fête.
Pour te faire un bon récit, il faudrait une autre tête.
Que c'était beau à voir, nia Petite ! Et pour te contenter,
Du mieux que je pourrai, je vais te le raconter.
En patois, tout simplement, tu m'ordonnes d'écrire.
D'accord; mais tu auras, ma foi! de la peine à le lire!
J'ai étudié l'histoire du texte et de ses publications. Je vous renvoie à la page que je lui consacre (cliquez-ici).
Pour couronner le tout, la plaquette est bien reliée, en plein vélin. Elle porte sur les plats un monogramme (AL) que je n'ai pas identifié (avis aux savants bibliophiles !). C'est probablement l'amateur qui a fait relier cette plaquette au XIXe pour lui donner un écrin à la hauteur de la rareté et de l'intérêt du texte.
Publié par
Jean-Marc Barféty
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18:49:00
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Libellés : Patois
lundi 19 juin 2017
Une vue ancienne du Pelvoux
Les vues anciennes du massif du Pelvoux sont suffisamment rares pour que celle-ci mérite quelques recherches.
Il s'agit d'une aquarelle de 14,3 cm de haut sur 24,5 cm de long. Elle n'est pas signée. Elle est collée sur une feuille cartonnée qui porte la légende : Le Pelvoux. C'est grâce à une information que j'avais mise de côté depuis plusieurs années que j'ai pu identifier l'auteur. En effet, en 2013, une maison de ventes aux enchères de La Flèche a proposé une série de 13 aquarelles représentant des paysages (pour voir : cliquez-ici, à partir du lot 180), dont la première, la vue depuis le Pic du Midi, dans les Pyrénées, est signée Gobaut. On y trouve cette même vue du Pelvoux. La similitude de style de l'ensemble des aquarelles permet d'attribuer toute la série au même Gobaut.
Signature de Gobaut sur la vue du Pic du Midi.
Le peintre est Gaspard Gobaut (Paris 24/12/1814 - Paris 15e 30/8/1882). Il entra en 1836 comme dessinateur au Dépôt de la Guerre. Il y fit toute sa carrière jusqu'à son décès, gravissant tous les échelons. Il se forma sous la direction de Siméon Fort. Il excella notamment dans la peinture à l’aquarelle représentant particulièrement les sujets de bataille. Il exposa aux Salons de 1840 à 1878. On peut voir ses œuvres au musée de Chantilly et au musée de Versailles. Il a aussi donné de nombreuses aquarelles représentant des vues de Paris, comme cette série qui est reproduite sur Gallica : cliquez-ici.
Parmi les œuvres exposées au Salon, j'ai repéré des sujets qui s'apparentent aux vues de paysages du Jura, des Alpes, d'Auvergne et des Pyrénées qui composaient la série dont j'ai parlé :
1864 : Vue de Saint-Claude (Jura), Vue de la vallée de l'Isère, prise au-dessous du fort Barraux, aquarelles.
1865 : Vallée de Luz (Hautes-Pyrénés), aquarelle.
1866 : Vue du mont Pilvoux (sic), prise au dessus du village des Claux (Hautes-Alpes), Vue de la ville et des forts de Briançon (Hautes-Alpes), aquarelles.
1867 : La Bâthie (Hautes Alpes), aquarelle.
1868 : Ravin près d'Ax (Pyrénées-Orientales), aquarelle.
1869 : Le pont du Diable, à Thueyts (Ardèche), Pont sur le Gave, au-dessous de Gavarnie (Hautes-Pyrénées), aquarelles.
1870 : Vue du mont Canigou, prise au–dessus de Prades (Pyrénées-Orientales), peinture.
1875 : Gorge de Villefranche (Pyrénées-Orientales), Vallée du Monetier (Hautes-Alpes), aquarelles.
Lors du Congrès international des sciences géographiques, organisé par la Société de Géographie en 1875, certaines des ses œuvres ont été présentées. Cette notice donne des éléments de contexte sur ces vues des montagnes françaises :
La salle d'honneur du Congrès était décorée de vues des montagnes françaises que pour la première fois le public pouvait voir réunies et à l'examen desquelles se seront certainement arrêtés les géographes. Cette intéressante collection, entreprise il y a quelques années, avait pour but de faire ressortir la différence qui sépare les formes diverses des montagnes. Il faut rendre hommage au talent avec lequel MM. Jung et Gobaut, peintres d'aquarelles attachés au Dépôt de la Guerre, se sont acquittés de leur tâche.
Avec tous ces éléments, on peut dater cette vue du Pelvoux des années 1860. Parmi les dessins reproduits sur Gallica, cette vue de Saint-Martin, près de Sallanches est datée du 23 juillet 1863, probablement lors d'une de ses excursions organisées pour peindre les vues des montagnes françaises.
Il a d'ailleurs peint une vue du Mont-Blance, depuis Servoz :
Cette vue du Pelvoux a été prise depuis le col de la Pousterle, au-dessus de Puy-Saint-Vincent. Je remercie Paul Billon-Grand, du site Vallouimages, de m'avoir fourni cette information et cette photo, avec ce commentaire : " La
même vue n’est plus possible avec l'extension actuelle des pins et des
mélèzes. Elle est délimitée à droite par la Champarie et à gauche par
les rochers de Tournoux (point 1790). On reconnaît bien les différents
éléments du relief, le Pelvoux et ses
voisins sont bien figurés. Par contre, l’approche naturaliste de «
retour à la vallée originelle » a amené le peintre à atténuer, voire à
supprimer, les éléments construits. On distingue néanmoins deux hameaux
de Puy-Saint-Vincent, et un peu la chapelle Saint-Romain, mais
Vallouise, ses hameaux et ceux de Pelvoux sont gommés."
Nota :
Il reste un mystère à éclaircir sur cette aquarelle. En effet, l'aquarelle du Pelvoux passée en vente à La Flèche et cette aquarelle sont strictement identiques, autant que l'on puisse en juger sur la base de la photo de l'aquarelle passée en vente. On pourrait donc penser qu'après la vente de 2013 elle a été de nouveau remis en vente par le vendeur à qui je l'ai acheté. Pourtant, les supports (feuilles cartonnées) sont différents (tâches différemment réparties) et les écritures des titres sont légèrement différentes, malgré des similitudes (par ex : les « v » sont différents entre les deux titres).
Un hypothèse serait que l'aquarelle a été détachée de son support d'origine (en effet, à l'origine il y avait deux aquarelles sur la même feuille cartonnée, recto-verso) et qu'elle a été collée sur un nouveau support, similaire, et qu'une main habile à tracer le titre, d'une écriture similaire à l'original. Cela aurait ainsi permis de vendre séparément les sujets "Cirque de Gavarnie" et "Pelvoux", qui étaient auparavant liés en étant sur le même support.
Une autre possibilité serait qu'il s'agisse d'une reproduction, sous forme d'une lithographie en couleurs. Mais, dans ce cas, elle serait plus courante.
A titre d'exemple, une lithographie d'après un dessin de Gobaut représentant Biarritz - Vue de l'Entrée de la Ville à l'arrivée de Bayonne, datée de 1856, lithographiée par Ch. Mercereau.
J'ai repéré la même situation sur une aquarelle de Gobaut représentant la vue depuis le Pic du Midi. Je suis en train d'enquêter.
A titre d'exemple, une lithographie d'après un dessin de Gobaut représentant Biarritz - Vue de l'Entrée de la Ville à l'arrivée de Bayonne, datée de 1856, lithographiée par Ch. Mercereau.
J'ai repéré la même situation sur une aquarelle de Gobaut représentant la vue depuis le Pic du Midi. Je suis en train d'enquêter.
Publié par
Jean-Marc Barféty
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22:27:00
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Libellés : Montagne
dimanche 9 avril 2017
Edward Whymper et le sommet des Écrins
Il est parfois rapporté qu'Edward
Whymper aurait découvert qu'il y avait une montagne plus élevée que le
Pelvoux le jour où il a atteint ce sommet en août 1861. Poussant un
peu le raisonnement, on pourrait attribuer à Whymper la paternité
de la découverte du point culminant du massif des Écrins. Il n'en est rien. On ne trouve pas de
telles assertions dans les principaux ouvrages sur le massif, mais
tous rapportent l'anecdote de la surprise de Whymper au sommet du
Pelvoux, en créant parfois une confusion dans les esprits.
Les Écrins, vus depuis le sommet du Pelvoux
(extrait du Tour d'horizon complet du sommet du Pelvoux, par Paul Helbronner, 1934)
Pour voir le panorama complet : cliquez-ici.
Whymper donne le récit de son ascension du Pelvoux dans Scrambles amongst the Alps (cliquez-ici). C'est cette phrase qui a créé un
malentendu :
« [Avec ses compagnons d'ascension, ils viennent d'arriver au sommet du Pelvoux] Tandis que près de nous, nous
étions étonnés de découvrir qu'il y avait une montagne qui
paraissait encore plus haute que celle sur laquelle nous étions. Du
moins, c'était mon avis. Macdonald pensait qu'elle n'était pas
aussi haute et Reynaud pensait qu'elle était aussi élevée.
Ce sommet était éloigné d'à peu
près 2 miles et était séparé de nous par un immense abîme dont
nous ne pouvions voir le fond. […] Nous ne connaissions absolument
par les lieux, aucun d'entre nous n'avait été de l'autre côté ;
nous imaginions que c'était la Bérarde qui était à nos pieds,
dans l'abîme, mais en réalité, elle se trouve au-delà de cet
autre sommet. »
[While close to us we were astonished
to discover that there was a mountain which appeared even higher than
that on which we stood. At least this was my opinion ; Macdonald
thought it not so high, and Reynaud much about the same as our own.
This mountain was distant a couple of
miles or so, and was separated from us by a tremendous abyss, the
bottom of which we could not see. […] We were in complete
ignorance of its whereabouts, for none of us had been on the other
side ; we imagined that La Berarde was in the abyss at our feet, but
it was in reality beyond the other mountain]
Cette montagne qu'ils voient depuis le
Pelvoux est le point culminant du massif, la Barre des Écrins. On
peut penser que Whymper laisse entendre qu'il a découvert ce sommet
que personne ne connaissait. En réalité, c'est une lecture
erronée, qui ne correspond pas à ce que dit Whymper. Ce qu'il
explique plus simplement est qu'il a un peu mieux compris la
topographie interne du massif des Écrins. Il n'a pas découvert le point culminant du massif et ne revendique pas cette paternité. En revanche, il a compris, pour son usage personnel, comment les deux sommets se positionnaient l'un par rapport à l'autre. Tout cela est bien différent.
Edward Whymper.
Revenons a ce qu'il
pouvait savoir avant de gravir le Pelvoux durant l'été 1861.
Whymper sait de
façon certaine qu'il existe dans le massif un point culminant,
distinct du Pelvoux. Cela veut donc dire que le résultat des travaux
des ingénieurs de la carte de France sont parvenus jusqu'à lui. C'est ainsi qu 'il
dit :
« Les
plus hauts sommets sont disposés presque en forme de fer-à-cheval.
Le plus élevé d'entre eux est la Pointe
des Écrins, en position centrale ; le second pas la hauteur est
la Meije, au nord ; et le Mont Pelvoux, qui donne son nom au
massif, se trouve presque détaché de cet ensemble, sur
l’extérieur. »
[The highest
summits are arranged almost in a horse-shoe form. The highest of all,
which occupies a central position, is the Pointe des Ecrins ; the
second in height, the Meije, is on the north ; and the Mont Pelvoux,
which gives its name to the entire block, stands almost detached by
itself on the outside.]
En revanche, il
s'était fait une représentation erronée de la relation entre le
sommet du Pelvoux et celui des Écrins. Il imaginait une forme de
continuité qui lui permettrait de passer du Pelvoux aux Écrins.
Malheureusement, avec les informations qu'il avait, il ne pouvait
guère être détrompé.
En effet, il ne disposait que de 3
sources d'informations sur le massif des Écrins : la carte de Bourcet (1758),
les travaux du géologue français Léonce Élie de Beaumont (1834) et le récit du
voyage d'exploration du Dauphiné par le scientifique écossais Forbes, Norway (1853).
Cette
vue de la carte de Bourcet montre clairement qu'elle n'est pas assez
précise pour pour identifier clairement les deux sommets. Elle peut
même laisser entendre qu'il y a une solution de continuité entre le sommet du
Pelvoux (Grand Pelvoux) et le sommet des Écrins (Montagne d'Oursine).
Le propos de L.
Élie de Beaumont est moins topographique que géologique. Il ne
pouvait pas apporter d'informations pertinentes à Whymper pour qu'il
se fasse une conviction sur l'articulation topographique entre le
Pelvoux et les Écrins.
La
lecture de Forbes ne peut pas
non plus détromper
Whymper car, comme nous l'avions noté (cliquez-ici), il ne fait pas le lien
entre la montagne d'Oursine (Les Écrins
– 4 102 m), qu'il voit depuis les Étages et la pointe des Arcines
ou des Écrins, dont il connaît l'existence par les ingénieurs
français, mais qu'il n'a pas vue lors de son passage à Vallouise.
Il sait néanmoins qu'il existe une montagne plus haute que le
Pelvoux, dont l'altitude est de 13 468 pieds (4 105 m.).
Les Écrins , depuis les Étages, par Forbes.
La montagne n'est pas identifiée et encore moins reliée avec le reste du massif.
Sur
place, personne ne peut renseigner Whymper. Les informations qu'on lui
donne sont lacunaires. En
revanche, d'après ce qu'il
rapporte, les habitants savaient déjà qu'il y avait un sommet plus
haut que le Pelvoux, appelé Pic des Arsines, que
celui-ci avait
été identifié par les ingénieurs de la carte de France.
Malheureusement,
aucun ne
savait lui dire comment on pouvait passer d'un sommet à l'autre.
Devant un tel
manque d'informations, il est naturel que Whymper se fasse la
représentation la plus favorable pour ses projets :
« Nous
avions l'impression que le point le plus élevé était dissimulé
par les
pics que l'on voyait [les pointes
du Pelvoux que Whymper voit depuis La Bessée] et qu'il pourrait être
atteint en les dépassant. »
[We were under the
impression that the highest point was concealed by the peaks we saw,
and would be gained by passing over them.]
C'est d'ailleurs
cette représentation erronée qui apparaît dans le compte-rendu
qu'il donne de son ascension dans Peaks, Passes and Glaciers, en 1862 (cliquez-ici). Il y a confusion entre un des 3 sommets du Pelvoux et le Pic des Arcines (ou Écrins). Cette erreur de représentation sera corrigée dans Scrambles amongst the Alps.
On comprend sa
surprise en arrivant au sommet du Pelvoux. Ce qu'il croyait à portée
de main s'avère en réalité un défi tout autre.
C'est
faire un mauvais procès à Whymper que
de lui reprocher
de n'avoir pas accédé
à d'autres sources d'informations. En 1860, il n'existait que ces 3
sources publiques. Il n'existait aucune carte autre que celles de
Bourcet. Mieux, il faut lui savoir gré d'avoir utilisé des textes
mieux informés que la plupart des géographies disponibles en
France.
Il ne
faut jamais oublier qu'Edward Whymper était un homme jeune et de modeste extraction lorsqu'il
arrive dans les Alpes en 1860. C'est
un graveur
sur bois, envoyé dans les Alpes par l'éditeur Longman pour
illustrer une tentative d'ascension du Pelvoux. Dans
une société anglaise très hiérarchisée, cela ne lui permettait
pas d'accéder à des savants ou des institutions qui auraient pu lui
fournir des informations de meilleures sources et lui
ouvrir les portes pour accéder aux
travaux de cartographie du Dépôt de la Guerre. Les
minutes de la carte
d’État-major, telles que nous pouvons les voir aujourd'hui, auraient
levé tous les doutes qu'il avait.
Minutes de la carte d’État-major au 40.000e
où l'on voit distinctement la différenciation entre le sommet des Écrins et le Pelvoux (source : Geoportail).
Mais
comment un graveur sur bois, sans relations,
aurait-il pu accéder à ces renseignements ? Il faudra attendre
Bonney et surtout Tuckett, en 1862, pour que les explorateurs anglais
disposent de ces informations.
Publié par
Jean-Marc Barféty
à
11:22:00
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